Les raisins de la colère, steinbeck

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 08-08-11 à 19:22  Lu :12583 fois
     
  
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Un excellent roman à lire absolument, une histoire à couper le souffle, un réquisitoire amer contre le capitalisme sauvage, contre l'égoïsme des plus riches et la lutte acharnée pour une bouchée de pain et pour la dignité d'une masse sans cesse grandissante d'anciens agriculteurs réduits à la misère et au nomadisme par un système financier avide et inhumain. c'est une histoire d'amour malheureuse avec la terre, une terre violée par les tracteurs et incapable de nourrir les êtres qui l'ont longuement travaillée avec amour; c'est l'histoire de la transformation brutale d'un monde familier à cause de l'industrialisation, du machinisme outré et de la nécessité du bénéfice qui relèguent à l'arrière-plan toutes les valeurs ancrées de la famille,de l'entraide et d'un certain humanisme ; c'est l'histoire, enfin, d'un parcours, d'un rite initiatique collectif qui révèle la noblesse des uns, la faiblesse d'autres, l'existence de la bonté et de la méchanceté, ce qui conduit inévitablement à une certaine sagesse. Bref, c'est l'histoire d'une série d'injustices qui nourrissent les grappes des raisins de la colère, bientôt arrivées à maturité...
j'ouvre donc ce message pour discuter le thème de la justice dans ce roman captivant. Bientôt, je vais mettre noir sur blanc mes réflexions sur ce roman et je vous invite à faire de même.

  




 Réponse N°1 13819

la Californie! L'Eldorado!
  Par   Samira Yassine  (CSle 11-08-11 à 01:43



oui M. Marocagreg. C'est une belle histoire malgres les tristes événements. Une famille à la recherche de l'eldorado la californie en quête d'un "morceau de pain" une vie digne des humains. Les Joad vendent leurs maigres biens et quittent leurs terres arides à destination de la californie.





 Réponse N°2 13820

Terre promise ou miroir aux alouettes
  Par   marocagreg  (Adminle 11-08-11 à 12:46

En effet, l'un des thèmes récurrents du roman est celui de l'Ouest -Eldorado, ou pour être plus précis, l'Ouest - Terre Promise, ce bout de paradis où il suffit de tendre la main pour cueillir une orange ou une pêche, où les raisins pendent par-dessus les routes, où tout est vert et luisant, où les salaires sont gros et où l'on peut travailler à l'ombre sous les arbres, un pays merveilleux où les yeux sont caressés par les toits blancs des jolies petites maisons, décor utopique rendu encore plus désirable par les prospectus jaunes envoyés en masse par les compagnies, un décor qui contraste avec les plaines poussiéreuses de l'Oklahoma, des plaines rendues presque stériles par la culture unique et intensive du coton. Tout cela crée une illusion, un mirage qui ont une force magnétique irrésistible sur les agriculteurs dépossédés des Etats intérieurs touchés par la sécheresse et provoque une ruée vers l'Ouest, avec l'espoir d'aller tout recommencer sur la terre nouvelle et riche "où poussent les fruits" (124). Cette représentation quasi édénique de la Californie qui justifie le voyage épique (l'exode) entrepris par des milliers de familles, se révèle bientôt une grande supercherie, un miroir aux alouettes. Malgré les avertissements multiples que reçoivent les Joad en cours de route (notamment par l'homme en guenilles à partir de la page 264), ils ne veulent pas rebrousser chemin, ce qui est parfaitement compréhensible, car les Joad, comme la plupart des émigrants forcés, ont tout perdu, ils ont bradé les quelques objets qu'ils possédaient encore contre quelques dollars pour acheter un tacot (ferraille) et payer l'essence du trajet. Tout leur espoir est donc concentré sur cet objectif ultime (arriver en Californie) ; les en dépouiller revient à les priver de leur raison de vivre, à les jeter dans le désespoir absolu. Il faut souligner ici la dimension tragique du voyage, un tragique lié à la notion de l'irréversible : les Joad ne peuvent plus faire marche-arrière même en sachant qu'au bout du parcours il n'y a que misère, faim et souffrance.

L'image paradisiaque de la Californie reçoit, à mesure que, que la 66 est parcourue, que le voyage avance, que les désillusions s'accumulent, que les cadavres jonchent le parcours (Grand-père, Grand-mère, le chien, etc.), des écorchures qui la ternissent, à l'image du prospectus jaune qui s'effrite dans les poches des émigrants. La Californie est belle, mais cette beauté reste inaccessible aux accroupis (squatters) "c'est beau à regarder, mais pas le droit de toucher. Vous voyez un verger avec plein d'oranges toutes jaunes, et un garde avec un fusil qu'a le droit de vous tuer si vous avez le malheur d'en toucher une. " (288)(c'est la situation de Tantale : avoir la chose désirée à portée de main, mais n'avoir aucun droit de toucher toutes ces terres en friche qui longent la route, alors même que les émigrés, anciens agriculteurs qui entretiennent un rapport profond avec la terre, meurent de faim et déplorent l'abominable gaspillage.)propriété : www.marocagreg.com

Le paradis devient donc enfer :l'espoir meurt à mesure que la faim fait des ravages, à mesure que la haine et la colère remplissent le vide, à mesure que le visage hideux du racisme se révèle et oblige les affamés à troquer leur dignité humaine contre quelques pommes de terre, contre quelques cents qui ne permettent même pas d'acheter un peu de lait. Expropriés et expatriés, les "Okies" - terme raciste qui trahit la haine et le mépris des accroupis - fuient la misère d'un pays ingrat pour entamer une longue chute infernale ... Et pourtant, il y a des points lumineux qui scintillent au milieu de cette misère et qui montrent que l'humain est bien plus fort que l'adversité. Qu'est-ce que vous en pensez ?




 Réponse N°3 13843

impression de lecture
  Par   ABOUALI YOUSSEF  (CSle 13-08-11 à 04:15



ce roman, comme vous l'avez dit M. Marocagreg, est passionnant. il est tellement riche du point de vue du thème dans lequel il est présenté à l'étude cette année. mais je voudrais partager avec vous une impression que jai eue quand j'ai terminé sa lecture et qui n'a rien à voir avec le thème de la justice. je me suis senti floué quelques part car je m'attendais à une autre fin. il faut dire que la chute est vraiment surprenante, mais ce n'est pas celle que plusieurs indices textuels préparaient. en effet, le narrateur arrête par moments le récit de l'aventure de la famille des Joad pour se lancer dans des développements quasiment théoriques. des arrêts significatifs puisque le retour à l'histoire illustre sur un plan tout à fait individuel et littéraire ce qui a été consigné sur un ton général et tenant de l'essai philosophique. l'hypothèse que j'ai formulée à ce moment là et que j'ai entretenue jusqu'aux dernières lignes de ce texte, c'est qu'il aurait une révolution sociale suite aux accumulations des injustices, des humiliations, des déconvenues... bref la montée de la pression qui justifie l'explosion, le rassemblement progressif des conditions nécessaires pour le renversement de l'état intolérable des choses. mais la fin a été autre. elle était fidèle au cheminement suivi tout au long du roman, une "fin" individuelle d'une histoire individuelle.





 Réponse N°4 13845

Une révolte différente
  Par   marocagreg  (Adminle 13-08-11 à 12:57

Je suis d'accord avec vous M. Abouali quant à cette impression d'inachevé... On reste un peu sur notre faim, car on s'attendait à une révolte qui rétablirait l'équilibre entre les pauvres et les riches, tellement il y a de leurres, d'annonces qui préparent un tel événement. Mais, je ne suis pas d'accord avec votre conclusion qui fait de l'histoire racontée une histoire individuelle qui a une fin individuelle... je crois même, pour rattacher ce programme cpge à celui de l'agrégation, que le roman de Steinbeck est traversé d'un souffle épique qui raconte la transformation d'une lutte individuelle en un mouvement général et collectif. La clausule extraordinaire et surprenante du roman va dans ce sens. Voyons un peu le symbolisme de cette fin inattendue :propriété : www.marocagreg.com

Rose de Saron était déjà enceinte de Connie quand Tom Joad fils sort de la prison Mac-Alester. Tout au long du trajet vers la Californie, elle s'évertue à protéger son foetus, ce qui la rend d'ailleurs insupportable à certains moments. Dans le chapitre XXII, dans le camp du gouvernement (Weedpatch), une femme corpulente aux idées religieuses extrémistes la met en garde contre le péché (la danse, le théâtre, etc.) : elle risque, cherche-t-elle à la convaincre, d'accoucher d'un enfant mort si elle rejoint la bande des danseurs : la joie est interdite même aux pauvres souffre-douleurs qui ont rarement l'occasion d'avoir quelques moments de détente. Là s'opposent deux conceptions religieuses (opposition qui illuminera le sens de la clausule) : celle de camp évangélique extrémiste qui trouve une certaine jouissance sadique à torturer les gens, à les priver de toute lueur de joie et d'espoir, et celle représentée par l'ancien pasteur Casy et par le directeur du camp du gouvernement (Jim Rawley), ce dernier ne croit pas au péché, "Il dit que le péché c'est d'avoir faim, c'est d'avoir froid." Ces filles ont perdu leurs bébés et ont maigri car elles n'avaient pas assez mangé et non aprce qu'elles ont dansé dans un bal. Cette corrélation entre la mort et la faim qui invalide l'idée du péché, on la retrouve plus tard dans la bouche de Casy lors de ses retrouvailles avec Tome Joad (juste avant sa mort). Casy qui a perdu la foi chrétienne a retrouvé la foi dans l'homme : (voir page 538) "c'est la misère qui est cause de tout." et c'est pour ses hommes qu'il s'est sacrifié.

Dans le dernier chapitre du roman, le camp des cueilleurs du coton est envahi par la rivière : le déluge remporte le peu qui reste aux Joad. C'est à ce moment-là que Rose de Saron a ses premières contractions. Le travail commence d'une manière précoce et l'on s'attend à voir enfin le bébé tant attendu, surtout que les hommes du camp ont travaillé toute la nuit, en vain, pour construire une digue et empêcher l'inondation. Rose de saron met au monde un mort-né, un corps bleuté que l'oncle John rendra bientôt à la rivière pour aller puer sur les routes de ceux qui ont affamé le peuple et causé sa mort. Cet accouchement semble en apparence conforter le point de vue de la bigote de Weedpatch, mais il n'en est rien. Le nom de Rose de Saron (ou Fleur du Carmel voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Rosa_Mystica) en fait une figure chrétienne susceptible de péché (Cantique des cantiques), mais aussi une incarnation de Marie (d'autant plus que le père de l'enfant Connie brille par son absence et sa disparition jamais élucidée). La mort du foetus peut donc être interprétée comme une punition, mais en fait, cette mort était nécessaire (mort communiste du dieu chrétien pour la naissance du dieu peuple) pour la transfiguration sublime de l'individu qui devient porteur d'un projet collectif, de la vraie charité. Quand Rose de Saron décide d'allaiter l'homme agonisant à cause de la faim, elle subit une métamorphose sublime : elle n'est plus cette fille un peu gâtée du peuple, elle est l'incarnation même du peuple, cette Mère (substitut populaire et socialiste de Marie) qui prend son destin en main et qui décide d'offrir le meilleur d'elle-même (son lait maternel), de partager son sang et sa chair (degré suprême d'abnégation et de don de soi : la consubstantiation populaire) pour donner la vie, là où le système capitaliste sauvage ne donne que misère, faim et mort. Rose de Saron suit donc, à sa manière, un chemin identique à celui de son frère Tom Joad

Tom est l'élu de la mère mais aussi du peuple. Il prend, après une longue initiation, la place de Casy et se transforme, lui aussi, en figure populaire quasi divinisée. Caché dans les buissons après avoir tué l'un des sbires du système, il a tout le temps pour méditer sur les réflexions de Casy ; il parvient alors à la seule vérité possible : la nécessité pour l'individu de se fondre dans le groupe pour accéder au sens, pour retrouver l'Ame collective : "ce petit bout d'âme c'était zéro s'il ne faisait pas partie du reste, s'il ne formait pas un tout (...) maintenant je sais qu'on ne peut arriver à rien tout seul." (588). L'Ecriture Sainte elle-même conforte cette conception "deux valent mieux qu'un..." (ibidem)




 Réponse N°5 13849

Symbolisme de la clausule
  Par   ABOUALI YOUSSEF  (CSle 14-08-11 à 04:12



je ne peux qu'être d'accord avec l'interprétation que vous avancez, M. Marocagreg, de la chute de ce roman. cependant je voudrais ajouter que cette jeune femme qui donne le sein au pauvre agonisant pour le sauver de la mort certaine n'est pas seulement emportée par son élan de générosité, par son seul propre jugement de l'aspect critique de la situation et de l'obligation dans laquelle elle était d'agir de cette manière extraordinaire, mais presque poussée, dans le sens d'insinuer et d'encourager, par les supplications du fils du pauvre homme et surtout par sa mère, presonnage par ailleurs emblématique de ce roman, doué d'une forte pesonnalité et d'un charisme que lui envierait plus d'un, dans le roman et même dans la vie (pour se prendre tout à fait sciemment à l'illusin référentielle). et c'est là que j'aimerai revenir sur cette conclusion, tout à fait provisoire, que j'ai avancée précédemmant, et dire que cette fin romanesque suit, dans une parfaite harmonie avec ce qui a été entrepris tout au long du roman, le destin tragique, la lutte acharnée et et justement épique d'une famille contrainte malgré tous à ses efforts, malgré son courage exemplaire, à la déchéance, à la déréliction... ainsi, nous n'avons pas, sauf si l'on veut généraliser l'expérience des Joad aux autres familles qui vivent la même situation, une fin qui concerne toute une classe sociale des Etats-Unies de l'époque. car s'il est vrai que le narrateur mentionne les limites auxquelles poussent les conditions désastreuses qu'engendre la transformation des régimes d'exploitation agricole après la deuxième guerre mondiale en Amérique, c'est à dire la liquidation des entreprises familiale et la main mise des banques et des compagnies sur ce secteur, transformation qui se manifeste à travers l'appauvrissement de la population, la montée de l'émigration vers l'Ouest, les multiplication des délits (vols, meurtres...), la naissance d'une police féroce, surarmée et inhumaine... il n'est pas moins vrai que la fin à laquelle nous assistons dans ce roman est individuelle : l'éclatement de la famille des Joad (perte de plusieurs membres soit à cause de la mort lors du voyage soit parce qu'ils se sont désolidarisés des autres en cours de route), la mort de l'enfant de Rose de Saron (réalisation d'un possible narratif déjà énocée par la femme extrémiste), mort qui signifie mort de l'avenir, l'arrivée au point de non retour, sortie de la mère ainsi que toute la famille du champ d'action pour laisser la jeune maman éplorée offrir la seule dernière chose qu'elle peut donner...

de tout cela ressort une petite déception pour le lecteur qui est laissé devant une multitude d'interprétations, parfois même contradictoires. je vous en donne un exemple: on pourrait en effet considérer que Tom va remplacer Casy dans son entreprise de fédérer les efforts des pauvres exploités en vue d'une meilleure égalité sociale, pour ne pas aller jusqu'à dire d'une répartition équitable des richesses, en leur rendant leur situation plus claire et en leur montrant les possiblités du changement qu'ils peuvent réaliser. mais on peut aussi considérer que si Casy qui est son maître de pensée a échoué avec toute la connaissance et l'habilité qu'il a accumulées à déclencher la révolte, son disciple ne peut en aucun cas la réussir, comme le prouve justement l'Histoire des Etats Unis en cette période de guerre froide...





 Réponse N°6 13850

le sacrifice face à l'égoïsme
  Par   marocagreg  (Adminle 14-08-11 à 12:58



Je vous remercie M. Abouali pour votre développement judicieux. La mort du foetus peut avoir, en effet, plusieurs interprétations. La lâcheté du père (Connie : féminisation de Conan), ce "pas grand chose" (384) qui se défile en pensant égoïstement à sa seule personne, condamne la naissance du petit comme elle condamne tous les projets utopiques formulés par le couple Connie /Rose qui tombent en poussière devant la réalité sordide de l'Ouest. La mort du foetus ne signifie pas la mort du peuple, car le peuple vivra toujours (comme il est dit à la page 395 : "On ne peut pas nous détruire. Nous sommes le peuple et le peuple vivra toujours." ), bien au contraire cette mort / naissance (parallèle à l'inondation de la rivière) déclenche la vraie révolte du peuple, la révolte qui pousse une femme et toute une famille (incarnation de toutes les autres familles à mon avis) à dépasser l'égoïsme individuel pour sauver une vie, donner le sein à un homme parfaitement inconnu, mais appartenant à cette classe écrasée des pauvres. La haine nourrie par les riches est sublimée en amour parfaitement désintéressé, ce qui marque un échec cuisant des riches qui espéraient au contraire l'éclatement des hostilité et qui craignaient plus que tout l'établissement de liens aussi forts entre les opprimés.

1- Il y a une scène très symbolique qu'il faudrait souligner pour mieux comprendre aussi la mort du foetus. quelques jours avant sa naissance, Rose de Saron, en apprenant le projet de mariage de son frère Al avec la fille des voisin, elle se retire et se faufile parmi les broussailles et les ronces qui longent la rivière et qui lui déchirent la peau avant de se refermer complètement sur elle (voir page 598). Rose de Saron (Rose d'épines) se fond alors avec la nature dans une étreinte quasi charnelle, effaçant presque la paternité de Connie pour lui substituer une paternité universelle.

2- Même si la mort du foetus peut signifier les rêves brisés et les déceptions de toute une classe, mais ce foetus accomplit la seule chose indispensable dans ce monde puisque son cadavre même devient un acte de révolte. Contrairement à la loi, le corps est rendu à la nature. Il n'est pas enterré, mais il est jeté par l'oncle John dans la rivière pour aller déranger les puissants "ça sera ta façon à toi de leur parler (...) Allez, va dormir dans les rues. Comme ça, ils comprendront peut-être." (629-630) (ici une problématique importante en rapport avec la problématique au programme : la loi n'est pas la justice, mais l'incarnation de la volonté de celui qui possède le pouvoir et la force.

Il y a un point sur lequel je ne suis pas tout-à-fait d'accord avec vous M. Aboulai, celui qui concerne Casy, car il n'est pas sûr qu'il ait complètement échoué dans sa mission. C'est vrai qu'il n'a pas pu agréger les forces du peuple pour faire face à l'oppression des riches, mais il a au moins ravivé la flamme de la résistance tout en sachant que les meneurs sont généralement condamnés tant par l'ennemi que par les leurs, mais comme il le dit juste avant son assassinat, "l'important, c'est de faire son possible" (541). Les principaux protagonistes se rejoignent (Casy, Tom, Rose de saron, Mme Joad), dans le sacrifice , d'où la référence à la figure christique ; le sacrifice étant une manière bien plus subtile et bien plus difficile pour vaincre tant les alliés que les ennemies. Les riches peuvent gagner tant que les individus agissent en tant que tels, mais lorsqu'on commence à se sacrifier pour le groupe et pour de parfaits inconnus avec qui on partage la même destinée, l'équilibre des forces change au profit de ceux qui sont capable de faire l'ultime sacrifice.





 Réponse N°7 13852

Roman "visionnaire"
  Par   ABOUALI YOUSSEF  (CSle 15-08-11 à 04:44



je suis tout à fait d'accord avec vous M. Marocagreg concernant l'interprétation que vous donnez à la mort de ce foetus in extremis, mais je continue à soutenir l'idée qui voit en ce roman une tentative de lecture sur le mode de l'individuel d'un phénomène complexe que vivents les Etats-Unis pendant la guerre froide. une tentative auctoriale surtout de nous convaincre d'une vision de la réalité qui investit à la fois le psychologique, le physique, le social, l'économique, le religieux... c'est une lecture qui n'a pas seulement comme objectif, me semble-t-il, la narration de l'histoire des souffrances d'une famille qui dégringole sur l'échelle sociale, mais le diagnostic de la société américaine de l'époque et plus important encore la monstration de la direction du dévellopement des événements si la situation décrite continue. en d'autres termes, l'auteur prévoit l'éclatement d'une révolte populaire. et là je dois dire que que je ne suis pas d'accord avec vous M. Marocagreg quand vous opposez les riches aux pauvres dans cette lutte. la preuve, c'est que les forces qui obligent la famille Joad à quitter sa ferme, tout aussi bien que les autres petits propriétaires des Etats de l'"Est", sont des forces quasiment abstraites, à savoir les banques. par la suite d'autres forces prendront le relais, il s'agits des compagnies. bien évidemment, ce sont les riches qui se cachent derrière tout cela, mais il faudrait absolument souligner le fait qu'ils cessent d'être considérés comme des personnes physique puisqu'ils sont représentés par des institutions. c'est ce qui est dit par un personnage au début du texte en exprimant l'impossibilité de tuer le responsable de la destruction des maisons des agriculteurs. ainsi, l'ennemi se confond avec le système financier, économique et politique en place. la protection de la police de l'exploitation en vigueur en Californie en témoigne. même la machine "médiatique" est mise au service de ce projet: les émigrés sont assimilés à des "rouges", référence explicite aux ennemis jurés, les communistes en l'occurrence. ce qui est encore plus grave, c'est que cette entreprise démagogique réussit auprès de la population locale. le peuple est ainsi scindé en deux groupes opposés et se détestant à mort les uns les autres. donc, la révolte a peu de chances pour réussir. ce qui va être démontré par l'Histoire qui ne connaîtra aucun incident pareil. au contraire, le capitalisme, système diabolisé dans le roman, va l'emporter et sortira, comme toujours, de cette crise plus fort encore. c'est peut être la raison pour laquelle l'auteur ne s'aventure pas à annoncer explicitement une révolte à la fin de l'histoire. l'intention de l'auteur derrière cette l'histoire serait peut être de tirer la sonnette d'alarme à propos d'une situation explosive.





 Réponse N°8 13853

l'homme et le capital
  Par   marocagreg  (Adminle 15-08-11 à 11:49

c'est sûr que le roman doit être situé dans son contexte historique et social, celui de la guerre froide et du maccarthisme avec les persécutions contre les personnes soupçonnées de communisme (l'accusation de rouge toute prête) et leur expulsion des syndicats, voire l'assassinat des têtes pensantes et des meneurs. Le roman met en scène des personnes écrasées et mises au service d'un système financier qui devient de plus en plus monstrueux, de plus en plus inhumain. Comme vous l'avez dit, il s'agit avant tout, d'une opposition de deux systèmes de pensée, le modèle socialiste qui se profile sans dire franchement son nom à travers les tentatives de certaines personnes de rassembler les accroupis en une seule entité qui serait capable de défendre ses droits et de faire face à la ligue de l'argent qui l'exploite d'une manière insupportable. De l'autre côté, il y a les banques et les compagnies (incarnations du capitalisme financier) qui imposent, elles aussi, aux petits fermiers et aux petits investisseurs de se joindre à elles et d'appliquer leurs règles (salaires bas unifiés, refus des personnes mises en listes noires, choix de la violence comme réponse aux revendications des ouvriers, etc.). Bien sûr la sainte ligue des riches - possédant tout : l'argent et le pouvoir - impose ses lois sur le marché comme sur les ouvriers et les petits fermiers et use, à l'instar des systèmes absolutistes, de cette dictature du capital, pour accroître ses profits et ses privilèges aux détriments d'une large population paupérisée qui voit son niveau de vie et son statut social et humain dégringoler à vue d'oeil.

La clausule du roman veut opposer l'amour désintéressé à la haine et donne avant tout une perspective utopique de la possibilité de renaissance du peuple comme force politique conséquente, alors qu'en réalité, ce peuple manipulé,infiltré et conditionné par la faim et la matraque, n'a jamais atteint un degré aussi grave de misère et de dénuement, puisque les hommes, privés de toit et de travail, meurent de faim et se réfugient dans une grange déserte comme des animaux de somme, voire pire, puisque, comme il est dit à maintes reprises dans le roman, les animaux de ferme, au moins, sont nourris et logés même lorsqu'il n'y pas de l'ouvrage. (p.504 : les chevaux sont plus cotés que les hommes.)

Je crois que l'une des interrogations philosophiques essentielles posées par ce roman concerne la place de l'homme au sein d'un système politique et financier qui le prive de sa dignité et de son humanité. Si les grands capitaux emploient tous les moyens (manipulation, violence, etc) pour défendre leurs gros intérêts égoïstes, les laissés-pour-compte de ce capitalisme sauvage n'ont-ils pas le juste droit de se révolter contre une machine qui ne voit en eux que des mains d'oeuvre pas chères exploitée sans états d'âme. Bien sûr cette question est toujours d'actualité et la colère sourde qui traverse le roman de Steinbeck est toujours là... La justice, comme valeur suprême, ne s'incarnerait-elle pas dans cet espoir, jamais complètement éteint, que l'humain prendra le dessus sur l'inhumain ?





 Réponse N°9 13859

Colère, religion et Histoire!
  Par   ABOUALI YOUSSEF  (CSle 16-08-11 à 04:54



J’adhère complètement à votre analyse. Mais je voudrais sur un point que je n'ai pas développé dans ma dernière intervention. C’est celui sur lequel vous avez exprimez votre désaccord nuancé, l'évaluation de l'action de Casy. En fait, si je dis que ce personnage a échoué dans sa mission, c'est en l'arrêtant à sa vie à lui. On ne peut en effet que voir en Tom son prolongement, la suite de son travail, la continuité de l'esprit qui l'animait. On pourrait même aller jusqu'à penser que le disciple arriverait probablement à réussir ce qui son mentor n'a pu réaliser, puisqu'il a à son avantage la force et la détermination de la jeunesse. L’échec de la mission est toutefois palpable dans la mesure où non seulement Casy meurt, Tom devient un paria social, l'Histoire, qui confirme le phénomène relaté, ne mentionne aucune révolte populaire à cette époque, mais surtout parce que le peuple tel qu'il est montré dans le roman n'a nullement atteint les conditions nécessaires et suffisantes pour le renversement de l'ordre établi (conscience, abdication, tendances sacrificielles, voire suicidaires...).

Il est vrai qu'une colère noire et incoercible gagne jour après jour les pauvres, les ouvriers sans travail, toutes les victimes du système carnassier en place. Il est vrai que le narrateur insiste sur son rôle déterminant, et l'explicite dans la bouche de son personnage emblématique Man, mais elle n'en demeure pas moins insuffisante, à elle seule, pour engendrer l'action politique nécessaire pour tout remettre en cause. C’est dans ce sens que même l'action de Tom n'est pas très prometteuse. En fait, si Casy n'est pas arrivé à ses fins, c'est qu'il prêche désormais une religion laïque "on doit faire ce qu'on a à faire" qui rappelle curieusement la fameuse nécessité voltairienne de cultiver son jardin. Le recul par rapport à la religion chrétienne s'accompagne d'un refroidissement du fanatisme. Casy tente de faire entendre raison à ses agresseurs. il n'adopte pas la violence comme mode de changement, ce qui aurait pu être le cas s'il n'avait pas perdu la foi (chrétienne je veux dire puisqu'il ne fait que l'échanger avec autre, la foi en l'homme). L’exemple de la femme fanatique dans le camp gouvernemental consolide cette lecture. Ainsi, il échoue dans sa mission, et jette du coup un mauvais présage sur la continuation de la lutte par Tom.

Par ailleurs, j'ajoute à la question philosophique essentielle que vous avez soulevée, celle qui concerne la colère comme moteur du changement historique. Autrement dit, ne serions-nous pas devant un roman qui questionne l'évolution de l'Histoire en introduisant un paramètre psychologique, sur le plan collectif, à savoir la colère, comme critère d'approche et de compréhension ?





 Réponse N°10 13860

le sacrifice pour le salut de l'Homme
  Par   marocagreg  (Adminle 16-08-11 à 12:12



En ce qui concerne l'échec ou la réussite de l'action historique, puisque c'est de ça qu'il s'agit, il est nécessaire de voir ça à plusieurs niveaux. Casy est certes un défroqué, un pasteur original qui a perdu la foi, mais qui, après un long cheminement, retrouve une foi plus forte, notamment cette foi essentielle en l'homme et l'acceptation du sacrifice pour autrui qui en découle. Casy et après lui Tom sont des représentants du Christ, car Jésus Christ, dans la conception chrétienne, n'a pas fait autre chose : il s'est sacrifié pour le salut de l'humanité. Peut-on dire pour autant que Jésus Christ, toujours dans cette représentation chrétienne, a échoué dans sa mission prophétique du moment qu'il a été crucifié. Au contraire, on représente cette crucifixion comme l'ultime sacrifice qui incarne l'action salvatrice du sauveur. Casy (dont le nom est apparemment une variation de Jesus) n'a pas fait autre chose, il s'est sacrifié, premièrement lorsqu'il s'est fait passé pour le coupable d'agression pour sauver Tom (à ce moment-là, Casy adopte une attitude caractéristique du triomphe dans l'adversité même : "p.376 Casy, entre ses deux gardes, levait fièrement la tête et les muscles de son cou saillaient sous la peau. Un léger sourire se dessinait sur ses lèvres et son visage arborait une curieuse expression de triomphe."), secondement, dans le chapitre XXVI lorsqu'il sera assassiné comme il l'avait prévu. A ce moment-là le seul reproche qu'il adresse à ses assassins montre encore sa supériorité d'homme illuminé : "p.543 Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous faites." Je crois alors qu'il est difficile de parler de religion laïque. je pense même que Casy incarne par ces traits-là la vraie religion chrétienne, celle qui repose sur le sacrifice de soi pour le salut de tous. La phrase "on doit faire ce qu'on a à faire", à mon avis, doit être lue comme une nécessité de l'action, même si cette action impose le don de soi.

Donc, c'est vrai que les apparences disent que l'action de Casy n'a pas fait long feu et que ce personnage a été vite neutralisé, mais en réalité, sous les apparences de l'échec, c'est le triomphe qui se profile, car Casy a consenti d'accomplir cet acte de sacrifice de soi, un acte qui fait horriblement peur aux serviteurs égoïstes de l'argent. Pour bien comprendre ce statut, on peut comparer casy à John Joad (l'oncle). Ce dernier, écrasé sous le poids de la faute, n'a jamais pu dépasser le stade du péché pour accomplir un acte de sacrifice qui le libèrerait de ce péché originel (celui d'avoir laissé sa femme mourir). Il envie d'ailleurs Casy lorsque celui-ci accomplit son acte de sacrifice dans Hooverville. L'oncle John ne peut, lorsque ses crises de remords le tiennent, que noyer son chagrin dans l'alcool ou dans une frénésie sexuelle qui ne font qu'aggraver encore plus son sentiment de culpabilité.

C'est un acte sacrificiel identique à celui de Casy qui est accompli à la fin du roman par Rose de saron sous l'incitation de la mère Man. Cet acte qui transforme ces deux femmes en mères de l'humanité (Marie). Quand à Tom Joad, il a quasiment atteint l'illumination lorsqu'il a été contraint de méditer dans sa grotte solitaire. Grâce aux enseignements de Casy, il accède à la seule vérité qui soit : pour se réaliser pleinement, l'homme doit se fondre dans l'âme générale et universelle, former un Tout avec les autres âmes : "Maintenant je sais qu'on ne peut arriver à rien tout seul " (p.588). La solution voltairienne, que vous avez souligné M. Abou Ali apparait alors comme une action qui résume toute la sagesse : "p.589 Travailler tous pour une même chose - Cultiver notre propre terre." une sagesse qui repose sur l'action (contrairement à la passivité de la plupart des accroupis), mais surtout sur une action collective. La disparition même de Tom Joad fils apparaît alors comme une sublimation de l'individu qui a atteint une sorte de Nirvana bouddhiste, de béatitude triomphante, où les désirs individuels se dissolvent complètement dans l'amour christique de l'Homme. Tom Joad se représente alors, lui-même, au cours de sa dernière rencontre avec la Mère, comme une sorte d'allégorie de l'esprit du peuple : "(p.590) Je serai toujours là, partout, dans l'ombre. Partout où tu porteras les yeux..." (lire la suite jusqu'à la fin du paragraphe).

Quant à la colère, il est vrai que c'est un thème récurrent du roman, indissociable de celui de la révolte, mais finalement la colère n'aboutit à rien de concret, on ne voit pas vraiment ces raisins. D'ailleurs, la colère, d'un point de vue psychologique, n'est finalement qu'une soupape de sécurité qui empêche la révolte en dissipant inutilement l'énergie nécessaire à l'action. La vraie révolte (initiée par Casy, Tom, Man, Rose) est celle qui a dépassé le stade de la colère pour atteindre le stade supérieur et sublime du sacrifice. Là il ne s'agit plus de se mettre en colère, mais d'agir en concert avec tous les autres pour accomplir quelque chose.





 Réponse N°11 13865

La colère dans le calme!
  Par   Hassoun Oumaima  (Profle 17-08-11 à 00:13



A entendre parler des Raisins de la colère, vous me rappelez exactement le chef-d’œuvre d’Emile Zola intitulé Germinal où la classe ouvrière, conduite par un jeune ambitieux révolté Etienne Lantier, mène une grève contre la Compagnie des Mines. L’œuvre s’ouvre comme l’est le cas dans le roman de Steinbeck par une arrivée après un départ. Ce qui pourrait symboliser le retour de la dignité ou plutôt la prise de conscience de la dignité de l’homme après l’humiliation et le mépris dont elle est manifestement victime. Le monde auquel s’attendaient les héros des deux histoires à savoir Tom et Etienne, n’est plus ou en vérité n’est pas. Se livrant au voyage, Tom et sa famille se projettent sur une troisième dimension de la réalité : après la misère et l’espoir, il y a le sacrifice. Quant à Etienne, son voyage à lui est purement et indubitablement symbolique. Lui aussi est allé au Nord de la France pour construire un avenir et gagner un « morceau de pain » à la fin de sa journée. Mais Les Mines de Montsou lui offrent une toute autre vision sur la réalité des ouvriers. Une réalité où les conditions de travail sont autant effroyables qu’inhumaines.

Pour propager ses idées révolutionnaires contre la Compagnie qui décrète une baisse de salaire, Etienne pousse les mineurs à la grève pour vaincre leur résignation et les faire partager l’ambition d’une société où règne justice et respect de l’être humain. Cela ressemble au rêve de la famille des Joad qui n’abandonnent pas leur route dans l’espérance d’une vie meilleure, digne de l’homme et de sa valeur naturelle. Mais les Joad ? Ne veulent paraît-il que Vivre ; Ils ne cherchent pas à répandre des idées capables de changer la situation des fermiers (dont le sang a été éminemment sucé par le travail et le cumul des dettes). Eux, ils veulent manger en attendant un lendemain amélioré. Ils veulent vivre comme le font les autres ; les riches assis derrière les bureaux en train de signer des contrats pour le bien personnel sans (vouloir)faire un effort et penser à ceux qui les nourrissent « les agriculteurs » (rire).

La colère dans le roman (dont j’ai lu la moitié) symbolise l’action, le mouvement traduit par le voyage et le dévouement. Un simple acte au nom de la dignité de l’homme (pouvant se faire dans le calme) exprime le règne de sa raison et de sa sensibilité. La lutte contre l’inégalité, contre la loi de la jungle (où le fort dévore le faible et où le rusé peut échapper au féroce) est, me semble-t-il, le véritable moteur du voyage. Le voyage, qui signifie déplacement d’un lieu vers un autre, peut également signifier le passage d’une situation mineure à une autre bien plus mâture et où l’on découvre réellement la justice (fruit de l’inné) face l’injustice (raisin de la colère).

La famille est un thème qui lie, par ailleurs, les deux œuvres. Etienne a dû se réfugier auprès de la famille des Maheu pour trouver un bras à le soutenir aux Mines (royaume de Hadès). Et Tom décide d’accompagner sa famille pour l’Eldorado (Éden). Ce qui nous pousse à nous demander si la justice ne peut s’acquérir par l’Union? Car, dans Germinal, ils ont beau lutté mais en vain… Toutefois, l’espoir est là « Et un jour, ils vaincront l’injustice » comme le pense Etienne.





 Réponse N°12 13974

Quelle révolte ?
  Par   Rhaoulati Chouaib  (CSle 27-08-11 à 16:14



La révolution :

Je pense qu’une fin attendue n’est pas digne d’un prix Nobel.la fin des raisins de la colère est justement le début d’une interprétation du sort des personnages. Les lecteurs sont frustrés de ne pas découvrir une révolte qui semblait en gestation (en fermentation ) tout au long de l’histoire. Cette révolte n’a pas lieu certes dans le roman mais elle se profile dans la lucidité de Mme Joad (Man) : « il y a du changement partout ».Le geste final de Rose de Saron qui allaite l’inconnu pour le sauver n’est-il pas le signe d’une révolte morale ? La solidarité pour une cause commune qu’est la vie n’est-ce pas cela la poétique de toute révolution ? Se permettre l’obscène pour subvenir au nécessaire c’est cela le geste de Rose et derrière elle tous les Joad… peut- être qu’une révolution à la française (évoquée d’ailleurs une fois dans le roman) parait tout aussi obscène que ce geste final pour être mise en scène dans le roman. Steinbeck a raison, cette révolte doit avoir lieu ailleurs, dans la réalité… Tom Joad affirme avant son départ : « partout où il y aura une bagarre pour que les gens puissent avoir à manger, je serai là » …





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