Peut-on être un lecteur boulimique ?

 Par Rochdy Elmostafa  (Prof)  [msg envoyés : 117le 20-11-11 à 03:33  Lu :1627 fois
     
  
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Aux tréfonds d'une nuit pluvieuse, j'ai altéré la quiétude involontaire d'un livre saisissant sur ma bibliothèque. En le feuilletant d'une main timide,je fus tout pantois voire ahuri par une passion dévorante de son auteur/narrateur/personnage; c'est sa boulimie de lecture.
Maintenant, je vous laisse délecter la qualité de son style et sa passion unique en son genre.
Le livre s'intitule (Les confessions de Jean Jacques Rousseau)
Texte: Je sentis avant de penser: c'est le sort commun de l'humanité. Je l'éprouvai plus qu'un autre. J'ignore ce que je fis jusqu'à cinq ou six ans; je ne sais comment j'appris à lire; je ne me souviens que de mes premières lectures et de leur effet sur moi: c'est le temps d'où je date sans interruption la conscience de moi-même. Ma mère avait laissé des romans. Nous nous mîmes à les lire après souper mon père et moi. Il n'était question d'abord que de m'exercer à la lecture par des livres amusants; mais bientôt l'intérêt devint si vif, que nous lisions tour à tour sans relâche et passions les nuits à cette occupation. Nous ne pouvions jamais quitter qu'à la fin du volume.
Quelquefois mon père, entendant le matin les hirondelles, disait tout honteux: allons nous coucher; je suis plus enfant que toi.
En peu de temps j'acquis, par cette dangereuse méthode, non seulement une extrême facilité à lire et à m'entendre. mais une intelligence unique à mon âge sur les passions. Je n'avais aucune idée des choses que tous les sentiments m'étaient déjà connus. Je n'avais rien conçu, j'avais tout senti.
Ces émotions confuses que j'éprouvais coup sur coup n'altéraient point la raison que je n'avais pas encore; mais elles m'en formèrent une d'une autre trempe, et me donnèrent de la vie humaine des notions bizarres et romanesques, dont l'expérience et la réflexion n'ont jamais bien pu me guérir.
Les romans finirent avec l'été de 1719. L'hiver suivant, ce fut autre chose. La bibliothèque de ma mère épuisée, on eut recours à la portion de celle de son père qui nous était échue. Heureusement. il s'y trouva de bons livres; et cela ne pouvait guère être autrement, cette bibliothèque ayant été formée par un ministre, à la vérité, et savant même, car c'était la mode alors, mais homme de goût et d'esprit. L'Histoire de l'Eglise et de l'Empire, par Le Sueur; le Discours de Bossuet sur l'Histoire universelle; les Hommes illustres de Plutarque; l'Histoire de Venise par Nani; les Métamorphoses d'Ovide; La Bruyère; les Mondes de Fontenelle; ses Dialogues des morts, et quelques tomes de Molière, furent transportés dans le cabinet de mon père, et je les lui lisais tous les jours, durant son travail.
J'y pris un goût rare et peut-être unique à cet âge. Plutarque surtout devint ma lecture favorite. Le plaisir que je prenais à le relire sans cesse me guérit un peu des romans; et je préférai bientôt Agésilas, Brutus, Aristide, à Orondate, Artamène et Juba. De ces intéressantes lectures, des entretiens qu'elles occasionnaient entre mon père et moi, se forma cet esprit libre et républicain, ce caractère indomptable et fier, impatient de joug et de servitude, qui m'a tourmenté tout le temps de ma vie dans les situations les moins propres à lui donner l'essor. Sans cesse occupé de Rome et d'Athènes, vivant pour ainsi dire avec leurs grands hommes, né moi-même citoyen d'une république. et fils d'un père dont l'amour de la patrie était la plus forte passion, je m'en enflammais à son exemple; je me croyais Grec ou Romain; je devenais le personnage dont je lisais la vie: le récit des traits de constance et d'intrépidité qui m'avaient frappé me rendait les yeux étincelants et la voix forte. Un jour que je racontais à table l'aventure de Scaevola, on fut effrayé de me voir avancer et tenir la main sur un réchaud pour représenter son action.

  



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 Réponse N°1 15221

Merci
  Par   Samira Yassine  (CSle 21-11-11 à 09:08



En lisant votre intervention, une envie forte de voir mes enfants boulimiques de lecture m'envahit. En fait, nous, ou on est de grands lecteurs ou on ne lit pas ou plus, mais nos enfants, avec ce grand progrés de la technologie, ne lisent pas et on doit réagir pour les sauver, pas pour faire d'eux des J.J.Rousseau, mais juste de bons lecteurs.

Merci M Rochdi pour le choix d'un si beau texte.

Cela me donne une idée: et si chacun de nous donne une idée sur l'oeuvre qu'il est en train de lire afin de redonner goût à la lecture qui n'occupe plus dans notre vie la place d'autrefois.





 Réponse N°2 15232

Crise de lecture.
  Par   Rochdy Elmostafa  (Profle 21-11-11 à 16:20

En effet, Madame Yassine, les jeunes d’aujourd’hui ne lisent plus. Ils se cantonnent à bonifier, par fantaisie, leurs corps, à se pourvoir d’habits qui s’écartent de l’usage, à se révolter voire à toiser l’autorité parentale jugée comme étant égocentrique…Bref, ils n’ont pas le temps.




 Réponse N°3 15233

re
  Par   marocagreg  (Adminle 21-11-11 à 16:35



ce n'est pas leur faute ! combien d'adultes aujourd'hui lisent des livres ? excusez-moi, mais il existe des professeurs qui n'ont même pas lu les oeuvres sur lesquelles ils travaillent avec les élèves. En plus combien on lit de livres autres que ceux inscrits au programme, ceux qu'on lit par plaisir, par désir et non par obligation ?





 Réponse N°4 15234

Re
  Par   Rochdy Elmostafa  (Profle 21-11-11 à 18:16

Absolument M.marocagreg, je n’y contredis pas. Les adultes, eux non plus, ne compulsent plus les livres. Ils s’en procurent afin d'enjoliver un meuble et plus tard les acariens y trouvent refuge pour se prémunir d’un hiver rigoureux. Ironie du sort, les acariens et les petits cafards sont des bibliophiles!!!




 Réponse N°5 15235

contaminer le jeune enfant
  Par   marocagreg  (Adminle 21-11-11 à 18:52



la lecture n'est pas un acte inné. Pour former un lecteur, il faut commencer dès l'enfance.

1- d'abord, en donnant l'exemple. l'enfant qui voient ses parents lire régulièrement, assimilera que la lecture est un acte nécessaire, comme boire et manger.

2- l'enfant doit rencontrer des livres, des revues, des journaux partout à la maison, sur la table, sur le bureau, sur le canapé, au-dessus de la télé, dans la bibliothèque familiale. C'est par la fréquentation précoce et permanente que le bouquin deviendra un ami inséparable de l'enfant et de l'adulte par la suite.

3- il faut encourager l'enfant à lire, lui acheter des livres compatibles avec son âge, lui faire la lecture régulièrement, lui raconter des histoires amusantes en lisant un livre avant de dormir. c'est en lisant qu'on devient des lecteurs. et c'est en lisant qu'on devient des écrivains, si on ne lit pas, on ne peut rien écrire.

4- cela dit, pour la plupart d'entre nous, on n'a pas eu de livres quand on était enfant, il y a beaucoup d'entre nous dont le premier livre était le manuel scolaire à 7 ans. pourtant pour beaucoup d'entre nous, on a eu la chance de trouver ce plaisir de lire seuls, car, sans notre jeunesse, la télé unique diffusait 4 heures par jours, et seulement 20 mn de programmes enfants, il n'y avait pas internet, ni jeux vidéo... la lecture était pour nous un refuge, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Si on n'éduque pas l'enfant de nos jour à lire, il ne lira jamais.





 Réponse N°6 15240

reponse a Madame Samira Yassine
  Par   lawawda amine  (CSle 22-11-11 à 00:17



je suis en train de lire un roman intitule "j'etais un drogue" de Guy Champagne . c est une histoire que tout le monde peut vivre et en etre la victime donc mieux vaut lire ce roman pour deguster cette souffrance insoutenable de loin pour se persuader de demeurer loin , bien loin , tres loin de la drogue. le roman rconte l'histoire d un homme qui s est trouve devore par la passion d une femme fatale toxicomane , dans le malstroem d'un besoin exessif et d'une soif avide de l'opium.au debut sa visee etait de sauver cette femme en faisant la meme chose .mais le destin a voulu autrement les deux amants se sont retrouves coince dans un monde d'accoutumance ou ni le sevrage ni la volonte ni le concours des autres n a pu les aider a s'en echapper.j'ai pas encore terminer le roman mais le message est deja clair :l auteur "veut crier aux voyageurs de la drogue qu'ils risquent de ne plus revenir"





 Réponse N°7 15241

re à Amine
  Par   Samira Yassine  (CSle 22-11-11 à 12:36



Tu sais Amine, tu aimes lire; tu lis beaucoup et je souhaite que l'un de mes enfants te ressemble. Tu m'as déjà parlé de ce roman en classe et j'attends toujours que tu le finisses pour me le passer. Tu n'es pas un littéraire, tu excelles dans toutes les matières et je suis sure que tu seras l'un de ces encyclopédistes qui ne s'intéressent pas uniquement aux mathématiques mais même aux matières littéraires pas uniquement parce qu'il s'agit des matières du régional mais tu es un des ces boulimiques de lecture. bonne continuation.

j'ai remarqué que tu as problème avec le e accent , tu trouveras le" é" dans la même touche que le 2 et le "è" dans celle du 7 pour l'accent circonflexe, je te l'expliquerai.





 Réponse N°8 15246

le facebook a tout tué
  Par   Hayane youssef  (CSle 22-11-11 à 15:40



la lecture est la victime premiere de l'internet.le facebook a tué tout.malheureusement.





 Réponse N°9 15248

re à khawla kaddioui
  Par   Samira Yassine  (CSle 22-11-11 à 18:02

Comme je suis heureuse de vous retrouver sur le site mes chers élèves, avant c'était Amine, maintenant , c'est toi . J'en suis ravie. Vous allez me passer tous ces romans , c'est très intéressant. Amine m'a déjà promis son roman sur la drogue et je passerai après à ton roman :-)

Je vous encourage à nous émerveiller ,sur le site ,par vos contributions qui seront des plus intéressantes vu votre très bon niveau en français.





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