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 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 07-04-12 à 21:17  Lu :1508 fois
     
  
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Cette image ça vous inspire quoi ? Quelle est sa signification pour vous ? quelle est le message qu'elle vous transmet ? A quoi elle vous fait penser ?
Une image c'est tout un monde concentré, un instantané d'une vie immortalisé
(photo proposée par M. Abderahman Elomari)

  




 Réponse N°1 19585

re
  Par   amina ossoule  (CSle 07-04-12 à 21:48



un verre de thé doukkali, je reconnais l'originalité de mes origines.Et puis, le pain n'est pas sec, bien qu il en a l'apparence, l'huile d'olive est là pour compléter ce qui manque. c'est du pain fait par les mains d'une vraie doukkalia qui sait faire de bon pain.ce n'est pas un pauvre qui va manger ces délices, c'est bien quelqu'un qui a du gout.marocains, et combien on est fiers de l'etre.





 Réponse N°2 19604

Pain, huile et thé.
  Par   ELMALEK HOUDA  (CSle 08-04-12 à 00:22



Dans la société marocaine, on dit que les denrées nécessaires dont personne ne peut se passer sont: la farine, pour préparer son pain, l'huile pour manger ce pain, ou pour la cuisson de la gamelle, et le sucre pour préparer son thé. Le thé, bien sur, est très présent dans la plupart des foyers marocains.On ne fait mension ni de viandes ni de poulet ni de fruits pour le dessert.Juste des légumes à mijoter, du pain fait à la maison.

Au Maroc, la cérémonie de la préparation du thé ne relève pas seulement d'une ésthétique. les instruments et les gestes peuvent,certes, la faire apparaitre comme une sorte de culte inégalé de la beauté.Mais sa caractéristique principale reste la sobriété.

Le pain ,lui, est évidemment symbole de nourriture essentielle.S'il est vrai que les marocains ne vivent pas seulement de pain,c'est encore le pain qui prédomine dans leur alimentation (avec toujours peu de fruits,peu de produits laitiers).

EnIslam,l'huile d'olive est associée à la lumière.L'admirable verset coranique de la "Lumière"(24,35) compare la lumière de Dieu" à une niche ou se trouve une lampe, la lampe dans un verre, le verre comme un astre de grand éclat; elle tient sa lumière d'un arbre béni,L'OLIVIER,- ni d'est ni d'ouest- dont l'huile éclaire, ou peu s'en faut, sans méme que le feu y touche".





 Réponse N°3 19608

re
  Par   marocagreg  (Adminle 08-04-12 à 09:17



sans doute cette image témoigne d'une habitude alimentaire de beaucoup de Marocains et renferme une certaine charge affective, mais est-ce que cette photo est porteuse d'un message, ou est-ce qu'elle a une valeur purement documentaire ? autrement dit, est-ce qu'on peut parler d'un ailleurs de cette image ?

je remarque que le verre de thé a beaucoup de mousse, je suppose donc que le thé a été versé de plus de 30 cm par un virtuose du versement du thé. bon petit déjeûner !





 Réponse N°4 19609

nature morte ou la mort?
  Par   Adi Lachgar  (CSle 08-04-12 à 09:58

Si je ne reconnaîs à cette photographie aucun génie esthétique, je veux bien jouer le jeu de l'interprétation et essayer comme en classe de lui donner un/des sens. L'image me parle à la fois par le contraste des formes géométriques quasi parfaites et épurées (2cercles et un triangles), le jeu des couleurs et des lumières (le brun ocre, le vert, le blond, le blanc), par la prise de vue (plongée) et par la disposition des objets sur le coin de la table.

Par le jeu des couleurs et des lumières, l'image inspire la joie de vivre, d'autant plus que les objets représentés sont dénotativement du monde de la nourriture. Les couleurs chaudes et chatoyantes ont quelque chose de chaleureux. Je ne sais pourquoi elles évoquent un mélange d'été et de printemps. Les formes circulaires des trois objets, puisque même le morceau de pain est plus un quart de cercle ou de disque qu'un triangle, l'un de ses bords extérieur étant courbe, confèrent au tableau une certaine harmonie et une cohérence qui renvoie à l'équilibre universel. La plongée me paraît un choix de prise de vue judicieux. En effet, elle apporte aux objets une profondeur qui les libère instantanément de leur condition utilitaire. Nous ne voyons plus les trois objets dans une temporalité passagère, saisis entre le moment de la fabrication et le moment de la consommation d'un petit déjeuner (mais vraiment petit) typiquement marocain. La plongée atténue le pittoresque en accentuant le réalisme (Avec un appareil professionnel et un meilleur jeu sur les lumières, on aurait eu un petit chef d'oeuvre). La disposition des objets, qui se touchent par leur bord arrondi fait penser à un engrenage de machine. Si les objets doivent perdre leur indépendance, c'est pour la création d'une sorte de système nourricier où les liquides, les fluides et les solides se rejoignent en une matière nouvelle. Le miroitement du verre dans l'assiette accentue cette relation symbiotique.

Il y a cependant un hic, l'engrenage menace de rompre: le quignon de pain n'est pas adapté, étant un cercle tronqué de ses 3/4, au système et à l'engrenage. Le côté sombre vient de la dimension narrative du tableau. La nature morte joyeuse, en devenant récit, suggère une mort programmée. Placés sur le bord (dangereux) d'un plan (une table?), les objets pourraient aussi traduire la solitude végétative de l'humain, présent absent. En effet, l'harmonie systématique n'est que de façade. La triangulation, l'unité impaire des objets (un verre, une assiette, un morceau de pain) renvoient au Thanatos, à une mort annoncée.

S'il fallait, en une formule, dire ce que l'image m'inspire, je dirais: la vie est tragique, l'art la rend vivable.





 Réponse N°5 19610

A propos de la mousse M Marocagreg
  Par   Adi Lachgar  (CSle 08-04-12 à 10:13

Pour abonder dans le sens de la rumeur,et du délit de faciès, j'ai une explication à la mousse "douteuse" de ce verre : je soupçonne ce liquide de ne pas être du thé...




 Réponse N°6 19613

esthétique
  Par   Adi Lachgar  (CSle 08-04-12 à 10:39

Salut cher collègue et ami

Je pense que vous avez lu un peu hâtivement l'expression "génie esthétique" puisque vous l'opposez à la laideur. Ce que j'ai voulu dire, c'est que le travail esthétique qui a présidé à la réalisation de la photo est très limité, de sorte que, pour moi, elle n'accède pas à l'objet d'art. Vous aurez remarqué, par ailleurs, que mon analyse rend justice au travail dans l'ensemble. Quant à la laideur , vous tombez sur un baudelairien invétéré et je serais heureux de partager avec vous, si vous l'êtes vous-même, des réflexions sur les plaisirs de la laideur. Connaissez-vous le "pou" de Lautréamont et le "peigne" de Nouveau? un vrai délice littéraire, une NOURRITURE, à lire absolument.




 Réponse N°7 19614

re
  Par   marocagreg  (Adminle 08-04-12 à 10:39



je ne sais pas si le mot mousse est convenable, ce n'est pas une bière quand même ! mais ces bulles d'air emprisonnées qui exploseront au contact des lèvres avant de sentir la chaleur et le sucré du thé, c'est tout un art, vous ne trouvez pas.





 Réponse N°8 19615

Si
  Par   Adi Lachgar  (CSle 08-04-12 à 10:46

Je constate avec plaisir que vous êtes un connaisseur. Le plus beau, c'est que la mousse fuit vers le fond du verre et qu'on est tenté de l'y aller chercher à la langue (à la longue?) J'arrête là, parce qu'il y a des enfants.




 Réponse N°9 19619

re
  Par   amina ossoule  (CSle 08-04-12 à 11:06



non , non, c'est du thé, je vous assure, c'est du thé, sinon qu est ce qui justifie la présence du pain et de l'huile d'olive...?





 Réponse N°10 19621

re
  Par   marocagreg  (Adminle 08-04-12 à 11:31



qu'est-ce que vous insinuez M. Lagare que je suis un fan de la dive bouteille et de la belle rousse ! En fait, Dieu merci, ça n'a jamais effleuré mes babines. en tout cas pour la photo, on peut dire que c'est un plat complet : les céréales, les lipides, le sucre... il manque un petit peu de protéines.





 Réponse N°11 19622

Re
  Par   fatih brahim  (Profle 08-04-12 à 12:38



Le minimum vital.





 Réponse N°12 19632

! Je résume la culture marocaine dans cette photo!
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 08-04-12 à 15:56



Un petit déjeuné sanitaire! L'huile d'olive est connu pour ses qualités nutrives. Tout est fait à la perfection: un pain complet, cuit à la façon traditionnelle. Tout fait croire que le thé est également cuit dans la braise qui sert à cuisiner dans la compagne. C'est sûrement à la compagne que ce petit déjeuné est préparé! Même les ustensiles utilisés, on peut les trouver dans les souks hebdomadaires. La modestie est là! Ce qui fait toute la grandeur! Je résume la culture marocaine dans cette photo! Y'a-t-il un marocain au monde qui ne se reconnaîtra pas dans ce pain chaud, ce plat de plastique à un dh 50 centimes et ce vers à la forme éternelle ? Ce pain, je l'ai mangé des centaines de fois, ce vers, je l'ai bu avec son "razza" bien sucré et cette l'huile d'olive me sécrète l'eau de la bouche...

Tous les amateurs du thé vous diront que ce vers est un chef-d'oeuvre!





 Réponse N°13 19636

culture et misère
  Par   Adi Lachgar  (CSle 08-04-12 à 16:47

Cela dépend des points de vue cher Rachid. Si vous voyez dans cette photo un déjeuner typiquement marocain, quelques bons souvenirs du bon vieux temps, je suis certain que, pour beaucoup de marocains, le « Khoubz ou zit wa tay » est un cauchemar, le souvenir ou la réalité d’une misère vécue comme injuste. Dans mon souvenir à moi, par exemple, le pain du souk (zaama acheté chez le boulanger), nu, était un mets délicieux. Je me souviens même d'une caricature de "Akhbar assouk" où en voit toute une famille attablée, le pain à la main, autour d'une assiette qui contenait une... koumira.

Quant à M. Marocagreg, je n’insinue absolument rien, d’autant plus que les connaisseurs en matière du brune et de blonde font attention à ce que ça ne mousse pas. La mousse qui fuit et qu’on suit jusqu’au fond du verre peut être celle d’un thé niagaresque, ou pas.





 Réponse N°14 19644

C'était un délice...
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 08-04-12 à 20:26

Salut si Adi, vous savez que dès la fin de l'écriture de mon dernier commentaire, j'ai préparé du thé, et j'ai consommé et le pain complet: je ne mange jamais de pain de pâtisserie ( ici à Tinghir ) et bien sûr de l'huile d'olive! C'était un délice...

C'est vrai, avec la misère qui nous guette de tous lieux, il est difficile d'oublier cette réalité! C'est pourquoi je compte sur la classe moyenne pour aider la société à se mettre sur ses pieds... Je parle bien sûr de ce médecin, de cet infirmier, de cet enseignant et cet avocat, de ce fonctionnaire de la municipalité, etc. Je pense que ces fonctionnaires de l'Etat doivent faire de leur mieux, loin de la paresse et de la corruption pour aider les gens démunis en leur venant en aide! Dans cette période critique, chacun doit assumer sa responsabilité!

Voilà pourquoi je me reconnais dans les trois sacrets, comme une élève de la 2 année du BAC L les appelait -cette année-même! - Le pain - le thé - l'huile d'olive! ( A thingir : l'huile d'olive est très consommé : région oblige) Sinon, c'est un luxe!





 Réponse N°15 20276

Tentative d'analyse iconique
  Par   OMARI Abdellatif  (Profle 24-04-12 à 13:33

OMARI Abdellatif (Prof)

Tentative d'analyse iconique



Préambule

Proposée sur le site Marocagreg, l'auteur, la date, les circonstances de la création du message, ainsi que le code topologique restent ignorés. La photo, qui semble prise de façon instantanée, est donc anonyme.



Approche intuitive

La plupart des sujets interrogés sur ce que l'image peut leur inspirer se sont saisis de la photo pour manifester leur sensibilité affective au charme d'un plat classique et traditionnel reconnu.



Approche iconique

La photo, composée essentiellement de trois motifs, se décrit facilement. En simplifiant, nous y découvrons:

-Le premier plan est occupé, à gauche, par un verre contenant probablement du thé, et la fine corolle de mousse en surface ne laisse pas de doute sur le type du breuvage, et à droite, par une assiette arrondie en aluminium contenant sans doute une certaine quantité d'huile.

- Le second plan est occupé, presque au milieu, d'un gros quignon de pain.

Approche iconographique

-Domaine socio-culturel

Les trois motifs agencés, pain, thé et huile, sont un code commun aussi bien aux récepteurs qu'aux émetteurs, et dont les éléments, conventionnalisés, sont explicites et reconnus en tant que signe d'un plat ancestral, ancré dans la tradition culinaire du foyer marocain. La fine corolle de mousse non seulement laisse entendre que le thé est servi de très haut mais suggère aussi qu'elle est signe de la réussite de l'infusion. Et par son aspect marron clair, le thé semble atteindre l'étape d'une saveur amère ce qui peut accroître son goût. Quant à la couleur verte non vivide de l'huile sur l'assiette est signe qu'il s'agit de l'huile d'olive mais une huile pure sans ajout de feuilles d'oliviers lors du broyage. La miche de pain, ainsi grossière, suggère la façon traditionnelle de sa pâte et de son cuisson.

Cependant, on peut s'interroger sur les circonstances de l'offre de ce plat complet et sur la classe sociale qui le subsume. Historiquement et socialement, ce plat, à côté des dattes, du petit lait, du couscous d'orge aux légumes avec ou sans viande, évoque nos ancêtres, les gens de la campagne et de la montagne, ceux du Sahara, la classe populaire et ouvrière, les orphelinats, les internats, une partie de la classe bourgeoise d'esprit encore blédard …Mais chacun de ces trois motifs isolé peut insinuer un code particulier, ainsi le pain est signe de nourriture prédominante dans la majorité des repas; l'huile d'olive est signe d'un produit sacré, mais comme les autres genres d'huile demeure un ingrédient de base dans toute sorte d'alimentation, bien crue (sauces, salade, pâtes…) que cuit (pour la cuisson de viandes ou de légumes, ou pour la friture); le thé est signe de boisson d'hospitalité servi à l'invité et affaire d'homme, à la différence de la cuisine, faite par les femmes.. Or, ces trois motifs réunis rejoignent le domaine des relations interindividuelles, voire le domaine des manifestations collectives ritualisées de certaines classes sociales. Mais dans la mesure où on prête au breuvage du thé un grand nombre de vertus, notamment toniques et digestives, mais aussi antidépresseur pour se remonter le moral, et dans la mesure où on prête à l'huile d'olive des propriétés bénéfiques, d'abord pour ses caractéristiques organoleptiques (goût, arômes, sensations), ensuite pour la santé, notamment sur le plan cardio-vasculaire et sur le cholestérol, grâce à sa teneur en vitamine A, vitamine E et en acides gras (wikipedia), l'autre partie de la classe bourgeoise et un nombre important d'intellectuels en usent abondamment.

-Domaine esthétique

.Code rhétorique

Que la spontanéité et l'amateurisme soient derrière sa technique imparfaite, On ne peut dénier à la photo sa représentation du réel fidèle et objective. Cette touche réaliste peut laisser entendre que les trois signes combinés entre eux ne produisent aucun écart du point de vue rhétorique si non une énumération: le thé, le pain et l'huile. Cependant, si chacun de ces trois motifs, isolé, dénote, à la limite, sa fonction domestique, réunis ensemble ils deviennent symbole et connotent une situation économique précaire où cette nourriture demeure le seul plat toujours disponible et auquel recourt le peuple à tout moment et à toute circonstance. Plat collectif ou individuel, la rhétorique serait présente dans le rapport métonymique entre le concret, le pain, le thé et l'huile, et l'abstrait: les trois signifiants réunis et l'évocation du symptôme d'une herméneutique socio-économique sinistrée, une pauvreté, voire une misère, ce qui rend alors notre culture et notre tradition suspectes quant à nos mets et à nos boissons qu'on dit naturels. L'instantanéité du document confère à ce message un grand pouvoir référentiel, expressif et conatif.

.Codes chromatique et morphologique

Se référer à l'intervention de notre ami et collègue Adi Lagare sur la photo. Personnellement, j'ai beaucoup admiré sa description morphologique du message quant à la composition, la hiérarchie scalaire, les angles de prise de vue, les angles de champ, la symbolique des couleurs, etc. Je ne peux ni dire plus ni dire mieux.

-Domaine psychocritique

La charge affective que renferme la photo touche aux confins de notre somatique et de notre psychique, le subconscient, ce réservoir qui contient les habitudes, les souvenirs, les pulsions, voire les expériences historiques accumulées. Au charme d'un plat classique et traditionnel que ressent le sujet, saute, comme une pulsion agressive, la symbolique de la misère des trois éléments réunis dont le but est le déséquilibre mental, l'handicap, voire la mort (Thanatos). L'idée d'un cri tragique derrière l'intention de la prise de cette photo n'est pas absente.



Synthèse

Certes, la photo utilise, sans poéticité mais de manière instantanée excellente, un motif connu et reconnu, qui frappe plus par son code métonymique que par son aspect réaliste, conciliant charme, par le concret iconique et pulsion agressive, par l'idée abstraite sous-jacente. En termes de fonctions de communication, ce message est référentiel (il témoigne), expressif (il accuse), conatif (il affecte et révolte). On peut dire que ce message bouleverse par son instantanéisme cruel qui semble pérenniser dans notre inconscient l'idée de «la misère» ou autrement dit de la «misiria».





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