Léon l'africain, maalouf : présentation

 Par eddib abderazak  (?)  [msg envoyés : 2le 13-10-12 à 09:54  Lu :5470 fois
     
  
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léon l'africain

par abderrazzak eddib

présentation

léon l'africain d'amin maâlouf, qui décrocha le prix d'amitié franco-arabe en 1986, est une biographie romancée de hassan el wazzan, dit léon l'africain. le récit nous relate des événements qui s'étalent sur une quarantaine d'années, âge du narrateur qui raconte à son fils des souvenirs vécus et d'autres rapportés à partir d'une époque qui précède même sa naissance en 1488 à grenade. le récit évoque l'exil de la famille du protagoniste et de la communauté musulmane de grenade ainsi que les événements auxquels il avait assisté lors de ses voyages, encore inachevés au moment de la narration. c'est une histoire en abyme qui, relate la vie d'un personnage dans le fond d'une autre histoire, celle d'une communauté liée par les guerres et l'amour, celle de nombreux pays qui ont fait le passé de la méditerranée. est-ce pour blâmer ou s'indigner? pour célébrer ou approuver? amine maâlouf au biais de hassan nous rapporte des faits historiques sans la moindre intention de se mettre au profit d'une doctrine ou une idéologie, et nous laisse avec son indifférence sous le poids d'une mémoire ouverte à la dialectique du souvenir collectif et personnel, presque inconsciente des déformations successives qu'elle subies.

léon l'africain est un roman historique par excellence. pour amine maâlouf, le récit d'une vie personnelle s'accompagne d'une description rétrospective du passé d'une société.dans le cas du léon l'africain c'est la plupart du temps, la société arabe, mais puisque son histoire est forcément liée aux autres sociétés, l'auteur marie les souvenirs de son héros aux celles des autres personnes qui l'entourent. souvenirs enserrés et encadrés par des récits collectifs, renforcés par les rites des sociétés, comme si l'auteur nous propose que l'on ne se souvient pas seul mais grâce et à l'aide des espaces parcourus, grâce aux événements historiques vécus.

on peut facilement détecter cette intention chez maâlouf lorsqu'il donne à chaque partie du récit un titre relatif à la vie du son héros (l'année de salma la hourra, de la traversée, du hammam, de la caravane, de la circassienne, du rapt…), lié de deux dates (de l'hégire et chrétienne), comme si l'auteur nous invite à une lecture embrouillé de la biographie de son personnage mais aussi d'une autre relative à l'histoire des communautés où il a vécu.

les quatre villes autour desquelles s'articule le récit de la vie de hassan (l'angoisse de fès, l'innocence à grenade, la passion au caire et la sagesse de rome), sont les espaces d'importants événements politiques, religieux mais aussi des faits qui dressent les traits et les moeurs des sociétés qui y sont reliées.

durant toutes les étapes d'une vie, de l'enfance en passant par l'adolescence, la jeunesse et en arrivant en quelque sorte à l'âge de la maturité pour ne pas dire de vieillesse, c'est le malheur ou le catastrophe qui éloigne hassan de chacune des villes: la chute de grenade et non sa prise (amine maâlouf nous donne ici son angle de vision, comme il l'a déjà fait dans les croisades vues par les arabes); les actions de son beau frère à fès qui ont provoqué le châtiment du sultan marocain infligé a hassan et qui consiste à l'exil; l'invasion turque au caire et enfin le sac de rome. c'est dans cette perspective que nous allons rendre compte des ces événements historiques avec un fond personnel, ou d'une manière fort obligé le contraire. les deux opérations restent sans différence puisque il s'agit d'un syncrétisme de voix, narrateur-personnage et auteur, tous les deux soucieux d'apporter une leçon culturelle sur la destinée et l'histoire de toute une communauté, au sens sommaire du terme si l'on songe à une communauté méditerranéenne.

le livre de grenade

c'est la période de l'innocence de hassan, le récit y commence par des événements historiques qui précèdent naissance de léon. le narrateur fait un retour sur l'enfance de sa mère dans l'année de salma la horra pour évoquer la vie de prospérité, des fêtes, des plaisirs et la mise en relation de cette situation avec celle de désastre et de guerre civile qui menaçait la vie des grenadins. mais aussi une annonce implicite à travers l'année des amulettes de la venue des ruines à l'image de l'exil de l'oncle, les razzias, ou encore les devisions entres pacifiste (les hommes de science et connaissance à l'image du médecin abouamr) et bellicistes (les hommes de religion à l'image d'astagrfirullah).

la corruption des princes par les castillans, la perdition, le danger et l'éloignement de la religion sont les principaux thèmes d'une année qui porte le titre significatif d'astaghfirullah, et devant l'approche du désastre, la crise extérieure devient intérieure en se projetant sur les moeurs de la population et le discours religieux prend place pour remplacer celui des chants et des plaisirs tant organisés dans le quotidien des grenadins. l'année de la chute de grenade fut celle de trahison, de revanche du roi ferdinand et de sa mère, l'expulsion des juifs et l'approche du danger pour les musulmans

lors de l'année du mihrajan le père de hassan fut humilié par un soldat espagnol, ce dernier étant le frère da warda , la concubine de mohamed ou la belle mère de hassan, il enleva sa soeur comme s'elle n'avait jamais été une des musulmans. un grand incident d'humiliation qui poussa mohamed à songer pour la première fois à l'exil.

le livre de fès

ce dernier constitue une importante partie du récit puisque, c'était la période de l'épanouissement de notre voyageur, mais aussi l'époque de sa prospérité et de sa formation à un vrai culte de religion et de savoir tous genres confondus à l'image d'un enseignement pratiqué au qarawiine. mais pourquoi le narrateur suggère que c'est son angoisse qui a vécu à fès?

en fait, c'est la période ou mon père devient définitivement mohamed, et mon oncle devient khâli. en d'autres termes la famille du narrateur connaît le déchirement, et les relations entre le père et le fils s'effondrent, même le respect et l'amour tant ressenti par le fils s'évapore dans un instant où il remarque son père dans une situation d'ivresse. c'est la période aussi de la grande récitation de hassan. de fès le narrateur faisait son premier voyage tant attendu, c'était l'année de la caravane où il accompagne son oncle vers tombouctou dans une mission diplomatique et cela fut la première initiation de hassan dans les affaires commerciales et politiques mais aussi sa première aventure sexuelle avec hiba qui devint sa femme par la suite. ce voyage ne passe pas, à son tour son le recours intelligent de maâlouf à la réflexion sur les rites et les traditions de ces peuples du désert, de leur prospérité grâce à leur éloignement des princes et des villes où les gens doivent payer des parts sur tous leurs revenus et biens. et c'est une problématique bien observée par le narrateur ou l'auteur sur la décadence des peuples africains qui, étrangement connus par leur richesse dans les temps perdus, deviennent pauvres et le grand fossé entre passé et état actuel s'établisse. ce voyage, même s'il est choisi, n'échappe pas à la règle de la douleur et du malheur puisque c'est l'année du testament de l'oncle et de son péril lors du voyage, d'où l'accomplissement de la mission par hassan.

l'auteur revient vers un autre rituel arabo-musulman, celui de la nuit des noces dans l'année de la mariée. c'st à partir de cette période que hassan connut d'abord la prospérité et la richesse (construite sur les malheurs des autres: les événements de tefsa) .puis le retour du refoulé chez hassan, et la renouement avec une vie d'eden, comme celle de ces ancêtres à grenade, et la construction de deux palais. mais enfin vient le désastre et l'habituel exil, cette fois-ci, par châtiment infligé par le sultan de fès à hassan, de la simple cause des actes de son ancien ami et actuel beau frère. c'est une expulsion accompagnée d'une triste description des malheurs et revers des guerres, et la complicité des hommes de pouvoir au profit de la vie et du destin des gouvernés, telle était le ton d'une année du chérif le boiteux, le beau frère dont il est question. l'exil de hassan fut vers l'inconnu dans une année de tempête où il perd sa hiba tant aimée, puis d'un coup se trouve orienté vers l'egypte, vers le caire.

le livre du caire

ce livre décrit encore la décadence d'un autre peuple arabe, et son impuissance, comme le prince à l'oeil auguste, face aux fléaux de la nature (la maladie du sultan et la peste pour le peuple) puis aux dangers de l'invasion ottomane. mais c'est aussi la période de la passion de hassan qui commence à vivre les désirs et le vrai grand amour avec la circassienne. amour qui cache entre ses plis le danger et la mort puisque c'est la mère da bayazid, le dernier prince circassien pourchassé par sélim l'ottoman. il s'agit toujours pour l'auteur de mettre en place quelques faits historiques comme les trahisons entre peuples arabes ( alep avec les ottomans), la résistance de tumanbay, et la chute du régime mamlouk en egypte qui s'accompagne de cette peur qui envahit la totalité de la population suite aux massacres et tueries causées par les turcs. dans cette période, la passion de hassan envers sa nouvelle femme lui fait vivre une autre crise intérieure et déchirement entre ses propres intérêts et celles de sa famille qui connut une autre période de gloire en alger grâce au détournement de situation que connaissent sa soeur meriem et son mari haroun, qui furent accusés de vol et d'actes des bandits pour ne pas devenir héros, mais qu'ils les sont aux yeux de la population. et c'est enfin l'année du rapt qui vient, et hassan fut prisonnier chez les pirates, agent du pape léon x, qui le transfèrent à rome.

le livre de rome

c'est le livre de sagesse pour hassan, car il y rencontre léon x, chef de l'eglise qui lui aide à amplifier sa culture et sa connaissance. sa honte de perte de sa famille fut soudain remplacée par l'accueil chaleureux du pape qui veut rétablir les rapports avec le monde musulman. une période tranquillité et de vie comme étudiant et professeur, soucieux d'accumuler un savoir susceptible de fournir des réponses aux questions universelles qui hantent souvent l'esprit de hassan, baptisé jean léon de médicis. en fait, la capture de hassan, son parrainage et son initiation aux connaissances linguistiques et religieuses ne sont que les préparatifs de se mettre en face du double danger qui menace rome. le premier danger est celui de hans, l'adepte d'une doctrine luthérienne, et qui fut disciple de hassan lui-même. le deuxième danger, est c'est pour cela que hassan fut formé, vient de l'occident et plus exactement de l'invasion ottomane que le pape veut adoucir en enseignant d'abord l'arabe et le turc à des prêtres par le biais d'un maure lettré qu'est hassan. et par la suite les désigner comme ambassadeurs qui pourraient mener un dialogue avec les prochains ennemis. une deuxième rencontre avec son ancien ami et mari de sa demi-soeur, ouvre les yeux de hassan sur les réalités des conflits religieux, et lui donne une autre conception du monde. a partir de cette instant hassan décide de mettre fin à sa participation dans les affaires du pontife, et reprendre une autre foi le chemin de l'exil avec sa nouvelle petite famille. son départ devient possible lorsqu'un ancien ami et disciple, hans assure sa protection lors de l'attaque de rome par l'armée chrétienne.



  



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