Mme de sévigné: contexte culturelle.

 Par Jeafari Ahmed  (?)  [msg envoyés : 326le 15-06-12 à 00:07  Lu :3644 fois
     
  
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La littérature française du XVIIe siècle est liée aux évolutions politiques, intellectuelles et artistiques qui se font entre 1598 - promulgation de l’Édit de Nantes d’Henri IV qui met fin aux guerres de religions du XVIe siècle -, et 1715, date de la mort de Louis XIV, le Roi-Soleil.
Le XVIIe siècle est un siècle majeur pour la langue et la littérature française en particulier pour les œuvres du théâtre classique avec les comédies de Molière et les tragédies de Corneille et Racine. Mais si le classicisme s’impose dans la seconde moitié du siècle sous le règne de Louis XIV, les chefs-d’œuvre qu'il a produits ne doivent pas éclipser d’autres genres comme les textes des moralistes et des fabulistes (La Fontaine) et le genre du roman qui s’invente au cours de cette période avec les romans précieux, les histoires comiques et les premiers romans psychologiques comme la Princesse de Clèves.
Le classicisme, une des époques culturelles les plus brillantes de l’histoire de la France, est une expression idéologique et esthétique de la monarchie absolue. Il se développe pendant toute la première partie du siècle et atteint son apogée vers les années soixante. Le classicisme est en liaison étroite avec les courants philosophiques de l’époque, en premier lieu celui du rationalisme de Descartes dont il subit l’influence.
Le classicisme établit la suprématie de la raison qui s’exerce par des règles. Peindre le beau et le vrai, demeure la grande préoccupation des écrivains. Mais comme les créateurs s’adressent à un public précis, la Cour, l’idéal est d’inspirer le respect du régime royal, le beau est ce qui est conforme à la morale chrétienne. Pour eux, peindre le vrai c’est peindre la nature humaine, peindre l’homme. La peinture des passions humaines, leur analyse, confèrent un caractère psychologique à la littérature classique. Le classicisme répugne à introduire le laid, le bizarre, le fantastique et réduit par là son domaine d’observation. Le beau seul devait être imitable.
Pour leur imitation les écrivains ont besoin de modèles et de maîtres. Pour eux ce sont les Anciens. Et là, tous les grands classiques sont solidaires, tous affirment la nécessité de s’inspirer de leur exemple, de suivre leurs préceptes et même de puiser des sujets et des images dans leurs œuvres, dans l’histoire antique. Mais comme tout chez les Anciens n’était pas imitable, les écrivains adaptent les sujets empruntés au goût de l’époque, aux exigences théoriques du classicisme.
Cependant, si le classicisme a marqué la culture du grand siècle, il ne faut pas oublier l’apport de la préciosité. C’est un mouvement européen des lettres qui atteint son apogée en France dans les années 1650-1660. C’est un courant esthétique d'affirmation aristocratique marqué par un désir de se distinguer du commun. Cette volonté d’élégance et de raffinement se manifeste dans le domaine du comportement, des manières, du goût aussi bien que dans celui du langage. Ce courant est également associé à une revendication féministe soucieuse de faire reconnaître la femme dans le monde des intellectuels et des artistes mais aussi dans une fonction sociale nouvelle.
La société précieuse s’épanouit dans les salons dont les plus célèbres sont ceux de la marquise de Rambouillet et de Madeleine de Scudéry. D’abord aristocratiques, après l’échec de la Fronde, ces salons s’ouvrent peu à peu à des écrivains bourgeois. La volonté d’élégance dans la conversation, la recherche de pureté du vocabulaire en proscrivant les jargons, les archaïsmes, le langage populaire et l’invention de termes nouveaux ou de périphrase remplaçant des noms d’objets réputés bas ou seulement trop ordinaires, conduisent à des abus dont se moquera Molière dans Les Précieuses ridicules.
Pour situer Mme de Sévigné, qui fréquentait L’hôtel Rambouillet, dans cette littérature du XVII ème siècle, des repères culturels s’étalant de 1626 à 1696, serviront à rechercher les influences qui ont marqué sa pensée et les idées qui circulaient dans les cercles mondains de son époque :
- 1624, Guez de Balzac publia Ses Premières lettres.
Guez de Balzac, le maître de la littérature épistolaire, est l'un des créateurs de la prose classique dans la première moitié du XVIIe siècle. Il tente d’abord de jouer un rôle politique. Ses ambitions sont vite déçues et, après un séjour à Rome, il se retire dans sa province natale. C'est comme littérateur qu'il exercera le pouvoir qu'il n'a pu acquérir comme homme d'État ; c'est dans sa correspondance qu'il manifestera une éloquence que la situation politique interdit de déployer à la tribune ou au barreau. En 1624, il publie un premier recueil de Lettres qui obtient un succès triomphal : il sera désormais le prince de l'éloquence. Il ne fait à Paris que des séjours de plus en plus rares, paraissant alors à l'Académie française (dont il a été l'un des premiers membres, mais où il est dispensé d'assiduité) et à l'hôtel de Rambouillet. Mais on lit dans la capitale ses dissertations et ses traités : Le Prince (1631), portrait du souverain idéal ; Le Barbon (1648), pamphlet dirigé contre des pédants ; Le Socrate chrétien (1652), amplification morale de la religion catholique ; Aristippe, qui ne paraîtra qu'après sa mort (1658) et qui pose, à propos des mœurs de la Cour, le problème de la conciliation de la morale individuelle et de la politique. On y lit surtout ses lettres. Adressées à des grands, à des confrères à des amis, elles abordent de multiples sujets, moraux, politiques, littéraires, ou, parfois, décrivent la vie de l'auteur dans son désert ; elles sont périodiquement rassemblées et publiées, et occuperont, dans l'édition posthume de 1665, un gros volume comprenant vingt-sept livres. Par ses idées sur la langue et sa doctrine littéraire, par son style très travaillé, très recherché, et dont on apprécie encore aujourd'hui l'aisance et l'exemplaire correction, par la sûreté de ses jugements aussi, il exerce, depuis sa province, une grande influence sur la vie littéraire du temps. Salué avec enthousiasme par les uns — surtout par la jeune génération— comme le meilleur représentant du modernisme, attaqué avec violence par les autres qui lui reprochent de dénigrer les Anciens et de ruiner la tradition humaniste, il s'attire de nombreuses polémiques, sans compter les querelles que provoque son caractère impérieux, susceptible et rancunier. À mesure qu'il se cloître dans sa solitude, il « va devenir de plus en plus un critique littéraire. C'est là qu'il a donné sa véritable mesure et joué un grand rôle. Ses lettres sont ainsi, des articles de critique. La place qu'il occupe dans le monde des lettres est considérable, et le poids dont il pèse sur son époque est grand.
- 1627 naquit Bossuet
Jacques Benigne Bossuet (1627-1704), orateur sacré sans égal, disciple de Vincent de Paul (1581-1660), académicien en 1671, évêque de Meaux en 1681, premier théologien du roi Louis XIV, est un apôtre de la dévotion. Fort opposé aux jansénistes et à leur doctrine sur la grâce et la prédestination, mais partageant avec eux leur haine du théâtre, il prêche avec éclat. À défaut de convaincre de la nécessité d'abandonner la luxure pour souscrire aux devoir de charité et de justice, il impressionne par ses périodes oratoires et sait rendre grandes les morts les plus suspectes. Dans un ensemble de onze oraisons funèbres, prononcées de 1655 à 1687, sept restent comme des chefs-d'œuvre (« Oraison funèbre d'Anne d'Autriche », 1667 (discours officiel plus qu'oraison) ; « D'Henriette-Marie de France, reine de la Grande-Bretagne », 1669 ; « D'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans », 1670 ; « De Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, reine de France et de Navarre », 1683 ; « D'Anne de Gonzague de Clèves, princesse Palatine », 1685 ; « De Michel Le Tellier, chancelier de France », 1686 ; et « De Louis de Bourbon, prince de Condé, premier prince du sang », 1687). Il ajoutera celle qu'il prononça pour la mort de son maître du collège de Navarre, Nicolas Cornet, en 1663, la plus sincère de toutes, la plus directe et la plus personnelle.
Si Bossuet prêcha tant contre le théâtre, c'est qu'il le considérait comme un art rival du sien propre : l'éloquence de la chaire, largement ponctuée d'effets rhétoriques, recourant au code gestuel, pratiquant l'art de la déclamation et jouant sur la qualité de la voix, avait de points communs avec la manière de jouer la tragédie. Mais le lieu n'était pas le même, ni l'autorité du discours prononcé. Et puisqu'il s'agit de faire un éloge, il n'est pas question d'être sincère, mais vraisemblable, conforme au genre, à l'intérieur d'une cérémonie funèbre grandiose souvent prononcée de longs mois après l'enterrement du défunt. Pour Bossuet, il s'agit de faire montre des pouvoirs de l'éloquence, tout en rappelant quelques points de religion, de morale et de politique, le but étant d’émouvoir le public, par la terreur, les larmes ou l'admiration .Il faut savoir omettre les fautes et exagérer les qualités, là est la règle, pourvu qu'on élève le style et l'esprit du public.
- 1636, Descartes (René 1596-1650) Discours de La méthode.
Publié à Leyde en 1637, en français et anonymement, le Discours de la méthode servait d'introduction à un recueil d'études scientifiques. Le titre complet en explicite le contenu : Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences
Descartes lui-même a livré le plan de son ouvrage : « Si ce discours semble trop long pour être lu en une fois, on pourra le distinguer en six parties. Et, en la première, on trouvera diverses considérations touchant les sciences. En la seconde, les principales règles de la méthode que l'auteur a cherchée. En la 3ème, quelques-unes de celles de la morale qu'il a tirée de cette méthode. En la 4ème, les raisons par lesquelles il prouve l'existence de Dieu et de l'âme humaine, qui sont les fondements de sa métaphysique. En la 5ème, l'ordre des questions de physique qu'il a cherchées, et particulièrement l'explication du mouvement du cœur et de quelques autres difficultés qui appartiennent à la médecine, puis aussi la différence qui est entre notre âme et celle des bêtes. Et en la dernière, quelles choses il croit être requises pour aller plus avant en la recherche de la nature qu'il n'a été, et quelles raisons l'ont fait écrire. »
Le narrateur, constamment présent et incarné, parle avec naturel et simplicité ; d'une écriture nette, parfois ironique « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ». Mais c'est surtout le succès d'une idée simple, une idée-force : la table rase. On ne trouve un fondement assuré à la connaissance qu'en s'obligeant à écarter a priori tout ce que l'on croit savoir. La première des règles, essentiellement négative, est de « ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle » ; est évident ce qui se présente « clairement et distinctement à mon esprit ». Une fois atteints ces premiers principes, les trois autres règles sont de déduction (« ordre », « chaîne de raisons »), à la manière des géomètres. Tous les Modernes sont fils de Descartes.
- La même année (1636), Corneille présente Le Cid
D'abord joué en janvier 1637 sous la bannière de la tragi-comédie, Le Cid de Pierre Corneille (1606-1684) connaît immédiatement un grand succès. Dans le même temps, l'écrivain veille aussi à sa publication, faisant en sorte qu'elle ne soit plus exclusivement la propriété du théâtre du Marais . Premier poète dramatique à superviser de son vivant l'édition de ses Œuvres complètes, Corneille est donc bien aussi le premier « professionnel » de la littérature.
La pièce de Corneille, bien que tirée de la tradition espagnole, s'insère parfaitement dans les schémas dramaturgiques du temps : l'action du Cid repose sur le thème canonique des amours contrariées, auquel Corneille associe l'honneur du lignage et l'autorité de l'État. À la cour de Séville, à l'époque de la Reconquête, deux jeunes gens (Rodrigue et Chimène) s'aiment, mais leurs pères respectifs (don Diègue et don Gomès) s'opposent. Don Gomès ayant giflé don Diègue, un duel s'ensuit. Le père de Chimène meurt de la main de Rodrigue, et les deux amants (personnages qui s'aiment de façon réciproque) se déchirent. Chimène est contrainte de réclamer la punition de son amant. Les obstacles de la tragi-comédie sont ainsi intériorisés en crise morale où l'amour et l'honneur s'opposent. Sur cette intrigue principale se greffent deux autres actions : l'Infante, fille du roi, amante-ennemie et amoureuse élégiaque , aime Rodrigue mais ne peut prétendre à l'épouser parce que son rang s'y oppose et parce qu'il en aime une autre ; quant à don Sanche, un rival malheureux, il aime Chimène sans retour. À l'action complexe de la tragi-comédie se joint le spectacle. Querelle, duel, stances, récit de combat, procès, duel judiciaire, subterfuge, aveu masqué, retrouvailles, tout concourt à l'intérêt du spectateur.
- 1639 naquit Racine, Jean (1639-1699). (Louis XIV est né en 1938)
D'une famille modeste, orphelin dès ses premières années, Racine fut instruit à Port-Royal, grâce aux relations de sa famille avec ce monastère. À partir de 1658, venu à Paris, il s'orienta bientôt, en dépit d'une courte velléité de profession ecclésiastique, vers la littérature et la poésie. Sa carrière dramatique commence en 1664 avec La Thébaïde, qui ne réussit pas ; en 1665, il connut le succès avec Alexandre ; et ayant abandonné Molière, dont la troupe avait lancé sa pièce, pour la troupe rivale de l'hôtel de Bourgogne, il se brouilla pour toujours avec lui. En 1666, il rompit avec Port-Royal, ayant publié contre ses anciens maîtres et bienfaiteurs, qui condamnaient chrétiennement le théâtre, une lettre virulente. Les années suivantes virent son ascension comme auteur et courtisan. De 1667 à 1677 se succédèrent ses chefs-d'œuvre : Andromaque (1667), qui fut la révélation de son originalité, Britannicus (1669), Bérénice (1670), Bajazet (1672), Mithridate (1673), Iphigénie (1674), Phèdre (1677). L'année 1677 marque un grand tournant dans sa vie ; il fut nommé historiographe du roi ; il fit un mariage bourgeois ; vers la même époque, il se réconcilia avec Port-Royal ; après Phèdre, il cessa d'écrire pour le théâtre, sauf quand ses protectrices le lui demandaient (livrets d'opéra au temps de Mme de Montespan ; tragédies sacrées : Esther et Athalie, sous Mme de Maintenon). Dans les derniers temps de sa vie, il ajouta de nouvelles charges à celles qu'il avait déjà, et acquit à la cour une position remarquable, vu son origine et sa condition. Il intervint à plusieurs reprises en faveur des jansénistes persécutés, et écrivit, outre ses Cantiques spirituels, un Abrégé de l'histoire de Port-Royal. Il mourut à Paris, et c'est à Port-Royal qu'il fut enterré, selon son vœu exprès.
Son fils Louis, dans ses Mémoires sur la vie et les ouvrages de Jean Racine, le représente comme un bon chrétien, temporairement troublé par sa sensibilité et par son talent, et qui n'a pu manquer de revenir, bon père de famille et pieux courtisan, aux vertus de sa jeunesse. À l'opposé de ce portrait édifiant, d'autres ont surtout vu dans sa conduite l'ambition et le ferme propos d'arriver à tout prix : sa rupture avec Molière et avec Port-Royal, son ascension à la cour, puis l'abandon de la littérature pour une position officielle renforcée et un type de vie conforme à cette position seraient les jalons d'une carrière poursuivie avec ténacité et succès.
- 1640, publication posthume de l’AUGUSTINUS
Le XVIIe siècle fut, surtout en France, le siècle augustinien par excellence, non seulement par la reprise, douloureuse, des problèmes de la prédestination, mais par l'importance de la pensée augustinienne dans le développement de la philosophie cartésienne. Aux yeux des contemporains la rencontre du cartésianisme et de l'augustinisme parut merveilleuse. Malgré les différences fondamentales entre les deux philosophies, on commença par situer la doctrine de Descartes dans le prolongement strict de la pensée du Père de l'Église .Sans se présenter à l'origine comme un système constitué et unifié, la pensée de saint Augustin donne naissance à un ensemble de thèses philosophiques et théologiques que l'on rassemble sous la dénomination d'augustinisme. Plus que la lettre, c'est l'esprit d'Augustin qui a régné sur la période médiévale et au moins jusqu'au XVIIe siècle. À travers saint Augustin, l'idéalisme platonicien domine la théologie.
L'augustinisme inclut des thèses sur la nécessité de la grâce pour le salut, la conciliation entre foi et raison, la connaissance naturelle de Dieu, la négativité du mal. Saint Augustin est le seul Père de l'Église qui ait donné naissance à un tel système.
Certaines thèses anthropologiques et théologiques de saint Augustin (profonde corruption de l'homme suite au péché originel ; nécessité de la grâce pour le salut) seront reprises, durcies, par Jansénius. Cette influence marquera les XVIIe et XVIIIe siècles.
Pour Jansénius, la grâce ne peut être obtenue ni par la conduite vertueuse, ni même par la prière et les sacrements ; même les justes, pour accomplir les commandements, ont besoin de la grâce efficace, octroyée par la seule miséricorde de Dieu. La rigueur janséniste attire Pascal et imprègne le théâtre de Racine, marqué par son pessimisme.
- 1650, Voiture, Œuvres (Posthumes)
Vincent Voiture, né en 1597 à Amiens et mort le 26 mai 1648 à Paris, était un poète et prosateur français. Fils d’un marchand de vins qui suivait la cour, il fit ses études à Paris et gagna la protection de Gaston d'Orléans, frère du roi, en lui adressant une pièce de vers à l’âge de seize ans. Ce prince le nomma contrôleur général de sa maison, puis introducteur des ambassadeurs. Le comte d’Avaux , dont il avait été le condisciple, le mit en relation avec plusieurs personnes de la haute société. Introduit à l’hôtel de Rambouillet, il y enseigna le beau langage et les belles manières aux habitués dont il fut le héros galant et badin, comme Guez de Balzac en était le héros sérieux.
Voiture, dont les écrits sont représentatifs de la préciosité, prenait volontiers un ton moins pompeux. Ce n’était souvent qu’un rimeur de ruelles , un mondain pour qui la littérature n’était qu’un passe-temps, mais dont toute la cour répétait les chansonnettes. La réputation de Voiture lui survécut et, jusqu’à la fin du XVIIe siècle, alla encore jusqu’à l’engouement. Mme de Sévigné a dit de lui : « Tant pis pour ceux qui ne l’entendent pas ! », avec ses pointes, ses jeux de mots, ses équivoques et ses continuels efforts d’esprit. Voiture eut néanmoins une influence notable sur la poésie française. Tandis que Balzac la corrigeait par la rhétorique et la noblesse, Voiture l’assouplissait et commençait à lui donner la légèreté des tours, la facilité de l’expression.
- 1654-1660 Mlle de Scudéry, Clélie (dix volumes)
Née au Havre, orpheline, Madeleine de Scudéry reçoit une éducation d'une solidité rare pour son sexe, qui contrebalance son goût précoce des romans. Elle se fixe à Paris. Sa laideur lui ôte l'espoir de s'y marier, mais son esprit et l'agrément de sa conversation lui ouvrent l'hôtel de Rambouillet. Bientôt « Sapho » — c'est le nom qu'elle se donne à elle-même dans Le Grand Cyrus — reçoit chez elle, le samedi. Parmi ses hôtes, Mmes de La Fayette, de Sévigné, MM. de La Rochefoucauld, Sarasin, Isarn ; des bourgeoises précieuses comme Mme Aragonnais, Mlle Robineau.
On parle romans et vers nouveaux, on échange des madrigaux, on disserte du cœur, on rédige une Gazette du Tendre. Mlle de Scudéry se passionne pour la Fronde ; plus tard elle reçoit une pension de Fouquet ; mais elle n'a à souffrir ni de l'échec de l'une ni de la chute de l'autre. Ses romans, que son frère signe pour la bienséance sans que l'on soit même absolument sûr qu'il en écrive les récits de batailles, font les délices du public français et étranger. Après Ibrahim (1641), où revivent les paysages de Provence traversés naguère par l'auteur, les dix volumes d'Artamène ou le Grand Cyrus (1649-1653) tracent les portraits des héros de la Fronde, les dix volumes de Clélie (1654-1660) animent autour de la Carte de Tendre la société des samedis. Ces romans pseudohistoriques ennuient aujourd'hui par la monotonie et l'abstraction des analyses, des conversations et même des descriptions, sans parler de l'invraisemblance. Ils ont suscité les railleries justifiées de Boileau. Mlle de Scudéry sut abandonner à temps le genre ; à son heure, il a aidé à affiner la psychologie classique et la délicatesse des mœurs.
- 1665 La Rochefoucauld (François de 1613-1680), Maximes.
L'aspect littéraire des Maximes, et l'art avec lequel La Rochefoucauld a rendu ce genre classique en France ont moins intéressé la critique que le fond même du livre. La Rochefoucauld y a développé une vision de l'homme, qui montre un désenchantement. C’est l'expérience d'un temps où l'idée de la grande âme s'est effondrée à l'épreuve des circonstances, où les faux-semblants se sont déclarés en puissance. C’est le sentiment des tenants du vieux monde à l'avènement de la monarchie de Louis XIV. Il s'est produit alors comme un éveil des notions de réalité et de nécessité dans l'univers moral. Cependant, il ne faut pas considérer cet éveil amer dans sa seule amertume, de n'y trouver qu'un constat stérile, un pur sarcasme contre l'humain. La Rochefoucauld recherche, autant que la disqualification des vertus, que les conditions dans lesquelles la vie humaine, telle qu'elle est, vaut d'être vécue. Les Maximes contiennent une doctrine de la sociabilité ou – comme on disait alors – de l'honnêteté. Le doute jeté sur la vertu est une condition élémentaire de lucidité ; la décence des actions, qui pour l'homme commun s'accompagne d'illusion, est mieux assurée chez l'honnête homme par cette lucidité ; il vise au résultat convenable sans se tromper sur la nature des voies : « Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des remèdes. La prudence les assemble et les tempère, et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie » (max. 182). L'équilibre nécessaire des égoïsmes et des vanités, le respect de la réalité d'autrui, le dosage de la clairvoyance et de l'illusion dans la poursuite du bonheur, telles sont les notions qui composent l'aboutissement positif des Maximes.
La Rochefoucauld est placé dans une époque de mutation ; il lui a été donné de vivre sévèrement le débat de l'ambition morale et de la nécessité naturelle, et d'en léguer une formule durable à la société civilisée.
- (La même année)Bussy-Rabutin, Histoire amoureuse des Gaules
Le comte Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693) cousin de Mme de Sévigné, est un soldat courageux, homme de cour et écrivain de talent. Il laissa derrière lui comme un parfum de scandale. Il reçut une brillante éducation chez les jésuites, puis au collège de Clermont, avant de partir en Lorraine avec le régiment de son père. De 1634 à 1659, il fut de toutes les campagnes militaires en Flandre, en Lorraine, en Franche-Comté, en Catalogne. Maître de camp en 1638, il tâta de la Bastille pendant cinq mois pour avoir laissé ses soldats pratiquer le faux-saunage. Il servit Condé en Catalogne, suivit la cour, participa à la Fronde, puis rejoignit à nouveau le roi et fut à l'armée de Flandre sous les ordres de Turenne en 1655. Il ne s'entendit jamais avec le grand chef de guerre, qu'il admirait, mais dont le sérieux et la froideur l'exaspéraient. En 1658, la bataille des Dunes, près de Dunkerque, où il se comporta courageusement, apparaît comme l'apogée de sa carrière militaire. Anticonformiste, il se plut au libertinage et, de ce fait, ne put retrouver de poste militaire. À Lérida, en Espagne, des amis et lui-même dansèrent avec un cadavre qu'ils avaient exhumé. En 1659, en plein carême, à Roissy, en compagnie d’autres soldats, il célébra une sorte de sabbat et fut exilé un an pour avoir chanté des chansons qui respiraient le scandale et l'impiété. Il diffusa en petit comité son Histoire amoureuse des Gaules, qui racontait les aventures de quelques dames. Mais une copie de l'ouvrage fut imprimée en Hollande, et ces récits devinrent publics : le livre fit scandale. Louis XIV fit conduire Bussy à la Bastille, en 1665, où il demeura treize mois, puis consentit à le laisser partir en exil dans son château en Bourgogne où il resta jusqu'à sa mort. Il avait été nommé à l'Académie française, et son retrait de la cour, qu'il vécut comme une insupportable disgrâce, lui permit d'écrire ses Mémoires et d'entretenir une correspondance abondante. Mme de Sévigné avait pour ce cousin débauché une affection inavouée et quelque peu admirative. Il laissa également un discours à ses enfants sur les événements de sa vie et le bon usage de l'adversité.
- 1668, La fontaine, Faibles (parution des six premiers livres)
Jean de la Fontaine (1621-1695) publie en 1654 une traduction-adaptation de L'Eunuque de Térence , mais ces débuts tardifs ne sont guère remarqués. Il cherche alors un mécène, seule possibilité à l'époque pour un écrivain de vivre de sa plume. Jannart, l'oncle de sa femme le présente en 1657 à Nicolas Fouquet. Alors commence une période heureuse et féconde. Fouquet intègre son nouveau protégé au petit groupe d'artistes chargés d'embellir et de célébrer son domaine de Vaux. La Fontaine reçoit mission de décrire ces « merveilles » présentes et à venir. Mais le luxe et les intrigues du surintendant inquiètent le jeune roi qui, guidé par Colbert, amorce une autre politique : relance de l'économie, protectionnisme, recherche de nouveaux débouchés. Fouquet est arrêté, emprisonné. Ses amis se dispersent. La Fontaine est l'un des très rares à lui rester fidèle. Il plaide même sa cause dans L'Élégie aux nymphes de Vaux et dans une Ode au roi. Il semble aussi avoir participé activement aux Défenses de Fouquet et aux campagnes de pamphlets qui dénoncent la « rage » de Colbert et les irrégularités du procès.
Le clan opposé à Colbert récupère et protège la Fontaine. Entre 1664 et 1667, en quatre livraisons, La Fontaine publie vingt-sept contes et nouvelles en vers, puis, en 1668, sous le titre modeste de Fables choisies mises en vers par M. de La Fontaine, un premier ensemble de cent vingt-six fables divisé en six livres.
Le recueil obtient un succès immédiat. L'œuvre a pu être lue comme une ironie qui visait Colbert, et cela d'autant plus que certaines fables ont circulé sous le manteau. Mais l'artiste a délibérément dominé et dépassé la chronique. Les allusions sont gommées et intégrées à un projet plus vaste, à la fois artistique, pédagogique et philosophique. La Fontaine entreprend d'élargir le genre traditionnellement scolaire de la fable et d'y regrouper les symboles et les repères permettant à un jeune prince – et à tout homme – une meilleure connaissance des autres et de lui-même.
- 1669, Guilleragues, Lettre portugaises
Une portugaise, écrit Mme de Sévigné (1671), est une lettre « tendre », pleine d'une « folie, une passion que rien ne peut excuser que l'amour même ». Ceci explique le succès du mince recueil publié deux ans plus tôt sous le titre de Lettres portugaises traduites en français, imitées par la suite et augmentées de Réponses ou de Nouvelles Lettres. On ne sut à qui l'attribuer, l'anonymat de son auteur favorisant jusqu'à nos jours de fascinantes spéculations. L'épistolière se donne pour une religieuse séduite puis abandonnée par un officier français en campagne au Portugal. Il fallut attendre la « note Boissonnade » (Journal de l'Empire, 5 janv. 1810) pour apporter à ceux qui ne doutaient pas de l'authenticité des Lettres une caution historique : « Marianne Alcoforado, religieuse à Beja, entre l'Estramadure et l'Andalousie », était désignée pour la première fois comme celle qui les avait écrites. Il ne restait plus qu'à la retrouver ; on s'y employa, particulièrement au Portugal, où les Lettres furent remises en leur langue et annexées au patrimoine national .Il est vrai qu'une certaine Maria Ana Alcoforado vécut à Beja de 1640 à 1723 .Cependant, il s'est trouvé très tôt des gens pour accorder toute la paternité de l'œuvre au traducteur : Gabriel-Joseph de Lavergne, vicomte de Guilleragues (1628-1685), diplomate et écrivain, familier des salons où paraissaient Racine, Mmes de Sévigné et de La Fayette. Attribution qui soulevait de redoutables problèmes, sur la spontanéité et la rhétorique, sur la spécificité d'une écriture féminine, et accusait encore ceux, dès le départ évidents, de la sincérité, de l'intimité et de la publicité.
Le livre offre une des plus belles plainte d'amour et d'abandon: « Il me semble que j'ai quelque attachement pour des malheurs dont vous êtes la seule cause : je vous ai destiné ma vie aussitôt que je vous ai vu, et je sens quelque plaisir en vous la sacrifiant. J'envoie mille fois le jour mes soupirs vers vous, ils vous cherchent en tous lieux, et ils ne me rapportent, pour toute récompense de tant d'inquiétudes, qu'un avertissement trop sincère que me donne ma mauvaise fortune, qui a la cruauté de ne souffrir pas que je me flatte, et qui me dit à tous moments : cesse, cesse, Marianne infortunée, de te consumer vainement, et de chercher un amant que tu ne verras jamais [...]. Mais non, je ne puis me résoudre à juger si injurieusement de vous, et je suis trop intéressée à vous justifier : je ne veux point m'imaginer que vous m'avez oubliée. »
- 1670, Pascal, Pensée (Version de Port-Royal préparée par Nicole)
Le génie de Blaise Pascal (1623-1662) se caractérise par le refus de la spécialisation qui convient à l'« honnête homme ». Si Port-Royal le considère comme un maître en « véritable rhétorique », et la postérité comme l'un des fondateurs de la prose classique en France, son activité ne se limite pas aux lettres : remarquable géomètre et physicien, il est aussi philosophe, moraliste et théologien. Dans tous les domaines qu'il a abordés, il a su inventer et créer ; mais il s'est surtout montré capable d'établir entre eux des liens qui font de son œuvre l'une des plus puissantes synthèses de la pensée classique.
- 1672, Racine, Bajazet
Tragédie en cinq actes (comportant respectivement 4, 5, 8, 7 et 12 scènes) et en vers (1749 alexandrins) de Racine créée, après Bérénice et avant Mithridate. Racine a pris son sujet dans l'histoire contemporaine tout en prenant soin de choisir une civilisation lointaine, l'Empire ottoman. En 1635, le sultan Murad IV (devenu Amurat chez Racine) a fait exécuter ses frères Bajazet (Bayezid) et Orcan, rivaux potentiels. Racine s'inspire de ce fait en centrant l'action sur le personnage de Bajazet. Il développe aussi plusieurs intrigues amoureuses dans le sérail. L'action est particulièrement complexe et ne peut se dénouer que par une succession de meurtres et de suicides.
Le succès initial de la pièce ne s'est pas prolongé. C'est aujourd'hui l'une des pièces les moins jouées de Racine.
- Même année, Triomphe de Tartuffe de Molière
Le 12 mai 1664, au dernier jour des Plaisirs de l'Ile enchantée, cette grande fête donnée dans les jardins de Versailles, Molière joua Le Tartuffe, ou l'imposteur, devant le roi. Dans cette comédie initialement en trois actes et qu'il remaniera ensuite, Molière s'était trop découvert en visant de prétendus faux dévots. Les vrais, – la compagnie du Saint-Sacrement , au premier chef –, s'y reconnurent et proclamèrent que l'auteur protégé du roi n'était qu'un irrespectueux libertin. Le roi hésita, mais plia devant un parti en déclin dont il attendait la disparition prochaine, comme celle de sa mère Anne d'Autriche (1666), qui le soutenait. La pièce fut donc interdite.
C'était le début d'une affaire qui dura cinq ans, entrecoupée d'attaques virulentes contre Molière et de placets pour sa défense. La seconde version de Tartuffe est jouée l'été de 1667 au théâtre du Palais-Royal : Tartuffe y est nommé « Panulphe » et son habit, religieux en 1664, devient laïque, mais reste austère et dévot. Nouvelle interdiction. Il faudra attendre 1669, après de nombreuses lectures et représentations privées, pour que, le 5 février, Molière triomphe enfin officiellement au Palais-Royal. Ces cinq années sont au centre de la production dramatique de Jean-Baptiste Poquelin, et l'on a cru d'ailleurs un peu vite qu'il s'en était repenti, une fois l'interdiction levée, en abandonnant son athéisme de combat. Il semble au contraire que Molière n'ait jamais abdiqué, ni baissé de ton, ni évidemment renié son libertinage philosophique.
- 1678 Mme de la Fayette, La Princesse de Clèves.
Mme de La Fayette (1634-1693), de naissance Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, connaît bien Paris, ses salons, sa conversation, et ses grands auteurs. Installée depuis 1661 dans la capitale, elle fréquente les milieux galants, les anciens frondeurs, les théoriciens de la langue et du texte. Proche d'écrivains et d'érudits tels que Huet , La Rochefoucauld, mais aussi de Mme de Scudéry ou de Ménage, elle a appris à parler des méandres du cœur, à guetter les dangers de l'amour-propre, et à discourir en une langue moderne et exigeante. Mariée, comme c'est la norme en ce temps, à un homme qu'elle voit peu, puis qu'elle ignore, ou qu'elle combat en justice, elle connaît bien les détours du système matrimonial. Elle écrit des nouvelles historiques, comme La Princesse de Montpensier (1662). Cependant, parce qu'elle est aristocrate, Mme de La Fayette, ne peut s'abaisser à signer ses œuvres de fiction moderne, ou même d'histoire. Il aurait fallu écrire des mémoires ou tenir une correspondance, comme Mme de Sévigné qu'elle rencontre souvent, ou en rester au roman pastoral , ou au grand roman précieux de Mlle de Scudéry.
Pour toutes ces raisons, La Princesse de Clèves fut publiée de manière anonyme, et pour d'autres raisons, la critique, fort longtemps, ne put supporter qu'une femme écrivît un chef-d'œuvre. Comme on apprit très vite que Mme de La Fayette était l'auteur de cet ouvrage, on soupçonna tout aussi vite une supercherie ou une façade pour dissimuler les noms de Huet, La Rochefoucauld ou Ménage.
Roman sur le mariage, La Princesse de Clèves est aussi un ouvrage sur l'horreur de la passion qui entraîne nécessairement à la faute, ruinant les corps et les cœurs. La volonté de la princesse, pourtant inflexible, ne l'empêche ni de souffrir ni de faire souffrir. Les jeunes femmes innocentes et dociles mettent en danger le monde et leur propre salut lorsque la passion les saisit. Les jeunes gens conquérants, durant le temps de leur passion, souffrent le martyre, puis se marient ailleurs, lorsque ce sentiment s'estompe : ce sera le cas de Nemours. Reste la retraite, seul moyen de fuir l'amour-propre et la passion, seul espoir d'accéder à la vertu. Roman classique tout entier consacré à l'étude des passions dans une langue retenue, cette presque-nouvelle ouvre, par les voies de la tragédie en prose, le chemin du roman moderne.
- 1687, début de la querelle des Anciens et des Modernes
La querelle des Classiques et des Modernes oppose deux courants :
• les Classiques ou Anciens menés par Nicolas Boileau (dit aussi Boileau-Despréaux, 1636-1711) soutenaient une conception de la création littéraire comme imitation des auteurs de l’Antiquité. Cette thèse était fondée sur l’idée que l’Antiquité grecque et romaine avait atteint une fois pour toutes la perfection artistique. Le choix par Racine pour ses tragédies de sujets antiques déjà traités par les tragédiens grecs illustre cette conception de la littérature respectueuse des règles du théâtre classique élaborées par les poètes classiques à partir de la Poétique d’Aristote.
• les Modernes, représentés par Charles Perrault (1628-1723), qui soutenaient le mérite des auteurs du siècle de Louis XIV, affirmaient au contraire que les auteurs de l’Antiquité n’étaient pas indépassables, et que la création littéraire devait innover. Ils prônaient une littérature adaptée à l’époque contemporaine et des formes artistiques nouvelles.
La Querelle a contribué à l'affirmation d'une « doctrine classique », contrariée par les Modernes, comme à la promotion de genres comme l'opéra ou le conte (où excella Perrault), plus proches de la préciosité et du goût mondain. Les débats entre « corruption » et « progrès » ont ouvert un espace nouveau, en posant sous un nouveau jour la question de la relativité du goût et la question du beau.

  



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