Mohamed choukri

 Par eddib abderrazzak  (?)  [msg envoyés : 1le 17-12-14 à 18:00  Lu :535 fois
     
  
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Mohamed CHOUKRI est un écrivain marocain de langue arabe quoique les critiques le classent dans un champ littéraire et artistique universel.
Le Temps des erreurs, écrit en 1992, traduit deux ans plus tard par Mohammed el Ghoulabzouri et paru en langue française chez les Editions du seuil, poursuit et développe l’entreprise autobiographique iconoclaste commencé dans le pain nu où il racontait une enfance pétrie de cruauté, de misère, de violence. Il y découvrait que la liberté devait passer par le savoir et entreprenait l'apprentissage de la lecture à l'âge de 21 ans « À l'origine de "l'aventure" de Mohamed Choukri, se trouvent trois défis (apprendre à lire et à écrire, sortir de cette classe écrasée et enfin sublimer sa vie à travers l'écriture).
L'amour certain de la vie, le sens de la dignité humaine l'amènent à lutter, à étudier dans des conditions difficilement tenables, à devenir écrivain, l'écriture étant un idéal respecté, au plus haut point, symbole de liberté. Il se divise et se déchire, fréquente les milieux louches et les asiles. Dans la violence du sexe, de la misère, celle des autres, la sienne, il apprend l'amitié, la tendresse, le respect de l'Autre. Il refuse de se laisser prendre aux mirages des mots, des idées, des marchands de rêve, à l'hypocrisie d'une morale indifférente à l'humain.
Ce deuxième temps autobiographique se caractérise par la description des espaces parcourus par le narrateur entre Larache, Tétouane et Tanger mais cette dernière ville reste celle qui a marqué le plus l’itinéraire du narrateur comment ne pas l’être puisque cet espace féerique et ensorceleur avait d’illustres noms de la littérature et de la création artistique mondiale ?
Notre entreprise s’étalera donc sur un essai de détecter des détails pertinents et les passages marquants dans le temps des erreurs qui font de la ville de détroit une muse de l’écrivain et de l’espace riche en éléments insaisissables qui peuvent susciter la passion pour une écriture réaliste telle est l’œuvre de Choukri.
Une technique hybride
Avant d’entamer toute étude, il serait judicieux d’interroger le seuil de l’œuvre de Choukri’’ zaman el akhatae ‘’ à savoir le Temps des erreurs : -De quelles erreurs s’agit-il ? Qui les a commises ? Qui en assume la responsabilité ? Qui en subit les conséquences ? Ce titre provocateur ne serait-il pas une métaphore pour se révolter contre la société marocaine postcoloniale ?
Dans ce roman, l’histoire n’est plus une donnée préétablie, mais elle se construit au fur et à mesure que nous lisons le texte. Nous ne sommes pas devant une intrigue répondant au schéma classique (un début, un rebondissement et un dénouement), mais plutôt devant un récit composé de vingt-huit chapitres que nous pouvons qualifier de micro-récits correspondant chacun à une situation vécue par le personnage principal ou une scène dont il était témoin.
L’œuvre de Choukri répond aux caractéristiques de l’autobiographie si l’on se réfère à la définition de Philippe Lejeune : l’emploi de la première personne et l’identité entre auteur- narrateur et personnage principal. Le temps des erreurs s’apparente à un roman d’apprentissage dans la mesure où le protagoniste change de statut d’une personne analphabète et ignorante à une autre instruite et cultivée, capable d’accéder au monde de la création littéraire. Par ailleurs l’œuvre peut être classée parmi les romans picaresques puisqu’il est question d’un personnage principal qui mène une vie d’errance, d’instabilité et d’aventure tout au long des événements rapportés. La répartition de l’œuvre en chapitres, l’abondance des dialogues et le changement du décor nous font penser aux scènes théâtrales. De ce fait, Le Temps des erreurs est une œuvre qui épouse plusieurs genres.
S’y ajoutent le style défragmenté et la langue acerbe imprégnés de sincérité dérangeante qui ’inscrit l’œuvre dans une thématique du non-conformisme. Ecrit d’abord en arabe, langue sacrée et incompatible avec les sujets relevant des interdits et des tabous sexuels, ce roman a pu exprimer l’indicible en passant de l’arabe au français.
Dans l’œuvre de Choukri, Le Temps des erreurs, le thème de la ville est fort présent. Dans ce roman en effet, il s’opère un va et vient incessant entre bon nombre de villes. De Larache à Tanger en passant par Tétouan et Ceuta toute une destinée se retrace, et dans laquelle Tanger prend le dessus tout en épousant une multitude de formes.
Tanger –Circé ou l’espace redouté :
Choukri qui a été privé d’une enfance normale à Tanger décide, une fois âgé de vingt ans, de rompre avec son passé de malheur et de souffrance qui ne lui rappelle qu’une vie de marginalité baignée dans la violence matérielle, verbale et physique. Il quitte Tanger, qui devient de ce fait, synonyme d’échec et de bassesse pour se construire un autre avenir à Larache. Il se présente devant le directeur de l’école Almoûtamid Bnou Abbad dans l’espoir d’y être admis comme élève : « le directeur me laissera-il m’instruire comme eux (les autres élèves) ?s’il me chasse, je devrais retourner à Tanger avec les professionnels du vice »page 22, ou plus encore : «  le bourbier putride m’attend là-bas. »page 23
Choukri est conscient que le changement de sa condition ne peut s’opérer qu’à travers l’instruction : « c’est pour ça que je suis venu ici (Larache), je veux rester m’instruire, un jour, à Tanger, quelqu’un m’a dit : la vraie vie il faut la chercher dans les livres. » page 22.
En effet, l’idée d’échouer à Larache fait toujours penser à Choukri cette terrifiante alternative de l’éternel retour au temps des erreurs, c’est pourquoi il se voit doté d'une énergie et volonté quasi surhumaines qui lui permettront de surmonter tous les obstacles : «  je lis tout ce qui est imprimé, des livres empruntés, jusqu’au papier ramassé par terre […] je suis porté par la frénésie d’apprendre, tout et très vite, même dans les pires moments »p.33. De même, la lecture et l’écriture revêtent la forme d’une véritable obsession qui le hante : « aussi bien dans le sommeil le plus profond qu’éveillé » p34.Choukri l’élève supporte même les agressions et l’humiliation proférées par le professeur de poésie qui «s’approche de moi et me donne trois violents coups de baguette sur l’épaule. Au troisième, il me blesse à l’oreille gauche. Il m’insulte grossièrement […] tu es un âne… un crétin… et tu veux étudier »p.35.
Or le séjour de Choukri à Larache était parsemé de moments difficiles pendant lesquels Tanger cesse de se présenter en tant qu’espace de menace et prend par la suite une allure séductrice : «  je me languis de ma divine petite Tanger et j’en suis triste. Elle me séduira même dans mes plus accablantes situations. A peine je l’ai quittée, parce que je ne la supportais plus, que je souffre terriblement d’en être séparé. » p. 31, et Choukri d’ajouter : « je vais revoir ma chère Tanger ».
Notons que Tanger stimule même les pulsions libidinales latentes du protagoniste qui effectue à chaque fois, dans le besoin, un voyage chimérique vers Tanger sa bien aimée : « je ferme les yeux, je me remémore mes plus exquis souvenirs de Tanger, les belles jambes, les rondeurs émouvantes, les seins gonflés, je me masturbe. La mosaïque de ces images superposées m’hypnotise. Je m’assoupis. Quand je me réveille, je suis reposé que si j’avais dormi pendant des heures. »p. 26.
c’est ainsi que la figure mythique de Circé la magicienne, qui a su soumettre Ulysse à ses exigences, s’incarne en Tanger et exerce tous ses influences sur l’auteur qui retrouve sa vie de solitude et délibéré, et s’entraîne vers tous les genres des désirs et de folie. Sa vie devient, comme de ceux qui l’entourent, émaillée de joie et de réjouissances : alcool, kif, prostitués…c’est en fait une Tanger dionysiaque qui reprend place : « à Tanger, je me réveille souvent dans une chambre d’hôtel ou chez un ami, sans connaître celle avec laquelle j’ai passé la nuit ou qui est partie pendant que je dormais. Je ne garde que le souvenir de mes palpitations en elles. Ephémères liaisons de l’alcool et du hasard nocturne. »p91

  



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 Réponse N°1 34894

re
  Par   hani abdeljalil  (Etudiant(e)le 18-12-14 à 14:25



Intéressant article sur Choukri, merci pour le partage.





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