- Concours d'accès à la
formation des professeurs du cycle qualifiant.
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Session de septembre 2006
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- Spécialité : français
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Épreuve écrite
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Durée : 4 heures.
C’est ainsi que,
pendant longtemps, quand, réveillé la nuit, je me ressouvenais de
Combray, je n’en revis jamais que cette sorte de pan lumineux,
découpé au milieu d’indistinctes ténèbres, pareil à ceux que
l’embrasement d’un feu de Bengale ou quelque projection
électrique éclairent et sectionnent dans un édifice dont les
autres parties restent plongées dans la nuit: à la base assez
large, le petit salon, la salle à manger, l’amorce de l’allée
obscure par où arriverait M. Swann, l’auteur inconscient de mes
tristesses, le vestibule où je m’acheminais vers la première
marche de l’escalier, si cruel à monter, qui constituait à lui
seul le tronc fort étroit de cette pyramide irrégulière; et, au
faîte, ma chambre à coucher avec le petit couloir à porte vitrée
pour l’entrée de maman; en un mot, toujours vu à la même heure,
isolé de tout ce qu’il pouvait y avoir autour, se détachant seul
sur l’obscurité, le décor strictement nécessaire (comme celui
qu’on voit indiqué en tête des vieilles pièces pour les
représentations en province), au drame de mon déshabillage; comme
si Combray n’avait consisté qu’en deux étages reliés par un
mince escalier, et comme s’il n’y avait jamais été que sept
heures du soir. A vrai dire, j’aurais pu répondre à qui m’eût
interrogé que Combray comprenait encore autre chose et existait Ã
d’autres heures. Mais comme ce que je m’en serais rappelé m’eût
été fourni seulement par la mémoire volontaire, la mémoire de
l’intelligence, et comme les renseignements qu’elle donne sur le
passé ne conservent rien de lui, je n’aurais jamais eu envie de
songer à ce reste de Combray. Tout cela était en réalité mort
pour moi.
Mort à jamais?
C’était possible.
Il y a beaucoup de
hasard en tout ceci, et un second hasard, celui de notre mort,
souvent ne nous permet pas d’attendre longtemps les faveurs du
premier.
Je trouve très
raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons
perdus sont captives dans quelque être inférieur, dans une bête,
un végétal, une chose inanimée, perdues en effet pour nous
jusqu’au jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, où nous nous
trouvons passer près de l’arbre, entrer en possession de l’objet
qui est leur prison. Alors elles tressaillent, nous appellent, et
sitôt que nous les avons reconnues, l’enchantement est brisé.
Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre
avec nous.
Il en est ainsi de
notre passé. C’est peine perdue que nous cherchions à l’évoquer,
tous les efforts de notre intelligence sont inutiles. Il est caché
hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en
la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne
soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le
rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions jamais.
QUESTIONSÂ :
comment
le texte est-il composé ? vous répondez un vous appuyant sur
l’étude des temps verbaux et des valeurs du « je ».
comment la première
phrase est-elle construite ? sur quel rythme la description
commence-t-elle ? quel est l'effet produit ?
comment la description du
premier paragraphe permet-elle de définir le travail de la mémoire
selon le narrateur ?
quelles sont les
principales figures de style utilisées dans le texte ? quelle
est leur utilité dans le projet narratif ?
Consigne :
Vous
répondez aux questions séparément, dans l’ordre et en
rédigeant des paragraphes construits.