lecture de l’épreuve de l’examen régional juin 2016 académie marrakech safi

 Par Aabdouss Moncef  (Prof)  [msg envoyés : 1le 07-07-16 à 17:58  Lu :2269 fois
     
  
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Lecture de l’épreuve de l’examen régional juin 2016
Académie Marrakech Safi
par Mohamed Aabdouss
L’épreuve de l’examen normalisé de français académie Marrakech Safi , juin 2016 a suscité de vives réactions au sein des enseignants correcteurs dues aux multiples ambigüités qui ont entaché certaines questions et dont les élèves sont les principales victimes .La tombée des résultats a manifestement révélé le bien fondé des inquiétudes des professeurs qui n’ont malheureusement entrepris aucune démarche pour montrer leur indignation et défendre l’égalité des chances et les droits des élèves à une évaluation objective et équitable .
Sans trop tarder sur les exégèses théoriques de la docimologie concernant les critères sur lesquels doit se baser une épreuve de l’examen régional normalisé (voir les cadres de référence) ,il serait toujours utile de rappeler que l’examen est une épreuve qui permet de mesurer le degré d’acquisition des objectifs assignés à une étape de l’enseignement apprentissage. Le critère quantitatif de mesure est toujours présent dans notre système éducatif et en constitue, au grand dam des éducateurs, l’objectif principal comme le souligne si bien Dominique Bucheton : «On le sait, dans nombre de classe et pour nombre d’élèves, l’évaluation est seulement assimilée à correction, à notation »
Il est certain que cette fonction de contrôle ,qui est imposée par l’institution scolaire, fait passer au second plan la finalité formative de l’évaluation, toutefois une multitude de mesures et de critères sont à respecter pour élaborer une épreuve d’examen digne de ce nom notamment la clarté des questions et l’absence de toute ambiguïté qui puisse induire en erreur les apprenants qui sont en phase de formation et non des experts .
L’épreuve de l’examen de français proposée à l’Académie de Marrakech Safi juin 2016 est loin de répondre aux moindres de ces critères comme nous allons le démontrer à travers l’analyse de certaines questions en rapport avec les éléments de réponse et du barème proposés .
Dans la première question de l’étude de texte, on propose à l’élève de trouver une autre œuvre du même auteur en indiquant le premier mot de l’œuvre « Notre…… ».L’objectif est de trouver Notre dame de Paris. Il est vrai que cette œuvre de Victor Hugo est célèbre mais pour un élève qui commence à peine de découvrir l’auteur, il n’est pas nécessaire de la connaître. On aurait pu éviter le « Notre » et élargir le choix en faveur des apprenants qui sûrement connaissent d’autres œuvres.
La deuxième question de l’épreuve invite les élèves à mettre en situation le texte dans le roman. L’item de cette question peut dérouter les apprenants car d’habitude, on pose la question autrement dans les classes et dans la majorité des examens des années précédentes (Situez le passage dans l’œuvre). Cette question se prête à plusieurs lectures certains élèves rapellent, la référence, l’auteur et les événements, d’autres résument les actions précédentes, d’autres encore se limitent au rappel de l’événement immédiat qui précède le passage .
La réponse proposée dans le corrigé se limite au troisième choix et met l’accent sur des détails précis : les différentes visites et invite le correcteur à se limiter aux informations proposées alors que le rappel du moment des événements : le matin du dernier jour, le lieu : Bicêtre sont autant d’éléments de réponse.
Pour éviter cette ambiguïté, un grand nombre de professeurs praticiens, formule des questions précises pour situer le passage.
La troisième question de l’épreuve consiste à répondre par « Vrai ou Faux » à des affirmations .Mais on constate que la troisième affirmation se prête à deux réponses ,selon l’angle où l’on se place .Selon le corrigé ,le procureur accorde une grande importance à la mort du condamné mais en se référant à l’œuvre ,on peut admettre le contraire rien qu’en soulignant l’aspect expéditif du pourvoi en cassation et l’indifférence de la justice que le procureur présente , sans omettre aussi l’ironie qui imprègne les paroles du condamné.
Le repérage et l’explication des figures de style est une question classique de l’examen régional .Pourtant elle suscite souvent des réactions diverses et les énoncés proposés dans la sixième question de l’épreuve ne dérogent pas à la règle .Ainsi, dans le premier énoncé « une espèce de monsieur en habit noir » ,le barème souligne la présence d’une périphrase que les élèves n’ont pas reconnu mais à sa place, certains ont reconnu une métonymie : l’habit pour désigner la personne ,d’autres ont repéré une synécdoque : une partie pour un tout et certains ont choisi la métaphore car le mot espèce pour désigner le monsieur est une sorte d’animalisation .Devant un élément de réponse qui s’astreint au premier choix sans offrir une possibilité d’intervention au correcteur , beaucoup de divergences vont avoir lieu et l’élève en paiera les frais .
C’est le cas également de la deuxième figure de style contenue dans cette phrase « par les portes, par les fenêtres, par la charpente du toit. L’élément de réponse indique la présence, on ne peut claire d’une gradation croissante (indication non indispensable) mais il a omis d’admettre l’énumération flagrante que beaucoup d’élèves ont relevée mais que le barème ne prend pas en considération.
Une autre question désuète que les Français ont bannie de leur bac depuis quelques années est la fameuse tonalité .Ah ! Vous ne pouvez pas imaginer tout le mal que les professeurs endurent pour amener les élèves à différencier le satirique, l’ironique, le pathétique, l’épique. Quelle panique ! Et le comble se retrouver dans un examen régional devant une question pareille posée à ces pauvres élèves et comment ? Des phrases éparpillées que chacun peut interpréter à sa guise pour ne prendre qu’un seul exemple « ma mort lui va faire grand plaisir » sans contester la présence de l’ironie dans cette phrase, le pathétique est également présent.
Pour finir avec cette analyse , le sujet de la production écrite n’a pas manqué de dérouter les candidats .En effet, certains parmi eux ont écrit des exposés ,d’autres ont présenté le roman de Victor Hugo ,d’aucuns ont évoqué les effets psychologiques de la souffrance alors qu’on leur demande tout simplement d’exprimer leur opinion sur la peine capitale que la majorité ont déjà étudiée en classe .Cette divergence de contenus et de démarches d’écriture est due à la formulation du libellé ,qui au lieu d’opter pour la clarté et la précision, a perturbé la compréhension de l’élève déjà soumis à une intense tension des examens .
Le caractère arbitraire de la correction et les nombreux écarts de la notation d’un professeur à l’autre sont confirmés depuis de nombreuses années par les spécialistes de la docimologie mais pour réduire ces clivages et assurer l’égalité des chances ,un intérêt particulier doit être accordé à l’élaboration des examens par un suivi continu de ce qui se fait en classe en impliquant les praticiens et à l’analyse des épreuves d’examens par des spécialistes de l’évaluation sans omettre la recherche qui doit accorder une importance capitale à cette question qui touche l’école mais aussi les familles et la société .
Professeur du secondaire qualifiant ,lycée Salaheddine Elayoubi Safi

  



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