Polytechnique: epreuve de français-philosophie

 Par Hich-chou Mohamed  (Prof)  [msg envoyés : 16le 22-04-12 à 18:59  Lu :3561 fois
     
  
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Concours X 2012
Sujet :
« Le sens de l'injustice n'est pas seulement plus poignant, mais plus perspicace que le sens de la justice; car la justice est plus souvent ce qui manque et l'injustice ce qui règne. Et les hommes ont une vision plus claire de ce qui manque aux relations humaines que de la manière droite de les organiser. »
Paul RICOEUR

  



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 Réponse N°1 20469

proposition de réponse
  Par   moujahid bouchra  (Profle 27-04-12 à 14:49

Sujet :

« Le sens de l'injustice n'est pas seulement plus poignant, mais plus perspicace que le sens de la justice; car la justice est plus souvent ce qui manque et l'injustice ce qui règne. Et les hommes ont une vision plus claire de ce qui manque aux relations humaines que de la manière droite de les organiser. »

Paul RICOEUR

Si les conceptions de la justice diffèrent et foisonnent, à tel point que certains philosophes considèrent celle-ci comme une simple idée, voire comme un idéal qui ne peut se concrétiser dans le monde réel, celles de l'injustice semblent désigner une même et unique réalité qui s'impose à l'homme par le tort qu'elle lui porte. L'injustice par son effet concret ne peut que s'opposer au caractère abstrait de la justice. Dans ce sens, Paul Ricoeur affirme que « le sens de l'injustice n'est pas seulement plus poignant, mais plus perspicace que le sens de la justice; car la justice est plus souvent ce qui manque et l'injustice ce qui règne. Et les hommes ont une vision plus claire de ce qui manque aux relations humaines que de la manière droite de les organiser. ». Cette citation se présente sous forme d'un constat mettant en évidence la différence entre le sens de la justice et celui de l'injustice. Paul Ricoeur établit une comparaison entre les deux afin de rendre compte de la supériorité du sens de l'injustice par son effet et par sa subtilité. L'injustice a donc plus d'effet que la justice car l'effet négatif semble plus touchant voire plus accentué que l'effet positif, et elle est plus perceptible que la justice qui est difficile à cerner. Paul Ricoeur explique cette différence par la signification ou la nature de ces deux concepts dont les définitions s'opposent. Si l'injustice est l'état de quelque chose qui manque c'est-à-dire qu'elle se conçoit comme une absence ou du moins comme une insuffisance, la justice, elle, est l'état de ce qui existe c'est-à-dire qu'elle se conçoit comme une présence, comme un pouvoir qui domine dans la réalité. L'injustice est donc réelle, matérielle tandis que la justice en est la négation. Paul Ricoeur inverse ici la conception classique qui voit la justice comme quelque chose de positif et que l'injustice est une simple absence de justice. L'injustice serait ainsi de l'ordre de l'acte, de ce qui existe de facto alors que la justice n'existe que dans la pensée. Cette opposition prend plus d'ampleur aux yeux des hommes qui ont, par nature, tendance à accorder plus d'attention à la moitié vide du verre qu'à la moitié pleine. Les hommes d'après Paul Ricoeur, sont pessimistes et contradictoires car ils parviennent facilement à mettre la main sur les défauts, et les insuffisances des rapports humains sans pour autant être en mesure de suggérer des solutions pour y remédier pour compléter le manque et mettre de l'ordre là où il n'est pas. La lucidité des hommes serait donc inefficace, voire stérile car ils s'arrêtent au stade de la constatation amère de l'injustice sans pouvoir proposer une conception efficace et véritable de la justice.
Il serait donc question de voir comment la prise de conscience de l'injustice ne fait qu'accentuer le besoin de la justice et permettre à l'homme de s'approcher de la justice qui se conçoit plus comme une quête permanente que comme un acquis?

Afin de répondre à cette problématique, nous allons voir, tout d'abord, que l'injustice est une réalité tandis que la justice est un idéal. Ensuite, nous montrerons que l'expérience de l'injustice est bénéfique car elle permet à la justice humaine d'évoluer et de tendre vers la justice idéale. Enfin, nous démontrerons que la justice est un exercice permanent et non un acquis et que la quête de la justice est aussi importante que la justice elle-même.
L'injustice est une réalité concrète dans le sens où elle est perceptible par les sens, par opposition à la justice qui est un idéal, c'est une idée abstraite que l'on conçoit dans l'esprit, mais qui n'est pas perçue par les sens.
L'injustice est plus perceptible que la justice car elle engendre chez la victime un mal physique ou psychologique, et donc un préjudice matériel que l'on peut facilement voir ou prouver.
Ex: Electre se plaint des injustices que sa mère lui a fait subir, des injustices qui l'ont marqué physiquement et psychologiquement.
«Nous voici réduits à l'errance. Celle qui nous a enfantés
nous a vendus en échange d'un homme
Egisthe, le complice de ta mort.
Ma vie est celle d'une esclave, et privé de ses biens
Oreste est en exil, tandis que ce couple arrogant
jouit sans retenue du fruit de tes épreuves»Electre p.15
Ex: Dans les Pensées de Pascal, Jésus-Christ qui incarne l'image du sauveur était victime de l'injustice des hommes, il a souffert physiquement (la passion du Christ) et psychologiquement (délaissé et trahi par ses amis).
Fragment 553 «Jésus souffre dans sa passion les tourments que lui font les hommes (…) Jésus cherche quelque consolation au moins dans ses trois plus chers amis et ils dorment; il les prie de soutenir un peu avec lui, et ils le laissent avec une négligence entière»
Si l'injustice est souvent concrète, la justice elle est de l'ordre de l'abstrait. Elle est plus un idéal auquel on aspire et qui ne se concrétise pas toujours dans le monde réel.


La justice est une valeur supérieure voire un idéal qui demeure souvent inaccessible dans le monde imparfait des hommes.
Ex: Pascal affirme que l'homme n'a pas les moyens nécessaires pour accéder à la vérité et à la justice:
«La justice et la vérité sont deux pointes si subtiles que nos instruments sont trop mousses pour y toucher exactement.»fragment 82.
«Si l'on avait pu l'on aurait mis la force entre les mains de la justice, mais comme la force ne se laisse pas manier comme on veut parce que c'est une qualité palpable, au lieu que la justice est une qualité spirituelle».
Ex: En établissant le conseil athénien dans Les Euménides, Athéna instaure la base d'une justice institutionnelle qui a pour objectif de tenter de s'approcher de l'idéal de la justice.
«je vais choisir les meilleurs de mes citoyens
afin qu'ils rendent leur verdict du fond d'une pensée sincère
et sans violer leur serment au mépris de toute justice» p.82


La justice est une valeur positive, mais trop parfaite, alors que l'injustice est matérielle. C'est une réalité négative qu'on ne peut pas ignorer car elle nous dévoile notre image défectueuse, mais cette injustice elle-même est bénéfique car c'est elle qui nous lance à la recherche de la justice.


L'injustice par son caractère cruel ne peut être conçue que comme un mal et donc comme l'absence d'un bien qui est la justice. L'expérience traumatisante de l'injustice incite l'homme à chercher la justice et à vouloir la rétablir.
L'expérience de l'injustice pousse l'homme à ressentir le besoin de la justice et donc à la réclamer et à vouloir mettre fin à l'injustice.
Ex: Oreste profondément marqué par l'injustice de sa mère et de celle d' Egisthe décide de mettre fin à leur tyrannie et à leurs injustices en les assassinant:
«je tuai ma mère, je ne le nierai pas,
pour payer de sa mort le meurtre de mon père bien-aimé» p81.
Ex: Pascal affirme dans ses Pensées que la nature dépravée de l'homme n'est qu'un moyen de le rapprocher de Dieu et donc de la justice et non le contraire:
«Concluons donc que puisque l'homme est iniquité maintenant depuis le premier péché, et que Dieu ne veut pas que ce soit par là qu'il ne s'éloigne pas de lui, ce n'est que par un premier effet qu'il ne s'éloigne pas.» pensée 514.


«L'amour de la justice n'est, en la plupart des hommes, que la crainte de souffrir l'injustice.»
La Rochefoucauld, Réflexions morales, 78.


l'expérience de l'injustice ne pousse pas l'homme seulement à prendre conscience de son besoin de justice, mais elle le pousse également à mettre en place différents moyens pour se protéger et pour tenter de réaliser la justice.


L'homme par crainte de subir l'injustice à nouveau a établi les lois et a crée les institutions juridiques qui règlent les rapports humains et qui garantissent l'ordre.
Ex: Athéna a mis en place l'aréopage et a institué des lois pour la cité d'Athènes afin de garantir l'ordre et la prospérité aux citoyens:
«Écoutez à présent ma loi, citoyens de l'Attique
qui jugez pour la première fois du sang versé.
A l'avenir, le peuple d'Egée verra toujours
maintenu ce conseil de juges (…)
c'est là que le respect
et la crainte sa sœur garantiront de l'injustice les citoyens» p91.
Ex: Pascal affirme qu'il est nécessaire de respecter les lois humaines car ils règlent la vie des hommes et garantissent contre l'anarchie:
«Il serait donc bon qu'on obéit aux lois et coutumes parce qu'elles sont lois (par là on ne se révolterait jamais, mais on ne s'y voudrait peut-être pas soumettre, on chercherait toujours la vraie); qu'il sût qu'il n'y en a aucune vraie et juste à introduire, que nous n'y connaissons rien et qu'ainsi il faut seulement suivre les reçues.» fragment 325.


L'homme fait plus l'expérience poignante de l'injustice que la douce expérience de la justice car sa vie est plus peuplée d'injustices que de justice. Les modèles de justice qu'il propose sont souvent défectueux, mais cela signifie-t-il qu'il doit renoncer à chercher cet idéal de justice?


Que le système juridique qui règle les rapports humains a tendance à être défectueux, et que l'homme soit plus disposé à voir les défauts de la justice humaine que ses points forts cela est une bonne chose car c'est en connaissant ces points de faiblesse qu'il pourra avancer dans sa recherche de la justice. Cette recherche peut échouer, mais cela n'en amoindrit pas la valeur bien au contraire.


La justice est moins présente que l'injustice car elle n'est pas quelque chose que l'on acquiert et que l'on possède de façon permanente, mais c'est plus un exercice permanent sans lequel la justice s'anéantirait au profit de l'injustice.


Ex: l'aréopage mis en place par Athéna a pour rôle de rendre justice à chaque fois que l'on violera les lois et qu'il y aura un litige, cela démontre clairement que la justice est plus une pratique permanente que quelque chose que l'a et que l'on continue d'avoir.
Ex: Pascal affirme que la justice doit faire l'objet d'une recherche permanente, qu'on doit l'exercer sans cesse:
fragment264 « On ne s'ennuie point de manger, et dormir, tous les jours, car la faim renaît et le sommeil, sans cela on s'en ennuierait.
Ainsi sans la faim des choses spirituelles on s'en ennuie; faim de la justice, béatitude 8e.»
Le philosophe Alain dit dans ce sens: «je me garderai de considérer jamais la justice comme quelque chose d'existant qu'il faut accepter ; car la justice est une chose qu'il faut faire et refaire».


La justice est donc un exercice permanent et le fait de ne pas trouver la justice idéale et parfaite à laquelle tout le monde aspire ne doit point nous décourager car la quête de l'idéal de la justice est cela même qui donne toute sa valeur à la justice.


Le plus important dans la justice c'est de chercher sans forcément trouver.
Ex: «Les charnels sont les riches, les rois. Ils ont pour objet le corps.
Les curieux et savants, ils ont pour objet l'esprit.
Les sages, ils ont pour objet la justice.»460
«Dieu a voulu racheter les hommes et ouvrir le salut à ceux qui le chercheraient» p190.




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