Lorenzaccio : lecture (la scène 4 de l'acte 1)

 Par melouki elmahjoub  (?)  [msg envoyés : 6le 21-02-13 à 21:20  Lu :7860 fois
     
  
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Professeurde français: Elmahjoub MELOUKI

Activité: Etude de texte

Durée: deux heures

Compétence visée: - Connaître le profil des deux protagonistes Lorenzaccio et le Duc

Support: - La scène 4 de l'acte 1 de la pièce de théâtre Lorenzaccio.

Approche: Lecture méthodique

Public cible: 2ème année de bac.


Déroulement:

  1. Identification du passage:

Situation de la scène:

Les premières scènes se caractérisent par le déguisement et la dissimulation. Lorenzo apparaît caché par un manteau et le duc se révèle aux yeux de Maffio(Acte1, sc.1). La fête est peuplée de masques et le duc se présente habillé en religieuse (Acte1, sc. 2). Le cardinal soulève une tapisserie qui dissimulait l'espion qu'il utilise (Acte1,sc.3). Enfin, la
scène 4, où Lorenzo est présent au premier plan pour la deuxième et dernière fois dans le premier acte, renforce les ambiguïtés du personnage. Nous nous proposons pour commencer, d'abord d'analyser dans cette scène le portrait du Duc de Florence et celui de Lorenzo, puis nous essaierons de montrer comment cette scène est représentative du drame romantique qui se veut contraire au théâtre classique.

  1. Les axes de lecture:

  1. Présentation des personnages: Le Duc de Florence et Lorenzo.

      1. Le Duc de Florence.

Cette scène est pour le dramaturge Alfred de Musset l'occasion de faire le portrait du Duc de Florence. D'abord, on note que le dramaturge souligne le caractère subversif du Duc de Florence dans la mesure où il ne prend pas au sérieux les actes et les manières conformes au protocole d'un roi. Ceci s'explique par les expressions prononcées par ce dernier:«Quelle croupe de diable!» «Clément VII, mon feu cousin, qui à cette heure-là est en enfer.»; ensuite, on note que le dramaturge présente le caractère débauché de ce roi. Cette conduitedévergondée est suggérée par le mot «Bacchus». C'est un personnage mythologique, plutôt, le Dieu du vin chez les romains (Dionysos). Le Duc reprend ce mot à plusieurs reprises ce qui veut dire que ce personnage a l'attitude de ceux qui s'adonnent aux plaisirs. En un mot, c'est un épicurien par excellence. Enfin, le dramaturge manifeste l'athéisme du Duc. Ses jurons en sont un bon exemple:«Par Bacchus ils m'ont mis dans la main une espèce de spectre qui sent la hache d'une lieue.» «Eh! Par Bacchus! que me font les discours latins et quolibets de ma canaille». Ces jurons traduisent son caractère irréligieux. C'est un personnage qui nie l'existence de toute divinité. Ainsi, le comportement de ce dernier vis-à-vis de Sire Maurice, Valori et le cardinal de Cibo révèle son insouciance envers la religion. Ces personnages représentent la religion, toutefois le Duc les tourne en dérision. Par exemple, le cas de la réplique suivante:

«Oui, oui je vous connais pour un brave. Vous êtes, pardieu le seul prêtre honnête homme que j'ai vu de ma vie».

Par conséquent, le spectateur de cette scène peut déduire que ce personnage est un être d'instinct et non pas de raison; mieux encore, un matérialiste qui n'estime pas le côté spirituel. Il reste à voir maintenant comment le dramaturge brosse le portrait du protagoniste à savoir Lorenzo.

      1. Lorenzaccio

Cette scène permet également au dramaturge de faire le portrait de Lorenzaccio en vue de mieux le présenter au spectateur. Pour ce faire, le dramaturge recourt à un lexique adéquat et conforme à la personne de Lorenzo. D'abord, Sire Maurice, Valori et le cardinal de Cibo font au Duc de Florence le portrait de Lorenzo en son absence. Il lui demande de se débarrasser de cedernier considéré comme le meneur des désordres de la cour. Ceci se lit dans la réplique suivante:

Sire Maurice:

«J'ai dit les désordres de la cour, Altesse; les actions de Duc n'ont d'autre juge que lui-même .C'est Lorenzo de Médicis que le pape réclame comme transfuge de la justice ».


On voit aussi que Lorenzo a endossé son rôle de libertin athée depuis quelque temps déjà, puisque il a décapité à Rome les statues de l'arc de Constantin comme le suggère la réplique suivante:«Clément VII a laissé sortir de ses états le libertin qui, un jour d'ivresse avait décapité les statues de l'arc de Constantin.»

Ensuite, en réponse à ces attaques, qui voudraient faire de Lorenzo un homme dangereux, le Duc décrit alors le comportement de son compagnon en employant d'une part des diminutifs familiers à connotation péjorative : «femmelette», «Lorenzaccio» «fillette». Et d'autre part, il recourt à des adjectifs familiers pour montrer que Lorenzaccio manque de courage physique et craint le risque. C'est le cas de la réplique suivante : «Le plus fieffé poltron»; «L'ombre d'un rufian énervé».

En plus, ce qui est frappant dans cette scène c'est que le portrait fait par leDucest confirmé par la décomposition physique de Lorenzo : «Regardez-moi ce petit corps maigre, ce lendemain d'orgie ambulant. Regardez moi ses yeux plombés, ces mains fluettes et maladives.»

Au fur et à mesure que ces personnages font le portrait de Lorenzaccio, ce dernier surgit au fond d'une galerie basse. C'est l'occasion pour le dramaturge de préparer l'entrée de Lorenzo sur scène et par la suite, les mêmes personnages en font le portrait à nouveau mais cette fois-ci en sa présence.

L'apparition de Lorenzo révèle son extrême arrogance verbale vis-à-vis des représentants de la religion (Sire Maurice, valori et le cardinal de Cibo). Puis sire Maurice le provoque en duel mais ce dernier s'évanouit face à l'épée qu'on lui tend pour soutenir son honneur. Par conséquent, la manœuvre est trop parfaite: chacun est content et avance son commentaire: «Chère Lorenzetta» pour le Duc;«Double poltron fils de catin» pour Sire Maurice;«Pauvre jeune homme» pour Valori; seul le cardinal de Cibo expert en dissimulation, montre par trois répliques son doute à l'égard de la réaction de Lorenzo:«c'est bien fort, c'est bien fort!». Le doute du cardinal de Cibo pousse le spectateur à imaginer que Lorenzo revêt le masque paradoxal de la pusillanimité.

Le recourt à un lexique approprié et varié qui permet également au dramaturge de mettre en évidence le portrait du Duc de florence et celui de Lorenzaccio. Il s'agit d'une présentation de ces deux personnages selon la conception du drame romantique qui se veut contraire aux règles du théâtre classique.

  1. La transgression des règles du théâtre classique.

Dans cette scène le dramaturge transgresse les règles du théâtre classique. Dans un premier lieu, la bienséance classique est mise en problème par Sire Maurice qui tire son épée devant le roi et devant les spectateurs et provoque Lorenzo en duel. Ce comportement brusque choque le spectateur et nuit à la conception classique de la bienséance. Dans un second lieu, le langage du théâtre classique, du moins celui de la tragédie, est noble et soutenu, toute familiarité lui est interdite, il doit toujours avoir un air de dignité exigé par la règle de la bienséance; par contre, dans cette scène Alfred de Musset critique cette conception du langage et propose un langage nouveau qui ose tout dire sans pruderie. Les personnages s'expriment librement et d'une manière explicite. Dans cette scène, on note également les mots et expressions familiaux comme:«Quelle croupe de diable» «Fils de catin» …etc.

Outre le vocabulaire et les expressions, Musset allait jusqu'à utiliser un langage diminutif à travers le Duc de Florence qui a une connotation péjorative: «Renzo», «Lorenzetta», «femmelette»…

Enfin, le spectateur découvre dans cette scène que la conception de Musset du langage ne refuse rien, et fait appel à des mots de la vie courante qui choquaient à l'époque les bienséances classiques.

Synthèse

Cette scène est très représentative du drame romantique dans la mesure où Alfred de Musset y recourt à une nouvelle conception de théâtre qui se veut contraire au théâtre classique. Pour brosser le portrait du Duc de Florence et celui de Lorenzo le dramaturge fait appel à un lexique multiple et varié ce qui donne à cette scène une richesse particulière. Ainsi, le langage imagé donne une certaine splendeur au style de cette scène. Il reste à voir maintenant comment George Sand présente ces personnages dans sa pièce de théâtre contrairement à Musset.



  



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 Réponse N°1 29858

Juste une question
  Par   Samira Yassine  (CSle 22-02-13 à 06:26



Je vous remercie M Mellouki pour le partage . Je voudrais juste savoir si vous avez un autre programme ou vous avez introduit une autre oeuvre outre celles programmées par le ministère, à savoir Candide de Voltaire , Le père Goriot de Balzac et Il était une fois un vieux couple heureux de Mohamed Khaireddine.

Merci.





 Réponse N°2 29959

juste une réponse pour ta question
  Par   melouki elmahjoub  (CSle 26-02-13 à 20:47



Non chère Samira je n'ai pas introduit une autre oeuvre outre celles programmées par le ministère. Je ne fais que publier mon projet pédagogique que j'avais élaboré à l'ENS. Merci pour votre question.





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