Nejma, l'étoile filante.

 Par Jeafari Ahmed  (?)  [msg envoyés : 326le 28-02-12 à 20:05  Lu :1612 fois
     
  
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Je dédie ce récit à M. Harfi. C'est un travail que j'ai réalisé avec mes élèves dans le cadre de la pédagogie de projet: le travail couvre les activités d'un semestre, et réinvestit le schéma narratif d'une part, mais aussi toutes les leçons de langues vues en classes, ce qui fait que chaque conjonction ou locution a fait l'objet d'une leçon en classe. En effet, à la fin de chaque heure, nous avons produit une ou deux phrases, qui respectent la trame du récit, mais qui matérialisent les notions grammaticales ou stylistiques vues pendant la séance. Nous voulions donner un sens aux appretissages comme le préconisent la notion de projet.
Bien à vous!
Projet d’écriture
Nejma,
L’étoile filante
En 2000, à Casablanca, dans un des quartiers les plus antiques, vivait une famille de condition modeste.
Le père était plombier dans une société et son métier lui permettait d’envoyer ses quatre enfants à l’école. La mère, quant à elle, grâce à la broderie qu’elle pratiquait, complétait les besoins de la maison, et, elle arrivait même à gâter ses enfants à l’insu de leur père.
Rachid âgé de quatorze ans, avait déjà toute une série de gadgets électroniques. Le dernier était un ordinateur portable qu’une cliente avait cédé à sa mère, presque gratuitement. Certes, la machine n’était pas performante mais elle était la bienvenue !
Ses deux frères aînés ne manquaient de rien, non plus. Ils avaient un ordinateur de bureau et des téléphones portables. C’étaient des jumeaux. Mohcine et Moussa.
Ils se ressemblaient comme deux gouttes d’eau, mais leurs parents faisaient tout pour les différencier. Ainsi dès leur naissance, ils avaient opté pour le choix de noms distincts, résistant à la tentation des paires « Hassan /Hocine » « Yassir/Yassine »…
Et surtout les vêtements. La mère en vraie économe, pensait que des vêtements différents offraient à ses enfants un éventail de combinaisons pour varier leur aspect vestimentaire. Les enfants eux-mêmes apprirent à avoir un maintien différent. Ils se coiffaient différemment et s’ingéniaient à marier leurs vêtements réciproques pour ne pas montrer que tel ou tel t-shirt appartenait à l’un ou à l’autre.
Rachid ne pouvait d’ailleurs que se féliciter de ce garde- robes bien garni. Les jumeaux avaient les cheveux et les yeux noirs comme ceux de leur père, dont ils tenaient d’ailleurs toute la physionomie, mais leur taille élancée venait de leur mère.
Rachid ressemblait plutôt à sa mère, surtout ses cheveux châtain clair et ses yeux verts. Nejma était blonde comme sa grand-mère.
A l’école, Mohcine venait de réussir sa deuxième année du lycée avec juste la moyenne mais Moussa avait doublé. L’échec de ce fils faisait un nuage dans la vie tranquille des Khairs. En effet, Moussa, comme ses parents, vivait mal cette dernière distinction avec son frère, et ressentait cela comme une trahison. Alors, Il commençait à détester l’école, pour ne pas détester son frère. Ce jour- là, justement, il ne se leva pas à l’heure. Sa mère vint alors le secouer :
-Moussa, debout avant qu’il ne soit trop tard !
Ouvrant les yeux, il lui répondit :
-Maman, s’il te plaît, laisse-moi me reposer. Je suis trop fatigué pour sortir. Sa mère était tellement surprise qu’elle crut qu’il était malade .Mais il la rassura en lui disant que c’était Mohcine qui l’avait réveillé très tôt le matin par le bruit de ses ablutions pour la prière d’El fajr, qu’il ne ratait plus depuis quelque temps. Et sous prétexte qu’il avait déjà le programme, il informa sa mère qu’il allait s’absenter ce jour-là.
La mère avait trop de choses à faire, c’était pourquoi elle le laissa et partit préparer la petite Nada qu’elle devait déposer à la maternelle du coin !Avec ses trois ans , ses deux nattes blondes et ses yeux verts, la petite princesse faisait le bonheur de tout le quartier !
Tout en vérifiant le gouter de la petite, la mère ne cessait de se demander ce qui avait bien pu changer dans sa petite maison, après tout , heureuse !Un garçon qui ne voulait plus aller à l’école, un autre qui plongeait de plus en plus dans la prière et la solitude !Heureusement, Rachid ,lui , était un bon élève et ses résultats faisait la fierté de son père .
En rentrant, la maman trouva sa voisine qui l’attendait sur le pas de la porte. Celle-ci lui dit :
-Alors Nejma, tu as déposé Nada ? Je crois que tu as un peu de temps pour voir un tissu que je voudrais faire broder ?
La maman lui demanda de lui accorder un moment pour remettre de l’ordre chez elle avant de la rejoindre ! Et ajouta qu’elle voulait aussi la voir car elle avait quelques soucis à lui raconter !
Une heure plus tard, chez la voisine, un vert de thé à la main, Nejma commença son récit : « écoute Lalla Khadija, tu es comme ma sœur et je vais me décharger du poids qui commence à me peser sur le cœur ! Mon fils Moussa ne veut plus aller à l’école, et Â’li, mon mari n’en sait rien encore, et je tremble à l’idée qu’il apprenne cela. Et puis, Mohcine, qui normalement a réussi et doit être content de la vie, et bien, je ne sais pas ce qui lui arrive. Il est devenu un pratiquant assidu ,et même un peu trop ! Il prie plus qu’il ne vit. L’autre jour un certain Yahya est venu le chercher. J’étais étonnée de voir ce jeune homme barbu qui demande après mon fils. Et quand j’ai demandé à Mohcine de me donner des explications, il m’a juste répondu que c’était désormais son seul et vrai ami ! Que dois-je faire ?je sens que ma maison va partir en ruine ! »
La voisine , du haut de ses soixante ans mais qu’une vie de sobriété et d’élégance d’origine fassie, ne laissait rien voir de son âge, si ce n’étaient ses cheveux de plus en plus rares, quand il arrivait que son foulard glissait un peu , La rassura que les enfants sont tous comme cela, et qu’ils finissent toujours par reprendre leurs habitudes et qu’elle savait, elle, de quoi elle parlait puisqu’elle était plus âgée que Nejma et qu’elle avait déjà marié un fils et une fille.
Nejma souhaitait de tout son cœur que les paroles de Lalla Khadija soient justes, puis elle remercia, prit la nouvelle commande et rentra chez elle !
Dans la cuisine, Moussa se demandait comment il pouvait lui communiquer le projet qui commençait à grandir de plus en plus dans sa tête : Partir à l’étranger, tenter sa chance là-bas, comme beaucoup de jeunes ! Mais comment sans papiers et sans argent ? Surtout l’argent ! Il avait quelques idées, mais pouvait-il parler ?
Après avoir pris son petit déjeuner, Moussa sortit faire une promenade pour bien y réfléchir. En passant devant la maternelle, il se rappela le temps où sa mère les y déposait lui et Mohcine. C’était le temps du bonheur. Il y avait d’ailleurs Majid, à peine plus âgé qu’eux qui remplissait la petite cour de ses cris. D’après les jeux qu’il inventait, il avait déjà l’esprit ailleurs .Et surtout, il ne lâchait pas un ballon rouge.
Ah !le football ! C’était une belle époque. Ils avaient beaucoup joué, plus tard. Leur équipe gagnait tous les tournois des rues et ceux des collèges, grâce aux talents de Majid. Et plus tard le chanceux, trouva comment partir en Europe où un club l’avait adopté … Mais, lui Moussa, qui pouvait l’aider ? Si seulement il pouvait partir ? Majid lui serait de bon secours.
Arrivé à la porte de la maison, Moussa avait son idée et il était décidé à parler à sa mère. Ainsi, dans la cuisine, et de crainte que sa mère ne le prenne mal, il commença par la maternelle :
-Maman, je viens de passer devant la maternelle et cela m’a rappelé de beaux souvenirs.
Sa mère, regardant l’heure sur l’étagère au dessus de l’évier, sursauta et dit :
-Mais c’est l’heure d’aller chercher Nada. Mercredi, la maternelle ferme l’après-midi.
Moussa lui proposa alors de surveiller la cuisson du repas, car il n’avait pas le courage de revoir la vieille directrice.
Resté seul maître de la cuisine, Moussa, tout en ayant un œil sur le tajine dans sa phase final, eut l’idée de préparer une salade de crudités, qu’il savait d’ailleurs bien faire. En un tour de main, tous les légumes qui restaient y passèrent. Ses mains étaient aussi agiles que celles d’un grand chef. Il ressentit quelque fierté et ne put s’empêcher de penser qu’il avait un talent qui pourrait un jour servir.
Quand Nejma rentra, elle fut étonnée de voir le chef-d’œuvre que son fils réalisa. Et dès que les compliments furent faits, Moussa profita de l’occasion pour attaquer :
-Dis maman, tu sais comment les parents de Majid ont acheté leur voiture ?
Sans se douter de quelque chose, Nejma répondit :
-Évidemment ! C’est grâce à Majid qui leur envoie de l’argent.
Moussa rassembla son courage et lança :
- Pourquoi alors, je ne ferais pas comme lui ?
Interloquée, Nejma, croyant que cela ne valait pas la peine d’en parler, lâcha :
-Avant de savoir si ton père va accepter ou non, tu as pensé à l’argent qu’il faudrait ?
Moussa hésitant un peu, finit par lancer :
-Et pourquoi tu ne vendrais pas ce petit morceau de terrain que tu as à la campagne ?
La mère était trop choquée pour répondre. Cela était donc sérieux.
Les jours qui suivirent, Moussa dormait mal et n’arrivait pas à croiser les yeux de sa mère. Il perdit même l’appétit mais il mangeait avec courage car il pensait qu’il aurait besoin de toutes ses forces pour l’aventure.
Cependant la maman, elle, ne mangeait presque plus et passait les nuits à réfléchir à la situation dans laquelle son fils voulait la mettre. Elle décida d’en parler à son mari. Mais en attendant que l’occasion se présente, elle commença à rendre des visites de plus en plus fréquentes, à Lalla Noufissa, la mère de Majid, pour laquelle elle avait d’ailleurs beaucoup brodé, ces derniers temps.
Peu à peu, Nejma commençait à être convaincue. Elle se sentait suffisamment courageuse pour parler à son mari, mais chaque fois qu’elle essayait, elle ne pouvait s’empêcher de penser que l’idée de sacrifier la terre n’allait attirer que des problèmes.
Elle jugea bon d’en parler à lalla Noufissa :
« Nous avons hérité, mes frères et moi d’une terre, que nous n’avons pas encore partagée. Ma part est toute petite, et je n’ose pas la réclamer à mes frères. Mais, Lalla Noufissa, je ne t’ai pas dit que Moussa voudrait partir à l’étranger comme ton fils ; et que cette terre est notre seule ressource. »
Lalla Noufissa, voyant en Moussa un futur compagnon de son fils, à l’étranger, proposa à Nejma de lui prêter l’argent nécessaire au voyage, et de la mettrait même en contact avec les gens qui avaient aidé son fils à quitter clandestinement le Maroc.
Au fur et à mesure que Lalla Noufissa parlait d’une voix aigue de petite fille qui contrastait avec son obésité naissante, Nejma imaginait déjà Moussa à l’étranger.
Le lendemain, Nejma parla à son mari. La réaction ne se fit pas attendre. Si Â’li explosa d’une colère qu’on ne lui avait jamais vue. Et si ce n’était la présence de Nada, il aurait crié à casser les vitres.
Il fit appeler Moussa pour entendre de sa bouche de quoi il s’agissait. Chose étrange, Moussa trouva le courage de vider son cœur, sans toutefois lever les yeux. Si Â’li eut la sagesse de ne pas l’interrompre jusqu’à ce qu’il ait terminé ce qu’il avait à dire.
Le père se leva alors lentement, et se retira dans sa chambre. Son front s’était assombri et on aurait dit qu’une ride venait d’y naître, lui donnant l’air d’être plus vieux.
Il se promit de réfléchir à tous ces bouleversements qu’il commençait à pressentir depuis quelque temps, dans les comportements de ses garçons, en train de devenir peu à peu des hommes, sans qu’il y fasse attention, laissant tout le soin et la responsabilité à la douce et courageuse Nejma.
Nejma qui ne s’était jamais plainte de quoi que ce soit. Brodant la vie de la petite famille ainsi qu’elle embellissait les tissus qui, passés entre ses mains, se transformaient en étoffes dignes d’être portées par des princesses.
Mais, où pouvait-elle puiser sa force et sa sagesse ?était-ce dans ses origines berbères ?dans ce petit hameau niché au creux des montagnes ?les belles montagnes du sud du Maroc .Cela faisait longtemps qu’ils n’y étaient pas allés .La frères de Nejma sont vraiment hospitaliers.
Mais comment Moussa pouvait-il penser le moindre instant que sa mère pourrait se séparer de cette terre bénie ?
Si Â’li, bercé par les souvenirs du dernier voyage qui les y avait emmenés sa femme et lui, lors de la disparition de son beau-père, se souvint alors que Nada n’était pas encore née, et qu’ils n’avaient emmené, avec eux, que le petit Rachid. Cela expliquerait peut-être pourquoi Moussa ne s’en souciait guère. Leur dernier voyage, tous ensemble, au sud, remontait à huit ans. Il n’en gardait qu’un souvenir vague.
Et lui-même Si Ali, à quand remontait son dernier congé ? Il ne s’en souvenait plus. Il a toujours préféré travailler. Même le Dimanche, cela l’ennuyait de rester à la maison .Était-ce cela l’origine des problèmes ? Il se disait chaque soir qu’il devait faire quelques recommandations à Mohcine à propos de sa façon d’aborder la religion, mais cette fois, Moussa venait de lui tirer la sonnette d’alarme.
Toutes ces réflexions donnèrent à Si Â’li l’envie de prendre quelques jours de congé .Il en avait le droit. Pas plus d’une semaine. Juste ce qu’il fallait pour remettre les choses en ordre. Il en avait une petite idée. Il ne savait pas exactement comment, mais il savait précisément où ? C’était au sud. Au pays de la réconciliation. Au contact de la bonne terre qui avait vu Nejma voir le jour. Au milieu des oliviers et des amandiers. Là où le temps coulait au rythme du ruisseau qui serpentait la vallée et qui chantait la douce mélodie du vent et faisait danser les épis de blé.
C’était des thèmes qu’on retrouvait dans les chansons berbères qu’il aimait beaucoup, étant lui aussi de la région mais de l’autre côté de la montagne, du versant le plus aride, de telle sorte que la plaine de Nejma était un paradis.
Il se souviendrait toujours du jour où il l’avait vue pour la première fois, riant au milieu des coquelicots, fleur parmi les fleurs : était-ce pour cela qu’elle affectionnait la broderie ? Se représentait-elle ce paradis perdu qu’il ne voudrait jamais oublier ?
Mais au fait, c’était bientôt les vacances du printemps. Et c’était l’occasion de faire un voyage en famille ? Un pèlerinage aux sources ? C’était décidé. Il emmènerait ses enfants au Sud pour voir leurs origines .Cela permettrait une petite halte pour faire le point et sauver le bonheur de la petite famille.
Si Â’li appela Nejma et lui en parla .La joie qui se lisait alors dans les yeux de sa femme était déjà une récompense et un bon présage de ce que ce voyage allait être.
Quand si Â’li demanda un congé à son patron, celui-ci accepta, même s’il y avait beaucoup de travail dans le chantier de construction. C’était vrai que le patron était surpris cependant il ne demanda aucune justification.
La famille avait cinq jours pour se préparer. Le début du congé du père coïncidait avec le premier jour des vacances des enfants.
La veille du départ, Nejma alla rendre un travail fini à Lalla Noufissa ; et là ce fut la surprise. Majid était à la maison !
Le samedi avant la rentrée, Moussa, fatigué du voyage, s’endormit, en repensant à ce que lui avait dit Majid la veille du voyage. Majid que la blessure à la cheville, condamnait à rentrer définitivement au Maroc : « Si tu veux vraiment partir, il te faudra au moins avoir ton bac ! » … Pourvu qu’il n’ait pas déjà déçu ses parents, il ferait tout pour réussir.
Le lendemain, toute la famille était réunie autour du portable de Rachid pour regarder les photos du voyage. C’était à qui commenterait ces beaux moments immortalisés :
- «Regardez Rachid ! Il a l’air ridicule à dos d’âne ! »
- « Et là, c’est moi ! » « oh ! ma petite, tu es une fleur au milieu de ces beaux champs ! »
- « Mes tantes et mes oncles sont vraiment sympa ! et je n’oublierai jamais le goût de ce tajine, que nous avons dévoré jusqu’à la dernière bouchée ! »
Mohcine regardait, lui aussi, les photos en souriant, car il avait retrouvé le sourire. Il avait compris que L’islam, c’est de la communication et du partage ; C’était l’esprit sportif qu’il avait remarqué chez ses cousins, travaillant dur, jouant des matches et ne ratant jamais l’heure de la prière !
Si Â’li, un peu en retrait, emmitouflé dans un burnous, sa dernière acquisition au souk du village, savourait ces moments de repos en famille, avant la reprise du travail. Il était satisfait. Ce qu’il avait projeté avait abouti. Il demanderait bien à Nejma de lui mettre une plus grande bouteille de miel pour son cher patron.
Aujourd’hui, neuf ans plus tard, avec un C.V bien valorisé, diplômes et expériences, Moussa postule pour une place de chef-cuisinier, dans un hôtel trois étoiles. Pour rien au monde, il ne laisserait son pays puisque, même une formation de trois mois en Suisse n’a pas éveillé en lui l’ancien rêve d’adolescent, qui a failli détruire sa vie. Il a même réussi à convaincre Majid de faire l’école hôtelière : Et il s’est retrouvé dans la pâtisserie.
Mohcine, ayant suivi une formation en réseaux et communication, occupe un bon poste dans une société de publicité. Son dynamisme et sa créativité font de lui un élément indispensable sur qui repose la réussite de l’entreprise. Des rumeurs circulent déjà qu’on pourrait lui confier la direction d’une filiale qui va bientôt voir le jour. Ses collègues sont heureux pour lui, même s’ils ne pourront pas se passer de sa bonne humeur.
La seule fois où il a eu une pensée pour Yahya, c’était lors des attentats qui avaient secoué Casablanca, le 16 mai 2003. Ce jour-là il s’était félicité d’avoir tourné à jamais une page sombre de son passé.
Quant à Rachid, qui a vingt-trois ans, il termine sa dernière année à l’institut agronomique .Ingénieur d’application est, pour lui, une première étape qui lui permettra de réaliser son rêve. Ce rêve qu’il berce depuis neuf ans déjà. Il s’y est préparé. Car lui, il a toujours la tête sur les épaules et sait exactement ce qu’il veut faire. Son père, mis en confidence, approuve sans la moindre hésitation, son projet. Et comment peut-il en être autrement ? Rendre la vie à la terre de ses grands-parents en y expérimentant un nouveau système d’irrigation, est une bénédiction. Et La terre ne manque pas puisque Si Â’li n’a qu’une sœur et leur père leur a laissé une terre qui s’étend à perte de vu.
A la veille de la retraite, si Â’li, les cheveux grisonnant, le corps montrant déjà l’usure du temps, aimerait bien se retirer dans le pays de son enfance.
Et surtout emmener Nejma prendre du repos, au contact de la nature qui avait longtemps nourri son inspiration, jusqu’à ce que la dernière étoffe qu’elle a brodée épuise définitivement ses yeux. L’opération qu’elle vient de subir pour la deuxième fois n’a fait que prouver ce qu’elle répète à ses enfants, qui se préparent à l’emmener à l’étranger pour être examinée par les plus grands spécialistes.
Elle savait depuis deux ans que ses yeux commençaient à s’éteindre .Et elle acceptait, ce qu’elle concevait comme son destin. Elle a tout vu et emmagasiné assez d’images pour vivre le restant de sa vie. Et même Nada la petite, elle a treize ans, maintenant. Précoce, elle a déjà les traits d’une jeune demoiselle, et Nejma sait exactement quelle belle jeune femme elle sera quand sonnera l’heure de son mariage. Bien sûr, après avoir décroché les plus beaux diplômes. Nada sera une femme moderne. Elle, elle choisira son mari. Nejma ne regrettait rien.si Â’li a toujours été là pour elle. Mais c’est dans l’air du temps. Bien des choses ont changé d’ailleurs.
A présent sa petite maison, située au premier, semble bien vide après le mariage de Mohcine, tout de suite après celui de Moussa. Rachid, lui, ses études à Rabat lui permettent à peine de rentrer un week-end sur deux.
D’ailleurs, La tradition familiale veut que les dimanches se passent en famille. La petite maison se transforme alors en pouponnière où le petit Karim fils de Moussa et la petite Maha fille de Mohcine s’en donnent à cœur joie, aux jeux des bambins, rappelant aux deux frères une certaine petite maternelle, rachetée et transformée en une boulangerie, celle de Majid : « Le ballon rouge ». C’est son nom.la vieille directrice, devenue caissière chez Majid, qui a beaucoup grossi et a perdu le dernier de ses cheveux roux, se plait à raconter, sans se lasser, l’histoire de ce nom.
Rabha, la bonne qui a été engagée par Moussa pour aider sa mère, voilà deux ans, fait partie de la famille. Veuve sans enfant, elle semble ne pas avoir d’âge, mais ne demande qu’à s’intégrer.
Et quand tout le monde s’est retiré, Nejma demande à Rabha de lui placer son fauteuil dans la chambre des enfants, devant la fenêtre du sud. Elle respire alors un grand bol d’air et pensant à l’étoile qu’elle avait l’habitude de contempler de ce côté, elle a une pensée à Lalla Khadija qui s’est éteinte il y a deux ans, et à Lalla Noufissa qui l’a rejointe l’année dernière. Elle expire doucement et ferme les yeux.
Où vont toutes ces étoiles qui brillent le temps d’une vie et disparaissent à tout jamais ? Nejma, étoile du sud, étoile filante que l’on aperçoit le temps d’un souhait. Le temps que ses enfants réalisent leurs rêves.
Fin

  



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 Réponse N°1 17967

grand merci
  Par   brahim el harfi  (Profle 28-02-12 à 23:07



bonsoir cher collègue

merci pour la dédicace et le partage

on voit dans ce récit l'empreinte marocaine. et vous (prof et apprenants) avez maniez savamment, le récit et la facture dialogique.

Bien à vous





 Réponse N°2 18816

Une autre nouvelle
  Par   Samira Yassine  (CSle 22-03-12 à 07:27



Je vous remercie M Jeafari pour vos belles nouvelles dont les histoires sont puisées dans la société marocaine avec toutes ses composantes.

Vous dites , encore une fois, que ce travail a été réalisé avec vos élèves; puis-je savoir de quels élèves vous parlez, sachant qu'il ne s'agit certainement pas du secondaire.

Merci encore cher collègue.





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