Projet de classe au collège!

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 03-03-13 à 19:07  Lu :2301 fois
     
  
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à l'attention de M. Elfattahi Younès!
Déolé, cher collègue , je viens juste de voir votre requête restée sans réponse! voici un exemple que j'a travaillé moi-même au collège!
Introduction :
A- Présentation de la pédagogie de projet :
La pédagogie de projet est une avancée dans l’univers de la didactique. Elle se propose d’apporter des solutions aux lacunes laissées par la pédagogie par objectifs et celle basée sur les compétences. Ce n’est pas un dépassement de ces deux pédagogies mais surtout un prolongement, puisqu’elle les englobe toutes les deux.
Comme son nom l’indique, la pédagogie de projet se base sur l’élaboration d’un projet, dans ce sens où les apprentissages que les élèves doivent suivre, s’inscrivent dans un projet qui les motive et leur donne un sens.
Tout d’abord, une brève présentation de cette pédagogie s’impose. S’inspirant du domaine des affaires, les pédagogues, dès la première moitié du XXe siècle, ont réalisé qu’un individu, en l’occurrence un apprenant, est davantage motivé par une tâche, lorsqu’il la conçoit dans un projet, dont l’aboutissement est tributaire de sa propre participation, à toutes les étapes par lesquelles doit passer le dit-projet.
Le pédagogue américain John Dewey (1855-1952) bat en brèches l’école traditionnelle, en prônant le principe :"Learning by doing", apprendre en faisant, et non en écoutant et en subissant. Célestin Freinet (1896-1966) développe encore cette idée, en assimilant la classe à une coopérative, où les acteurs : enseignants et élèves, s’entraident pour arriver à un résultat.
D’autres courants vont contribuer à enrichir cette pédagogie. Ainsi, Piaget met l’accent sur l’activité du sujet qui, en accomplissant des actions sur les objets, il construit ses connaissances. Le cognitivisme quant à lui, stipule que c’est en confrontant ses connaissances avec les nouvelles informations que l’apprenant les modifie et s’approprie de nouvelles connaissances.
Ainsi découle de ce qui a été énoncé, que dans la visée de cette pédagogie, un apprenant puise dans son environnement, cible ses recherches, met en relation les nouvelles connaissances avec celles qu’il possède, interagit avec les autres apprenants dans une dynamique de groupe, et arrive à modifier ses propres représentations initiales, ce qui lui permet de se faire une meilleure idée du monde qui l’entoure.
B- La pédagogie de projet pour développer l’écrit chez les apprenants :
Un projet, dans la visée pédagogique, doit s’intéresser à un aspect particulier, et cibler des savoirs ou des savoir-faire précis.
Dans notre cas, nous avons constaté que nos élèves en général, et ici en particulier ceux du collège, sont faibles quand il s’agit d’écrire. Les activités de l’écrit qui sont planifiées dans les programmes, sont insuffisantes et leurs sujets démotivants. Le choix d’une démarche de projet nous a paru une solution pour remédier à cette faiblesse.
En effet, travailler à la fin de chaque séance, 10 minutes d’écrit, où l’apprenant peut réinvestir les structures ou les notions qu’il a étudiées dans n’importe quelle matière, nous a semblé un choix pertinent, pour réconcilier l’apprenant avec l’écrit.
Toutefois, des productions écrites éparpillées n’aboutiraient à rien. C’est pour cela que nous avons opté pour un tissu narratif, qui sous forme de récit dont les événements s’enchaînent conduirait à une histoire, qui respecte le schéma narratif, lequel répond à l’objectif du second semestre.
C- Les contraintes :
Quand nous avons décidé de recourir à cette démarche, deux contraintes se sont posées dès le départ. La première contrainte était le volume horaire, de quatre heures, imparti à ce niveau et qui n’est guerre suffisant ; la deuxième était l’examen régional qui boucle cette année en vue d’une certification. Cependant, pour la première contrainte, nous avons essayé de cibler les notions importantes à acquérir ; pour la deuxième contrainte, nous avons souscrit à la continuité du programme officiel. Ainsi, la démarche de projet paraît légitime, et se permet de braver les contraintes pour donner un sens à l’apprentissage, loin de la hantise de l’examen.
Développement :

I. Les modalités du projet :
Les élèves sont invités à développer un récit au jour le jour, à raison de deux ou de trois phrases par jour, en se pliant aux contraintes du temps, des programmes et des prés -requis.
1. Les étapes :
Il est recommandé de suivre une méthodologie rigoureuse, qui requiert un déroulement précis, suivant des étapes bien déterminée, aux objectifs identifiés.
a. L’émergence de l’idée :
- Que faut-il résoudre ? À quels besoins faut-il répondre ? Quelle production atteindre ?
b. Analyse de la situation :
- Quels objectifs atteindre ? (savoirs, savoir-faire, savoir-être).
- Quelles ressources employer ? (humaines, matérielles, financières).
- Quelles contraintes prendre en charge ?
- Quelles stratégies, quelles pistes envisager ?
c. Définition du projet :
- Quel plan d’action adopter ? S’accorde-t-il avec l’objectif ? Est-il réaliste ? Comment faire adhérer les apprenants ?
d. Montage et planification du projet :
- Quelles sont les étapes à suivre ? Quels sont les acteurs en jeu ? Quel est le volume horaire ? Quel planning élaborer ?
e. Mise en œuvre du projet :
- Comment suivre le projet ? Quels indicateurs de réussite choisir ? Quels ajustements apporter ?
f. Evaluation :
- Comment évaluer le projet ? (qualité et démarche)
- Comment évaluer les compétences développées par les élèves ?
2. Le contrat :
La démarche de projet ne saurait se concevoir sans la mise en place d’un contrat entre les différents acteurs du projet. Ce contrat qui peut être écrit noir sur blanc et signé aussi bien par les élèves que par leurs parents, engage leur responsabilité, et permet de les motiver.
3. Le planning :
Si le contrat peut ne pas prendre la forme de l’écrit, il en est autrement pour ce qui est du planning. Il faut synchroniser les activités, échelonner les objectifs, préciser les modalités et délimiter le temps imparti à chaque activité.
Ce planning est mis sur papier et photocopié. L’enseignant en donnera une copie à chaque élève. Les élèves le consultent avant de venir en classe et savent à quoi s’attendre. De ce fait ils deviennent sensibles à la progression recherchée.
4. L’évaluation :
a- L’évaluation se fait en amont : elle diagnostique les pré-requis et permet de mesurer les écarts entre ce que les apprenants savent déjà et ce qu’ils doivent savoir en fin d’apprentissage.
b- En cours d’apprentissage : elle est formative. Elle cible la régulation, et permet de rectifier le tir, aussi bien chez l’apprenant que chez l’enseignant.
c- En aval du projet : elle est sommative. Elle établit le degré d’atteinte des objectifs et sanctionne les compétences des apprenants.
II. Démonstration :
A présent, nous allons voir comment cette pédagogie de projet s’est réalisée dans une expérience personnelle, concluante.
A. Présentation de la classe visée :
C’est une classe de 3ème année du collège. Ce sont des adolescents de quatorze à dix-sept ans. C’est une classe mixte où les filles confirment leur réputation d’élèves studieuses. Le niveau de la classe est assez moyen, si ce n’est deux ou trois filles brillantes.
B. Le programme officiel et le profil de sortie :
Au niveau de la troisième année, le premier semestre est consacré à la correspondance et au récit de vie. Le deuxième semestre est réservé au récit romanesque.
Notre travail qui s’est inscrit dans la visée de projet, correspond à ce deuxième semestre. Le programme officiel impose les contenus suivants :
- Dans la lecture, le schéma narratif.
- Dans la langue/ communication : la coordination, les propositions principales et les subordonnées : de cause, de conséquence, de temps, de comparaison, de concession et de condition. Il faut savoir faire une concession, raisonner à partir d’hypothèses, et persuader.
- Dans la production écrite : adopter le point de vue du narrateur ; imaginer la complication d’un récit, opérer un retour en arrière ; passer du récit au dialogue et inversement ; raconter à partir d’un support iconographique ; introduire des péripéties, les rebondissements ; le dénouement et ou l’état final.
Le profil de sortie serait un apprenant sachant rédiger un récit qui correspondrait au schéma narratif.
C. La mise en pratique :
Nous nous sommes mis d’accord sur l’idée de produire un récit. Et suivant un planning mensuel distribué aux apprenants, à la fin de chaque activité, nous dégageons une notion ou une structure qui figure dans le programme officiel, et nous l’utilisons pour élaborer et développer notre récit. Une phrase ou deux suffisent, d’autant plus que le temps imparti au projet ne doit pas dépasser quinze minutes par séance.
A présent, nous allons voir un extrait de ce travail. Ce qui est en rouge représente les activités de langue/communication, et des indications se rapportant aux objectifs de la production écrite, et qui sont liés à ceux de la lecture, seront mises entre parenthèses.
Voici le texte obtenu :
Situation initiale = Les verbes à l'imparfait
En 2000, à Casablanca, vivait une famille de condition modeste. Le père exerçait un petit métier qui lui permettait d’envoyer ses quatre enfants à l’école. La mère, quant à elle, grâce à la broderie qu’elle pratiquait, elle complétait les besoins de la maison. Mohcine et Moussa étaient des jumeaux. Mohcine venait de passer au lycée avec juste la moyenne mais Moussa avait doublé cette année. L’échec de ce fils faisait un nuage dans la vie tranquille des Khairs. En effet, Moussa commençait à détester l’école.
(L'incident =Indicateur temporel + le passé simple)
Ce jour- là, justement, il ne se leva pas à l’heure. Sa mère vint alors le secouer :
(Dialogue dans le récit= temps du discours)
-Moussa, debout avant qu’il ne soit trop tard !
Ouvrant les yeux, il lui répondit :
-Maman, s’il te plaît, laisse-moi me reposer. Je suis trop fatigué pour sortir. Et sous prétexte qu’il avait déjà le programme, il informa sa mère qu’il allait s’absenter ce jour-là.
La mère avait trop de choses à faire c’est pourquoi elle le laissa et partit préparer la petite Nada qu’elle devait déposer à la maternelle du coin ! Tout en vérifiant le gouter de la petite, la mère ne cessait de se demander ce qui avait bien pu changer dans sa petite maison, après tout , heureuse !Un garçon qui ne voulait plus aller à l’école, un autre qui plongeait de plus en plus dans la prière et la solitude !Heureusement, Rachid ,lui , était un bon élève et ses résultats faisait la fierté de son père .
En rentrant, la maman trouva sa voisine qui l’attendait sur le pas de la porte. Celle-ci lui dit :
(Dialogue dans le récit = temps du discours)
-Alors Nejma, tu as déposé Nada ? Je crois que tu as un peu de temps pour voir un tissu que je voudrais broder ?
La maman lui demanda de lui accorder un moment pour remettre de l’ordre chez elle avant de la rejoindre ! Et ajouta qu’elle voulait aussi la voir car elle avait quelques soucis à lui raconter !
Une heure plus tard, chez la voisine, un vert de thé à la main, Nejma commença son récit:
(Adopter le point de vue d'un narrateur)
« Écoute lalla Khadija, tu es comme ma sœur et je vais me décharger du poids qui commence à peser sur mon cœur ! Mon fils Moussa ne veut plus aller à l’école, et Ali, mon mari n’en sait rien encore, et je tremble à l’idée qu’il apprenne cela. Et puis, Mohcine, qui normalement a réussi et doit être content de la vie, et bien, je ne sais pas ce qui lui arrive. Il est devenu un vrai pratiquant de la religion et même un peu trop ! Il prie plus qu’il ne vit. L’autre jour, un certain Yahya est venu le chercher. J’étais étonnée de voir ce jeune homme barbu qui demande après mon fils. Et quand je lui ai demandé de me donner des explications, il m’a juste répondu que c’était désormais son seul et vrai ami ! Que dois-je faire ?je sens que ma maison va partir en ruine ! »
(Naissance d'un héros)
Plus tard, pendant que sa mère préparait le repas, Moussa se demandait comment il pouvait communiquer à sa mère le projet qui commençait à grandir de plus en plus dans sa tête.
(Présenter son projet)
Partir à l’étranger, tenter sa chance là-bas, comme beaucoup de jeunes ! Mais comment sans papiers et sans argent ? Surtout l’argent ! Il avait quelques idées, mais pouvait-il parler ? Arrivé à la porte de la maison, Moussa avait son idée et il était décidé à parler à sa mère. Ainsi, dans la cuisine, et de crainte que sa mère ne le prenne mal, il commença par la maternelle :
-Maman, je viens de passer devant la maternelle et cela m’a rappelé de beaux souvenirs.
Sa mère, regardant l’heure sur l’étagère au dessus de l’évier, sursauta et dit :
-Mais c’est l’heure d’aller chercher Nada. Mercredi, la maternelle ferme l’après-midi. Moussa lui proposa alors de surveiller la cuisson du repas, car il n’avait pas le courage de revoir la vieille directrice.
(Montrer une qualité chez le héros)
Resté seul maître de la cuisine, Moussa, tout en ayant un œil sur le tajine dans sa phase finale, eut l’idée de préparer une salade de crudités, qu’il savait d’ailleurs bien faire. En un tour de main, tous les légumes qui restaient y passèrent. Quand Nejma rentra, elle fut étonnée de voir le chef-d’œuvre que son fils réalisa. Et dès que les compliments furent faits, Moussa profita de l’occasion pour attaquer :
(Faire preuve d'intelligence et de courage)
-Dis maman, tu sais comment les parents de Majid ont acheté leur voiture ?
Sans se douter de quelque chose, Nejma répondit :
-Evidemment ! C’est grâce à Majid qui leur envoie de l’argent.
Moussa rassembla son courage et lança :
(Déclarer son projet)
- Pourquoi alors, je ne ferais pas comme lui ?
Interloquée, Nejma, croyant que cela ne valait pas la peine d’en parler, finit par lâcher :
-Avant de savoir si ton père va accepter ou non, tu as pensé à l’argent qu’il faudrait ?
Moussa hésitant un peu, finit par lancer :
(Affronter les opposants)
-Et pourquoi tu ne vendrais pas ce petit morceau de terrain que tu as à la campagne ?
(Fin de la partie qui correspond au planning du mois de février).
Conclusion :
A. Synthèse :
Meirieu conseille d’utiliser la pédagogie de projet pour donner un sens aux tâches des apprentissages. Cette pédagogie intègre dans ses fondements aussi bien l’enseignement par objectifs que l’enseignement par compétences.
Le projet permet de répondre à ce besoin de se sentir impliqué dans une situation-action. En effet, l’apprenant qui est placé en situation de résolution des problèmes, c’est-à-dire en situation de recherche-action, participe au processus d’apprentissage, et peut s’approprier les savoirs plutôt que de les subir.
B. Les limites :
La pédagogie de projet est certes efficace, cependant, on ne peut l’utiliser d’une façon systématique. En effet, certaines activités ne peuvent figurer dans le cadre d’un projet. Pour n’en citer que quelques-unes, la conjugaison, l’orthographe, l’écriture, demandent un effort de suivi individuel.
Il ne faut pas non plus prétendre impliquer tous les apprenants, et il faut pouvoir varier les méthodes dans le souci de toucher un plus grand nombre d’apprenants dans leur diversité.
NB; ce qui est en rouge ou  en bleu,  ce sont les leçons  du programme!

  



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  Mettre la production écrite à l'esprit du temps
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 Réponse N°1 30041

Merci infiniment M. Jaafari !!Je vous suis très reconnaissant !
  Par   ElFattahi Younes  (CSle 05-03-13 à 19:02



Merci infiniment M. Jaafari !!Je vous suis très reconnaissant !





 Réponse N°2 30043

Mes amitiés!
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 05-03-13 à 19:47



Cher collègue! c'est un réel plaisir de vous connaître!





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