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Nouvelle : le rat Par marocagreg [msg envoyés : 793] le 26-07-10 à 15:41 Lu :309 fois |
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Le Rat
C'était quinze heures. Le soleil lançait ses rayons comme
des dards venimeux piquant les malheureux qui osaient
s'aventurer hors de leurs abris. Le Chergui, on dirait qu'il
sortait de l'enfer, rendait la ville comme une rôtissoire
gigantesque. A part quelques véhicules qui passaient comme un
mirage, le boulevard qui débouche sur la place Farhat Hachad
était désert. Une silhouette marchant cahin-caha apparut au
loin, l'odeur de l'asphalte et la chaleur torride semblaient
la rendre molle, elle se faufilait entre les palmiers qui
bordaient la rue, cherchant à profiter de l'ombrage de ces
arbres bénis. Elle se dirigea à gauche
et entra dans l'enceinte de l'institut Français.
Dans le hall de la biliothèque, plusieurs tableaux
décoraient les murs. Une secrétaire était assise à son
bureau, fumant langoureusement une cigarette, dévisageant
ceux qui entraient pour se rafraîchir à l'air climatisé du
centre. A ce moment là , Driss entra et rabattit nonchalamment
le volet de la porte. Des perles de sueur luisaient sur son
front. Après avoir jeté un coup d'oeil indécis Ã
l'intérieur, un tableau attira étrangement son attention.
Tout était peint en noir, seul un fil de peinture blanche
coupait en diagonale cet arrière-plan obscur. Driss, charmé,
ne résista pas devant ce contraste magnétique, et, sans s'en
rendre compte, il fut transposé au fond de la toile. Sa
surprise fut si grande qu'il lança à pleins poumons un cri
qui s'amplifia par la répercussion d'un écho multiple. Il ne
voyait rien ; tout était noir et durant quelques minutes, il
était dispersé comme une matière fluide, nageant dans un
univers sans limites et sans étoiles.
Cependant, la sensation d'un liquide visqueux et chaud
qui lui submergeait les pieds, lui permit de se ressaisir. Que
lui arrive-t-il ? Où était-il? il ne comprenait rien,
n'était-il pas mort? tant d'interrogations résonnèrent dans
sa tête. C'était comme ces philosophes qui cherchent
l'origine de l'univers et de l'humanité, et qui, à chaque
fois, s'écrasent le nez contre les murs invisibles d'un
mystère. Driss qui était un croyant balbutia la profession
de foi, et tout en pataugeant dans le liquide gluant, il
essaya de trouver, mais en vain, un repère. Après un long
instant de désespoir, il lui vint une idée "peut-être
que je suis dans un égout, dit-il, et dans ce cas il y a
sûrement une issue" ; il chassa rapidement cette idée
de sa tête, "si c'était un égout, pensa-t-il, j'aurais
déjà senti les miasmes et les mauvaises odeurs de ...",
alors, il fourra la main dans le liquide, l'approcha de son
nez, mais ne sentit rien, excepté un bouillonnement étrange
et presque imperceptible. Non, non, tout ça n'est pas
logique, il était dans un cauchemar, il voulait se réveiller,
alors il courut à l'aveuglette ; ses oreilles ne
fonctionnaient plus et ses pieds non plus. Il n'avait plus de
force, il était essoufflé et, comme une planche raide, il
tomba sur son visage dans le liquide, voulant en finir une
fois pour toutes. Driss se laissa aller ; plût-à -Dieu que ce
cauchemar finisse ! Au moins s'il était mort, il ne serait
pas dans le doute où il se noyait maintenant.
- Debout mon fils !
- Driss, tout surpris, - Qui est là ?
- Ce n'est pas important, allez, debout mon enfant!
dans quelques instants tu deviendras un rat, et tu ne
craindras plus rien.
- Plaît-il!
- Tu dois savoir que tu es dans le lieu où l'on va
purifier ton âme de tout ce qui est humain et dégoûtant.
- Mais... mais moi je veux rester un homme, je déteste
les rats.
- Chchtt!, assez de blasphèmes ; écoute mon enfant,
il faut oublier que tu étais un jour humain ! car cette race
est maudite. Regarde ! tu vois cet océan de liquide
bouillonnant.
- Non, je ne vois rien, c'est quoi ? C'est pas de la
confiture ?
- Assez de sarcasmes mon fils, si tu veux vraiment
devenir l'un des élus, tu dois suivre mes conseils.
- Vous êtes un cauchemar, vous ne me faites pas peur
et.. Avant de finir sa phrase, une force invisible entraîna
Driss vers un destination inconnue.
Quoique l'obscurité absolue qui régnait tout autour
de lui l'empêchât de percevoir le mouvement vertigineux des
choses, il devina cette progression en remarquant que le
liquide, qui couvrait ses pieds, devint de plus en plus
cuisant et, tout-à -coup, une lueur éblouissante apparut dans
un horizon flou ; on distingua la couleur rougeâtre du
liquide, mais bien plus, Driss réalisa qu'il était seul.
"Mon Dieu, cria-t-il d'une façon hystérique, suis-je
fou ? Non, non.... je ne suis pas fou... un plus un font deux,
deux fois quatre font huit... je ne suis pas fou ; mais ce
liquide qui m'entoure de toutes parts, on dirait du sang
pourri"...
- Calme-toi, mon fils! ne crains rien!
- Mais où êtes-vous? je ne vois personne.
- Tout ce que tu vois fait partie de moi, je suis
l'esprit de ce lieu.
- Mais, où sommes-nous?
- Tu es dans le purgatoire, mon enfant, c'est ici que
tu vas te purger de ton humanité, c'est là que tu deviendras
un Rat juste et pacifique.
- Pour vous dire la vérité, je ne comprends rien Ã
votre charabia. L'humanité est-elle un crime pour me purger
d'elle? Et puis je ne veux pas me métamorphoser en une de ces
créatures laides et nauséabondes.
- Mon enfant, pour t'empêcher de commettre d'autres
sacrilèges, il faut que tu saches la vérité, mais avant
cela.. Tiens!
Un hurlement horrible déchira l'espace. Driss était
figé comme une statue de pierre, un poignard était plongé
jusqu'Ã la garde dans son coeur et un flot de sang jaillisait
de la plaie et se mêlait au liquide stagnant. Quelques
minutes après, son corps était vidé de son sang et son
visage avait pris un teint ciré et blafard ; alors, le
poignard fut retiré par la force invisible. Sa plaie se
referma et Driss reprit connaissance comme si de rien n'était.
- Maintenant que tu as subi le châtiment purificateur
qui a débarrassé ton coeur de sa pourriture humaine, annonce
l'inconnu, tu dois connaître la vérité. Dirige-toi Ã
l'instant vers la lueur que tu vois devant toi!
Driss, obéissant, s'achemina lentement vers la lumière.
Ainsi, après avoir traversé l'océan de sang, il se trouva
devant un autre océan de liquide phosphorescent. Là la voix
de l'inconnu reprit soudain :
- Ecoute, mon fils, dit-il, l'océan que tu viens de
traverser est un océan de sang, et chaque jour, il devient de
plus en plus vaste, il est toujours alimenté par vos guerres
et vos génocides, vos accidents de route et vos suicides.
Depuis la première goutte du sang d'Abel jusqu'aux derniers
flots rouges des tchechènes. Or, la terre, dont je suis le
messager, ne supporte plus cet abcès au sein de son ventre,
et on entend déjà le ronronnement assourdissant du second
déluge, alors, mon fils, tu dois renier volontairement ton
humanité, c'est la condition unique qui te permettra de
trouver le salut".
- "Que je renie mon humanité, répondit Driss
d'un ton méfiant, c'est envisageable après tout ce que j'ai
vu et subi, mais que je de vienne un rat, c'est ce que je ne
peux pas supporter".
- Mon fils, rétroqua l'esprit, il ne faut pas être
superficiel; les rats sont les nouveaux élus qui succéderont
aux humains sanguinaires, et tu dois être fier d'être l'un
d'eux.
-Dans ce cas, répliqua Driss, je préfère mieux
mourir que de devenir bête.
- Tu n'as pas le choix, mon enfant, la métamorphose
est déjà en cours, aie confiance dans la volonté de Dieu !
A ce moment là , Driss était déjà sous une lumière
éblouissante; des poils massifs et drus poussèrent sur sa
peau, sa bouche se transforma en un museau pointu, et une
longue queue s'apprêta à sortir en déchirant le pantalon.
- Monsieur... Monsieur... Monsieur, s'il vous plaît,
votre carte d'adhérent...
- Bien sûr! répondit Driss à la secrétaire d'une
voix éteinte et incertaine qui semblait sortir d'un puits
profond.
- Ce tableau vous plaît beaucoup apparemment, vous
n'avez pas cessé de le contempler depuis deux heures.
- Hein, dit Driss d'un air distrait, je ne sais pas.
La secrétaire regagna sa place reprit une autre
cigarette et Driss se dirigea vers la sortie, en jetant un
dernier coup d'oeil à la toile qui était peinte tout en
noir, l'air était plus frais à l'extérieur,
Les Meknassis sortaient de leurs "trous" pour
faire une petite promenade ou pour aller à la mosquée où le
muezzin s'apprêtait à annoncer la prière du couchant et la
fin du premier jour du ramadan.
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Mohamed Semlali
publiée le 2 Mai 1995, revue Scribere, fac. my Ismaïl - Meknès
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une nouvelle descience fiction n'est_ce pas? Par daki mohamed le 27-07-10 Ã 10:45
queDieu te donne de la santé !
encouragements!
m.semlali "ecrire "à mon avis est la seule chose qui puisse donner un sens à notre carrire .Malheureusement ,dans notre société et de nos jours on encourage plus ce genre de choses pourtant , combien enrichissantes et instructives
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re Par marocagreg le 27-07-10 Ã 10:53
c'est pas vraiment de la science-fiction , peut-être le fantastique , j'étais influencé à l'époque par La métamorphose de Kafka : Grégor qui se réveille un jour et qui découvre qu'il est devenu un cafard .
oui c'est dommage ...en ce qui me concerne tous mes écrit de fiction remontent à cette époque reculée de la faculté. ça fait longtemps ...
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somptueux !! Par birouk salima le 02-08-10 Ã 22:41
Salut tout le monde , j'ai adoré la nouvelle , ces figures de style cherchent à créer une atmosphère de peur et de suspens puisque je suis lectrice , j'étais vraiment enthousiasmée pour connaitre la fin ,et cela me pousse et tous les autres lecteurs à continuer l'histoire sans sentir de l'ennuie , généralement c'est très agréable à lire , merci Mr.Semlali que Dieu vous bénisse !!
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