Nos cocepteurs des examens ne doivent-ils pas avoir honte?

 Par OMARI Abdellatif  (Prof)  [msg envoyés : 176le 29-06-12 à 12:35  Lu :1307 fois
     
  
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J’ai eu toujours peur de ne parler que pour parler, de ne critiquer que pour critiquer. Mais quand je suis si convaincu je parle et je critique avec la conscience toute tranquille. Aujourd’hui, plus que jamais, je suis convaincu que nos concepteurs des examens ne veulent rien comprendre et ne comprendront jamais. Nous devons nous estimer heureux, car ce jour là où il a fallu opter pour un choix, il n’y avait pas de troisième choix : ou bien il fallait se soucier d’un morceau de terrain, de l’appropriation d’une mansarde, d’un véhicule, d’un compte bancaire, d’un crédit bancaire, de quelque pouvoir, je ne sais quelle misère encore, mais rester un dollar troué ; ou bien il fallait se soucier de colmater ses trous et remédier à ses failles pour ne pas rester à jamais ignare et bobard. Il est inconcevable et impossible d’être les deux. Les vrais créateurs ne font jamais de sexe, mais ils sont éternellement en quête d’un amour rarissime, un amour qui doit, pour les comprendre, comprendre la mer et ce triste univers. Ainsi en est-il de l’enseignant quand il devait être enseignant, il n’est jamais tenté par ces petitesses. Nous devons nous estimer heureux, parce que s’il est possible que nous soyons ignorants, du moins nous ne sommes pas ignares. Dieu soit loué ! Nous n’avons qu’une bicyclette mais nous n’avons jamais eu le moindre regret d’avoir opté pour l’un et non pour l’autre misérable choix. D’autres personnes, si elles avaient opté pour le bon choix elles auraient fait des miracles.
Bref, quand on parle de « narrateur », on parle d’une entité adulte qui crée un monde romanesque et le régit, et il est complètement dissocié de la personne qu’il l’était autrefois. Quand on pose des questions telles que :
-Le narrateur a attribué à chaque jour une couleur. Quel effet ces couleurs produisent- elles sur lui ?
-Quel sentiment éprouve le narrateur pendant la visite des sanctuaires ? Justifiez votre réponse à l'aide d'un indice relevé dans le texte.
-Le narrateur et sa mère respectent-ils l'existence des saints ? Justifiez votre réponse par une phrase
relevée dans le texte,
c’est Mohamed adulte qui est visé par ces questions et non pas Mohamed enfant. Est-ce Mohamed enfant est narrateur ? Qui attribuait à chaque jour une couleur ? Qui éprouvait le sentiment de la fatigue pendant la visite des sanctuaires ? Qui respectait l’existence des saints avec sa mère ? Est-ce Mohamed adulte, le narrateur, ou est-ce Mohamed enfant, le personnage ? Pourtant, combien on aimerait exploiter le texte à sa juste valeur et demander aux élèves quel regard porte le narrateur vis-à-vis des saints et des sanctuaires. Dans le texte (rappelons-le, il s’agit du texte de l’examen de Casablanca), derrière la perspective narrative de l’enfant se déploie, par une ironie grinçante, celle de l’adulte. Le texte porte en filigrane une grande problématique (« Nous trouvions simple, naturel, harmonieux, parfaitement sage ce que nos ancêtres avaient établi. Personne ne se serait avisé d'en rire »). C’est toute l’histoire d’une nation qui est remise en cause, et cela continue avec la même simplicité, le même naturel, la même harmonie, la même sagesse. Le passage fait parfaitement écho aux idées de Bouchaib quand il dit que les esprits sont encore d’un autre âge. Toutes les questions de compréhension devaient aboutir, dans une sorte de construction, à relever cette problématique avant d’en arriver à la production écrite qui doit se constituer enchainement dans les idées. Que l’enfant soit un paquet d’os et éprouve de la fatigue, ou que la mère éprouve de l’ennui et riait moins, en quoi cette voirie peut-elle servir nos apprenants ? Mais nos concepteurs myopes ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, les morceaux de terrain et les crédits bancaires les ont rendus aussi hypermétropes, et là je rejoins la remarque pertinente de notre collègue elouichouany radouan sur le manque de cohérence entre le texte, ses questions et sa production. Mais on leur demande trop ces concepteurs puisqu’ils sont myopes ! Et puis, c’est facile de critiquer quand on n’est pas dans le même bain. D’accord, mais ils sont des autorités et de telles turpitudes seraient-elles tolérées de leur part? Pourquoi dans un récit à la troisième personne cette bavure de confusion entre narrateur et personnage ne se pose-t-elle pas ? Qui peut parler de narrateur si c’est Bouchaib qui voit ou pense ? Et pourquoi alors parler de narrateur lorsque c’est Mohamed enfant qui voit, sent et pense ? Il faudrait au moins dire « le narrateur enfant », si on ne voulait pas utiliser les expressions de « personnage » ou de « Mohamed enfant ». Dans un récit à la première personne il faut complètement dissocier le « je » narré, personnage dans un passé révolu, du « je » narrant, narrateur au moment de l’énonciation ou effectuant l’opération de régie.
Et puis, c’est quoi ce panaché dans les temps dans ces fameuses questions et dans une même question? Tantôt un passé composé qui n’a aucune raison d’être, tantôt un présent dont on ignore la valeur (Le narrateur a attribué à chaque jour une couleur. Quel effet ces couleurs produisent- elles sur lui ?). Ou les deux verbes dans la phrase doivent être à l’imparfait à valeur itérative et c’est la valeur que véhicule le texte (« Les jours avaient un sens. Pour moi, ils possédaient même une couleur. Le lundi s'associait dans mon imagination au gris clair, le mardi, au gris foncé, un peu fumeux, le mercredi brillait d'un éclat doré comme un soir d'automne, le jeudi froid et bleu contrastait avec le jaune rutilant du vendredi, la pâleur du samedi annonçait le vert triomphant du dimanche »), ou ils doivent être au présent si on veut donner à ce présent une valeur historique. Et encore, qu’est-ce que ces maladresses et cette incertitude dans les interrogations ? Avec l’interrogatif « quel » le sujet est postposé selon le principe de la postposition simple, alors pas de reprise anaphorique. Pourquoi tantôt la postposition est simple (Quel sentiment éprouve le narrateur pendant la visite des sanctuaires ?) Tantôt la postposition est complexe avec reprise anaphorique (Quel effet ces couleurs produisent- elles sur lui ? / Quelle information cette figure de style donne-t-elle sur le narrateur ?). Et ce n’est pas encore fini.

  



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  Bac - examen régional de français-2012 -grand casablanca
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 Réponse N°1 24553

c vrai
  Par   elouichouany radouan  (Profle 30-06-12 à 14:26



toutes vos remarques monsieur Omari seront sans échos puisque comme vous l'avez dit nos concepteurs pensent déjà à leurs villas au bord de la plage.je me demande pourquoi les enseignants ne participent plus à la conception des examens.sommes-nous incapables d'élaborer quelques choses qui ressemblent à un vrai examen?





 Réponse N°2 24634

Continuez à fustiger la conception des examens
  Par   Laouadi Ahmed  (CSle 01-07-12 à 07:37



Multipliez vos remarques! Ils me seront d'un grand secours: si je passe l'écrit du concours des inspecteurs, le sujet de discussion que j'ai proposé est justement "les failles dans la conception des examens de francais, questions et barèmes." Merci





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