Naissance de casablanca et son Évolution commerciale

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 25-06-13 à 20:14  Lu :989 fois
     
  
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Guy MARTINET, ancien Casablancais, historien et professeur à l’École Navale Royale des officiers de la Marine.( communication, à l’École même, en présence de beaucoup de personnalités, et des membres de l'Association des anciens élèves de Casa, c'était le 26 Novembre, 1982)
Si Anfa a déjà été présenté à l’instant dans le cadre du moyen âge ; et encore ce matin par Mme Boujibar (déléguée du Ministère de la Culture) - qui a évoqué les premiers habitants de ce site de Casablanca et son passé historique qui nous ramène à des centaines de milliers d’années derrière nous ; peut-être 300 mille ans- , en tous cas, nous devons savoir que l'homme Marocain est aussi ancien que l'homme Algérien, quoi qu'on ait dit à ce sujet, et quoi qu’à l'heure actuelle , certains manuels et musées de Paris le font apparaître. Les fouilles préhistoriques présentent la même ancienneté des hommes du Maghreb ; marocains ou algériens. Soit 300 à 400 mille années : c'est à dire à partir du feu ; depuis que l'homme a découvert le feu. Mais je ne veux pas revenir sur cette question , déjà citée , je vous propose donc de venir , ce soir à 19 h, dans le hall de « Maroc Soir » à une exposition , où vous verrez les restes de fossiles de ces anciens habitants du Maroc ; fossiles qui proviennent d'une carrière – les carrières Thomas - . Vous verrez aussi les dents d'un primitif habitant casablancais qui fut probablement dévoré par une hyène. Malgré les multiples dangers qui les entouraient , les casablancais ont survécu.
Nous savons fort bien qu'il y a des endroits comme « Aïn Diab » où il y avait des chacals . Nous avons comme témoignage « le Trou du chacal » situé en haut de la ville. Nous savons aussi qu'il y avait des hyènes. Cependant, il reste bon nombre d'endroits qu'il faudrait maintenant découvrir , et faire revivre à l'instar de ce plateau de Mers-Sultan.
Tout le monde sait aussi que dans la région de la Chaouia , il y a eu toujours le blé. Depuis quand date ce port de Casablanca (ANFA) ? Tant de questions qui nécessitent encore des recherches. À entendre le mot prestigieux « Maârif », tout le monde sait que tout un quartier porte ce nom. Si l'on va à l'ancienne Médina , on trouvera la mosquée de Sidi Allal EL Kairaouani , nom qui dérive de Kairouan . Tout cela veut dire que nous avons pas mal de choses à découvrir.
C'est en effet le poète Lamartine qui a dit « Objets inanimés ; avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme ; de la force d'aimer ? ». Nous avons effectivement à Casablanca un certain nombre d'anciens objets , de vieux quartiers , d'anciennes pierres, mais tout le monde malheureusement , persiste à croire qu'ils sont indiscutablement modernes. Pendant longtemps, on a prétendu que Casablanca a été simplement une création récente du 20°siècle. Et bien, nous allons prouver que cette ville a son propre prestige historique qu'elle peut confronter avec d'autres cités du Royaume, même les plus renommées comme Fès. Là, je vais essayer d'argumenter ; et non pas me contenter simplement d'affirmer.
Nous avons fort heureusement la chance en effet , d'avoir entre nos mains le texte d'EL BEKRI. El BEKRI était à Cordoue. Son père était dans les postes. Et par conséquent, il avait à côté de sa documentation, toute une gamme de renseignements qui l'aidaient à savoir comment la côte de Casablanca était située. Dans son ouvrage, il parle à un moment donné du promontoire d'EL BEIDA. On a refusé cette identification pour la bonne raison qu'elle ne correspond qu'au mot « blanc ».
Il y a pourtant cette fameuse falaise jaune que vous appelez à juste titre « JORF LASFAR » et qui se trouve au sud d'EL JADIDA. Quoi qu'il en soit, il reste toujours une présomption ; c'est que ce promontoire vient au deuxième rang après celui de Safi , et se place avant celui de fédala (Mohammedia).
Il est certain qu'on a beaucoup parlé du cap Bedouja, du cap Canbis sur les cartes, mais on toujours rejeté l'idée d'EL BEKRI en disant que c'était ou bien le cap Cautin ou la cap Blanc, mais ce n'était pas Casablanca. Mais, il ya quand même une présomption , car si on remonte dans l'antiquité , on trouve sûrement des hommes, tel El Ouzzane , qui parle en effet de ce site de Casablanca. Cette ville , d'après cet historien , fut construite par les romains. Est-ce vrai ? Nous n'avons comme preuve que quelques pièces de monnaie que nous avons trouvées sur la côte. Certains diront que cette découverte est simplement due au hasard. Par conséquent , c'est une preuve fort insuffisante pour justifier que ces pièces d'origine romaines.Le seul fait dont on est sûr, d'après un texte de Sylaxe, c'est que dans l'antiquité et précisément au début du 4° siècle avant J .C, on parle du voyage d'un navire qui était sorti de Tanger en direction d'Essaouira. Ce navire devait traverser un cap qui s'avançait beaucoup dans la mer. C'était le premier cap qu'on rencontrait en provenance de Tanger.
Il faut savoir que lorsqu'on navigue le lon des côtes du Maroc, on doit faire fac à une grande difficulté. Parce que la première grande pointe qui s'avance dans l'Océan, c'est précisément le nom d'EL HANK que certains appellent le cou, et ce que d'autres appellent la joue. C'est en tous cas la première difficulté importante , qu oblige les navires à faire un très grand détour de près de 6 km en mer, à causes des récifs, (mot d'ailleurs d'origine arabe) qui sont des rochers cachés sous l'eau. Ceci prouve que les anciens devaient aussi , faire ce grand détour s'il voulait éviter tout accident. C'est pour cette raison qu'ils avaient construit un hôtel en position visible, qu'ils avaient d'ailleurs décorés de lions. Ils y avaient même mis des dauphins qui exécutaient les sauts dans l'eau de mer. Cela signifie que ce cap d'EL HANK était connu , et que ces anciens voyageurs en avaient très peur.
D'autres raisons poussaient les anciens à se diriger vers la côte de Casablanca. Il y avait en effet deux petits creux que vous verrez tout à l'heure , si vous allez à la galerie 88 du Maroc Soir. À ce sujet le présenterai une reproduction que j'ai pu obtenir , grâce à Mr Abdeslam LARAKI , l'ancien ambassadeur du Maroc en Pologne, et qui a bien voulu nous la prêter justement pour cette occasion. Vous remarquerez aussi les deux petites criques qui sont à l'origine du port de Casablanca. Ces deux petites criques attiraient en effet les anciens marins étrangers. À côté de cela, il y avait un puits d'eau qui se trouvait d'ailleurs près du sanctuaire de Sidi Baliout ( le maître des lions), juste à 'embouchure d'une rivière qui n'est autre que l'Oued Bouskoura , actuellement aplati et enterré sous le boulevard d'ANFA.
Ce n'était pas évidemment un port extraordinaire , mais il permettait à ces marins d'autrefois de se mettre à l'abri des vents d'Ouest . C'était pour eux un précieux refuge contre les tempêtes de mer. En tout état de cause, n'insistons pas trop sur le passé, et regardons ce qui s'est passé par la suite.
Après la période gréco-romaine, très vite , il s'est formé un village de pêcheurs composés d'anciens marins. Ces derniers avaient à leur disposition des « Barques » des bateaux qu'ils avaient petit à petit munis de voiles. C'est bateaux furent nommés par la suite des TARRIDA ( rapide/ poursuite...) – ce mot est d'ailleurs passé dans la marine occidentale- ce qui voulait dire des marins rapides – d'ailleurs, il y eut plus tard les corsaires qui étaient connus par leur rapidité de navigation. Ces TARRIDA étaient des bateaux qui pouvaient justement manœuvrer sur place. Cette première agglomération de pêcheurs les utilisaient pour aller jusqu'au Portugal. Ils allaient même jusqu'au Sud de l'Espagne avec qui , ils avaient des liens étroits pendant quatre siècles, c'est à dire de la période de TARIK à celle de ANDELMOUMEN.
Ce que je peux dire , c'est qu'il y a eu toujours un échange commercial entre Casablanca , le Portugal et l'Espagne. Nous en avons plusieurs preuves.
La première, c'est EL BEKRI qui parle des BERGOUATAS. El BEKRI dit dans son ouvrage que lorsque TARIK fit la conquête de l'Espagne avec les guerriers de l'armée musulmane, il avait battu en retraite pour s'établir d'abord à Salé. Cet homme était devenu le roi des habitants qui vivaient dans la région de Casablanca. Ils étaient surtout des HOUARRAS, des ZENATAS et des BERGOUATAS. Par conséquent, c'était la première fois que ces populations accueillaient l'Islam. Ils l'avaient accepté d'ailleurs , avec des hauts et des bas parce qu'ils avaient connu des périodes de difficulté , de tension, et même des moments assez inquiétants en ce qui concerne l'orthodoxie. Mais ce qui est sûr, c'est que le texte d'EL BEKRI nous parle de ces Rois des BERGOUATAS. D'autre part, les liens ont toujours existé avec le monde occidental. Chacun des monarques qui régnaient à l'époque , recommandaient à son successeur de conserver des liens étroits avec les occidentaux d'Espagne, car ils étaient la source de la fortune du Pays. C'était surtout l'exportation qui était essentielle dans ces rapports. Et les navires qui étaient à Casablanca, permettaient en plus une indépendance de mouvement.
À cet égard , lorsque nous consultons par exemple le livre d'IBN HAOUKAL, nous trouvons que ce dernier était le premier à avoir fait une carte qui était d'ailleurs très précise. Elle montrait la lancée de la plaine maritime marocaine vers l'Ouest. Ce qu'il y a de particulier, c'est que cette carte nous montre que le pays des BERGOUATAS , situé pratiquement entre Salé et la région de Tensift, était mal connu. Or tout ce secteur était jalonné par des Ribates.
On y trouve justement les positions de mer à mer de Sidi Chaki à Safi. Dans tous ces endroits, on avait installé des confréries avec des hommes pieux , dans le but de répandre l'Islam parmi ces communautés littorales redoutables, qui étaient difficiles à convaincre, et de façon à les endoctriner progressivement. Parmi ces communautés , on trouvait des athées, des juifs, et même ceux qui faisaient et des hérésies . Ceux qui avaient commencé à adopter le religion musulmane mélangeaient les principes du Coran avec certaines obligations bibliques. C'est ainsi que très rapidement , et grâce au système des confréries , on a pu aboutir à une transformation complète des communautés.
Une autre preuve pour soutenir ce que j'avance, c'est celle du texte « Houdk Kourtass » de BEN ABISSA – Vous savez que BEN ABISSA avait écrit son texte en 1336- cet historien a su obtenir des informations très précises, qu'il avait recopiées d'ailleurs par la suite avec le même procédé qu'IBN KHALDOUN. Cet homme avait l'habitude de garder les documents écrits qu'il se procurait , pour les recopier par la suite.
IBN ABISSA dans « HOUDK KOURTASS »Raconte que la première des choses qu'un souverain idrisside faisait , était de faire son possible pour atteindre la côte, afin de contrecarrer surtout les BERGOUATAS qui étaient des rebelles, et qu'il fallait amener à l'obéissance par la contrainte durant toute la période qui s'étend de 829 à 830.
Nous pouvons donc conclure qu'à partir de cette période une première Anfa existait déjà. Elle fut probablement fondée par un certain SALEH – un des premiers conquérants de l'Espagne mort en 1719- . D'autre part , je considère le texte d'EZZIANI , écrit au 18e siècle comme ATTOURJEMANE de la naissance de Casablanca. C'est dans ce texte que nous apprenons que cette ville était devenue un centre de ravitaillement pour les guerriers contre l'Espagne, et une cité qu a contribué énormément à la réussite de leur conquête.
Par ailleurs, il ne faut pas s'étonner de voir un autre texte d'EL FARISSI qui parle d'ANFA vers 1060, et de la conquête des MOURABITINES. Et bien , lorsque YOUSSEF BEN TACHAFINE était en route pour la conquête du pays, il fut obligé d'assiéger la ville pendant plus de cinq ans. Il ne put l'envahir qu'après cette longue période. À ce moment là, la région était habitée par des Seguis. Il y avait déjà une organisation sédentaire. Une enceinte où s'installaient les BERGOUATAS etc.... On dira pourquoi ce ne sont pas les ZENATAS qui construisirent la ville, puisqu'il y avait une côte ? En tous cas, le premier port existant remonte au 8° siècle , au moment de la conquête d'Espagne...disons pour nous résumer , qu'il y a en une première sortie de la ville d'Anfa , c'était Salé, et ce fut bien avant 1719. Donc, au moment de la conquête d’Espagne. Deuxièmement, les murs de cette ville avaient apparu après la dynastie des Idrissides, du fait que les Émirs Zenates profitaient de l'existence des BRGOUATAS dans la ville, et qui furent d'habiles commerçants, des hommes particulièrement actifs pour les aider à implanter des murailles, vestiges qui remontent à l'an 1000.
Ce que je voudrais dire maintenant , c'est que avons d'autres textes à notre disposition ; en particulier celui d'IBN SAID . Cet auteur du 19e siècle se sert d'annales d'un Amiral almoravide qui parle d'ANFA à partir de 1114 – Vous voyez que déjà à cette époque, il y avait une marine Royale et une organisation sur le plan militaire et commercial, pour assurer des leins avec l'Espagne. Par conséquent , grâce au texte d'IBN SAID , nous nous rendons compte qu'ANFA , était déjà un port d'exportation, surtout de blés et de céréales. Et lorsque ABDELMOUMEN quelques années plus tard prit la ville vers 1149, il avait anéanti définitivement les BRGOUATAS. Ce grand Émir avait exigé la construction de bateaux . Sa flotte avait atteint à l'époque 400 navires. C'était la plus grande flotte marocaine de tous les temps. Il avait commencé aussi à mobiliser un certain nombre de casablancais , qu'il envoyait se battre en Tunisie. Par la suite, et comme il y avait des tunisiens agités et rebelles , son successeur YACOUB EL MANSOUR avait capturé en 1187 , un certain nombre de tunisiens qu'il installa dans la région de Casablanca. Il s'est ainsi formé tout autour de la ville, des populations de musulmans beaucoup plus pratiquants , beaucoup plus fidèles à la dynastie almohade de l'époque.Par la suite , les Almohades qui avaient étendu leur pouvoir jusqu'au nord de l'Espagne , s'étaient mis en contact avec les catholiques de Barcelone. Ces contacts ont crée une situation instable. Les marocains étaient tantôt en guerre, tantôt en paix avec les espagnols du Nord. Cette situation de ni guerre ni paix s'est poursuivi jusque vers la moitié du 13e siècle.
Il faut signaler entre autres, que ce sont des cavaliers de Casablanca qui s'étaient battus en 1212 (bataille de Las Naves de TOLOZA) ; bataille dans laquelle une bonne part de ses valeureux guerriers furent tués. D'autre part, lorsque vers la moitié du 13è siècle arrivent les MAAKILS – vous savez que les MAAKILS sont arrivés par plusieurs chemins ; de l'Est du Souss de HAHA, de l'Atlas par Taza etc...Casablanca a subi une transformation par le fait de l'introduction d'éléments nouveaux. Pour me justifier ici, je vais faire appel à d'autres sources, tout simplement parce que je ne veux pas tomber dans la même critique que Monsieur AYACHE , auquel on avait reproché de ne pas avoir su exploiter les informations orales dans sa thèse sur le RIF. À cet effet, si vous interrogez les vieux de Casablanca, ils vous diront des choses fort intéressantes sur cette ville. Nous avons un certain T'HAMI SERHANI (un idrisside) , qui a écrit au début du siècle un livre sur Casablanca – livre toujours en possession des membres de sa famille et qui est d'ailleurs peu connu – cet écrivain parle d'un certain nombre de faits.D'abord , il cite qu'il avait un vieux casablancais qui s'appelait » l'HUMIDE ». Il parle aussi d'un certain nombre de véritable casablancais : Les OULAD ABBOU, qui étaient instruits ; les ZAHRAOUIS, qui étaient des commerçants ; les MAAROUFI, les MJAT, et enfin les JIRAR, éleveurs et fellahs qui s'étaient définitivement installés à Casablanca.
Autre chose, sur le plan psychologique , la ville avait connu plusieurs tremblements de terre, et de ce fait, beaucoup d'habitant n'aimaient pas vivre dans la vieille médina et préféraient se retirer dans le plein air. En tout état de cause, ce sont là des informations uniquement orales que j'ai pu obtenir . Je n'ai jamais en de documents précis en main pour en tenir compte. Je signale d'autre part , que les informations en question nous apprennent aussi, que les OULAD ABBOU étaient les premiers organisateurs du Moussem de Fédala. Tout le monde s'accorde à dire qu'ils étaient des seigneurs. C'étaient eux qui commençaient le Moussem, laissant par la suite les autres ; c'est-à-dire les ZENATAS ou bien les AÏT BAAMRANE , qui venaient du Sud, fêter le Moussem à leur tour pendant les trois jours suivants.
Nous pouvons donc conclure , qu'il y a eu toujours des liens entre Casablanca et Fédala (Mohammedia actuellement) , et je peux même avancer un autre fait. C'est que Casablanca était devenu à partir de 1300 , un centre commercial actif d'une très grande importance, surtout en matière de blé. Il y était acheté à bas prix et revendu cinq fois plus cher , et par catégorie , dans la région de Barcelone, bien que les marins espagnols qui voulaient établir un commerce avec Casablanca, avaient du mal à traverser le détroit de Gibraltar. Cette traversée réussissait quand même grâce à un arsenal de nouveaux bateaux construit en 1305. C'est ainsi qu'un traité fut signé en 1309, permettant à certains marchands étrangers de venir jusqu'à Casablanca en vue de créer des marchés. Nous avons d'ailleurs toute la liste , en particulier de ces bateaux et de leurs propriétaires . Nous savons exactement qu'ils étaient des catholiques ou des juifs. Il y avait aussi très souvent, des marocains musulmans qu voyageaient là-bas , et qui commercialisaient leurs produits à l'île MAYOR . Parfois, des juifs de Casablanca s'y rendaient à leur tour dans le même but.
Ce que l'on constate également à cette époque , c'est qu'il y avait surtout un échange de marchandises provenant de la Chaouia. Il y avait parallèlement une importation de produits occidentaux . Mais en dehors du domaine commercial , et ce qui marque le plus cette époque, c'est l'apparition du grand sanctuaire EL BEIDA . Tout le monde se demandait quelle était cette maison blanche ? Cette fameuse « Casablanca » . certains prétendaient à première vue , que c'était la ferme d'un certain noble marocain. En ce qui me concerne , je ne me suis jamais permis de donner une pareille interprétation . Pour moi, cette construction blanche ne devait être que la maison du Caïd qui, en général , était blanche et légèrement surélevée. Ce qu'il faut savoir cependant, c'est que cette construction unique en son genre , était restée longtemps un repère pour les marins qui venaient accoster à Casablanca. Mais à partir de la moitié du 15e siècle (1400-1450) , les Merinides qui régnaient à l'époque , étaient beaucoup plus trop faibles pour veiller à la prospérité des échanges commerciaux.
Cette période était marquée par la formation de groupes d'agitateurs qui n'observaient plus la loi, et pratiquement un commerce illégal, selon le récit d'EL OUZZANE (Lion L'Africain).
En dernier lieu , je dois dire que cette ville a toujours été prospère, de par son excellent territoire fertile pour toutes sortes de céréales. Elle a toujours été l'exemple , et l'une des plus belles cités de toute l'Afrique. Anfa au début du XXe siècle , avait de beaux palais, de très grandes boutiques. Elle avait aussi beaucoup de vergers et de jardins. Aujourd'hui encore, on constate l'existence d'une culture prospère, surtout celle de melons, que les gens de Fès avaient la coutume d'emporter jusqu'à leur ville, car ce genre de fruits était tardif chez eux. Par ailleurs, on doit savoir aussi , que les habitants d'Anfa s'habillaient élégamment , en raison de leur étroite liaison avec les commerçants anglais. Il y avait aussi parmi eux des érudits , des gens très bien instruits. Cependant leur mauvais comportement et leur indiscipline causaient parfois leur ruine et leur infortune. C'était le motif de leur libre désir de mener des attaques en mer au nom du Jihad , tout en refusant paradoxalement de verser la « Zakat » autre obligation religieuse. Les Casablancais s’évertuaient à se procurer des armes qu'ils emportaient dans leurs bateaux , dans le but de commettre de grands ravages dans les côtes du Portugal...
les traces qui marquent encore ce passé glorieux sont celles que vous verrez si vous allez par exemple sur l'Avenue HASSAN II. Il s'agit d'arceaux avec de grandes pierre au dessus, juste devant une banque. Vous pourrez y voir des inscriptions d'anciens prisonniers.
Toujours en ce qui concerne ce port de Casablanca , il faut ajouter qu'il a contribué à l'apogée commerciale du pays pendant un certain temps. Il a connu un échange stable et constant surtout avec les pays riverains comme l'Espagne, le Portugal, La Catalogne ; avec les Anglais, puis plus tard avec les français , surtout ceux qui venaient de Rouen, et de la région de Marseille. Toutefois, cette situation stable a dû elle aussi connaître un déclin, surtout pendant la grande période du Jihad. Mais cela n'a pas empêché la continuité de l'élan commercial ; quoique parfois frauduleux. La ville était devenue en quelque sorte , une plaque commerciale tournante.
C'est à partir du 19e siècle que Casablanca a pris brusquement de l'ampleur . C'est-à-dire depuis la création des bateaux à vapeur, qui avaient commencé à accoster à son port à partir de 1850, et dut fait que le premier phare marocain (Cap Spartes ) était manipulable.
La ville de Casablanca comptait déjà (en 1900) 25000 habitants, dont 5000 juifs, autant qu'à Jérusalem à l'époque.
Pour terminer, il me semble utile de communiquer quelques chiffres, car lorsqu'on parle d'activité commerciale , il faut prendre en considération ce qu'elle peut réellement représenter. Et bien, il faut savoir qu'au début le trafic du port était de 3 millions de francs. Après 1900, ce trafic est passé à 21 millions de francs. Ceci veut dire que Casablanca avait un million de tonnes en prix de trafic. Un chiffre qui dépassait de beaucoup celui de Tanger en 1905. ce rayonnement commercial a donné lieu à un renversement radical des données géopolitiques, faisant de Casablanca le por du Maroc entier.
Concernant les autres ressources de la région, il ne doit pas vous échapper qu'en 1904 les géologues français et allemands savaient qu'il y avait un gisement de phosphates près de Khouribga. Ce qui par conséquent, accentuait l'appétit des colonialistes. À côté de cela , il y avait déjà la maison Shneider qui tenait à construire un grand port. Cet état de chose était la conséquence inévitable du Pacte d'Algésiras.
En conclusion , et à partir de tout ce que je viens de dire sur Casablanca, il serait injuste , à mon avis de continuer à prétendre que cette ville n'est qu'une création moderne. Il suffit de regarder les différents quartiers pour s'en convaincre. Pour moi, l 'Amaârif par exemple, nous rappelle le 13e siècle. Le quartier Mers Sultan évoque le début du 19e siècle. C'est l'époque même du règne de Med III, et de Sidi Mohammed Ben Abdellah. Les murailles encore visibles de la vieille médina , prouvent son ancienneté qui remonte à 1785. Par contre , peu de gens peuvent deviner qu'ils remontent à une date plus avancée que 1060. Date qui coïncide justement avec la fondation de Marrakech par Youssef Ben TACHAFINE. Ce n'est donc pas à tort que LAMARTINE a dit que les objets avaient une âme, pour moi vous en êtes la preuve.

  



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