Poésie

 Par Regaig Kais  (?)  [msg envoyés : 1le 16-01-10 à 22:49  Lu :2393 fois
     
  
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Le dormeur du Val
Ce poème est tiré d’un recueil de poésies dans lequel Arthur Rimbaud fait part de ses réflexions sur la guerre et ses victimes innocentes. Suite à l’éclatement de la guerre franco-prussienne en juillet 1870, il imagine ce sonnet qui d’un point de vue universel dénonce l’injustice de la guerre.
Le sonnet est centré autour des thèmes de la nature et de la mort qui sont évoqués dans chaque strophe. L’abondance de rejets et de ponctuations entraîne un rythme saccadé, déchiré comme l’homme représenté par le soldat. Nous étudierons donc chaque thème avant d’en arriver à la révélation qui sonne la chute brutale.
La nature est omniprésente tout au long du sonnet. Rimbaud nous peint un tableau champêtre (« verdure », « rivière », « herbes », « montagne », « val ») où la nature est personnifiée (« chante une rivière »). Dans ce décor animé et gai, la luminosité est presque exubérante (« argent », « soleil », « luit », « mousse de rayons », « la lumière pleut ») et les couleurs sont vives (« herbe », « glaïeuls »). Les verbes d’action dénotent une certaine vitalité (« chante », « accrochant », « mousse »). Toute cette chaleur et toute cette joie ne peuvent que nous rappeler la vie elle-même. Le poète sollicite presque tous les sens. Après le sens auditif (« chante une rivière »), il souligne le sens olfactif (« glaïeuls », « parfums »), puis le sens tactile avec l’impression de fraîcheur (« baignant dans le frais cresson »). Il utilise le mot « Nature » au vers 11 à la fois comme une allégorie et comme une apostrophe. Il nous prouve que la nature est une personne avec des sentiments et nous la montre sous un jour très maternelle (« berce-le »).
Nous savons peu de choses sur l’unique personnage évoqué par Rimbaud. C’est un « jeune soldat » (v. 5), qui nous est présenté dans un état d’abandon total : « bouche ouverte », « tête nue », « nuque baignant » et « les pieds dans les glaïeuls ». Le mot « soldat » marque l’intrusion de la guerre dans ce décor naturel. Le jeune homme trouve sa place « dans » la nature : « dans le frais », « dans l’herbe », « dans son lit vert », « dans les glaïeuls » et enfin « dans le soleil ». Les deux rejets cassent le rythme du poème comme pour faire comprendre au lecteur qu’il faut se méfier des apparences (v. 2-3, v. 6-7) et que la mort rôde. Le poète utilise le champs lexical du dormeur pour nous montrer l’inactivité et l’immobilité du soldat : « dort » apparaît trois fois (v. 7, 9, 13), « étendu », « lit » et « il fait un somme ». Son sommeil progresse de manière inquiétante car il contraste avec le décor. Dans ce cadre si lumineux et plein de vie, le soldat est « pâle » (v. 8). Il évoque ici l’image de l’enfance et de l’innocence : « souriant comme sourirait un enfant malade ». L’antithèse entre « chaudement » et « froid » laisse entrevoir que l’espoir d’un prochain réveil est vain. Les deux points (v. 11) ont ici une valeur explicative (car « il a froid »). Son sommeil si profond et son manque de réaction aux odeurs (« les parfums ne font pas frissonner sa narine ») nous ont conduit progressivement à la chute : « il a deux trous aux côtés droits ».
Rimbaud semble avoir cherché intentionnellement à provoquer un choc, une émotion. Il utilise un côté plus néfaste et négatif pour troubler cette image de paradis perdu. La mort est omniprésente tout au long du poème. On ne sait encore au début si le « trou de verdure » est synonyme de nid, d’abri ou si c’est une tombe dans laquelle on s’enfonce et de laquelle on ne pourra plus sortir. Le mot « trou » du vers 1 fait écho à celui de vers 14. L’image des « haillons » surprend et marque une première déchirure. La « montagne fière » nous montre une nature belle, hautaine et méprisante auquel le « petit val » s’oppose avec son caractère intimiste. On passe de la réalité à l’irréalité avec « le frais cresson bleu ». C’est une périphrase qui souligne une correspondance entre le tactile (la fraîcheur) et le visuel (le cresson). Le cresson vert prend une apparence bleue en se mélangeant au sang du soldat. Le champs lexical du dormeur devient celui du mort. Les glaïeuls évoquent les fleurs que l’on déposent sur une tombe. Sa « narine » ne frissonne pas et sa « poitrine tranquille » ne bouge plus. L’auréole de lumière autour de l’homme et son sommeil évoque une mort paisible dans un soleil réconfortant. Le sommeil du dormeur est en fait une image de la mort. Cette révélation souligne un caractère très brutal et en même temps pudique. L’auteur n’évoque à aucun moment la souffrance.
Arthur Rimbaud nous dessine un tableau idyllique où l’homme est en harmonie finale avec la nature. Le choc final oblige le lecteur à relire le poème pour voir les indices qui amènent à cette révélation. Il nous rend la mort du jeune soldat insupportable car c’est un enfant innocent qui subit les conséquences de la guerre. La progression du poème semble montrer que Rimbaud a voulu donner une apparence de vie au cadavre comme s’il refusait cette mort. Il fait réfléchir le lecteur sur les conséquence irréparables d’une guerre.

  



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 Réponse N°1 2423

le dormeur du val
  Par   Samira Yassine  (CSle 18-01-10 à 00:40



• Je tiens tout d'abord à remercier M.Regaig, pour son étude si interessante.J'ai jugé bon d'accompagner cette étude par le poème en question.

C'est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.





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