Les mouvements littÉraires franÇais au xixe siÈcle

 Par Hicham Hachmi  (?)  [msg envoyés : 2le 16-10-11 à 13:44  Lu :3136 fois
     
  
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LES MOUVEMENTS LITTÉRAIRES FRANÇAIS AU XIXe SIÈCLE
OBJECTIFS:
A la fin de cet article, le lecteur est censé être en mesure:
1. de savoir les principaux mouvements littéraires français du XIXe siècle,
2. de situer ces mouvements dans le temps,
3. de définir ces mouvements
4. d’en donner des exemples d’auteurs et d’œuvres,
5. de noter le rôle ou l’importance de ces mouvements.
Introduction
Le XIXe siècle a connu en France de divers mouvements littéraires dont nous ne retenons que les plus importants. Ces courants littéraires qui ont été précédés par le préromantisme peuvent être désignés sous les noms suivants: le Romantisme, le Réalisme, le Naturalisme et le Symbolisme.
Nous nous proposons de faire un rapide survol de ces mouvements pour en faire ressortir les principaux animateurs, les caractères généraux et les idées essentielles.
1. Le Préromantisme
Le préromantisme se situe entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle. Certains écrivains constatent que l’excès de pur rationalisme et d’intellectualisme provoquait un tarissement d’inspiration et de création poétiques ont lancé un cri d’alarme contre les règles et la discipline classique et ont revendiqué la réhabilitation de l’imagination et de la sensibilité dans la création littéraire.
Jean-Jacques Rousseau dans La Nouvelle Héloïse (1761), Madame de Staël avec Delphine (1802), Corinne (1807) et surtout De l’Allemagne (1810-1813), et Chateaubriand avec Atala (1801), René (1802) et le Génie du Christianisme (1812) ont préparé la voie et ont largement contribué à la venue du romantisme.
Mais ces caractères généraux du préromantisme, à savoir, la réaction contre les règles et la discipline du rationalisme classique excessif, ce désir de réhabiliter l’imagination et la sensibilité, la tendance individualiste des écrivains qui produisaient des œuvres personnelles, ce culte de la liberté dans la création littéraire vont se heurter à une littérature officielle de l’époque préconisée par le despotisme napoléonien sous le Consulat (1799-1804) et sous l’Empire (1804-1814). Mme Staël et Chateaubriand seront persécutés avec acharnement par Napoléon Bonaparte à cause de ces nouvelles tendances littéraires qui ont préparé la voie à l’avènement du romantisme.
2. Le Romantisme
Qu’est-ce que le Romantisme? Le romantisme est un mouvement littéraire et artistique créé au début du XIXe siècle, précisément entre 1820 et 1850, dont l’esthétique est diamétralement opposée à l’esthétique classique.
L’illustration romantique s’est faite dans des œuvres de genres variés mais le genre le plus populaire était la poésie. Les quatre plus grands poètes romantiques sont Victor Hugo, le chef incontesté, avec surtout sa célèbre préface de Cromwell (1827) et son Hernani (1830) qui a provoqué la bataille entre les anciens et les modernes à sa présentation sur scène, Lamartine qui avec ses Méditations poétiques (1820) est le premier des lyriques romantiques, Alfred de Vigny avec ses Poèmes (1822) et sa Lettre à Lord sur la soirée du 24 octobre 1829 et sur un système dramatique (1829) et Alfred de Musset avec ses Nuits (1835) et ses Lettres de Dupuis et Cotonet (1836).
Comme nous l’avons déjà signalé, l’esthétique romantique s’oppose à l’esthétique classique. C’est ainsi que les caractères généraux du romantisme diffèrent de ceux du classicisme. L’idéal romantique rejette les anciens comme modèles et traite des sujets plus récents. Il résiste à l’ordre et recherche la liberté dans tous les domaines surtout dans le domaine de la création littéraire ou artistique. Les genres sont désormais mélangés. On ne fait plus de distinction entre le genre comique et le genre tragique. La règle des trois unités au théâtre est abolie. Enfin, l’idéal romantique relègue la raison au second plan et donne la suprématie à l’imagination et à la sensibilité.
Alfred de Musset va même jusqu’à réclamer la liberté de déraisonner:
Ma poétique un jour, si je puis la donner,
Sera bien autrement savante et salutaire.
C’est trop peu que d’aimer,
C’est trop peu que de plaire:
Le jour où l’Hélicon m’entendra sermonner,
Mon premier point sera qu’il faut déraisonner.
- “Après une lecture”.
Ainsi, les thèmes qui vont préoccuper les romantiques seront des thèmes lyriques ou personnels comme par exemple la subjectivité, l’enfance, la famille, l’amour, la nature, la mélancolie, la mort et la religion.
3. Le Parnasse
De même que le romantisme a été créé par suite de sa réaction contre le classicisme, le parnasse va être fondé à partir de sa réaction contre le romantisme. Au sein même des poètes romantiques une réaction contre l’excès du lyrisme romantique par des poètes épris de la forme soignée ou de “l’art” aboutit à la création de l’école parnassienne. Le parnasse est donc un nom donné à un groupe de poètes français qui, à partir de 1850, ont réagi contre les aspects lyriques, sentimentaux et confidentiels des romantiques et qui ont cultivé le goût de la perfection formelle. Ils ont mis sur pied une revue littéraire, Le Parnasse contemporain, dans laquelle ils publiaient leurs œuvres en trois recueils de vers parus de 1866 à 1876. Les principaux représentants du parnasse sont Leconte de Lisle, le chef, qui a écrit Les Poèmes antiques (1852) et Les Poèmes barbares (1862), Théophile Gautier qui a écrit Emaux et camées (1852), Théodore de Banville qui a écrit Le Petit Traité de Versification française (1872) et qui a fixé la technique de la poésie parnassienne, puis José-Maria de Heredia dont l’œuvre, Les Trophées (1893), constitue l’expression la plus réussie de l’art parnassien. Les caractères essentiels du parnasse sont le culte de “l’art”, la recherche de la perfection formelle, l’impersonnalité et l’imperturbabilité dans l’œuvre, l’érudition scientifique ou archéologique, une apologie du travail, la minutie de la description et l’union de la poésie et de la science. Bref, le parnasse, c’est le néo-classicisme.
Leconte de Lisle illustre l’imperturbabilité parnassienne en ces termes:
Dans mon orgueil muet, dans ma tombe sans gloire,
Dussé-je m’engloutir pour l’éternité noire,
Je ne te vendrai pas mon ivresse et mon mal,
Je ne livrerai pas ma vie à tes huées,
Je ne danserai pas sur ton tréteau banal,
Avec tes histrions et tes prostituées.
-Les Poèmes barbares (1862) (“Les Montreurs”)
4. Le Réalisme
La réaction contre le romantisme ne s’est pas limitée à l’école parnassienne. Il y a eu aussi une réaction réaliste contre les écarts de l’imagination, les inventions fantastiques, le goût du mystère et du rêve prônés par le romantisme. C’est que ces tendances romantiques tendaient parfois à s’éloigner du vraisemblable et à déformer la vérité. Le réalisme donc, au nom du positivisme et du scientisme, cherche, vers 1850, à analyser des faits matériels, et à étudier l’homme concret dans son milieu véritable avec tous ses comportements. Voilà les préoccupations principales des écrivains réalistes qui sont surtout des romanciers comme Gustave Flaubert, le chef, avec Madame Bovary (1857), Stendhal avec Le Rouge et le Noir (1830) et Balzac avec Le Père Goriot (1834). Les tendances réalistes existaient dès 1830 mais l’école réaliste proprement dite date de 1850, date à laquelle Champfleury amorcé la théorie réaliste. Comme chez les parnassiens, le style des écrivains réalistes est impersonnel ou objectif. Il décrit la réalité telle qu’elle est. L’école réaliste triomphe entre 1850 et 1870.
5. Le Naturalisme
A partir de 1870, Emile Zola, qui faisait partie de l’école réaliste, va plus loin en créant l’école naturaliste dont il sera le chef. Le naturalisme est un réalisme avancé. Aux principes réalistes vont s’ajouter des visées scientifiques. Le naturalisme est donc une doctrine littéraire ou artistique qui cherche à introduire dans l’art la méthode des sciences expérimentales appliquée à la biologie par Claude Bernard (Introduction à la médecine expérimentale (1855)). Le naturaliste se propose donc d’imiter fidèlement la nature sous tous ses traits sans des considérations morales ou esthétiques. Les œuvres de Zola, surtout L’Assommoir (1877), Nana (1880), Germinal (1855) illustrent bien la théorie de l’école naturaliste.
Dans la Préface de l’Assommoir (1877), roman qui dépeint les ravages de l’alcoolisme dans les milieux ouvriers, Zola nous révèle ses intentions naturalistes:
J’ai voulu peindre la déchéance fatale d’une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs… C’est une œuvre de vérité, le premier roman sur le peuple, qui ne mente pas et qui ait l’odeur du peuple. Et il ne faut point conclure que le peuple tout entier est mauvais, car mes personnages ne sont pas mauvais, ils ne sont qu’ignorants et gâtés par le milieu de rude besogne et de misère où ils vivent.
6. Le Symbolisme
Nous arrivons maintenant à la dernière étape de notre survol des mouvements littéraires français. C’est le symbolisme dont le maître est Stéphane Mallarmé avec son œuvre L’Après-Midi d’un Faune (1876).
Les principaux représentants de l’école symboliste sont, en plus du chef, Jean Moréas et Gobineau qui se réclament de Baudelaire, de Rimbaud et de Verlaine comme précurseurs. Créé aux environs de 1855, ce mouvement littéraire et artistique qui est une réaction poétique contre l’école réaliste, contre l’art pour l’art parnassien et contre les survivances du romanisme, cherche à exprimer par la valeur musicale et symbolique des mots, des liens secrets qui existent entre les objets et l’âme. Au lieu de décrire ou de nommer une chose, le poète symboliste cherche à créer par la création poétique sonore ou rythmique les impressions de la présence ou l’absence de l’objet. Paul Verlaine, dans son poème, “Il pleure dans mon cœur ”, ne décrit pas sa tristesse un jour de la pluie mais cherche à suggérer son état d’âme mélancolique par le choix des images spéciales et des sonorités rythmiques qui symbolisent ses sentiments.
Ecoutons-le dans les Romances sans paroles (1874):
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur la ville
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur
O triste, triste était mon âme
A cause, à cause d’une femme
Je ne me suis pas consolé
Bien que mon cœur s’en soit allé.
Conclusion
Le XIXe siècle en France s’est caractérisé par de divers courants littéraires apparemment contradictoires dans leur manifestation en certains cas. Mais ces apparentes contradictions ne font que souligner la richesse, la profondeur et la complexité des aspirations de l’homme, intellectuel et sensible, aux prises avec les conditions de son existence. Ces divers mouvements littéraires ont effectivement servi de soupapes, d’échappatoires, de refuges pour la manifestation ou l’expression de divers sentiments humains en métamorphose continuelle.
EXERCICES DE RÉVISION
1. Retracez la genèse du romantisme en partant du préromantisme
2. En quoi le parnasse est-il un néo-classicisme?
3. Définissez le réalisme et le naturalisme et donnez-en des exemples
4. Quels sont les caractères essentiels du symbolisme?
5. Quelle est l’importance de ces mouvements littéraires?
BIBLIOGRAPHIE
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Benac, H. (1966): Vocabulaire de la dissertation, Paris, Hachette.
Castex, P. G., Surer, P., Becker, G. (1974): Histoire de la littérature française, Paris,
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Doumet, Christian, Pécheur J. (1985): Littérature Française, Paris, Hachette.
Lagarde, A., Michard L. (1985): XXe siècle. Les grands auteurs français du
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Larousse (1993): Le Dictionnaire Petit Larousse, Paris, Larousse.
Thoraval, J. (1967): La dissertation française, Vol.I Auteurs et genres littéraires, Paris,
Armand Collin

  



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