Mme de sévigné (suite 3)

 Par Jeafari Ahmed  (?)  [msg envoyés : 326le 15-06-12 à 20:00  Lu :6374 fois
     
  
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 Réponse N°1 23777

??
  Par   Samira Yassine  (CSle 16-06-12 à 09:52



M Jaafari , mais où est la suite. je ne vois rien.:)





 Réponse N°2 23780

Je ne sais pas
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 16-06-12 à 11:46



Ce qui s'est passé!

J'ai passé une heure à donner une forme au texte, qui était là, pour qu'il soit plus lisible, et quand j'ai envoyé, plus rien! ( c'est la première fois que j'utilise cette option, et je croyais que c'était normal qu'il prenne du temps à être réédité!

Cela me découragerait si j'avais à tout reprendre!





 Réponse N°3 23788

Je recommence!
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 16-06-12 à 16:05



Les lettres comme mémoires d’une époque

La correspondance de Mme de Sévigné, qui recouvre cinquante années du siècle classique, s’est offerte, dès le XVIII siècle, comme une fresque historique de son époque. Ses lettres présentent un caractère de témoignage : elles rapportent et commentent des événements publics.

À côté des grands événements politiques et militaires, la marquise réserve une place importante à la vie sociale, dont elle est une spectatrice privilégié jusqu’en 1680. Les visites qu’elle rend à la Cour et les conversations qu’elle entretient avec les familiers l’informent des moindres intrigues du monde. Ainsi, l’annonce d’un mariage, une mort ou encore une représentation théâtrale, sont, autant que les hauts faits, matière à conter et à plaire. Cela vaut aux lettres une publicité mondaine. En Provence, c’est Mme de Grignan qui s’en charge : elle traite les missives comme une « gazette », rapportant les nouvelles au petit cercle réuni autour d’elle les jours de courrier. La correspondance se substitue en effet aux journaux dont la diffusion reste épisodique et lente ; l’avantage de la lettre réside dans sa régularité et dans sa vocation à mêler les sujets nobles, graves, ou ceux légers, anecdotiques.

La part que la correspondance fait aux événements politiques, historiques, sociaux et culturels de premier rang s’explique par la qualité, propre à la marquise, de témoin privilégié de son temps.

Dans les chapitres qui suivent, il sera question de rechercher les références dans les lettres de Mme de Sévigné, sur les plans politique, social et littéraire.

Cette recherche s’effectuera sur un corpus d’une vingtaine de lettres, choisies pour être représentatives de la présence de ces témoignages d’une société, dans une époque donnée, à savoir la noblesse et la vie mondaine au XVII ème siècle.

Les lettres présentées sont numérotées pour le besoin de cette étude. À Chaque référence, ne correspondra que le passage significatif pris de la lettre.

1- Dans le domaine politique et historique

· Le procès de Foucquet

Lié à Mazarin*(1) ! Nicolas Foucquet accéda à la surintendance des finances en 1653. La Fronde venait alors de prendre fin et laissait l’État endetté. Le nouveau ministre regagna la confiance des milieux d’argent et rétablit bientôt la situation économique et financière du pays. Cependant, profitant de ses fonctions pour s’enrichir personnellement, il constitua une force militaire destinée à assurer sa propre défense*(2) et fit construire à grands frais le château de Vaux, où il recevait régulièrement les artistes de son temps , La fontaine, Molière, Poussin et le Brun*(3)notamment.

Jalousant sa réussite et convoitant sa succession, Colbert*(4) incita Louis XIV à faire arrêter le ministre pour malversations, en 1661 après une fête qu’il avait donnée, jugée trop fastueuse. Il fut également poursuivi pour tentative de rébellion ! A l’issue de l’instruction, marquée par des irrégularités de procédure et des lenteurs, on le condamna à l’enfermement à vie au fort de Pignerol (dans le Piémont).

Tenue informée du procès par l’un des rapporteurs, Lefèvre d’Ormesson, Mme de Sévigné en suivit le déroulement au jour le jour, du 17 novembre au 30 décembre 1664. En effet, la marquise comptait parmi les amis du surintendant et, comme telle, pouvait se trouver compromise avec lui. Mais elle devait aussi faire part des rebondissements de l’affaire à un autre fidèle, Arnauld de Pomponne, lequel avait été enveloppé dans la disgrâce de Foucquet et avait dû s’exiler sur ses terres.

Lettre 1 À POMPONNE*(5)

À Paris, mardi 9 décembre 1664

Je vous assure que ces jours-ci sont bien longs à passer, et que l’incertitude est une épouvantable chose : c’est un mal que toute la famille du pauvre prisonnier ne connaît point […]

Après que M. Foucquet eut dit que le seul effet qu’on pourrait tirer du projet, c’était de lui avoir donné la confusion de l’entendre, Monsieur le Chancelier lui dit : « vous ne pouvez pas dire que ne soit là un crime d’État » Il répondit : « Je confesse, monsieur, que c’est une folie et une extravagance, mais non pas un crime d’État. Je supplie ces messieurs dit-il se tournant vers les juges, de trouver bon que j’explique ce que c’est qu’un crime d’État, […]

Mercredi 10 décembre 1664

M. d’Ormesson a continué la récapitulation du procès, il a fait des merveilles, c’est-à-dire il a parlé avec une netteté, une intelligence et une capacité extraordinaires. Pussort l’a interrompu cinq ou six fois, sans autre desseins que de l’empêcher de si bien dire. Il lui a dit sur un endroit qui lui paraissait fort pour M. Foucquet : Monsieur nous parlerons après vous, nous parlerons après vous.

· la guerre de Hollande : le passage du Rhin

En 1672, débuta la guerre de Hollande, un conflit long de sept ans. Dans un premier temps, il opposa la France aux Provinces-Unies ; ensuite, il s’étendit à la plupart des grandes puissances européennes coalisées contre Louis XIV. Engagé par la France, il devait, entre autres, permettre d’écraser la puissance économique hollandaise. Au moins de juin, les troupes françaises emmenées par Turenne et Condé passèrent le Rhin. Cependant, les Hollandais ouvrirent les digues et noyèrent le pays, empêchant ainsi les forces françaises d’avancer davantage. Cet épisode fut particulièrement meurtrier pour la France : M. de Nogent et M. de Longueville- fils de la Rochefoucauld- y trouvèrent ainsi la mort. Ce contexte ne pouvait qu’alarmer Mme de Sévigné dont le fils Charles se trouvait au combat. Dans sa lettre datée du 20 juin, la marquise informe sa fille de l’état d’inquiétude dans lequel elle est : déchirée par l’absence de la comtesse, partie rejoindre son mari en Provence deux années auparavant, et craignant pour son fils, elle doit encore faire face à la douleur de ceux qui ont perdu un proche. Parmi ceux-là Mme de Longueville.

La marquise rapporte l’annonce qu’on fit à celle-ci de la mort de son fils.

Le thème de cette lettre commande son caractère tragique et le mode de narration choisi par l’épistolière l’apparente à une scène de tragédie, mais le pathétique relève ici bien moins d’un artifice littéraire que de l’identification de Mme de Sévigné à la douleur d’une mère.

Lettre 2 À MME DE GRIGNAN

À Paris, lundi 20 juin 1672

[…]Le péril extrême où se trouve mon fils, la guerre qui s’échauffe tous les jours, les courriers qui n’apportent plus que la mort de quelqu’un de nos amis ou de nos connaissances et qui peuvent apporter pis, […]

Un courrier d’hier au soir apporte la mort du comte du Plessis, qui faisait faire un pont. Un coup de canon l’a emporté. On assiège Arnheim : on n’a pas attaqué le fort de Schenk, parce qu’il y a huit mille hommes dedans. Ah ! Que ces beaux commencements seront suivis d’une fin tragique pour bien des gens ! [...]

2- les mœurs et la société

· Le mariage de Lauzun

Les lettres de Mme de Sévigné s’offrent encore au lecteur comme un miroir du XVIIème quand la marquise y tient la rubrique des gens du monde. Les lettres empruntent alors leur modèle à la conversation de salon : elles se font l’écho de bavardages souvent frivoles.

Mme de Sévigné sait donner à ces lettres appelées « galantes » la vivacité d’un dialogue. Celle qu’elle adresse à son cousin Coulanges*(6) le 15 décembre 1670, rapportant la nouvelle du projet de mariage entre Lauzun*(7), simple duc, et Mademoiselle*(8), que sa naissance destinait au trône, en est une illustration. Elle prend la forme d’une devinette adressée au correspondant :

Lettre 3 À COULANGES

À Paris, lundi 15 décembre 1670

Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, […] devinez-la : je vous la donne en trois. Jetez-vous votre langue aux chiens ? Eh bien ! Il faut donc vous la dire : M.de Lauzun épouse dimanche au Louvre, devinez qui ? […] Mademoiselle, le seul parti de France qui fut digne de Monsieur. Voilà un beau sujet de discourir […]

· La mort de Vatel

À côté des lettres galantes qui annoncent aux correspondants de la marquise des nouvelles ponctuelles sur un ton enjoué, d’autres rapportent minutieusement et avec davantage de retenue les événements mondains de premier ordre. Quand elle rédige la lettre du 26 avril 1671 à l’attention de sa fille, Mme de Sévigné lui a déjà fait part, brièvement, dans un précédent courrier, du suicide de Vatel, cuisinier de Condé*(9), mais elle revient sur le détail des circonstances qui ont conduit l’homme à se donner la mort.

Le Prince avait convié le Roi accompagné de la Cour dans son domaine de Chantilly pour quelques parties de chasse. Les repas orchestrés par Vatel- qui excellait dans l’art des soupers puisqu’il avait auparavant présidé aux réceptions données par le surintendant Foucquet au château de Vaux- promettaient de ravir les convives. Cependant, il manqua des vivres. Au comble du désespoir, le maître se retira dans sa chambre et se transperça le corps d’une épée.

Mme de Sévigné donne à son récit un caractère très dramatique. Sa fille connaissant déjà le dénouement fatal de l’événement, la narration qui a pour mission d’éclairer Mme de Grignan sur un fait mondain marquant, ne se réduit pas à une fonction purement informative. En effet, son récit sert la dénonciation discrète des fêtes du monde : les précisions apportées sur les cérémonies encadrent le suicide du cuisinier comme pour souligner la vanité des premières et la disproportion de l’acte du second.

Lettre 4 À MME DE GRIGNAN

À Paris, ce dimanche 26 avril 1671

[…]Je vous écrivis vendredi qu’il s’était poignardé : voici l’affaire en détail. […]On soupa : il y eut quelques tables où le rôti manqua, à cause de plusieurs diners où l’on ne s’était point attendu. […]

Il trouve Gourville, et lui dit : «Monsieur, je ne survivrai pas à cet affront-ci, j’ai de l’honneur et de la réputation à perdre » Gourville*(10) se moqua de lui. Vatel monte à sa chambre, met son épée contre la porte, et se la passe au travers du cœur, […] La marée cependant arrive de tous cotés, on cherche Vatel pour la distribuer, […] Le Roi dit qu’il y avait cinq ans qu’il retardait de venir à Chantilly, parce qu’il comprenait l’excès de cet embarras. […] Cependant Gourville tâche de réparer la perte de Vatel, elle le fut : on dîna très bien, on fit collation, on soupa, on se promena, on joua, on fut à la chasse, tout était parfumé de jonquilles, tout était enchanté, Hier, qui était samedi, on fit encore de même.

· Le madrigal*(11) du Roi

Au siècle des moralistes, Mme de Sévigné tient sa place parmi les observateurs du cœur humain. Dans la lettre datée du 1er décembre 1664, elle souligne avec humour l’attitude ridicule des courtisans à l’égard du souverain.

Louis XIV a composé un madrigal et l’a soumis à un maréchal. Ignorant quel en était l’auteur, ce dernier l’a jugé mauvais mais, s’est ravisé en apprenant que le Roi lui-même l’avait composé.

Mme de Sévigné tire de l’anecdote la matière d’une fable : elle donne à l’entrevue particulière des deux hommes la vivacité comique et propose en conclusion une morale à l’attention de son destinataire, Pomponne, mais également du monarque, selon laquelle la flatterie en usage à la Cour empêche toute authenticité des rapports entre le Roi et ceux qui l’entourent.

lettre 5 À POMPONNE

À Paris, lundi 1er décembre 1664

[…]Le Roi se mêle depuis peu de faire des vers […] Il fit l’autre jour un petit madrigal, que lui-même ne trouva pas trop joli. Un matin il dit au maréchal de Gramont*(12) : « Monsieur le maréchal , je vous prie, lisez ce petit madrigal, et voyez si vous en avez jamais vu un si impertinent […] Le maréchal, après avoir lu, dit au Roi : « Sire, […] il est vrai que voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j’aie jamais lu ». […]- Oh bien ! dit le Roi, je suis ravi que vous m’en avez parlé si bonnement, c’est moi qui l’ai fait.

-Ah ! Sire, quelle trahison ! Que votre Majesté me le rende, je l’ai lu brusquement- […] Pour moi, qui aime toujours à faire des réflexions, je voudrais que le Roi en fit là- dessus, et qu’il jugeât par là combien il est loin de connaître jamais la vérité (….).

· Scène de rue à Paris : l’incendie chez Guitaut*(13)

Les petits faits intéressent aussi l’épistolière parce qu’ils sont autant de prétextes à nourrir la relation épistolaire qu’elle entretient avec sa fille. Jour après jour les lettres ressaisissent donc le quotidien de l’existence et composent, sur une période longue de vingt-cinq ans, une fresque de la vie privée au XVII siècle.

L’incendie survenu chez les Guitaut, le 18 février 1671 donne à la mère le moyen de tromper l’attente et le motif d’une lettre. L’issue heureuse de l’incident, lui donne la liberté de traiter le fait divers sous forme d’une comédie, héroïque :

Lettre 6 À MME DE GRIGNAN

À Paris, vendredi 20 février 1671

[…] c’est qu’à trois heures après minuit, j’entendis crier au voleur, au feu, […] mais je vis la maison de Guitaut tout en feu, les flammes passaient par-dessus la maison de Mme de Vauvineux*(14).

Guitaut était nu en chemise, avec des chausses ; Mme de Guitaut était nu-jambes, et avait perdu une de ses mules de chambre, Mme de Vauvineux était en petite jupe, sans robe de chambre, tous les valets, tous les voisins, en bonnets de nuit. L’Ambassadeur*(15) était en robe de chambre et en perruque, et conserva fort bien la gravité de la Sérénissime*(16). Mais son secrétaire était admirable, vous parlez de la poitrine d’Hercule ! Vraiment, celle-ci était bien autre chose ; on la voyait tout entière : elle est blanche, grasse, potelée, et surtout sans aucune chemise, car le cordon qui la devait attacher avait été perdu à la bataille. […]

· L’art de la coiffure expliqué à sa fille

Fine observatrice et coquette, la marquise est attentive à la mode féminine de son époque. Mais, là encore, il s’agit de saisir l’air du temps pour sa fille éloignée et rendre compte avec les plus infimes détails.

Dans la lettre du 21 mars 1671, l’épistolière renseigne Mme de Grignan sur la nouvelle coiffure en vogue à Paris, et lui annonce l’envoi d’une poupée pour que sa coiffeuse puisse s’en inspirer.

La description minutieuse de cette coiffure permet à Mme de Sévigné d’exprimer tout l’intérêt qu’on porte à la mode, mais aussi l’acuité d’un regard féminin auquel rien n’échappe.

Lettre 7 À MME DE GRIGNAN

À Paris, ce samedi 4 avril 1671

Je vous mandai*(17) l’autre jour la coiffure de Mme de Nevers*(18), et dans quel excès la Martin*(19) avait poussé cette mode, […] Imaginez-vous une tête blonde partagé à la paysanne jusqu’à deux doigts du bourrelet : on coupe ses cheveux de chaque côté, d’étage en étage, dont on fait de grosses boucles rondes et négligées, […], je ferai coiffer une poupée pour vous envoyer, cette coiffure est faite pour vous, mais qu’elle est ridicule à de certaines dames, dont l’âge ou la beauté ne conviennent pas !

3- Les références littéraires

Dans ces lettres, Mme de Sévigné fait souvent références aux auteurs, d’une manière directe, en les citant par leurs noms ou faits, comme parfois, elle les reprend par une citation, ou par une pensée. Ainsi, on trouve :

· Racine

À la demande de Mme de Maintenon*(20), Racine écrivit Esther, tragédie en trois actes, pour les demoiselles de Saint-Cyr, jeunes filles nobles mais sans fortune que la maîtresse de Louis XIV avait placées sous sa protection dans le domaine royal de Saint-Cyr, près de Versailles, pour en assurer l’éducation. L’intrigue, bâtie sur un épisode rapporté par la Bible, s’inspirait dans sa forme de la dramaturgie antique grecque. La représentation donnée par les demoiselles de Saint-Cyr fit grand bruit et attira le Roi, sa Cour ainsi qu’un public choisi auquel appartenait Mme de Sévigné. La création de la pièce marqua le retour du dramaturge au théâtre après le silence où l’avait réduit l’échec de Phèdre, douze années auparavant.

La lettre du 21 février 1689 fait office de compte rendu pour Mme de Grignan tenue éloignée de la scène artistique et sociale par sa situation géographique. L’événement était alors autant littéraire que mondain.

La remarque du Roi sur Esther reste très convenue, celles de Mme de Sévigné sont un éloge sincère de la pièce et du jeu des actrices. L’hommage rendu prend toute sa valeur si l’on sait que la préférence de la marquise allait à Corneille plus qu’à Racine.

Lettre 8 À MME DE GRIGNAN

À Paris, ce lundi 21 février 1689

[…]Nous écoutâmes, le maréchal*(21) et moi, cette tragédie avec une attention qui fut remarquée, […]c’est un rapport de la musique, des vers, des chants, des personnes, si parfait et si complet, qu’on n’y souhaite rien […] cette fidélité de l’histoire sainte donne du respect ; […]le maréchal aussi, qui sortit de sa place, pour aller dire au Roi combien il était content, et qu’il était auprès d’une dame qui était bien digne d’avoir vu Esther. Le Roi vint vers nos places, et après avoir tourné, il s’adressa à moi, et me dit : «Madame, je suis assuré que vous avez été contente » Moi, sans m’étonner, je répondis : « Sire, je suis charmée, ce que je sens est au-dessus des paroles « Le Roi me dit : « Racine a bien de l’esprit »

· Corneille

Lettre 9 À Madame de GRIGNAN

À Paris, vendredi au soir, 15 janvier 1672

La comédie de Racine m’a paru belle, nous y avons été. Bajazet*(22)est beau ; j’y trouve quelque embarras sur la fin ; mais il y a bien de la passion moins folle que celle de Bérénice*(23) : je trouve cependant, à mon petit sens, qu’elle ne surpasse pas Andromaque*(24) ; et pour ce qui est des belles comédies de Corneilles, elles sont autant au-dessus, que votre idée était au-dessus de …Appliquez, et ressouvenez-vous de cette folie, et voyez que jamais rien n’approchera (je ne dis pas surpassera) des divins endroits de Corneille. Il nous lut l’autre jour une comédie*(25) chez la Rochefoucauld qui fait souvenir de la Reine mère […]

· Molière

Lettre 10 À Madame de GRIGNAN

À Paris, mercredi au soir, 9 mars 1672[…] Nous tâcherons d’amuser notre bon cardinal*(26). Corneille lui a lu une pièce qui sera joué dans quelque temps, et qui souvenir des anciennes. Molière lui lira samedi Trissotin qui est une fort plaisante pièce. Despréaux, lui donnera son lutin et sa Poétique. […]

· La fontaine

Lettre 11 À Madame de GRIGNAN

Livry, ce mercredi 29 avril 1671

[…] Vous trouvez donc que vos comédiens ont bien de l’esprit de dire des vers de Corneille ? En vérité, il y en a de bien transportants. J’en ai apporté ici un tome, qui m’amusa fort hier au soir. Mais n’avez-vous point trouvé jolie les cinq ou six fables de La Fontaine, qui sont dans un des tomes que je vous ai envoyés ? Nous en étions l’autre jour ravis chez M. de La Rochefoucauld. Nous apprîmes par cœur celle du Singe et du chat :

D’animaux malfaisants c’était un très-bon plat.

Ils n’y craignaient tous deux aucun, tel qu’il pût être.

Trouvait-on quelque chose au logis du gâté,

On ne s’en prenait point à ceux du voisinage :

Bertrand dérobait tout, Raton, de son côté

Était moins attentif aux souris qu’au fromage.

Et le reste. Cela est peint ; et la Citrouille et le Rossignol, cela est digne du premier tome.

· Nicole*(27)

Lettre 12 À Madame de GRIGNAN

Aux Rochers, mercredi 7 octobre 1671

Vous savez que je suis toujours un peu entêtée de mes lectures. Ceux à qui je parle ou à qui j’écris ont intérêt que je lise de bons livres. Celui dont je veux parler présentement, c’est toujours de Nicole, et c’est du traité d’entretenir la paix entre les hommes. Ma bonne, j’en suis charmée ; je n’ai jamais rien vu de plus utile, ni si plein d’esprit et de lumière. […

· La Rochefoucauld*(28)

Lettre 13 À Madame de GRIGNAN

À Paris, mercredi 20 janvier 1672

Voilà les Maximes de M. la Rochefoucauld revues, corrigés et argumentées : c’est de sa part que je vous les envoie. Il y en a de divines ; et à ma honte, il y en que je n’entends points ; Dieu sait comme vous les entendrez […]

À travers ces extraits, il est clair que Mme de sévigné baignait dans un univers culturel, qui la mettait au fait de toute la production littéraire de son époque. En effet, les salons qu’elle fréquentait, tel celui de Mme de Rambouillet, qu’elle tenait dans son hôtel aménagé en petits appartements, et salons qui communiquaient entre eux, favorisaient le contact avec et entre auteurs, penseurs et artistes. Mme de Sévigné y avait son appartement qu’elle occupait souvent. Toujours est-il qu’elle était au cœur de cette effervescence et cette créativité qu’elle vivait et discutait au quotidien, avec les autres hôtes ou invités, et dont elle faisait le compte rendu à sa fille, retenue en Provence.

Si Mme de Sévigné évoquait explicitement tel ou tel auteurs, souvent aussi, il utilise une citation sans en nommer l’auteur, ou encore, elle développe une conception que son destinataire avisé ne manquera pas de relever. À titre d’exemple, la lettre à sa fille, où elle relate l’incendie chez Guitaut (lettre 6) comporte un vers de Corneille, qu’elle a dû citer de mémoire, puisqu’elle y a commis une faute :

Le combat finit*(29) faute de combattants ;

Dans une autre lettre, notamment celle adressée à sa fille de Paris le 6 janvier1672, elle dira : […] Mais que pensez-vous qu’on voit chez moi ? M. Le président de Beauville, M. le président de Gallifet ; et ils m’ont tartufiée.*(30) […], on entendra par ce verbe « se montrer hypocrite », comme les faux dévots que Molière a mis en scène, ce qui lui a valu l’interdiction de sa pièce, pendant près de Six ans (voir les références littéraires).

Les références : (recherche personnelle pour préciser ces noms)

1* Cardinal et homme politique (1602-1661) ; Louis XIII lui confia la direction de son Conseil et il fut le principal ministre d’Anna d’Autriche régente. Les mesures fiscales qu’il prit déclenchèrent la Fronde parlementaire.

2*À l’époque de la Fronde, Foucquet fit construire une forteresse sur Belle-Île( dont il était propriétaire depuis 1650) où il projetait de s’établir en cas de disgrâce. Lors de son procès, cela fut assimilé à un acte de rébellion contre le pouvoir royal.

3*Nicolas Poussin (1594- 1665) peintre français, Charles Le Brun (1619 -1690) premier peintre du roi.

4*Contrôleur des finances sous Louis XIV (1619-1683)

5*Simon Arnauld d’Andilly, marquis de, (1618-1699) : fils d’Arnauld d’Andilly et neveu du Grand Arnauld ; proche de Foucquet et ami de Mme de Sévigné. Ambassadeur puis secrétaire d’État aux affaires étrangères.

6*Philippe-Emmanuel de, 1633 -1716 : cousin germain de Mme Sévigné, et son tuteur.

7*Antoine Nompar de Caumont : comte puis duc ; cadet de Gascogne, il fit une brillante carrière à la Cour.

8*Anne-Marie –Louise d’Orléans, duchesse de 1627-1693) fille de Gaston d’Orléans ; on la nomma « La grande Mademoiselle » ; cousine de Louis XIV. Elle prit part à la Fronde et laissa des mémoires.

9*Louis II de Bourbon, prince de, dit le Grand Condé, 1621-1686) : fils d’Henri II de Bourbon ; compromis par le rôle qu’il joua dans la Fronde où il prit la tête de la révolte des princes, il rentra en grâce à partir de 1659.

10*Intendant du prince de Condé.

11* (S’inspirant de la musique)Poème léger qui exprime une pensée galante.

12*Le maréchal de Gramont (Antoine, duc de) maréchal de France.

13*GUITAUT (Guillaume Perchpeyrou-Cominges, comte de) : Voisin et ami de Mme de Sévigné à Paris.

14*Vauvineux (Françoise-Angélique Aubry, comtesse de) : voisine de Mme de Sévigné à Paris.

15*Zuanne Morosini, l’Ambassadeur de Venise possédait une résidence parisienne.

16*La république de Venise.

17*Mander : renseigner par lettre.

18*Diane-Gabrielle de Damas, duchesse : nièce de Madame de Montespan (favorite de Louis XIV à partir 1667, elle eut six enfant du Roi ; Mme de Maintenon la remplaça)

19*Coiffeuse réputée à l’époque de Mme de Sévigné.

20*MAINTENON( Françoise d’Aubigné, marquise de, 1635-1719) : à la mort de son mari, le poète Scarron, elle fut chargée d’élever les enfants de Louis XIV et de Mme de Montespan, favorite qu’elle supplanta.

21* BELLEFONDS (Bernardin Gigault, marquis de) : maréchal de France.

22*Œuvre de Racine

23*Idem

24*Idem

25*Pulchérie de Corneille où une impératrice qui plus de 50 ans déclare son amour à Léon, comme Anne d’Autriche avait déclaré le sien à Mazarin.

26*Le cardinal de Retz, qui était malade.

27*Pierre NICOLE (1625- 1695) L'un des principaux écrivains de Port-Royal, théologien, controversiste, moraliste. Comme moraliste, Nicole atteint le grand public : il se révèle hanté par l'auteur des Pensées (publiées en partie par ses soins en 1670). Ses Essais de morale, ont formé des générations de pieux laïcs jusqu'au XIXe siècle

28*François VI, duc de la Rochefoucauld, né le 15 septembre 1613 à Paris et mort le 17 mars 1680, est un écrivain, moraliste et mémorialiste français, surtout connu pour ses Maximes. Officiellement, il n'a publié que « Mémoires » et « Maximes », mais cet homme de lettres émérite écrivait beaucoup.

29*Corneille, Le Cid, Acte IV, Sc.3 : Le combat cessa faute de combattants.

30 * Néologisme, qui suivit le triomphe de la pièce de Molière, Tartuffe.





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