Mon élève, c'est mon fils!

 Par Samira Yassine  (?)  [msg envoyés : 2089le 21-02-10 à 09:23  Lu :2730 fois
     
  
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Le Maroc connait d'importantes perturbations météorologiques cette année, tout comme l'année dernière d'ailleurs. Ma région, le Gharb, est sous l'eau. Le même scénario se répète, l'année 2009 ; l'année 2010. On dirait que le temps s'est arrêté et qu'on est au même point dans l'espace et dans le temps. Mêmes dégâts, mêmes promesses, mais une résolution radicale du problème pas encore. Dans ce climat plutôt sinistre comment demander à un élève de travailler comme si de rien n'était? L'année dernière par exemple, certains élèves ne pouvaient venir au lycée vu que leur douar était submergé à cause des pluies diluviennes que connaissaient la ville et ses régions. Un bon nombre d'élèves nous annonçait à son retour qu'il n'avait plus de maison qu'il habitait chez des membres de la famille d'autres étaient logés dans l'église fréquentée par les français lors de la colonisation, Sidi Slimane était nommé à l'époque "le petit Paris". Si j'évoque tous ces détails de cette ville, dont je ne suis pas originaire, mais où j'habite depuis plus d'une vingtaine d'années, c'est pour poser la question: L'élève, cet enfant ou jeune adolescent est avant tout un être humain en chair et en os, essayons de prendre en considération sa vie privée. Un enseignement qui ignore l'état psychologique de l'apprenant ne pourrait être réussi. On passe la moitié de la journée avec ces élèves, on doit remarquer un visage tout d'un coup triste, des yeux rougis, consacrer une petite minute de son temps à lui demander " tu vas bien Mohamed? Qu'est ce que tu as aujourd'hui Nadia? ……Vous ne pouvez imaginer l'impact d'une telle remarque sur vos élèves. Je vais vous raconter une histoire qui date de mes débuts à Sidi Slimane. C'était une séance de lecture quand je demande à un élève de lire. Sans lever la tête sans daigner me regarder, il lève la main faisant un signe de refus, il ne voulait pas lire. Je donne la parole à un autre dans l'intention de parler à cet élève qui a osé refuser ma consigne à la fin de l'heure. Mais j'ai oublié de le faire et je décide de lui demander des explications le lendemain. Je le cherche, au fond de la classe, il n'y était pas. Je demande aux élèves" Mohamed est absent? ""Oui madame sa mère est morte. Stupéfaite, j'ajoute '"et hier quand il est venu…".." Il avait laissé sa mère mourante" Je remerciais dieu de ne pas l'avoir sanctionné d'avoir refusé de lire; je suis partie ,une fois les cours finis, chez lui pour lui présenter mes condoléances et depuis une grande amitié s'est nouée entre nous. Pourquoi je vous raconte tout ça? Traitez les enfants des autres comme vous aimeriez que vos enfants soient traités. N'oublions pas que ce sont des élèves plus courageux que nous l'étions, si nous, on étudiait avec un avenir sûr, eux l'avenir, ils n'en ont aucune idée, je ne parle pas de l'élite, je parle de la grande majorité. La charte stipulait que chaque établissement disposerait d'un psychologue qui serait à la disposition des élèves afin d'écouter leurs problèmes. A sidi Slimane on n'en jamais eu. Bref, notre ministère est le ministère de l'éducation tout d'abord, l'enseignement ne peut porter ses fruits si on néglige ce coté social, familial et sentimental de l'élève.

  




 Réponse N°1 2858

Bien dit
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 21-02-10 à 11:44



Merci Madame kerzazi fatiha pour votre dévouement pour l'éducation et l'enseignement.




 Réponse N°2 2859

Un système à changer!
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 21-02-10 à 14:46



Salut madame Birouk Nadia ,

Vous avez tout à fait raison! Une grande partie de nos élèves ont abdiqué le droit d'apprendre! Une majorité préfère la vie simple! La presque totalité cherche à réussir par peu de moyens!

Par contre, des classes où il y' a plus d'une quarantaine d'élèves, c'est une classe condamnée d'avance à l'échec!

Par contre, un programme qui ne répond pas aux besoins réels des élèves est un programme qui condamne à l'échec!

Par contre, les enseignants qui ne connaissent des œuvres intégrales que les œuvres au programme condamnent leurs élèves à l'échec!

Par contre, les enseignants qui ne militent que pour leur salaire de la fin du mois et ne revendiquent ni formation continue, ni amélioration des curricula condamnent l'élève et la société à l'échec!

C'est pourquoi, les système éducatif marocain doit changer,

C'est pourquoi, les mentalités doivent changer,

C'est pourquoi, un sérieux consensus doit avoir lieu entre tous les agents du système éducatif: enseignants, syndicats, inspecteurs, délégués, parents d'élèves, didacticiens, journalistes, société civile, etc.

Car, tout le monde est concerné par l'éducation nationale,

Car, le changement n'aura que des impacts positifs sur nos chers apprenants,

Car, l'amélioration de notre système engendrera le pricipe de l'égalité des chances,

Car, tout cela fera du Maroc un pays compétitif, capable de vaincre les difficultés de tous genres qui l'empêchent d'avancer!

Maintenant, y' a-t-il des volontés prêtes à assumer la responsabilité historique du changement?

Maintenant, la base pourra-t-elle faire changer les choses,

Maintenant, pourrons-nous donner des initiatives pour convaincre nos responsables à accepter notre main tendue vers eux,

Maintenant, serions-nous les convaincre, via des alternatives simples, mais efficaces?

Que pensez-vous de tout cela?

Que devrions-nous faire pour cela?

Que pourrions-nous faire pour cela?

Chacun est responsable!

Chacun doit faire quelque chose!

Chacun peut faire quelque chose!

Un travail d'équipe s'impose,

Un travail d'équipe peut faire des choses!

Un travail d'équipe arrivera, in châallah, à changer les choses!

Madame kerzazi fatiha , le projet est à 90%...Je vous enverrai le travail à la fin de la journée...Vous recevrez plus d'information dans votre mail...

Cordialement à tout le monde.




 Réponse N°3 2860

Bonnes intentions et différentes pédagogies
  Par   Samira Yassine  (CSle 21-02-10 à 15:00

Je remercie mes chers collègues et amis pour leurs réponses.

Ma chère Nadia, je suis tout à fait d'accord avec vous sur tout ce que vous avez dit. On n'est pas de la même promotion, vous êtes bien plus jeune que moi. Moi je parle de ma promotion et surtout de celles qui me précédaient, l'embauche était sûre, il suffisait d'avoir sa licence pour passer à l'ENS et avoir un poste de travail. Mais depuis l'embauche diminue et le chômage regagne presque tous les secteurs. Pour votre promotion, les chances commençaient à devenir moindres, je ne dirai pas le contraire. Ce que je dis, je le sais est un peu utopique. Cela dépend de plusieurs facteurs, notamment l’effectif, mais en ce qui me concerne ça fait partie de moi, de mon caractère. Ce n’est pas du tout facile d’essayer de satisfaire tous ses élèves du point de vue humain mais je ne désespère pas et je ne demande pas à tout le monde de faire pareil. J’ai des collègues, des amies qui ne supportent pas qu’un élève les arrête pour leur parler de quoi que ce soit ; moi , cela ne me gène aucunement ; mais je le répète c’est quelque chose qu’on ne peut imposer à d’autres. Ce que je veux c’est juste un peu d’attention. J’ai horreur de voir le rôle du professeur se résumer à la diffusion d’un certain nombre de connaissances en évitant tout contact humain. Il y a des compétences la dedans aussi. Pour formuler un citoyen au bon sens du terme on doit participer positivement à la formation de sa personnalité, à lui faire acquérir un certains nombres de compétences qui ne peuvent se réaliser dans ce climat tendu, sinon d’indifférence. Je reviens pour vous dire, Mme Birouk, j’ai très bien compris votre opinion et je suis tout à fait d’accord avec vous sans me contredire. L’effectif entrave toute tentative d’écoute. Pourvu que l’on puisse dispenser notre enseignement comme on le voudrait. Mais si jamais on remarque qu’un élève n’est pas dans son état normal, on peut essayer de savoir pourquoi d’une façon ou d’une autre. Les élèves aiment voir leurs professeurs s’intéresser à eux m^me en leurs imposant certaines obligations. Un élève m’a dit un jour, alors que je lui avais imposé de changer de place , de s’asseoir à la première place pour mieux assimiler le cours, il s’est mis tout de suite au travail malgré son niveau très faible « je lui dit, excuse-moi, j’ai peut être été un peu trop dure toute à l’heure » vous savez ce qu’il m’a dit comme réponse » Pour la première fois de ma vie un professeur s’intéresse à moi et cherche à ce que j’apprenne ». Cet élève est passé et il passera cette année son bac. Et il me salue toujours, avec la plus grande reconnaissance du monde. Ces petits gestes comptent énormément pour moi comme compte aussi pour moi la rencontre avec un ancien élève, qui garde toujours le même respect d’il y a une vingtaine qui me présente sa femme, ses enfants et demande des nouvelles de mes enfants.Sur ce, je clos mon article sinon, je suis interminable quand il s’agit de sujets pareils. Je suis très heureuse de votre intervention et souhaite vous voir plus souvent sur le site.

M Idoubiya, je vous remercie de suivre le nouveau sur le site bien que vous soyez très très occupé.En fait, ce projet vous a pris , vous avez laissé un grand vide sur le site, vide qu’on tente vainement de combler. J’espère que M Lagare, nous distraira avec l’un de ses sujets extrêmement importants et distrayants à la fois. Bon courage. J’espère que vous avez lu mon mail.

Je viens d'apercevoir votre dernière intervention, je vous souhaite beaucoup de succès dans ce que vous entreprenez. je vais lire votre article ci dessus.





 Réponse N°4 2874

élève ,c'est un je pensant
  Par   khrazi Ahmed  (CSle 22-02-10 à 02:49

C’est bien dit : « un élève est avant tout un être humain en chair et en os » .Certes, l’élève est un « je » pensant et non un objet. Il a des émotions, il vit dans un entourage précis. Seulement au lieu d’un psychologue pour chaque établissement (oui Madame Fatiha je sais que ce n’est pas votre proposition mais celle de charte nationale) je propose, en tant que étudiant, de donner, lors d’une conférence, exposé, manifestation…, la parole aux élèves pour s’exprimer librement. Pendant l’année de baccalauréat, je rappel très bien, nous avons discuté le film « Classe 8 » le débat était très riche et les élèves ont certifié clairement pourquoi ils n’ont plus la volonté d’étudier ardûment. Alors à mon avis si cette discussion était faite au niveau de lycée sûrement qu’elle aura un grand impacte sur le staff administratif et surtout les enseignants qui font de leurs élèves fils. Bref, nous devons chercher des solutions possibles un psychologue pour chaque établissement tandis qu’il y a encore des classes sans professeur !!!. Nous devons également faire de l’amélioration de notre enseignement un projet collectif et non seulement celui de Ministre de l’Education




 Réponse N°5 2875

nos élèves et nous
  Par   Elmzouri mostafa  (CSle 22-02-10 à 16:14

En lisant ce que vous avez écrit Madame Karzazi je me suis rappelé un événement fort dramatique qui a marqué toute ma vie professionnelle et "humaine .Ils'agit ,en effet, de la mort subite d'un de mes meilleurs élèves et avec qui j'entrtenais une relation d'amitié dictée par cette dimension humaine dont vous parlez. Une dimension qui doit ,certes, prévaloir dans nos comportements en tant qu'enseignants; car enseigner c'est aussi éduquer-on est tenté de l'oublier par fois-et éduquer n'est autre que véhiculer des valeurs qu'on juge susceptibles de former ce bon citoyen dont notre pays a besoin .Vous imaginez certainement que l'accomplissement de cette mission ne peut etre garantie sans qu'on donne l'exemple de l'honneteté ,de la louayté et du civisme. Cependant,je me demande jusqu'où peuvent aller nos relations avec nos éléves.Y'a-t-il un seuil à ne pas dépasser pour éviter de tomber dans une compassion qui risquerait de se transformer en misérabélisme alarmiste..




 Réponse N°6 2892

Bonne question!
  Par   Samira Yassine  (CSle 23-02-10 à 00:35

Je suis vraiment désolée pour votre élève. Je comprends , ce n'est pas du tout facile; figurez -vous M Mzouri (j'ai un collègue nommé Mzouri)que rien qu'aujourd'hui on m'a annoncé le décés de l'un de mes élèves dans ces inondantions que connait la ville de sidi slimane. Je n'ai pas pu le croire même s'il ne s'agit pas d'un élève très brillant. J'ai fondu en larmes dès que je l'ai vu entrer au centre oû je travaille. Ce n'était pas lui mais un autre du même nom de famille. On peut dire donc que la relaton humaine est très importante entre le professeur et son élève. Mais on ne peut obliger tout le monde à épouser notre point de vue ni à agir de la même façon. Plusieurs facteurs entrent en jeu dans la définition d'une relation avec ses élèves. D'ailleurs, la plus dure des relations, on court un grand risque, est cette relation. Elle n'est pas donnée à tout le monde. Je parle d'une relation oû règne amour ,respect et admiration pour son professeur. Il n'est pas facile cher collègue de maitriser une classe avec une certaine démocratie dans les rapports avec ces jeunes adolescents, il n'est pas facile, d'alterner amusement et sérieux selon les circonstances, rire aux éclats et revenir tout de suite au cours et être prêt à répondre à une question qui leur tombe sur la tête alors qu'ils n'ont pas encore fini de rire. Je connais pas mal de collègues qui ont voté pour l'autre méthode, elles ne sont pas d'accord avec ma méthode mais reconnaissent que je suis adulée par mes élèves. Donc , je pense qu'il est plus facile de maitriser la classe en traçant des limites, trop de limtes à ne pas dépasser, mais il est très difficile de réussir en gardant une bonne relation avec ses élèves que j'appelle la plus part du temps "mes enfants".Je viens de parler de limtes, vous avez en fait M Mzouri posé la bonne question. "jusqu'oû peuvent aller nos relations avec nos élèves? " c'est effectivement là que réside la difficulté, ce sont des adolescents qui ne connaissent pas leurs limites alors il faut , malgré tout, garder les rennes en main, remettre à sa place un élève qui ne connait pas ses limites. Un élève qui confond bonté, gentillesse et faiblesse d'un frofesseur. Il arrive qu'un comportement déplacé d'un ou d'une élève en dehors du lycée remet en question ce genre de relations, mais si on est de caractère à privilégier ce genre de rapports avec ses élèves on ne pourra changer quelqu'en soient les conséquences. On s'est fait une réputation et on ne peut changer même si on le veut. Il arrive à un professeur de se mettre en colère contre ses élèves malgré le bon comportement quotidien mais ils l'acceptent et ne critiquent pas leur professeur bien aimé




 Réponse N°7 2896

terrible humanité
  Par   Adi Lachgar  (CSle 23-02-10 à 10:52

Il y a dans dans la classe de mon épouse un élève blond aux yeux verts . Plutôt beau gosse. Bien habillé.Il travaille bien en classe.Fils de quelqu'un, certainement. Quelqu'un qui, sans être millionnaire, a les moyens de s'occuper de son fils. La semaine dernière, une vieille femme édentée aborde mon épouse au sortir du lycée. Elle était avec le bel élève. La bonne? "Bon jour madame. Comment est ***? (elle montre l'élève)" Mon épouse lui parle un peu du garçon. Puis la vieille femme demande au jeune d'homme d'aller l'attendre plus loin. "Vous savez madame, c'est un enfant que ses parents ont abandonné. Je l'ai adopté. Nous habitons,lui et moi, dans une chambre que je loue 1000Dh par mois. Je fais la boniche pour m'occuper de lui. Je veux qu'il réussisse." Et tout cela est en français dans le texte. La prof tombe des nues. Elle est émue. Remplie d'un mélange de pitié et d'admiration pour cette femme au courage exemplaire. Vous avez 120 élèves. Pensez que chacun d'eux est une histoire mille fois plus intéressante, mille fois plus poignante, mille fois plus humaine, terriblement humaine, que la vie de Si Ahmed.

Nous, les enseignants, nous avons un gros problème avec tous les préjugés que nous traînons. Nous ne sommes pas assez curieux. Nous commettons tous les jours des délits de faciès.

Je ne dis pas qu'il faut pouvoir accéder à l'humanité de tous les élèves: ce serait impossible et même nocif pour la tâche qui est la nôtre. Je dis seulement que nous ne pouvons pas agir, ni réagir à la légère. Nos mots, nos gestes et même nos regards peuvent faire énormément de dégâts. 20 ans plus tard, on pourrait vous interpeler dans la rue "Monsieur/Madame, je n'oublierai jamais le jour où..." A ce moment-là vous pourriez rougir ou de fierté ou de honte. Choisissez aujourd'hui même votre couleur.




 Réponse N°8 3228

les hommes de demain
  Par   badaoui karima  (CSle 27-03-10 à 15:28

je travaille dans un petit village,mes élèves n'attendent pas demain pour devenir homme,ils le sont déjà:à partir du mois de mai ,ils partent travailler pour affronter la prochaine rentrée scolaire et en meme temps ils se préparent pour passer les examens.un jour ,un de mes élèves m'a dit :chez nous ,si tu ne travailles pas ,tu ne manges pas!!alors ,à qui la faute???? au climat??




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