Pour une femme, être collègue, c'est pas facile!

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 17-09-12 à 12:42  Lu :5313 fois
     
  
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Voici quatre entretines, tirés d'une enquête sur la relation couple au Maroc!


Veuillez excuser les maladresses, les hésitations, c'est une transcription de l'arabe, pour l'authenticité.( je ne vous raconte pas combien de temps, il a fallu, pour transcrire de l'oral (enregistré) puis traduire en français)



Individu: 1 (Homme)
Bien sûr, il y a une grande différence entre la vie de couple d’autrefois et celle d’aujourd’hui. On ne dit pas une différence mais une grande évolution. Le plus important changement est celui de la notion de « chef de famille ». Jadis, l’homme était le chef de la famille, c’est lui seul qui prend les décisions. Il avait une autorité absolue bien sûr, il ne partage pas la décision avec sa femme …..La femme n’avait pas d’opinion en aucune chose .Ceci nous l’avons vécu avec nos parents…..dans notre génération, l’homme est toujours celui qui prend les décisions et les femmes doivent avoir son autorisation avant de faire la moindre chose. Ça veut dire……..ces idées ont régné autrefois et elles persistent un peu jusqu'à maintenant. Mais avec le changement de la situation de la femme, elle a obtenu une liberté relative grâce au travail et le fait d’avoir son argent. Ceci lui a permis d’avoir une part de la décision et un poids dans sa famille. Ceci lui a permis d’avoir plus de respect au sein de sa famille.
L’homme est désormais obligé d’être plus souple… maintenant il y a un changement la femme peut exprimer son opinion librement. Et dans la plupart des cas l’homme ne prend une décision qu’avec sa femme même s’il ne reconnaît pas cela devant tout le monde car il considère encore ce comportement comme honteux ( h’chouma, machi rajla !). Ceci est vrai car personnellement je vois cela chez des hommes de ma famille comme mes beaux frères et aussi mes frères.
Il y a aussi un autre changement dans les rôles des deux époux, par exemple les tâches ménagères étaient collées aux femmes alors que maintenant on voit des hommes qui aident de plus en plus leurs femmes puisque les deux travaillent dehors. L’homme désormais cuisine, fait le ménage, et cette entre-aide est un point positif, car lorsqu’on dit couple cela veut dire que chacun complète l’autre, ils doivent partager tout, car Dieu a crée le couple pour que les deux partagent les peines de la vie ensemble ; parce que personne ne peut trouver quelqu’un qui va partager avec lui ses souffrances. Le but du mariage n’est pas seulement pour avoir des enfants mais aussi pour avoir quelqu’un qui vous accompagne durant toute la vie. A partir de cela il doit y avoir une entre-aide entre les deux époux, la femme doit aider son mari dans toutes ses tâches et vice versa, car le travail de la femme lui est imposé et ce n’est pas elle qui a choisi de sortir travailler. En effet la femme était obligée de sortir travailler vue les conditions où elle vit .Donc son travail est devenu une nécessité. Je veux dire que la femme lorsqu’elle a pensé au travail, elle a voulu aider par là son époux qui ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille tout seul, vu la cherté que nous vivons ; et l’homme lorsqu’il voit que la femme est sortie de son domaine et partie au domaine masculin, alors lui aussi doit contribuer dans le domaine qui était autrefois purement féminin….. Ceci est dû aussi à l’éducation, et quand elle est sortit au travail, il n’a plus de prétexte pour ne pas l’aider . Il doit laisser tomber les idées archaïques qui disent que le travail de l’homme à la maison est mal vu. Et aussi dans l’éducation des enfants, donc dernièrement on lui a assigné une nouvelle tâche, ce sont les devoirs scolaires de ses enfants. Et l’homme se contente de faire les courses, aller au café, regarder la télévision et lire les journaux et personne ne doit le déranger. C’est la femme qui va acheter les vêtements, elle cuisine, elle aide les enfants dans les devoirs scolaires. Tout cela a connu une certaine amélioration même si la femme fournit plus d’effort dans la vie en couple, Car on lui a ajouté de nouvelles tâches comme celle d’aider les enfants dans les devoirs scolaires, car ceci nécessite un effort considérable après une journée de fatigue dans la cuisine, le travail dehors, le ménage. En effet, il nécessite au moins deux heures par jour. Peut-être que les rôles que joue l’homme ont aussi changé, lui aussi a fait preuve de plusieurs sacrifices pour s’adapter à notre époque. Il y a désormais de plus en plus d’homme qui aident leurs femmes et qui partagent avec elles la décision. Ceci est dû aux droits que les femmes ont acquis. Chose qui a poussé les hommes à changer leurs idées. Parmi les choses qui contribuent aux changements de ces idées archaïques, c’est la nouvelle moudawana. Elle a permis aux femmes de prouver leur personnalité. Celui qui se marie aujourd’hui sait très bien que la femme n’est plus un jouet entre ses mains. Donc les idées ont changé pour la nouvelle génération mais ces idées persistent chez la génération de nos parents. Je parle maintenant en tant que homme marié, au sein de la famille, la situation a changé mais devant les parents et les membres de la grande famille on doit montrer l’image classique de l’époux. On procède à cette hypocrisie sociale pour s’adapter aux règles de notre société. Personne ne doit porter préjudice aux autres et notamment à sa femme. C’est pourquoi on doit laisser tomber l’image négative qu’on a de la femme. .
La nouvelle moudawana a permis à la femme d’avoir un rôle crucial dans la société, sa voix est devenue de plus en plus écoutée . Les hommes ne peuvent plus sous-estimer les femmes comme autrefois.
Vous m’avez demandé les changements dans les rôles du couple, il ne faut pas oublier le problème de la violence contre les femmes. Autrefois, l'homme pouvait frapper sa femme, l’insulter et l’humilier, ceci est devenu rare, car en cas de conflit, elle ne se tait plus, elle répond avec les mêmes insultes que celles de son époux et elle se défend. Ceci est un changement radical dans leur relation. Avant l’homme était libre de répudier sa femme si elle désobéit à son autorité, et ainsi il détruit son avenir et celui de ses enfants. En plus, celle qui est divorcée est mal vue par la société. Personne ne veut d’elle mais grâce à la moudawana elle peut désormais se défendre et sa voix est entendue. Et l’homme ne peut plus répudier sa femme pour la moindre des choses, car s’il veut divorcer, il doit penser à plusieurs choses. La relation matrimoniale n’est plus comme un jeu. Je pense que le taux de divorce après la moudawana a diminué mais aussi le taux de mariage, car les hommes ont peur de se marier puisqu’ils ne peuvent plus imposer leur autorité d’autrefois. Ceci pour les jeunes qui gardent toujours la mentalité archaïque. Un autre changement que le couple a connu, entre jadis et aujourd’hui, je veux parler de l’argent ; le coran dit que c'est l’homme qui assume la responsabilité matérielle, il se charge de tous les besoins de sa famille. Aujourd’hui la femme et l’homme font les mêmes travaux. Mais puisque les femmes revendiquent les mêmes droits que les hommes, et tous les deux travaillent, la plupart des femmes ne veulent pas reconnaître que cette égalité doit être aussi dans la participation matérielle dans sa famille. De nombreuse femmes, même si elles ont un revenu stable ne veulent pas prendre des charges matérielles stables en prétendant que c’est l’homme qui doit se charger de la totalité des charges et qu'il doit être capable de subvenir à ses besoins. Ces femmes n’assument même pas les charges de leurs vêtements. Notre époque est devenue de plus en plus matérialiste .Si on cherche les causes des conflits entre les époux on trouve qu’un grand nombre de ces conflits est du aux problèmes matériels. Le mari attend toujours que sa femme comprenne qu'elle doit s’occuper de quelques charges pour l’aider. Sa participation n’est plus facultative mais obligatoire. Ceci est dû à la réalité et à la cherté de la vie actuelle. C’est rare de trouver un homme capable de subvenir à tous les besoins de sa famille. S’il y a un accord en ce qui concerne les choses matérielles, il n y aura plus de conflit. Parfois le mari veut parler des choses matérielles en faisant des conflits sous d’autres prétextes, il veut montrer à sa femme qu’elle n’accomplit ni son devoir dans sa maison ni aider son époux matériellement... Ici les femmes deviennent égoïstes, car elles veulent la liberté totale sans avoir de responsabilités. A mon avis, l’entre-aide entre les deux époux est essentielle pour la continuité du couple. Leur vie doit être construite sur la compréhension mutuelle et l’amour, ils doivent avoir le sentiment de partager tout. Il ne doit pas y avoir d’égoïsme dans la vie du couple. Jadis l’égoïsme était de la part de l’homme, il s’habille bien, il mange bien, il vit bien et même les femmes voulaient que leurs époux aient une valeur devant les voisins, car elles trouvaient un certain bonheur en cela. L’homme était égoïste car il avait plusieurs dépenses personnelles au détriment de sa famille: les festins, les sorties, au café.
Maintenant les hommes s’occupent plus de leurs familles et certaines femmes sont devenues plus égoïstes, elles s’occupent plus de leur vie personnelle que celle de leur famille. Il ne doit pas y avoir d’égoïsme dans la vie de couple mais bien entendu de l’amour, du sacrifice l’un pour l’autre pour la continuité de la vie en couple.
Enfin je veux parler du côté émotionnelle dans la vie en couple. Autrefois, le mari n’exprimait jamais son amour à sa femme, la vie était sèche par contre aujourd’hui je constate chez les jeunes couples l’expression de l’amour même devant les parents ou les enfants. Le mari peut lui dire "je t’aime" devant les enfants. Ceci est dû peut être à l’influence des autres cultures et l’impact de la télévision. Je vois que ce changement est favorable à l’inverse de la vie du couple d’autrefois où la vie était sèche. C’est tout ce que je peux dire en ce qui concerne le changement des rôles des femmes et des hommes dans la vie du couple.
Individu 2 (homme)

Vous me demandez de parler du couple ; mais au Maroc, on parle de la famille. Cette question de couple, c’est récent. Il ya une différence entre le Maroc et l’occident, ou d’autres pays où le mariage ne veut rien dire.
On est un pays musulman, et il y a ce qu’on fait, ce qu’on devrait faire et ce qu’on pense. Donc, il y a des choses qui ont changé, dans la société, et en particulier le mariage, ou la vie en couple. Désormais, on peut parler dans les grandes villes du Maroc, de la vie en couple. La vie en couple c’est fonder une famille, et pour fonder une famille, il faut être, si j’ose dire un peu aisé, parce que, comme vous savez tout a changé, au Maroc. Tout le monde a changé. Les conditions de vie ont changé, les familles aussi. Même la manière de sa marier : avant, il y avait les hommes qui choisissaient de se marier, et je ne dis pas « ils choisissaient la mariée », parce qu’ils ne savaient rien de la mariée, que ce qu’on leur disait. Les jeunes hommes, ce sont leurs parents qui les mariaient, dès qu’ils avaient atteint l’âge de la puberté ; parce qu’il y avait des contraintes. Nous autres musulmans, on dit que la fait de se marier, ça complète la religion. Le fait de se marier ça donne un autre statut. On a droit de participer aux grandes décisions. On gagne un statut dans la société ; c’est ce qui se passait avant. Donc, je disais, le père choisit pour son fils, non pas la fille idéale, mais la famille idéale. Et c’est le plus souvent dans la grande famille : pour des raisons d’héritage, et de sauvegarde des biens.
Aujourd’hui, les critères du mariage ont changé. Avant la femme, n’avait pas le droit de choisir son mari. Mais maintenant, il faut une certaine entente. Ils se choisissent. Aujourd’hui, les couples vivent dans les appartements. La femme qui reste à la maison, se sent prisonnière. Elle est à l’étroit. Les hommes sortent, vont au café, et ce n’est que la nuit qu’ils rentrent à la maison pour accomplir leur rôle de chef de foyer. Quand l’homme est autoritaire, il impose à la femme des conditions qui ne sont pas humaines. Elle ne sort pas, n’ouvre pas la porte, ne regarde pas par la fenêtre. C’est lui qui gère tout. Hors de la maison et dans la maison. La femme elle-même est un objet qu’il gère : ne fais pas ceci ! Pourquoi tu as fait cela ? Il croit qu’elle n’a pas le droit de lui proposer quelque chose : ce serait une atteinte à sa virilité d’homme qui commande. Il ne se sent plus homme quand la femme lui dit de faire quelque chose : c’est pour cela qu’il y a des problèmes au sein du couple.les enfants, s’ils sont bien éduqués ce serait grâce à l’homme, sinon c’est la faute à leur mère. Il y a toujours cette mentalité que la situation normale de la femme c’est la maison. Cette femme elle-même est considérée comme faisant partie des enfants, que le mari doit contrôler et éduquer mais aussi punir.
Même, quand la femme travaille, dès que le mari a une augmentation de salaire, il demande à la femme de quitter son travail pour s’occuper de la maison et de ses enfants. Ce qui veut dire que c’est une question économique. Si on gagne bien, on vit bien. On a le temps pour les enfants, pour la famille, la grande famille. Sortir, faire des voyages.
Revenons à cette femme qui travaille. Elle est doublement stressée : elle travaille en dehors de la maison, et elle travaille à la maison. Cela veut dire qu’elle a des problèmes au foyer et des problèmes dehors, et rares sont les hommes qui écoutent les problèmes de leurs femmes. Tout le monde rentre le soir à la maison fatigué, il n’a pas envie d’écouter les problèmes des autres.
Ceci a beaucoup influencé même la relation intime au sein du couple. La nuit est réservée à l’intimité, normalement. La nuit c’est pour se calmer, prendre des forces. Normalement, dans la chambre à coucher, il ne faut pas faire introduire les problèmes. Même, la télévision, ne doit pas être dans la chambre à coucher ; il faut prendre du temps pour l’autre ; et si on a le temps pour l’autre, 80 pour cent des problèmes perdent de leur force.
Donc, après un certains temps passé ensemble, parfois 30, 40 ans, on se rend compte qu’on n’est pas faits pour vivre ensemble, qu’on ne connaît pas la personne avec qui on partage sa vie. Et dès lors, on cherche des prétextes pour divorcer. Alors, si on ajoute les mentalités archaïques aux conditions économiques, vous comprenez bien, que la vie du couple au Maroc n’est pas du tout rose, si vous comprenez ce que je veux dire.
C’est vrai que La vie de couple au Maroc est en train de changer : c’est un début de changement : un projet. On est en transition. Dans moins de dix ans les choses changeront beaucoup. Je ne peux pas dire si c’est positif ou négatif, mais il y a toujours un prix à payer. Certes, on ne peut pas dire que le taux de divorce qui a diminué cela veut dire que les couples s’entendent mieux, parce qu’il ne faut pas oublier que le divorce aujourd’hui est problématique, et beaucoup de couples, vivent dans les problèmes sans pouvoir se séparer, ou encore les partenaires choisissent de nouer des relations hors mariage pour combler l’échec de leur union, qui devient forcée. Il ne faut pas oublier les enfants, ces parents essaient de garder une vie de couple pour leurs enfants et non plus pour eux- mêmes.
Enfin, on peut dire que même si la société marocaine a beaucoup changé, s’est modernisée, la femme est un instruite, elle travaille, elle participe à la gestion du foyer, elle partage les décisions avec son mari, toutefois, les mentalités n’ont pas suivi les changements, et c’est toujours l’idée que l’espace public est réservé aux hommes et que la vraie place de la femme est dans son foyer.
Individu 3 (femme)
La vie de couple a connu beaucoup de changements, Il n’ya pas longtemps c’était  l’homme qui travaillait dehors. C’était lui qui faisait vivre sa famille. Par contre, la femme restait à la maison pour s’occuper de ses enfants, elle fait les tâches ménagères et attend le retour de son mari, ce retour qui était comme un cérémonial.
Mais cela a changé, la femme instruite travaille dehors, occupe des poste de plus en plus important, et son travail n’est pas une chose secondaire. Au contraire. On peut dire que la majorité des hommes qui veulent travailler recherchent des femmes (jeunes filles) qui travaillent. En effet, ce n’est plus possible de vivre avec un seul salaire, et comme on dit : une seule main ne peut pas applaudir. Alors, l’homme qui se marie avec une femme qui travaille doit l’aider dans plusieurs choses. Parce que cette femme, elle continue à s’occuper de sa maison et elle ne peut pas tout faire. Aujourd’hui nous trouvons des maris compréhensifs qui n’hésitent pas à partager les taches domestiques avec leurs femmes. C’est vrai que la vie moderne a un peu facilité la vie : avec les machines à laver, les micro-ondes, les repas congelés, les restaurants, ou snack un peut partout, mais c’est qu’il faut aussi avoir de l’argent. Et donc, ce salaire de la femme, va dans sa grande partie dans ces choses-là.
Mais, malgré tout cela, la femme a beaucoup de choses à faire à la maison, et quand elle ne trouve pas une bonne, elle est obligé de passer à la tâche, surtout quand il y a les enfants. Souvent, le mari laisse la femme faire tout cela toute seule : s’occuper des enfants, surveiller les devoirs, les emmener à l’école, les baigner, et donc, elle n’a pas le même temps de repos que l’homme prend après le travail, même s’ils font le même travail. Alors, il doit l’excuser sa femme au cas où il ne trouve pas le repas prêt, ou autre chose, qu’il peut faire lui-même.
En plus des tâches que la femme assure, elle continue de gérer le budget de la maison, de sorte qu’elle est responsable de la part que lui donne son mari, et de celle qu’elle met elle-même, et très souvent, elle dépense le double pour assurer une bonne vie à sa famille, et ceci elle le prend sur son salaire. Il ne faut pas oublier que les hommes n’aiment le luxe et le confort que s’ils ne le paient pas : bonne nourriture, beaux vêtements, écoles privée pour les enfants…
On peut dire aussi, que c’est une question de mentalité ou d’éducation. Il y a des hommes qui ont appris à respecter les femmes, et il y a des femmes qui ont appris à se faire respecter. Et donc tout cela doit être pris en considération dans le choix des partenaires avant le mariage. Il ne suffit pas d’avoir un coup de foudre pour vivre heureux. La vraie vie et le vrai bonheur se trouve dans ce respect et ce partage des tâches et des rôles.
Mais comment cela peut être possible, si la fille, qui va devenir femme, n’est pas instruite, et n’a pas continué ses études jusqu’à avoir les diplômes qu’il faut, pour, d’une part, être cultivée, et de l’autre avoir un meilleur travail ?
Tous les problèmes que connaissent les femmes, c’est parce qu’elles avaient arrêté leurs études quelque part, par leur faute, ou par la faute de leurs parents qui voulaient les marier trop tôt, pour se débarrasser de ce qu’ils estimaient comme un problème urgent à régler : c’est-à-dire caser leurs filles.
Heureusement, aujourd’hui, cela a beaucoup changé. C’est la fille qui choisit son destin, et généralement, si elle a suivi sa scolarité comme il faut, -et les filles réussissent mieux que les garçons-, elle n’aura aucun mal à travailler et à prendre le temps de choisir elle-même son mari, qu’elle aura d’abord connu, avant de le présenter à ses parents. Il faut dire que les choses ont changé dans le sens où les filles n’ont plus peur de penser que leur réputation va être entachée si elles font quelques connaissances avant de choisir : les hommes ne sont plus aussi exigeants en matière d’innocence des filles, et il faut dire que la grande ville favorise aussi l’anonymat.
Un autre changement, c’est qu’on ne se marie plus dans la même classe sociale : et ces des deux côtés, c’est-à-dire que ça peut-être le mari ou la femme qui est de la classe favorisée. Et même, au niveau des diplômes et du travail, on trouve beaucoup de femmes mieux diplômées que leurs maris et qui exercent un métier plus intéressant et mieux payé.
Maintenant, en cas de problèmes, entre les partenaires, qui pour une raison ou une autre, n’ont pas pu avoir une vie équilibrée, la loi a prévu de sauvegarder les droits de la femme et des enfant .la nouvelle moudawana a contribué à garder une dignité à la femme. En effet, maintenant l’homme ne peut pas répudier sa femme quand il veut, mais bien au contraire il doit réfléchir cent fois avant de prendre une telle décision. Toutes les contraintes matérielles qui suivront un divorce obligent les hommes à renoncer et à essayer de trouver des solutions, pour les problèmes qu’ils auraient pu éviter avant le mariage. Ou pendant, le mariage. Parfois, de simples mots gentils de l’écoute, de la tendresse, une harmonie, même (et surtout) dans les relations intimes, sexuelles, peuvent rendre un couple heureux, bien plus que l’argent.
Individu 4 (femme)
Ce que je peux dire tout d’abord, c’est qu’on n’a commencé à parler de la femme que lorsqu’elle a commencé à travailler. C’est à partir de ce moment-là qu’on a commencé à parler de la condition de la femme. Parce que d’abord, c’est une femme qui a fait des études.qui va travailler, et qui commence à avoir des problèmes.au sein de son foyer, des conflits : le mari ne veut pas la laisser sortir, refuse qu’elle aille travailler, enfin, il y a beaucoup d’exemples, que je vais essayer de citer là ,au hasard, en désordre , sans aucune cohérence, si vous voulez : ça fait partie de notre culture marocaine, ça existe encore, il ne faut pas dire que notre société a changé, que nous sommes devenus modernes. On a toujours, cette mentalité qu’on a héritée de nos parents ou de nos grands-parents. Donc, ce mari, ne la laisse pas sortir, n’accepte pas les visites de sa famille.
Mais la femme a beaucoup travaillé pour changer cette mentalité : il y a les associations, ce qu’on appelle les féministes, il y a aussi tout le travail sur la moudawana que le Roi a demandé de faire. Et en réalité, l’Islam demande aussi à respecter la femme. Il nous a donné beaucoup de droits mais, les hommes, ne veulent pas respecter, et ne font que ce qui les arrange.
Nous avons dit que cette femme qui travaille, elle continue à faire les tâches ménagères. Elle est instruite, diplômée, elle travaille c’est son droit. Elle veut travailler, mais elle continue à faire son travail domestique. Moi, quand, je me suis mariée, j’étais encore à la faculté, et j’ai dû la quitter parce que j’étais enceinte. Là, il y a cette différence, qu’il y a entre les hommes et les femmes c’est que les femmes vivent cette condition de la maternité, et que les hommes trouvent tout à fait normale, et sans contrainte. Et par exemple, pour le travail cela pose des problèmes, aussi bien à la maison que dehors. Moi, j’ai arrêté mes études, mais plus tard, quand, je voulais travailler- j’ai trouvé une place dans une école privée, comme institutrice, j’ai trouvé beaucoup de problème avec mon mari, pour le faire accepter. Mais, finalement, il a compris que c’est d’abord, un besoin de prouver qu’on sert à quelque chose de plus que le ménage, et puis, c’est une aide matérielle qu’il ne pouvait refuser.
Heureusement, que pour moi, mon mari c’est quelqu’un qui aime occuper son temps, c’est un bricoleur, un touche-à-tout. Et il cuisine très bien, même mieux que moi : ne dit-on pas que les meilleurs chefs-cuisiniers sont des hommes ? Mais, il fait aussi la vaisselle, et vraiment, il m’aide beaucoup. C’est surtout, lui qui demande à faire les choses, parce qu’il les fait plus vite et sans gaspillage. Vous savez moi cela m’a beaucoup arrangée. Et cela dure depuis vingt ans déjà, et il n’y a aucune raison pour que cela change. De sorte que quand je suis en retard, ou que je m’absente de la maison, je n’ai aucun souci.
Peut-être, cela est dû aussi à notre différence d’âge :C’est un petit vieux il est plus âgé que moi de, de 12 ans. Je suis en quelque sorte sa fille. Je plaisante bien sûr. Mais de toute façon pour moi, je trouve que c’est bien cette différence, cela permet de rétablir l’équilibre. C’est vrai, les premières années je me disais que j’aurais dû réfléchir avant de me lancer dans ce mariage, mais avec le temps, j’ai compris que j’avais une chance d’être acceptée et d’être aimée et aidée tel que je le suis. Les femmes qui travaillent aident beaucoup leurs maris dans les dépenses de la vie. Cela permet souvent d’acheter une maison. Je crois sincèrement que c’est par le travail que la femme a acquis le droit d’avoir son mot à dire, puisqu’elle travaille , puisqu’elle rapporte de l’argent ; puisqu’elle peut être indépendante, et donc , elle est cultivée, elle a son mot à dire, elle choisit, elle décide : elle participe aussi bien des finances que des décisions .C’est maintenant une habitude dans les couples, et tous les couples de ces dix dernières années , les partenaires décident de tout ce qui concerne leur avenir , que ce soit l’achet d’une maison, ou l’éducation des enfants, ou même la naissance de ces enfants, le nombre d’enfants. Avec la contraception, la femme s’est beaucoup libérée, et s’occupe beaucoup plus de sa santé et de ses apparences. Elle tient à rester belle, ou présentable, aussi bien pour son mari, que pour les gens qui la connaissent, ou les autres aussi. C’est une question de liberté individuelle qu’on commence à voir, avoir. Pour être acceptée dans la société, il faut donner bonne figure, sans que cela touche à la réputation de la personne.
Vous m’avez demandé de vous parler aussi de la relation intime, et bien, je crois que la relation entre le mari et sa femme, a beaucoup évolué. Nous nous vivons plus dans les traditions de nos parents. Les couples aujourd’hui ont beaucoup de complicité, et c’est quelque chose que je peux dire parce que les femmes en parlent entre elles, et avec fierté, à l’inverse des hommes à qui la religion interdit d’évoquer les relations conjugales entre eux.
Pour terminer, je crois que les femmes ont beaucoup gagné déjà, et que tout ce qui peut venir ne fera qu’améliorer encore plus la vie de la société en général.
Brève analyse

Des quatre entretiens que j’ai difficilement arrachés aux gens, qui se montrent assez réticents à parler de sujet de mariage et de couple, surtout quand ils se sentent impliqués, j’ai pu dégager les thèmes suivants : L’autorité des maris, l’entente entre les partenaires, le travail de la femme, et le changement de la situation de la femme.
a- L’autorité des maris :
En ce qui concerne, l’autorité des maris, nous constatons, que c’est un sujet qui est toujours à l’ordre du jour, puisque chez les interviewés, cette notion s’impose d’elle-même dans la société marocaine. En effet, l’héritage de l’éducation traditionnelle, patriarcale, se reflète dans les comportements des hommes. Ils ont toujours tendance à vouloir exercer leur autorité sur les femmes. Le mari veut tout contrôler, dans le foyer, et même, ce qui se rapporte à la vie personnelle de sa femme.
Pour l’individu1, un homme, il est dans la double attitude, puisque d’une part, il reconnaît les changements survenus dans les comportements des hommes envers les femmes, mais de l’autre, il reproduit les schémas des schémas archaïques devant les parents et les membres de la grande famille, qui sont toujours dans les valeurs traditionnelles.
Pour l’individu 2, lui aussi un homme, malgré sa prédisposition à l’attitude de rupture, puisqu’il est pour le changement, il reconnaît le poids de la société qui véhicule encore toutes les manifestations de la domination masculine. Toutefois, il soulève la responsabilité aussi de la femme, dans cette incorporation de ces discriminations.
Les deux femmes quand à elles, elles sont dans la rupture, puisqu’elles n’admettent pas cette attitude. Elles justifient toutes les deux ce rejet en arguant la question de l’éducation chez les hommes, le niveau d’instruction chez les femmes. Pour elle, ce qui justifie cette attitude d’autorité chez les hommes, c’est le fait d’épouser des femmes qui ne sont pas instruites d’une part, et de l’autre, si l’éducation a inculqué aussi bien à l’homme qu’à la femme ces valeurs, ils les retrouveront dans leur vie de couple.
b- Le travail de la femme :
Les hommes admettent difficilement que les femmes travaillent dehors. Pour eux, une femme doit s’occuper de son foyer. Et s’ils sont obligés de reconnaître ce travail, c’est surtout pour se faire aider face à la cherté de la vie. Toutefois, si le mari peut subvenir aux besoins de la vie, ils préféreraient que sa femme rejoigne le foyer.
Quant aux femmes, elles considèrent le travail comme une suite logique de leurs études, puis, c’est une aide financière, et surtout c’est un moyen de se faire valoriser et d’avoir son mot à dire dans la vie du couple.
c- L’entente entre les partenaires :
C’est une notion qui commence à se faire une place dans les foyers. Surtout, dans les nouveaux couples. Ce sont généralement des gens qui se sont choisis. Ils travaillent tous les deux. Ils se respectent et s’entraident.
L’homme considère que l’entente c’est laisser la famille travailler, et l’aider à faire quelques tâches domestiques, alors que la femme réclame en plus, de l’écoute, une sensibilité, et de l’affection. Pour elle, l’entente doit venir, de la possibilité qu’à la femme de choisir son partenaire et de prendre le temps de se connaître.
d- le changement de la situation de la femme
Les hommes confirment le changement que connaît la situation de la femme. Pour eux, c’est une suite logique du progrès de la société. Ce changement se résume en deux points, à savoir le fait d’accéder au travail, et l’apport de la Moudawana dont ils ne retiennent que la force dissuasive des difficultés liées au divorce.
Les femmes considèrent les acquis comme droits logiques, ce qu’elles réclament c’est plus de compréhension et d’entre-aide de la part de leurs époux.


  



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 Réponse N°1 27361

Grand sociologue
  Par   Samira Yassine  (CSle 17-09-12 à 14:44



que vous êtes , M Jaafari, vous avez étudié les relations entre l'homme et la femme dans ses différents aspects allant de l'homme juste envers sa femme à la femme égoiste s'accaparant son salaire et même celui de son époux.

Chapeau! Une analyse, le moins que l'on puisse dire, intéressante ! J'ai adoré !

J'ajouterai juste une petite information. Sachez, cher frère, que la femme est bien consciente de ses droits, que si une femme a tous les atouts pour se faire respecter par son mari et qu'"elle ne le fait pas" c'est parce que ce mari la respecte a sa façon et elle le sait bien dans son consentement et sa résignations; des fois certaines concessions s'imposent pour exprimer sa reconnaissance à l'autre. Sinon" la liberté s'arrache et ne s'accorde pas "

C'est ma philosophie , à moi, que peu de gens comprendront.





 Réponse N°2 27362

Oui,
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 17-09-12 à 16:10



effectivement, Madame! qui peut discuter une telle conception avec la philosophe que vous êtes!

En effet,toutes les femmes(marocaines) sont conscientes de leurs droits!et c'est la pemière étape du progrès!la deuxième est qu'elles les ont, du moins, en partie , parce qu'il faut les concrétiser!

cependant, la troisième étape, et la plus importante, c'est qu'il ne suffit pas d'avoir ses droits! , il faut surtout savoir en faire quoi!

c'est dans ce sens-là, que beaucoup de femmes renoncent à cette quête, et préfèrent se laisser prendre en charge partiellement ou totalement, par le mari!quitte à se laisser de temps en temps, marcher sur les pieds!

C'est comme dans le monde des affaires, on est chef ou on ne l'est pas! on peut négocier sur le même pied d'égalité, ou pas!Puis-je prendre le risque et la challenge de monter ma propre affaire et la faire fructifier, ou préférerai-je confier mon argent à la banque qui s'en chargera, et là, je ne gagne pas bien sûr, mais je ne perds pas non plus!,Ici, bien sûr, ce n'est qu'une comparaison, quand on parle d'argent!

Concernant,Mon avis personnel, j'adore le cas où le partenaire se laisse prendre en charge, que ce soit le mari ou la femme!

NB: quand un mari commande en chef, il sait faire la part des choses, et se limite à ce que peut faire une femme!

par contre, quand, c'est la femme qui est la chef, le pauvre mari, va tout faire, absolument tout!et ceci sans la moindre reconnaissance de la part de sa femme! (rire)





 Réponse N°3 27373

Je suis surprise de voir ce silence
  Par   Samira Yassine  (CSle 18-09-12 à 18:14



M Jaafari a analysé un sujet des plus importants qui touche de près notre vie quotidienne.

Je m'attendais aux interventions des collègues, plus particulièrement , les femmes.

Quelle est votre conception de cette relation avec nos collègues , les hommes , ne serait-ce que sur notre site?

Par ailleurs, que pensez-vous des témoignages récoltés par notre ami, M Jaafari ?

Merci





 Réponse N°4 27377

Mdame Yassine!
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 18-09-12 à 20:55

Ne vous en faites pas , ça viendra! vous devriez proposer autre chose, du genre:



 





 





 Réponse N°5 27379

Ok, M Jaafari.
  Par   Samira Yassine  (CSle 18-09-12 à 21:25



Je me débrouillerai pour vous trouver une caricature aussi belle et svelte que la dame . :))





 Réponse N°6 27380

NOOOOOOOOOOOOOOOON!
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 18-09-12 à 21:28



C'est pas vous! je le jure!!!!!!!!!!!!!!





 Réponse N°7 27381

Ouf!
  Par   Samira Yassine  (CSle 18-09-12 à 21:35



Vous me rassurez!!!

Mais comment vous le savez?

C'est un peu moi. :))))





 Réponse N°8 27382

Escusez-moi, M Jaafari
  Par   Samira Yassine  (CSle 18-09-12 à 21:37



Je n'avais pas lu le texte en bas de la caricature.

Oui ça viendra.





 Réponse N°9 27383

Voilà!
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 18-09-12 à 23:50



J'ai rétabli le texte avant la caricature!





 Réponse N°10 27384

Je devrai quand même
  Par   Samira Yassine  (CSle 19-09-12 à 07:19



trouvez une caricature pour vous, je veux dire pour l'homme, SSSiiiii Sayed avec de lonnnngues moustaches et lui aussi un morceau de bois à la main , mais ça sera pas une canne à plusieurs fonctions, dont la correction de ses femmes.





 Réponse N°11 27517

Vous êtes trop parfait pour
  Par   Samira Yassine  (CSle 27-09-12 à 11:29



que je puisse vous trouver une caricature.

je cherche depuis tout à l'heure , en vain.

Mes respects, cher ami.



ps: j'ai oublié, vous voulez toujours mon rouleau à patisserie? :))))





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