M. salamat et les ntic: le déclic!

 Par abdeslam slimani  (Prof)  [msg envoyés : 365le 05-03-12 à 17:55  Lu :1010 fois
     
  
 accueil

M. Salamat était enseignant depuis plus de vingt ans. Enseigner était pour lui plus qu’une vocation : une pratique religieuse ; il aimait se donner corps et âme, s’engager, répéter, gesticuler, crier, pleurer s’il le fallait. Bref, il s’investissait totalement. Il aimait disait-il, comme il le confiait souvent à ses jeunes collègues, comme pour justifier sa pratique qui pouvait leur paraître un peu bizarre, laisser les traces de ses griffes sur le tableau noir, comme la signature d’un artiste baroque.
Son écriture soignée, calligraphiée, qui ne laissait aucun détail au hasard, disait long sur son esprit méticuleux et son sens de l’organisation : d’ailleurs, il aimait utiliser les couleurs, souligner, entourer les mots avec une grande attention pour que le cercle soit bien arrondi, la ligne bien droite. Il emplissait le tableau plusieurs fois pendant la séance et se chargeait lui-même à chaque fois de l’effacer. Pendant son long parcours, il n’avait jamais demandé à l’un de ses élèves d’effacer le tableau même si quelques uns le feraient volontiers.
Petit à petit le monde autour de lui commençait à changer et ses certitudes à s’ébranler.
De jeunes professeurs frais émoulus des centres de formation débarquaient chaque année avec de nouveaux moyens et de nouveaux concepts : ils faisaient écouter des chansons à leurs élèves, leur projetaient des films, les faisaient travailler sur des imprimés et au lieu de leur écrire les fameuses traces écrites au tableau, ils se contentaient de leur distribuer des photocopies.
M. Salamat avait certes un ordinateur à la maison, mais c’était devenu presque la propriété exclusive de ses enfants qui y étaient « connectés » (comme ils disent) à longueur de journées. Il avait presque honte de les déranger, de s’incruster dans leur monde virtuel qui lui paraissait comme un abime. C’était pour cela qu’il n’avait jamais osé leur demander comment fonctionnait une adresse email ou un profil Facebook , choses qu’on ne cessait de lui demander lors des réunions syndicales .
Ce qui le travaillait le plus, c’était quand l’un de ses élèves, souvent le plus studieux, lui demandait pourquoi ne pas faire comme Mlle Alaoui ou M. Lemlali ;) qui utilisaient le vidéoprojecteur ou le lecteur dvd pour des activités, parfois il se contentait d’un laconique : « on verra », mais souvent, excédé, il éclatait dans une véritable fureur : « ce ne sont pas ces nés d’hier qui vont m’apprendre mon métier ! si vous voulez regarder un film ou écouter des chansons vous n’avez qu’à le faire chez vous ou dans un cyber moi je suis professeur de langue ! »
Un jour, il reçut une convocation de son inspecteur, pour une nième formation se dit-il, mais quand il lut le thème : les NTIC, il y trouva comme quelque chose de magique, de léger, d’inhabituel, il eut comme une intuition que cette fois-là, ça allait être différent ou pour le moins amusant ; lui qui était plutôt habitué aux formules pompeuses qui n’aboutissaient à rien de concret : pédagogie, docimologie, psychopédagogie, socio-psychopédagogie….
Son hypothèse allait être confirmée : dès la première séance, les travaux pratiques avaient commencé, pas de bla-bla de trop, tout le monde était face à sa machine.
Trois jours de formation, une centaine de clics furent suffisants pour créer le déclic, mais un déclic de taille. M. Salamat fut complètement changé : le lendemain, il s’acheta un ordinateur portable, et se lança sur les vagues du web : les forums éducatifs se substituèrent aux interminables discussions avec ses amis sur les terrasses des cafés. Les recherches d’informations, d’articles, la lecture de la presse sur internet remplacèrent son engouement pour la chaîne Al Jazara.
M. Salamat commençait à créer lui-même ses ressources pédagogiques en s’aidant d’applications, de logiciels qu’il connaissait désormais par cœur et n’hésitait pas à recommander à ses collègues. Il s’était même acheté un appareil qui lui permettait d’enregistrer n’importe quelle émission de télévision pour ensuite l’utiliser en classe. Ses cours prirent ensuite la forme de fichiers qu’il manipulait à loisir, utilisant le texte, l’animation et la vidéo.
M. Salamat n’utilise plus la craie, d’ailleurs il était le premier dans son établissement à avoir commencé à utiliser un tableau interactif, ce qui suscite encore des exclamations parmi ses collègues ! comme quoi, il n’y a pas d’âge pour apprendre !

  




 Réponse N°1 18223

re
  Par   bachiri Fatiha  (Profle 05-03-12 à 18:23

Merci du partage , j'aime et le texte et l'idée qu'il véhicule .

Quel déclic !




 Réponse N°2 18226

Re
  Par   fatih brahim  (Profle 05-03-12 à 19:34



Effectivement, il n’y a pas d’âge pour apprendre ! Surtout à notre âge : L’ère du numérique.

P.-S : Je ferai lire votre texte à un collègue analphabète numérique.





InfoIdentification nécessaire
Identification bloquée par
adblock plus
   Identifiant :
   Passe :
   Inscription
Connexion avec Facebook
                   Mot de passe oublié


confidentialite Google +