Mais il faut cultiver notre jardin!

 Par elgousairi anass  (Prof)  [msg envoyés : 18le 26-08-13 à 23:59  Lu :906 fois
     
  
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S’il y a un lieu où la société se reproduit en miniature et dans toutes ses facettes, c’est bien au lycée marocain: une génération frustrée et sans repères , une autre aigrie et presque apathique ,en attente par-delà tout d’être mise à la retraite. Et nous, futurs professeurs, encore jeunes et ambitieux, sur quel pied danser ? Nous serions certes facilement tentés par l’envie de suivre les sentiers battus par nos prédécesseurs , de laisser tomber nos idéaux , de nous laisser bercer par les tentations de la facilité et de la simple transmission , : imposer et s’imposer , châtier et corriger , et le fleuve du temps coule tranquillement. Mais la conscience houleuse , elle , nous laissera-t-elle longtemps jouir de cette fausse quiétude , de cet égoïsme ingrat ? Nous étions tous des adolescents à un moment donné .Nous voulions être pris en charge et écoutés par nos ainés ; nous cherchions nos repères partout au prix d’être mal compris et réprimandés . Nous cherchions la sécurité dans des appartenances discrètes .Nous tenions à nous exprimer à notre manière et à être reconnus pas nos enseignants, puis quand ceux-ci nous raillaient,nous les prenions en horreur et en haine , nous les stigmatisions en cachette , entre nous , partout : sur nos cahiers , sur les bancs de la classe , sur les murs de l’école ! Nous crachions notre frustration sur tout ce qui se rapportait à l’école .Nous avions peur d’être châtiés injustement. La note nous effrayait , l’exigence de compétition en classe nous déconcertait .Pourtant, nous résistions , car l’adolescence fut un passage obligé. Ainsi , sommes-nous en quelque sorte une génération transitoire , qui prendra la relève , sans doute différemment. Comment saurions-nous oublier tout cela et emprunter des chemins qui ne mènent désormais à nulle part , sauf à plus de rancune et de rébellion ?Aimer le métier ou ne pas l’aimer , telle est la question. Le conflit des générations , c’est nous qui pourrions l’édulcorer et le dédramatiser de façon à ce que les élèves-adolescents puissent nous aimer au lieu de nous haïr ; nous respecter au lieu de nous craindre , venir au lycée s’enrichir au lieu de se corrompre davantage et de semer le désordre. Un bon enseignant est d’abord un être humain qui , pour être compris, doit comprendre les autres. Un adolescent est lui-même un être humain qui peut comprendre , pourvu qu’on le comprenne , qu’on le fasse sortir un peu de sa bulle , qu’on lui parle dans son propre langage , qu’on questionne ses représentations , qu’on prenne conscience de sa propre conception du monde , qu’on fonde tout enseignement sur ses besoins et ses attentes , qu’on s’adapte à lui tout court. L’intéresser et le motiver , voilà bien le summum des finalités. Il est enfin important , pour un enseignant , de tenter de nouvelles expériences , de planifier de nouvelles activités qui rompent un peu avec les habitudes institutionnelles de la craie et du tableau noir : tables rondes , jeux de simulation , travail en groupes , autoévaluation ou interévaluation ,etc. Cette rupture est , à n’en pas douter , fort difficile. Les vieilles habitudes sont rassurantes pour nombre d’enseignants quand elles leur évitent des charges d’appoint. Mais « Il est bien des choses qui ne paraissent impossibles que tant qu'on ne les a pas tentées » disait bien André Gide. Il faut vouloir changer le cours des choses pour qu’il y ait véritble changement. C’est une question de volonté , ni plus ni moins. Les moyens sont là. L’enseignant doit juste oser tirer son épingle du jeu quand il le faut , opportunément et à bon escient.Puis tout le reste viendra . Or , vouloir tout faire à l’aveuglette est chose insensée : l’enseignant est un être jeté dans le monde de l’école , un aventurier confronté à tous les aléas de l’exploration. Il ne mène jamais la barque tout seul , les élèves sont ses compagnons de voyage. Il arrive que le navire chancelle et fasse naufrage. L’enseignant se redresse tout de même quand il prend conscience des difficultés et des limites du système ; quand il met tout en question et se remet en cause,quand il cherche à se réadapter indéfiniment à la situation , quand il réajuste sa conception trop optimiste de la réalité. Les contraintes du système sont implacables et pèsent sur l’enseignement .Rien ne permet qu’on en fasse table rase. Ce n’est pas pourtant une contradiction que de dire que c’est en ayant une certaine visibilité par rapport aux limites de notre fonction qu’on peut secouer le monde , qu’un créneau de liberté se laisse entrevoir dans les contraintes même. Rien n’est impossible et tout n’est pas possible. Avec le recul nécessaire , chaque mise en situation professionnelle est pour nous l’occasion de reconnaître les possibilités et leurs limites , les enjeux et les espaces de manœuvre. Ce paradoxe peut s’avérer décourageant , mais c’est ainsi qu’il faut se représenter l’enseignement : un champ de mines , un jardin à cultiver !
Il est pourtant une idée par laquelle on nous rabâche les oreilles : il faut connaître le profil de l’élève avant tout acte d’enseignement. Or réduire l’élève à un profil figé , comme s’il s’agissait d’une statuette sans âme dont on connait les moindres traits , est quelque chose d’aberrant : c’est le chosifier , l’appréhender de l’extérieur , objectivement et indifféremment , comme un simple objet de connaissance. Comprendre l’élève , dans ce sens , n’est pas s’adapter à lui , mais plutôt malheureusement vouloir apprivoiser ses comportements , les faire adapter à nos exigences. D’où l’aspect conflictuel du rapport enseignant/élève , sinon de la relation entre adultes et adolescents. L’enfer , c’est tantôt les uns , tantôt les autres !
Quelles sont de ce fait les exigences à remplir pour qu'il y ait vraiment compréhension de l’élève ? Faut-il le connaître intimement ? Ou bien faut-il se contenter du profil qu’on en fait au début de la situation d’enseignement-apprentissage ? Dilemme sans issue apparemment, car la connaissance d’autrui est une aporie du moment qu’il est autre, qu’on réduit sa subjectivité à l’observable. Or , il est bien des choses qui échappent à la simple observation et qui s’expriment par différentes manières, dans différentes formes et différents langages : mode d’habillement, graffitis , groupes d’appartenance ou technologies d’information et de communication.Nous sommes encore une fois les mieux placés pour comprendre, autant que faire se peut, l’expression de cette jeunesse capricieuse , qui se cherche et ne trouve pas encore dans le lycée un havre de paix. Pendant la quatrième mise en situation professionnelle, nous passions un bon moment dans la salle des professeurs. Un constat curieux : nous étions l’exception à la règle. Jeunes stagiaires , ambitieux et fiers de nous être engagés dans la voie de l’enseignement. Moult professeurs , toutes matières confondues , venaient à tour de rôle nous parler amèrement de leurs longues années d’expérience ou d’ancienneté. Nous nous laissions bercer par leur discours doctoral et testamentaire, le discours d’une génération vieille et lasse , prête , coûte que coûte , à prendre congé sans regret. « Vous êtes jeunes et c’est à vous de prendre le relais. Nous n’avons plus ni la force ni le cran de faire face à cette agitation juvénile. L’autorité , la vaine autorité , ne sert plus à grand-chose , sinon à exacerber l’indiscipline et le désordre. Côtoyez les jeunes, laissez-vous imprégner par leur psychologie, mais imposez-vous , sous peine d’être réduits à néant » nous disait-on , sur un ton de désolation. A qui la faute donc ? On ne sait pas trop sur quel pied danser. Car la plainte est proférée de part et d’autre. Quoi qu’il en soit , nous ne pouvons culpabiliser ni les uns ni les autres. Le conflit va de soi dans cette ère de transition entre authenticité et modernité , transmission et construction. Le savoir est un peu partout et n’est plus l’apanage de l’enseignant .Les élèves s’imprègnent de ce savoir, qu’ils le veuillent ou non, sans avoir la possibilité de le gérer. L’apport de l’enseignement au lycée ? Comprendre l’élève-adolescent, au sens éthique. C’est-à-dire l’observer en plein apprentissage, l’autonomiser et le responsabiliser, retrouver enfin le sens de ses comportements et leur direction : d’où il vient , ce qu’il veut, ce dont il a besoin , ce à quoi il s’attend et comment il se projette dans l’avenir .L’élève est une conscience en perpétuelle définition et redéfinition. Il n’est pas un moyen pour justifier une quelconque approche pédagogique, il est sans doute une fin en soi , une fin qui ne justifie pas qu’on le prenne seulement pour un profil à besoins et à difficultés.
El Gousairi Anass

  



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 Réponse N°1 32131

Intéressant!
  Par   Samira Yassine  (CSle 27-08-13 à 19:36

M Elghousairi, soyez le bienvenu sur le site.

J` ai lu avec un grand intérêt votre analyse de la conception que nous faisons de l`élève. Je fais partie de ces enseignants qui vous parlaient avec amertume et souhaitaient partir.

Oui, M Anas, vous semblez bien savoir de quoi vous parlez. J` ai beaucoup aimé votre façon d` analyser les choses.

J` approuve et souhaite vous lire plus souvent.

Auriez-vois des alternatives ? Il serait très intéressant de voir l` enseignement à travers le regard de la nouvelle recrue pleine d` enthousiasme.




 Réponse N°2 32134

Merci!
  Par   elgousairi anass  (Profle 28-08-13 à 00:28

Chère collègue ,

J'ai bien apprécié vos propos. Je vous en remercie infiniment.C'est vrai qu'on me reproche souvent d'avoir des ambitions démesurées et de vouloir réformer ce qui est apparemment irréformable , à savoir ce corps malade que l'on appelle "système éducatif". Mais , vous savez , je n'ai cure de ce discours défaitiste. Mes lectures en pédagogie et en didactique du français m'ont permis de percevoir , par-delà les limites de la réalité , de grands espaces de manœuvre. Je me suis rendu compte , au fil de ma formation et de mes stages , que je peux très bien induire un changement , serait-ce dans l'enceinte de classe : se rapprocher de l'élève , partir de ses préoccupations les plus plates , questionner ses représentations , humaniser la relation pédagogique et ne plus la confiner à de simples formalités et habitudes régulées au quotidien , intégrer sciemment et de façon régulière les NTIC à l'action pédagogique , voilà ce qui pourrait bien changer le cours des choses. Et le changement ne serait plus un tourbillon vertigineux de concepts et de mots nouveaux!

Que pensez-vous de mes propositions ? Je sais bien que la théorie est une chose et que la réalité de la classe en est une autre. Mais , rassurez-vous , ma fougue ne tarira pas !




 Réponse N°3 32135

Re
  Par   Samira Yassine  (CSle 28-08-13 à 00:55



Cher collègue,

en vous lisant, on a l impression de bien vous connaitre, du moins de vous avoir déjà lu.

Certes, je ne prétends pas avoir votre culture dans le domaine didactique et surtout psychopédagogique, mais nous avons des points communs quant à notre conception de la relation élève/professeur.

Je partage vos idées et suis de vous voir les expliquer de la façon la plus convaincante.

Vous réalisez vos rêves parce que vous êtes sincère, vous y croyez.

Bon courage.





 Réponse N°4 32136

Merci encore une fois
  Par   elgousairi anass  (Profle 28-08-13 à 01:23



Chère collègue ,

Il m'est très agréable de partager avec vous mes idées. J'ai encore quelques articles dans le même sens. Je compte les publier dans les jours à venir , car vous m'avez encouragé à le faire de la façon la plus persuasive. J'espère que vous aurez toujours suffisamment de patience pour lire mes publications sur ce site "fabuleux". Mille mercis.





 Réponse N°5 32137

Re
  Par   Samira Yassine  (CSle 28-08-13 à 01:33



Ce sera avec le plus grand plaisir, cher collègue.





 Réponse N°6 32146

re
  Par   elgousairi anass  (Profle 28-08-13 à 03:55



Vous avez tout mon respect.





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