Le récit emboîté dans la boîte à merveilles

 Par Idoubiya Rachid  (Prof)  [msg envoyés : 1316le 23-09-09 à 13:42  Lu :12838 fois
     
  
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Le récit emboîté.
Dans la boîte à merveilles, le narrateur premier cède la place à des personnages qui racontent des récits à leur manière et deviennent des narrateurs à leur tour. C’est l’emboîtement de récit(s) dans le récit. On parle dans ce cas de mise en abyme. Le récit d’Ahmed Sefrioui contient un grand nombre de récits de personnages, permettant l’enchâssement des récits, l’intrusion de l’oralité et la diversité des voix narratives.
Dans l’extrait étudié dans le chapitre 5, il y a deux voix narratives :
a- Celle du personnage principal : "Tout à l’heure, après les ablutions rituelles, il sera vêtu pour la dernière fois de blanc… Mon père, à qui j’avais fait part de mon impression, trouva cette histoire pour me consoler. »
b- Celle du père du narrateur, qui devient narrateur à son tour : « /Dans un souk très fréquenté, tenait boutique Sidi… (J’en ai oublié le nom). C’était un homme pieux…Sidi…qui surpris leurs murmures leur déclara : « … J’étais heureux de le savoir et me rassis parmi mes épices. »
Dans l’extrait suivant, Lalla Zoubida, la mère du narrateur, raconte un récit à son mari Maâlem Abdeslam. C’est l’histoire de Moulay Arbi, mari de Lalla Aïcha et Abdelkader son ouvrier. Ch.4.
Cet Abdelkader, ce fils d’adultère, ce disciple de Satan ne possédait pas même une chemise propre quand Moulay Larbi le prit comme ouvrier dans son atelier à Mechatine. Il le traita avec bienveillance, lui prêta de l’argent, le reçut souvent au déjeuner ou à dîner. Abdelkader se montrait poli et même obséquieux. Il chantait les mérites de Moulay Larbi, louait sa générosité, son bon caractère et la noble de ses sentiments. Tous les deux travaillaient beaucoup. Les babouches brodées jouissent auprès des femmes de Fès d’un grand succès. La production de Moulay Larbi et de son ouvrier avait bonne réputation. Abdelkader songe à se marier. Moulay Larbi l’encouragea dans cette voie et Lalla Aïcha lui trouva une jeune fille digne d’éloges. Les mariages coutent toujours très cher. Malgré ses nuits de veille, Abdelkader n’avait pas su économiser. Il se trouva assez gêné lorsqu’il fallut verser une dote à sa fiancée. Il eut recours à son patron. Moulay Larbi réussit à rassembler quatre vingt rials. Il les lui versa sans méfiance. Il commit la faute de lui verser cet argent sans établir de papier de reconnaissance de dette. Pour permettre à Abdelkader de gagner d’avantage, il l’associa à son affaire.
-Sais-tu comment ce fils du péché l’a remercié de ses bienfaits ?
Mon père ne savait pas.
Ma mère ne lui laissa d’ailleurs pas le temps de répondre. Elle continua en ces termes :
- Non tu ne pourras jamais le deviner ! Les gens qui n’ont pas de pudeur, les va-nu-pieds de mauvaise foi, ceux-là qui offensent Dieu et son Envoyé par leurs agissements malhonnêtes auront à rendre compte de leurs mauvaises actions le jour de la Balance. Abdelkader a nié, il n’a pas simplement nié, il a même prétendu avoir versé la moitié du capital de l’affaire de Moulay Larbi pour l’achat du matériel, des cuirs et du fil d’or. Le Pacha ne pouvait pas connaître tous les détails de cette histoire. Il n’a accepté aucune des versions des deux adversaires. Un garde du pacha a été chargé de mener l’enquête, il leur a réclamé une somme fabuleuse pour le temps qu’il avait perdu, dit-il, à les réconcilier. Ils se sont exécutés. L’affaire a été portée devant le pivot des marchands. Il les a fait de nouveau accompagner par un des gardes qui leur a demandé de lui exposer les faits, mais ils ont refusé. « Seuls les experts de la Corporation peuvent comprendre l’objet du litige », dirent-ils. Les experts ont été réunis. Ils ont discuté jusqu’au soir. Finalement, ils se sont prononcés en faveurs d’Abdelkader. Quelle époque ! Il n’y a plus de justice ! Ce n’est point de leur faute à ces juges, me diras-tu. Il est difficile de connaître les tenants et les aboutissants d’une telle affaire. Qu’a-t-on à juger les affaires dont on ne connaît pas toutes les données ? Je sais, le monde est ainsi fait, il faut des juges et des escrocs pour leur donner du travail. Ce sont toujours des honnêtes gens qui sont sacrifiés.

  



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