Littérature, un auteur, une oeuvre...

 Par Jeafari Ahmed  (?)  [msg envoyés : 326le 02-05-12 à 22:09  Lu :1668 fois
     
  
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Bonsoir, chers collègues!
Je ne tente pas d'usurper la place de M. Idoubiya, mais en attendant qu'il se manifeste, je présente un amuse-gueules
La littérature maghrébine d'expression française est marquée par la présence de deux univers : le Maghreb avec son histoire et sa civilisation et la langue française avec tout son poids culturel. Ces deux univers culturels qui se rencontrent, se confrontent et s'enrichissent, ont permis la création d’une littérature imprégnée d’un grand métissage culturel.
Assia Djebar ,de son vrai nom Fatima-Zohra Imalhayène, née à Cherchell le 30 juin 1936, est une écrivaine algérienne d'expression française, auteur de romans, nouvelles, poésies et essais. Elle a écrit également pour le théâtre, et elle réalisa plusieurs films.
Son œuvre a pour thèmes l'émancipation des femmes, l'histoire, l'Algérie considérée à travers sa violence et ses langues. Assia Djebar est considérée comme l'une des auteurs les plus célèbres et influentes du Maghreb. Elle fut élue à l'Académie française en 2005.« J’écris, comme tant d’autres femmes écrivains algériennes avec un sentiment d’urgence, contre la régression et la misogynie. » — Assia Djebar
Œuvres principales :
La Soif, roman (1957) ;Les Impatients, roman (1958) ;Les Enfants du Nouveau Monde, roman (1962) ;Les Alouettes naïves, roman (1967) ;Poèmes pour l'Algérie heureuse, poésie (1969) ;Rouge l'aube, théâtre (1969) ;Femmes d'Alger dans leur appartement, nouvelles (1980) L'Amour, la fantasia, roman (1985) ,Ombre sultane, roman (1987) Loin de Médine, roman (1991) ;Vaste est la prison, roman (1995 ;Le Blanc de l'Algérie, récit (1996) ;Les nuits de Strasbourg, roman(1997) ;Ces voix qui m'assiègent: En marge de ma francophonie, essai (1999) La Femme sans sépulture, roman (2002) ;La Disparition de la langue française, roman (2003) Nulle part dans la maison de mon père, roman (2007)
Les nuits de Strasbourg
le paratexte : ( pardon , j'ai scanné la couverture, mais je ne sais comment l'envoyer avec le texte: elle ne s'affiche pas)
Sur la première de couverture, qui est rose et sans illustration, figure tout en haut, le nom de l’auteur en lettres majuscules, en gras noir. En dessous, en rouge, il y a le titre : Les nuits de Strasbourg. La façon dont sont disposés les mots, est quelque part, suggestive : le fait de séparer les mots, permet tout d’abord de les mettre en valeur, au lieu que ce soit comme une expression lexicalisée, qui aurait une assonance du déjà-vu, nous avons « les nuits » tout seul puis « de » enfin « Strasbourg ». Peut-on dire, aussi, que la nuit, moment de la journée, reste inscrit en haut, dans le ciel, alors qu’en bas, il y a Strasbourg qui ne dort pas. Quant à La couleur rouge, elle symbolise l’amour, et l’érotisme. C’est la couleur du sang avec toute la violence que cela connote, que ce soit dans la blessure de la mort, ou la blessure de l’amour ; surtout, l’amour charnel. Le sang est toujours lié au corps de la femme. Les menstruations, ou le sang de la vierge qui devient femme, atteste de son pouvoir d’être désirée, désirante et désirable. Le sang, c’est aussi le flux qui véhicule le désir, le communique, en le transmettant et en le recevant.
Mais, cette couleur rose, traditionnellement associé à la féminité, suggère-t-elle que le désir dont il sera question est celui de la femme ? Est-ce l’amour vu et vécu par la femme ? Ce serait un regard de femme qui exprime sa vision de l’amour, et surtout l’érotisme au féminin ?
L’indication « ROMAN » donnera-t-elle à Assia DJEBAR, l’audace, de dépeindre, cette fois-ci l’amour charnel avec plus d’acuité, et d’érotisme ?
Sur la quatrième de couverture, de cette édition : ACTES SUD, collection « un endroit où aller », nous avons un passage du début du premier chapitre du roman, intitulé, Thelja, du nom de son héroïne, c’est justement elle, qui y parle un monologue intérieur.
" M'interrogeant, tout en marchant dans la fraîcheur de la première brume, je découvre que, plus je me sens ainsi passagère dans une ville d'Europe, plus je reconnais l'élan violent qui m'a saisie, il y a plus d'un an : quitter à la fois ma terre de soleil, un amour brouillé, un garçonnet aux yeux élargis de reproche, oui, partir d'un coup à trente ans, cela me paraissait jaillir d'une tombe !... D'une tombe ouverte au ciel certes, d'une tombe quand même ! Oh Dieu, l'ivresse de déambuler, de goûter l'errance, plongée dans une telle intensité ! Jamais, pourvu que je marche, je ne cesserai de me sentir légère... "
• Broché: 405 pages
• Editeur : Actes Sud (4 janvier 1999)
• Collection : Un Endroit Où aller.
Le roman obéit à une structure particulière. C’est une architecture en trois parties :
Un prologue : qui porte le titre « LA VILLE », en majuscule.
L’histoire proprement dite, intitulée « NEUF NUITS », et qui se compose, justement de neuf chapitres, titrés, et portant, comme sous-titre ou intertitre, la succussion de ces neuf nuits de la première à la neuvième.
UN épilogue met fin au récit.lui aussi est titré : NEIGE OU LE POUDROIEMENT.
Ce qui correspond à la table de matière suivante :
PROLOGUE : LAVILLE…………………..7 (1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6) = 30 p.
NEUF NUITS………………………………………37
EXERGUE …………………………………………39
I. Thelja…………………………………………….41 =20 p.
Première nuit……………………….………….53
II. Celle de Tébessa…………………….………….61 =30 p.
Deuxième nuit…………………………………..79
III.L’abbesse………………………………...........91 (1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5) =44 p.
Troisième nuit……………………….…..112
IV.L’enfant endormi……………………………...135 (1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5)
Quatrième nuit…………………………..184
V. Le fleuve, les ponts…………………………....193 (1 ; 2 ; 3)
Cinquième nuit…………………..............219
VI. Le serment……………………………………233 (1 ; 2 ; 3 ; 4)
Sixième nuit…………………..…………268
VII. La mère amère…………………………..273 (1 ; 2 ; 3 ; 4)
Septième nuit……………………..……..306
VIII. Antigone de banlieue…………….…….321 (1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5)
Huitième nuit…………………………...341
IX. Alsagérie………………………………..353 (1 ; 2 ; 3)
Neuvième nuit…………………………..372
NEIGE OU LE POUDROIEMENT………….….377
EXERGUE…………………………………………..…379
L’exergue : P 39
La correspondance d'Héloïse et Abélard est l'un des grands textes de la littérature occidentale. Héloïse est amoureuse d’Abélard, un prêtre plus âgé qu’elle. Elle est Condamnée par son père au silence du monastère. Mais, ce silence est violemment interrompu par la fulgurance rhétorique d'une correspondance passionnée dont Héloïse prend l'initiative avec une audace. Héloïse invente, en quelque sorte, l'amour au féminin, au cœur d'un XIIe.
Le prologue :
Il présente le lieu où se passera l’intrigue : la ville de Strasbourg, située dans le nord-est de la France, sur la rive gauche du Rhin. C'est le chef-lieu de la région Alsace et du département du Bas-Rhin. La ville, siège du Conseil de l'Europe depuis 1949 et du Parlement européen depuis 1992, porte les titres de capitale européenne et de capitale de l'Europe. Ses habitants sont appelés les Strasbourgeois(es). Étymologiquement, le nom signifie « la ville du fleuve »(le Rhin).
C’est un carrefour qui croise aussi bien les routes que les civilisations et ceci à travers une histoire qui remonte à un passé lointain.
Neuf NUITS :
I-Thelja : ce premier chapitre, présente la narratrice, héroïne du roman. C’est une algérienne qui a quitté son mari Hamid et son fils Tawfiq, pour faire des études d’art à Paris. Elle fait la connaissance de François, qui réside à Strasbourg, où ils se donneront rendez-vous pour une lune de miel de neuf jours. La deuxième partie du chapitre qui à une structure binaire, comme les neuf autres du romans correspond à la première nuit de leur amour charnel. Elle est écrite en italique, et prend la tournure d’un monologue interne, comme une sorte de journal intime. Toutes les parties réservées aux nuits d’amour prendront la même forme.
II- Celle de Tébessa : du nom de la ville sur la frontière algéro-tunisienne, ce chapitre présente Ève, l’amie intime de Thelja. C’est une juive, dont la famille a quitté l’Algérie pour épouser un marocain. Ils ont émigré en France. Ils ont divorcé, le mari rentre au pays avec sa fille. Ève, quant à elle, refait sa vie à Strasbourg, en concubinage avec un allemand. Elle est enceinte de lui. Thelja et Eve, se considèrent comme des jumelles. Deuxième nuit d’amour
III- L’abbesse : Ce chapitre est consacré à l’abbesse Herrade de Landsberg, ce personnage qui fascine Thelja. De 1167 à 1195, Herrade fut l'abbesse du couvent de Hohenbourg (en Alsace) Herrade de Landsberg devint célèbre en tant qu'auteure et illustratrice de l'Hortus deliciarum (Jardin des délices).
L'Hortus Deliciarum était un superbe manuscrit, une sorte d'encyclopédie chrétienne, composée sous sa direction (première encyclopédie écrite par une femme). L'original a péri lors de l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg en 1870.Troisième nuit d’amour…
Exergue : p 379
Maria Zambrano (Espagnole, 1904-1991) Des Clairières du bois, Maria Zambrano dit : «Parmi mes œuvres publiées, c’est, je crois, le livre qui répond le mieux à cette idée longtemps formulée que penser est avant tout, à la racine, en tant qu’acte, déchiffrer ce que l’on sent, si on entend par sentir le « sentir originel » (expression que j’emploie depuis des années). Et aussi cette idée que l’homme est l’être qui souffre sa propre transcendance en un incessant processus d’unification entre la passivité et la connaissance, l’être et la vie. Vie véritable, surprise seulement dans quelques clairières qui s’ouvrent entre ciel et terre au sein de l’initiale frondaison. Et à l’horizon lointain où se noient le ciel et la terre, l’être et la vie, la vie et la mort.»
le résumé de l’œuvre :
Pour retrouver François, un amant de vingt ans, Thelja quitte Paris. Les amours brèves mais fulgurantes de cette femme qu'un mari et un enfant attendent à Alger, et de ce Français veuf, dureront neuf nuits. Neuf nuits au cours desquelles se conjugueront leurs désirs, leurs émois, leurs plaisirs. Au-dehors, la ville de Strasbourg se remet de son histoire récente et abrite d'autres personnages aussi troublants que les deux premiers Eve, une petite juive enceinte des d'un jeune Allemand, Hans, Jacqueline qui monte Antigone dans un théâtre de banlieue, Djamila qui incarne Antigone, Irma l’orthophoniste avec son jeune amant Karl .Touma la mère de Ali, ex-amant de Jacqueline, et d’autres personnages. Ce sont des personnages déracinés qui vivent une sorte d’exil ou d’expatriation. Ce sont des couples mixtes, issus d’origines différentes, parfois d’un passé marqué par la haine de leurs parents ou aïeuls.
Quelques thèmes :
L’histoire :
Assia Djebar, historienne mémorialiste, accorde une grande importance aux faits historiques, qui servent de cadre spatio-temporel à sa fiction. Fidèle à son écriture, elle déploie dans ce roman, une telle quantité de faits historiques, qui s’enchevêtrent à tel point qu’on à l’impression que nous sommes dans une étude de l’histoire, alors qu’en réalité, l’histoire aussi fidèle qu’elle soit ne lui sert que de prétexte pour faire évoluer ses personnages de fiction.
En effet, l’histoire de la ville de Strasbourg, qui est évoquée dans le romain, et ceci en remontant assez loin dans le passé, est fidèlement reconstituée. Nous avons ainsi 4 dates historiquement symboliques :
- 1870, lors de l’évacuation de la ville, avant l’invasion des allemands, la ville ayant été depuis des siècles sujets de lutte entre l’empire français et l’empire germanique, prise et rendu plusieurs fois. (P14)
- Mais la date qui est choisie pour point de départ, est la deuxième évacuation, le 2, 3 et 4 septembre 1939, avant l’attaque des avions allemands (ceux de Guernica)(P.15)
- Puis, « le serment de Strasbourg » le 14 Février 842, est cité (p236), par métaphore, entre Ève la juive et Hans L’allemand, reproduisant, ce que les frères Louis le Germanique et Charles Le Chauve, ont scellé comme pacte politique contre le troisième frère Lothaire, pour mettre fin à la guerre de succession de l’Espagne.(Chacun dans la langue de l’autre)
- Puis, il y a l’année où se place l’énonciation du récit :1989, Thelja est née trois ans avant la fin de la guerre d’Algérie( P 54) en 1962,donc en 1959.Elle a trente ans, nous sommes alors en 1989 : la chute du mur de Berlin, unification de la RDA et La RFA, fin de la guerre froide.
En outres, il y a les événements déclenchés par la mémoire individuelle de chaque personnage, lui-même porte-parole de la mémoire collective de ses origines, et dans maintes situations nous avons des mémoires collectives qui s’interpellent : juifs et allemands ; juifs et algériens ; juifs et marocains, , juifs et français, allemand et français, allemands et algériens, donnant ainsi lieu à tout un réseau de connexions, rigoureusement orchestré par l’auteur.
la femme :
Les personnages féminins ont tous une histoire, un passé douloureux, qu’ils essaient d’oublier, avec lequel ils tentent de se réconcilier. Ces femmes, pour la plupart, on déjà eu une expérience amoureuse ou de mariage qui a échoué. Et c’est dans les bras d’un autre qu’elles refont leur vie. Elles entrent en relation avec des étrangers, comme si elles avaient une forte volonté de s’arracher à un passé où elles ne pouvaient s’exprimer et s’épanouir. L’étranger pour elles, est une opportunité de laisser s’exprimer leurs désirs et leurs fantasmes, de pouvoir vivre pleinement leur sexualité loin de l’interdit, des tabous ancestraux. La langue de l’autre, différente, ou même inconnue, aiguise leur sensualité et fait naître le langage du corps, si longtemps réprimé. Ce sont des femmes qui prennent l’initiative dans l’acte charnel.
La femme dans le roman est une femme intellectuelle et cultivée .Elle se réalise enfin en compagnie de l’étranger...
Bonne lecture si vous tombez dessus!

  



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 Réponse N°1 20802

Merci pour le partage cher ami.
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 02-05-12 à 22:29



Salut cher ami, Jeafari Ahmed.

Je suis en pleine lecture d'un de mes écrivains préférés: Jean Paul Sartre. Vous s'avez, avant que j'édite un travail dans le forum, je dois lire énormément. Plus je dois faire des synthèses et des groupements afin de ne donner que l'essentiel....

J'aime la façon avec laquelle vous abordez l'écrivaine Assia Djeba. C'est de l'excellent travail. Je viens bien sûr de le lire.

Merci pour le partage cher ami.





 Réponse N°2 20804

Merci!
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 02-05-12 à 22:40

Je vous remercie cher ami, pour votre aimable appréciation, et vous souhaite bon courage pour lesefforts que vous faites , et dont nous vous sommes reconnaissants!

Bien à vous!




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