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Le
Trésor et les deux Hommes Jean de LA FONTAINE (1621-1695) Un
Homme n'ayant plus ni crédit, ni ressource, Et logeant le
Diable en sa bourse, C'est-Ã -dire, n'y logeant rien, S'imagina
qu'il ferait bien De se pendre, et finir lui-même sa
misère, Puisque aussi bien sans lui la faim le viendrait
faire, Genre de mort qui ne duit pas A gens peu curieux de
goûter le trépas. Dans cette intention, une vieille
masure Fut la scène où devait se passer l'aventure. Il y
porte une corde, et veut avec un clou Au haut d'un certain mur
attacher le licou. La muraille, vieille et peu forte, S'ébranle
aux premiers coups, tombe avec un trésor. Notre désespéré
le ramasse, et l'emporte, Laisse là le licou, s'en retourne
avec l'or, Sans compter : ronde ou non, la somme plut au
sire. Tandis que le galant à grands pas se retire, L'homme
au trésor arrive, et trouve son argent Absent. Quoi,
dit-il, sans mourir je perdrai cette somme ? Je ne me pendrai
pas ? Et vraiment si ferai, Ou de corde je manquerai. Le
lacs était tout prêt ; il n'y manquait qu'un homme : Celui-ci
se l'attache, et se pend bien et beau. Ce qui le consola
peut-être Fut qu'un autre eût pour lui fait les frais du
cordeau. Aussi bien que l'argent le licou trouva
maître. L'avare rarement finit ses jours sans pleurs : Il a
le moins de part au trésor qu'il enserre, Thésaurisant pour
les voleurs, Pour ses parents, ou pour la terre. Mais que
dire du troc que la fortune fit ? Ce sont là de ses traits ;
elle s'en divertit. Plus le tour est bizarre, et plus elle est
contente. Cette Déesse inconstante Se mit alors en
l'esprit De voir un homme se pendre ; Et celui qui se
pendit S'y devait le moins attendre.
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