Pèlerinage d'un artiste amoureux de khatibi : présentation

 Par eddib abderazak  (?)  [msg envoyés : 2le 13-10-12 à 09:59  Lu :5454 fois
     
  
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pèlerinage d'un artiste amoureux

par abderrazzak eddib

présentation de l'oeuvre:

soucieux de rassembler des originalités pour apporter une oeuvre nouvelle, imprévisible et pourtant cohérente, abdelkébir khatibi nous offre dans pèlerinage d'un artiste amoureux1 une mosaïque de découvertes, de souvenirs et de réflexions.

pèlerinage d'un artiste amoureux est inspiré de la vie du grand-père de l'auteur, mais son livre reste un roman qui comporte donc une part importante de fiction. khatibi part de certains éléments réels avant d'élargir le spectre. ainsi raïssi, personnage principal placé au centre du récit, porte en lui plusieurs personnages auxquels le lecteur pourrait s'identifier. et c'est avec un travail de destruction et restructuration, chère à khatibi, que ce récit viatique se trouve construit.

khatibi brosse le portrait très particulier d'un stucateur marocain qui se trouve sur le chemin du voyage après la découverte, à sa grande surprise, d'une lettre envoyée par un ancêtre baptisé madroub et dans laquelle ce mort trace les bribes de sa vie et lui confie un message qui doit être remis au prophète. c'est un voyage de fès vers la mecque qui s'impose donc, mais qui s'annonce plein d'expériences humaines vécues dans les différents lieux visités par raïssi, mais aussi dans les différents états d'esprit avant, pendant et après ce pèlerinage. ce dernier se succédera d'une autre errance ou voyage, terminé après plusieurs étapes, dans la ville de mazagan où s'achève le récit.

l'auteur nous fait vivre, à partir d'une vie personnelle, plusieurs scènes du maroc de l'avant et pendant le protectorat français, mais aussi quelques événements après l'indépendance, il nous montre le visage de toute une société à travers des micro-récits pour former autour d'un seul personnage (raïssi) un ensemble d'autres portraits, l'état et l'histoire de plusieurs espaces parcourus. c'est pourquoi nous qualifions les messages que porte ce récit d'universels et qui atteignent la culture et l'histoire de tout un pays et plus encore un ensemble des pays riverains de la méditerranée.

une question s'impose à l'issue de lecture de ce roman: qui parle? et de quel point de vue? c'est une voix incertaine et anonyme d'où la difficulté de l'identifier. le narrateur, d'un coté, témoin extérieur d'une histoire ou d'un rapport journal, d'un autre coté, le narrateur se livre à un autre jeu avec le lecteur dans la mesure où l'on s'aperçoit qu'il en sait aussi beaucoup sur son personnage et le dépasse dans le temps « ce qu'il allait découvrir dépasse son esseulement le plus intime»p19. il peut se glisser en lui (focalisation interne) en décrivant son état d'âme, et plus encore son langage silencieux avec l'ange qui fait apparition dans plusieurs parties du récit. mais l'étape la plus marquante du récit est celle ou le narrateur se neutralise pour laisser place à son héros qui prend en charge la narration. cette stratégie d'écriture enveloppant le narrateur d'un halo d'anonymat et d'incertitude suscite la curiosité du lecteur qui aspire à mieux connaître le personnage central. c'est un refus de l'univocité narrative, cher à khatibi. nous signalons aussi le recours aux procédés métadiscursifs qui se manifestent dès le début de récit, pour introduire des commentaires portant sur le déroulement de l'histoire.

l'écriture khatibienne reste donc fidèle à sa trame et nous livre à un imaginaire indéfiniment traversé par une figure atypique livrée à la réflexion et au besoin d'une harmonie intérieure.

des voyages… vers dieu:

plus on voyage plus le signe à l'horizon se scinde

et plus dérisoire est la mort

à chaque pas une nouvelle ombre te saisit

tu penses vivre alors que tu voltiges dans ton miroir

«le lutteur de classe à la manière taoïste » oeuvres, ii, pp 34.35.


le voyage représente pour l'écrivain une excellente opportunité de sortir de soi –même, de perdre les repères d'une famille ou d'un espace-origine. le première voyage de raïssi était vers dieu comme l'indique l'intitulé de 3ème chapitre, de fès à tanger par l'intermédiaire de taza le héros fait son voyage terrestre tout en acceptent les propos de sa famille qui le précipite pour «partir, oublier, effacer le pêché, voyager vers dieu » p.32, fuir une femme qui l'a ensorcelé; ou plus encore accomplir la visée du message de l'inconnu pour devenir messager vers messager, raïssi vers le prophète mohammed.

en fait, khatibi donne mille raisons à son protagoniste artiste pour le faire circuler et pour le déplacer dans l'objectif de (se) rendre compte de la magie du monde. n'oublions pas que le personnage principal, avant de se trouver sur le chemin de voyage qui l'amènera vers la mecque, est poussé d'abord à comprendre et interpréter, à travers une pré-errance ou une errance interne, le récit énigmatique de rachid madroub dont l'identité surgit d'un passé lointain, voire une autre topique socioculturelle qui nous invite à un autre voyage dans le temps et l'histoire d'un maroc de l'avant protectorat.

le pèlerinage donc s'accompagne d'une langue méditative et d'une portée mystique renforcée par les apparitions de l'ange raïssien tout au long du voyage. un voyage riche et porteur de réflexion sur soi et l'autre, l'autre algérien, maltais, égyptien ... ainsi l'homme se perd entre ses propres moeurs et celles des autres, et presque, tout change: règles de bienséance, rapport au temps et à l'espace, codes et façons de parler, liturgie, spiritualité et critères de beauté; c'est une image mosaïque que nous offre khatibi sur l'orient.

que raïssi bute sur un détail, ne sait que faire dans une petite différence, il s'agit toujours d'une esthétique des voyage qui s'ouvre à la question de la l'être et offre un panorama de rêverie et d'altérité que mobilise l'autre voyage de l'écrivain et son expérience à travers l'écriture. la richesse de la pensée khatibienne consiste justement à être à l'écoute de l'autre et à s'ouvrir sur lui à l'image de son héros qui nous fascine par sa forte audace mariée de son apparence ordinaire, par sa liberté et le dépassement des rôles définitivement taillés par la société pour se dévêtir des masques et faire des aventures et des rencontres imparables. ces rencontres opèrent à la mise en place d'un voyage dans l'espace et dans le temps aidant l'auteur à donner une grande part aux lieux de passage et d'interférence culturelles où chaque identité visitée devient vive par l'art de l'écriture, et par là, les coutumes et les pratiques que l'on croirait si éloignés deviennent proches et s'actualisant pour donner une leçon si chère à khatibi, une leçon de tolérance. c'est pourquoi, et d'une manière plus au moins explicite, khatibi nous dit que le pèlerinage de raïssi est fort réussi et répond aux essentielle exigences et lois divines.«l'ange lui dira: - ton pèlerinage peut être agrée par dieu comme il peut être refusé » p .40. cependant l'artiste amoureux vit son expérience comme si rien n'allait de soi, et avec un usage méthodique (de la part de l'auteur) de la naïveté, le voyageur stucateur échappe à la mort et se trouve guidé par une voix intérieure et angélique pour accomplir son pèlerinage.

à coté de cette tolérance, qui se déploie à travers les dialogues de raïssi avec différents personnages, le protagoniste apprend beaucoup de choses sur les autres civilisation comme celle des algériens mêlés avec la culture du colonisateur, d'où l'ambiguilé qui attaque l'identité:

«- tu es musulman?

- suis-je musulman? suis-je algérien? suis-je français? les trois.»p.47

ou encore la diversité qui se construit chez d'autres peuples, et l'apparition d'un espace interculturel comme celui de malte:« la croix n'avait elle pas obligé les maltais à se convertir en fin de compte au catholicisme, et à mêler leur langue! qui parle le maltais, mariage de la langue arabe et de la langue romane, fera le tour de la méditerranée - un certain tour » p.52. un séjour à malte qui ne fait que multiplier les interrogations sur l'essence des religions et leur points communs, et du coup un autre dialogue s'établit: «où est il l'ange du christ?à l'église?raïssi n'avait mis le pied à aucune église. dans le cimetière? non plus. où est l'ange de l'annonciation pour notre pèlerin artiste? annonce à marie la vierge de la naissance du christ par l'ange gabriel, lequel, dans un autre temps sacral, transmit la révélation du coran à mohamed » p.52.

a travers le désert ou en egypte, le personnage principal apprend encore des choses sur l'histoire, la culture, l'art et les traditions orientales.

le deuxième voyage qui fût initiatique pour le protagoniste est celui où l'auteur nous invite plus à la découverte d'un maroc qui connaissait les affres de la colonisation, mais aussi à explorer une personnalité riche en expériences et qui véhicule toute une pensée. un personnage qui, à travers un cadrage intelligent de la part de khatibi, se transforme d'un candide en chercheur qui opère par diagnostics approfondis de son environnement. c'est aussi un voyage indispensable puisque il s'agit d'une quête sur les origines. raïssi qui se métamorphose d'un personnage à un narrateur et le «il» devient brusquement «je», comme si l'événement de la mort de sa mère provoque le vide et la perte de racine, et de la sorte, la réincarnation à travers la langue et la recherche de soi. raïssi silencieux dans une langue maternelle rapportée par traduction khatibienne acquit un timbre de voix qui se greffe sur la langue de l'écriture. mais c'est également une prise de conscience, d'où la nécessité de partir à la découverte du monde car là aussi le paysage fait écho des sentiments à la manière d'un romantisme naissant allemand, mais avec une destruction derridienne de toute norme de récit.

avec une pluralité de dimensions, khatibi nous transporte d'un pèlerinage après mort (le naufrage) , dans l'ombre d'un ami mort (rachid madroub), à un deuxième voyage après mort ( de la mère) et évocation de cet ami inconnu «le cercle magique s'est-il fermé sur lui, en souvenir de rachid madroub? non, si l'on croit à la réincarnation de raissi, lorsqu'il décida d'aller travailler et se fixer à marrakech. réincarnation en narrateur qui, désormais, racontera sa propre histoire.» p.130; c'est un parallélisme qui nous mène à interpréter cette incarnation comme un modèle archétypal du prophète de l'islam. en fait, si le pèlerinage était guidé ou assisté par un ange qui lui rappelle les règles et les lois à respecter (à malte, en alexandrie ou à la mecque), le voyage vers marrakech se fait en compagnie d'un cheval à caractère fabuleux car presque il comprend et que raïssi donne le nomme significativement (barq: éclair), un nom qui nous rappelle le fameux «boraq». n'est ce pas lanaissance d'un narrateur par fusion mystique, par répétition d'un acte originaire qu'est le pèlerinage et son prolongement, dans la mesure où le voyage qui mène vers mazagan constitue une réalisation sinon à la découvertes d'autres raisons d'être. une reconduite des expériences d'un homme,et avec, un écrivain, qui assimilent tous les deux profondément les changements qui affectait le maroc et la totalité du monde arabo-musulman. dans un déluge de signifiés -et tout en se rapportant à l'histoire et à la (auto)biographie, à la mémoire personnelle et collective- les mots et les expressions utilisées par ici et par là pénètrent dans la pensée et déclenche tout une arborescence. ainsi khatibi nous offre la possibilité d'une réflexion sur une modernité forgée par les mitraillettes et des vies qui circulaient autour des événements historiques tout en creusant des ruées et assurant un jumelage entre une mémoire collective et une autre individualisée par le biais des souvenirs qui s'épaulent, se soutiennent les uns aux autres, se confondent parfois et se complètent. raïssi, personnage principale, se construit par ses relations aux autres, marocains et étrangers, musulmans, chrétiens ou juifs, femmes de toutes sortes, ses proches et amis. bref, c'est une opération vivement intellectuelle que nous propose khatibi en appelant analyse et discours critique, et en s'enracinant dans le concret, l'espace, le geste, l'image et l'objet. et ainsi la mission du voyageur, comme celle de l'artiste, consiste à déchiffrer les signes du monde.

un artiste au centre du monde:

le personnage principal, comme le suggère le titre, est un artiste marocain, mais un artiste qui façonne son art en usant de l'observation et du comparatisme continu entre toute forme d'art et son expérience personnelle. cet art n'atteint pas seulement les corps et les espaces, mais aussi la pensée et le langage, la calligraphie arabe et la musique, la poésie et les textes sacrés.

l'artiste est sensible à toute manifestation du signe, et cela parait avec la mise en discours des méditations de raïssi, silencieux et attentif, il remarque sous des pluies diluviennes que: «les murs étaient en quelques sortes désespérément embellis, sauvés par une guirlande de graffitis: le nom d'allah, des lettres, des dessins de tatouages, des chiffres, des signes. une sorte d'art brut à l'oeuvre dans ces dessins» p.20.

en observant l'architecture et les espaces dans des villes visités, il veut perfectionner son art et accumuler des leçons, ainsi en alexandrie: «… raïssi tourna autour de la mosquée, étudia les façades, la qualité des matériaux, la forme des coupoles et leurs proportions, si ajustées au site, parsemé de quelques palmiers» p.95. il entre aussi, à malte, dans un dialogue ou la question de l'image en islam est traitée avec un témoignage sur l'iconoclastie, et l'art de détourner et éviter le proscrit:

« - non, au maroc, nous ne fabriquons pas d'images, mais de l'imaginaire réalisé.

- réalisé?

- des formes travaillées sur du cuir, du bois, du cuivre, des tissages, de la pierre, du plâtre.

- …

- oui, mon art est celui de l'harmonie stable, entre la matière, la forme et le signe décoratif.» p.57

et voilà khatibi qui étale une de ces réflexions à propos de l'artiste nomade quand son personnage, envahi par les signes et l'inconscient du geste, échange des paroles avec son ange,et se sent accueilli à malte comme un fils de l'au-delàl'artiste serait-il en tous temps un étranger professionnel? celui qui vient pour annoncer aux hommes qu'ils ne sont ni perdus, ni chassés du paradis» p.58.

la communion entre les objets et les matières locales d'une part, et le jugement esthétique de l'artiste d'une autre part, se déploie à travers les transformations que subissent les choses observées en signes susceptibles d'apporter un plus à la réflexion critique qui se lie étroitement avec les éléments d'une culture populaire relative à une communauté donnée. les objets que portent des femmes dans le désert par exemple suscite l'analyse de notre héros: «de même que le sable lui a appris à se voiler et se colorer, de même la bédouine se protège contre l'usure du temps en se tatouant, et ornée de bijoux et de grisgris, elle s'embellit ainsi contre la stérilité, si fréquente dans les pays du désert» p.79. ou si on prend plus loin l'exemple d'un tapis avec ses formes géométrique et ses couleurs, il aura un autre sens pour l'artiste ou pour l'habitant local de la région:«j' y avais une chambre, un lit et un tapis de l'atlas: laine teinte au henné, géométrie de carrés et de rectangles mobiles, entre le noir, le blanc, le violet et l'orange. couleurs qui symbolisent, me dit-on, la division d'un pâturage collectif, chaque famille ayant sa part, irrigué par la source du voisin. la vallée tout proche s'élève ainsi vers l'atlas, de tapis en tapis blanc, là où la neige s'illumine» p.147; de cette sorte les objets acquissent une autre valeur ornementale si on les envisage d'un côté artistique, ou disons plutôt d'un côté sémiologique et relatif à une culture donnée.

le tatouage exerce, nous le savons, un pouvoir inexpliqué sur khatibi, car riche de signes et atteint les structures de l'inconscient puisqu'il transfigure le corps féminin et lui offre une autre aspect souvent caché; le narrateur va plus loin dans la description du corps féminin ( de la sicilienne, de sa femme, de mariem, et de mlle matisse), à travers des rencontres presque toutes motivées par l'attente d'une proximité des corps: en parlant de sa femme raïssi affirme «je touchais son tatouage, je le caressais; et je dois le dire avec joie, ce petit motif- un triangle et trois points- me la laisser désirer autrement»p.176, ou plus loin encore lors d'une comparaison entre le charnel et l'artistique le narrateur ajoute«…un second degré initiatique est artistique. l'art de la copulation imite les arrangements floraux ou les gestes animaliers, ou bien encore, une géométrie qui danse: triangles, parallèles, cercles et autres transfigurations. c'est l'arabesque érotique.» p.211

la musique de son tour s'acquiert d'un pouvoir salvateur, capable d'inspirer l'artiste comme khatibi qui écrivait la plupart du temps en écoutant du jazz: « je serai alors réincarné dans la main du stucateur, comme le compositeur l'est dans le doigté de l'instrumentaliste. voilà que la musique, qui se dessinait sur mes sensations et mes émotions, réveillait en moi ce désir inassouvi d'invention.» p.213

toute cette expérience artistique et humaine du personnage/narrateur trouve sa force et son épanouissement dans une atmosphère ou règne la paix et l'amour, puisque khatibi et un écrivain qui use d'une langue de l'aimance, et l'art, tout art ne peut coexister comme le suggère mlle matisse avec la guerre. « la guerre est l'ennemi de l'art» p.215

conclusion:

le choix d'un artiste, amoureux et pèlerin peut s'explique par la tendance de khatibi à écrire aux frontières de plusieurs disciplines, avec une claire concentration sur la portée anthropologique, voire sur les structures de l'imaginaire. cela se concrétise, dans l'oeuvre khatibienne, par l'exploration des clichés et la destruction de tous les liens pour pouvoir les retisser ensuite à sa manière.

l'amour impossible avec la sicilienne et mlle matisse, les jeux de langue, le rapport entre le religieux et le mystique, l'emploi des totems comme le faucon de la mort, cette mort souvent conçue comme une limite suprême de la pensée. l'entreprise du corps mêlée à celle de la langue, les réflexions sur le charnel et le spirituel. la mise en récit d'un ensemble d'éléments constitutifs de la tradition marocaine et de l'imaginaire qui règne dans les régions de la méditerranée.

barthes l'avait déjà mentionné dans la postface de la mémoire tatouée, «khatibi interroge les signes qui lui manifesteront l'identité de son peuple […] ce que khatibi interroge, c'est un homme intégralement «populaire», qui ne parle que par ses signes à lui, et qui se trouve toujours trahi par les autres, qu'il soit parlé (par les folkloristes) ou tout simplement oublié (par les intellectuels).» (Éditions denoël, 1979, p. 214)

1 a. khatibi, pèlerinage d'un artiste amoureux, éditions du rocher, réédité par tarik éditions, el jadida, 2003. les références à cette édition seront désormais indiquées par des citations en gras, suivi immédiatement du numéro de la page, et placées entre guillemets dans le corps du texte.



  



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