Le prince selon fénelon, dans les aventures de télémaque

 Par Elmzouri mostafa  (Autre)  [msg envoyés : 145le 15-03-13 à 14:56  Lu :2504 fois
     
  
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Pour introduire ce travail ayant pour intitulé le prince selon Fénelon, quelques remarques préliminaires s’imposent :
- D’abord, à propos de l’intitulé : Ce dernier propose un terme ’’ le prince’’ dont l’article défini souligne le caractère général , voire la notion. Ce qui amène à penser qu’il s’agit du prince modèle, exemplaire, idyllique. Cependant, l’expansion du nom’’ selon Fénelon ‘’ relativise cette généralisation pour la limiter à la conception que se fait Fénelon du prince. Il s’agit donc de définir la représentation ou l’image du prince que se fait Fénelon dans les Aventures de Télémaque (on notera que le mot prince au du 17ème siècle, signifiait le monarque, le souverain ou le roi.)
- La 2ème remarque concerne l’œuvre, elle-même. En fait, les Aventures de Télémaque est une œuvre sur le prince et pour le prince. Aussi bien le message de l’œuvre que sa destination sont fortement marqués par cette présence princière. Les Aventures de Télémaque s’apparentent à un miroir du Prince.
A partir de ces remarques, on pourra se demander quelle représentation du prince se construit Fénelon en donnant à lire les Aventures de Télémaque ? En fait, cette représentation du prince ressortit d’abord d’une image du prince à exclure, puis par un passage par une épreuve qualifiante que le prince idéal doit subir afin d’accéder à l’image que le prince de Bourgogne, premier lecteur supposé des Aventures de Télémaque, doit retenir, et qui incarne le prince selon Fénelon.
Plan :
I – l’image à bannir : La grandeur factice.
1) L’esclave de ses passions.
2) L’obéissance à la flatterie.
II – L’épreuve qualifiante (de l’élection du prince).
1) D’abord un choix divin.
2) La rectification par le mérite.
III – Le retournement :
1) Entre roi et loi.
2) Le serviteur déguisé.
3) L’erreur est humaine.
I – L’image à bannir : La grandeur factice.
Dès les premiers livres des Aventures de Télémaque, Fénelon brosse le portrait de l’anti-prince, ou encore du contre exemple du prince dont Télémaque doit se souvenir pendant son parcours initiatique et forcément pendant l’exercice de son règne. Le portrait est rendu possible par la série d’oppositions que le récit établit entre deux figures antinomiques, la figure du bon roi et celle du mauvais roi. La première est incarnée par Sésostris et Beléazar, la seconde est ressortie par opposition et incarnée par Pygmalion et Bocchoris.
Quel est donc le portrait de ce prince qui n’en est pas un ?
1) Esclave de sa passion :
Le type de mauvais prince est évidemment Pygmalion, c’est anti-roi puisque au lieu d’obéir à la raison, il obéit à sa passion et en exécute les ordres au détriment de toute autre volonté. On peut lire à la page 107 « Il fait tout ce que veulent ses passions féroces » Il est donc incapable de se dominer, et de contrôler ses pulsions et ses instincts. Ce qui engendre chez lui une dualité d’être et de paraitre. Se croyant maitre de tous les autres, il n’est en réalité même pas maitre de lui même. Il a autant de maitres et de bourreaux qu’il n’a de désirs profonds.
La soumission aux passions engendre chez l’anti-roi la cruauté et partant, la haine de ses sujets. Ainsi, sa mort soulage son peuple au lieu de l’attrister ; elle est considérée comme une délivrance. On peut lire à la page 197 « sa mort est la délivrance et la consolation de tout le peuple. »
Le désir et la passion auxquels se soumet le prince accentue chez lui la peur qui se dessine sur ses sujets en se métamorphosant en cruauté. L’accumulation de la richesse et de l’or est la conséquence logique de cette soumission à la passion puisqu’elle lui permet de s’assurer une certaine grandeur. Nestor parle ainsi d’un autre exemple de l’anti prince pères : « il méprise les dieux et croit que tous les hommes sur la terre ne sont nés que pour servir sa gloire, par leur servitude, il ne veut point de sujets dont il soit le roi et le père, il veut des esclaves et des adorateurs, il se fait rendre des honneurs divins. » La folie des grandeurs est un trait distinctif de l’anti prince. La finalité de son règne n’est pas à chercher dans le bonheur de son peuple mais dans sa gloire personnelle. Une gloire qui le pousse jusqu’à rivaliser avec les dieux. C’est un souverain en quête d’esclaves et adorateurs, ce qui amène ses entourages à exploiter cette situation et lui donner cette impression ; chose qui fait que le prince en obéissant à sa passion fait appel à sa mégalomanie en s’abandonnant à ceux qui chantent cette passion : « les flatteurs »
2) La flatterie, un autre travers de l’anti prince :
L’autre travers de l’anti prince est l’obéissance aux cortèges des flatteurs hypocrites. Ces derniers sont source de corruption et d’injustice. Ils amplifient le « moi » du prince et accentuent son égocentrisme. Bocchoris, que sa naissance destine à régner ne l’a pas mérité ; le mauvais prince ne peut que connaitre l’échec parce que (p : 96): « ses maitres avaient empoisonné, par la flatterie, son beau naturel, il était enivré de puissances et de son bonheur ». Les flatteurs altèrent donc, la nature du prince et le poussent à la déchéance. Se fier aux flatteurs, c’est refuser de voir la vérité de ses propres yeux. D’où son malheur, le malheur du prince. Le paraitre des flatteurs qui font semblant d’aimer le roi n’aiment que les richesses qu’il donne en précipitant sa fin.
Le mauvais prince est celui qui écoute les flatteurs mais c’est également celui qui refuse d’apprendre et de se faire conseiller.
A la page 94, le narrateur caractérise Bocchoris ainsi : « il n’avait ni humanité pour les étrangers ni luminosité pour les sciences ni estime pour les hommes vertueux ni amour de la gloire. »
L’image négative du prince se cristallise dans un enfermement, dans une vision unidimensionnelle, de soi et du monde. Cet enfermement amplifie la mégalomanie du prince et conséquence inverse, précipite la fin de son règne. Idoménée qui a fait l’expérience du mauvais prince et de la chute de son royaume analyse ainsi son échec ( p :229) : « Mais mon orgueil et la flatterie que j’ai écouté ont renversé mon trône. Ainsi tomberont tous les rois qui se livreront à leurs désirs et aux conseils des esprits flatteurs. » L’expérience d’Idoménée prend sa dimension universelle par l’emploi de « tous les rois »suivi de la relation déterminative.
L’image du négative du prince prend forme également dans le travers inverse c'est-à-dire se défier des « honnêtes hommes » (p : 108).
Les travers de l’anti prince sont récapitulés par Mentor p 460 « Souvenez-vous O Télémaque qu’il y a deux choses précieuses dans le gouvernement des peuples auxquelles on n’apporte jamais un remède : la première est une autorité injuste et trop violente dans les rois, la seconde est le luxe qui corrompt les mœurs ». Cette récapitulation met à l’indexe et condamne la cruauté, l’injustice et donc la tyrannie, le luxe et le faste est par conséquent la corruption des mœurs.
Voici donc l’image que donne Fénelon du contre exemple du souverain. Comment peut-il opérer le passage de cette image négative à l’image du vrai prince si ce n’est en faisant passer à ce dernier une épreuve qualifiante ?
II L’épreuve qualifiante : (élection du prince)
Un prince digne de ce nom ne peut l’être que s’il est initié, autrement dit s’il parcourt le trajet réservé à Télémaque. Toutes ses aventures, tous les éléments qu’il a vécus semblent être justifiés par la seule fin initiatique : l’apprentissage de l’art de gouverner. Il est vrai que l’élection du prince n’est pas exempte de l’intervention des dieux, elle se fait également sur le mérite.
1) D’abord un choix divin
Il semble que dans les Aventures de Télémaque de Fénelon, le scripteur ne met point en question l’intervention divine dans le choix du prince. Les dieux l’ont choisi et Narbal qui est un autre initiateur de Télémaque à l’instar de Mentor, ne peut se rebeller contre la volonté des dieux même s’il s’agit d’un roi tyrannique, il lance ainsi cet aveu(p :106) « Pour moi, je crains les dieux, quoi qu’il m’en coûte, je serai fidèle aux rois qu’ils m’ont donné, j’aurais mieux qu’il ne me fait mourir que lui ôter la vie même que de manquer à le défendre. » Un aveu contraire à toute attente puisque Pygmalion est un tyran cruel et vicieux, mais qui atteste que Fénelon ne préconise aucune révolte contre le statuquo et encore moins une remise en question des choix divins. Cependant, cette délégation du pouvoir par les dieux aux hommes ne manque pas d’être nuancée par le scripteur. Ainsi, on peut lire à la page 142 :« Ce n’est point pour lui-même que les dieux l’ont fait roi, il ne l’est que pour être l’homme des peuples ». L’intervention des dieux qui semble être une fatalité ne fait pas l’objet d’une remise en question de l’essence du roi, c’est son existence qui l’est. Cette existence est, en fait, à acquérir et l’élection du roi se corrige par le mérite.
2) La rectification par le mérite :
L’assemblée chargée de choisir le roi des crétois pose les conditions suivantes pour le futur souverain ( page :146) : « On veut un roi dont le corps soit fort et droit et dont l’âme soit ornée de la sagesse et de la vertu. » Dès lors, se trouve exclus le critère de la naissance. En effet, Aristodême refuse le principe de l’hérédité conformément aux lois de Minos et parmi les trois conditions de son acceptation du règne, il exige que ses enfants soient traités sans distinction après sa mort. Si le sang n’est donc pas un critère valable pour l’élection du prince comme le montre également le contre exemple donné par Beleazar, (son élection même s’il est fils du roi ne fait que confirmer la règle puisqu’ il est choisi non pas parce qu’il est le fils de son père mais parce qu’il en est l’exact antithèse ) si donc, le sang n’est pas un critère valable, la nationalité l’est moins,( par exemple : Mentor est élu hors de son pays). Le courage et la vertu, sont par contre des variables à prendre en considération. Polydamas est élu roi sur la proposition de Télémaque en raison de son « courage » et de sa « vertu »(les mots sont dans le texte). Plus concrètement, le processus d’élection de Télémaque passe par le courage de ce dernier. Sa victoire sur le lion, sa participation et sa bravoure révèlent que l’exercice du corps est un trait recommandé dans le bon roi.
Mentor le dit clairement (p : 270) : « un prince se déshonore plus en évitant les dangers dans les contrats qu’en allant jamais à la guerre » mais la prudence est de mise. On peut lire plus loin dans la page, toujours dans la bouche de Mentor « mais n’allez pas chercher les périls sans utilité ». Cet avertissement de Mentor renseigne sur un autre trait du prince idéal à savoir la vertu qui prend sens dans la modération, la vertu est chez le prince synonyme de la domination de sa passion et de la domination de ses instincts : l’aventure amoureuse de Télémaque avec Calypso engendrant la colère de Mentor en est un exemple parlant.
Cependant, l’ultime épreuve du roi qui permet de le qualifier à la souveraineté est évidemment le refus de la royauté même. A l’image de Mentor et de Hasael ( qui est un autre initiateur de Télémaque ), ce dernier refuse son accès au trône des crétois malgré sa réussite devant le conseil des sages . Il déclare en effet, (p : 156) « vous devez choisir non pas l’homme qui raisonne le mieux sur les lois mais celui qui les pratique avec la plus constante vertu ». La théorie, notons-le, n’est pas suffisante, une mise en pratique de la sagesse est exigée. De même chez les Damiens, il refuse le règne car il veut poursuivre la quête de son père. C’est l’image du prince parfait mais absent. Sa recherche est aussi une recherche de perfection.
On voit donc que malgré l’intervention des Dieux ou si l’on opère un transfert idéologique et religieux, malgré le choix du Dieu d’un Fénelon chrétien dans l’élection du roi, le mérite est de mise. La naissance ne destine le prince à gouverner que dans la mesure où il en est digne.
III – Le retournement (le roi idéal)
Deux figures du roi idéal, dans les Aventures de Télémaque, tracent ce profil : Il s’agit de la figure du père et du berger. Le bon roi est d’entrée de jeu assimilé à un père de famille ‘’Aimez vos peuples comme vos enfants’’. La comparaison est reprise dans toute l’œuvre. En plus, l’image du berger est récurrente dans toutes les Aventures de Télémaque. Ces deux figures permettent de tracer les contours du prince idéal.
1/ Entre Roi et Loi :
Le bon prince est celui qui obéit à la loi et non celui qui fait de son pouvoir et de sa puissance une loi. Sur une demande de Télémaque qui s’enquérait sur l’autorité du roi, Narbal répond ceci :(p 142) « il peut tout sur les peuples, les lois peuvent tout sur lui.» La puissance du prince idéal est limitée, contrôlée, maitrisée par les lois. Il a une puissance absolue pour faire le bien et les mains liées dès qu’il veut faire du mal. Le pouvoir réel n’est donc pas dans la personne du prince mais dans les lois qui par conséquence freinent les abus du pouvoir. Plus que sur les peuples, les lois agissent d’abord sur le prince lui-même et leur application s’expérimente sur les gouvernants. A la page 150, on peut lire : « ceux qui ont dans leurs mains les lois pour gouverner les peuples, doivent toujours se laisser gouverner eux-mêmes par les lois. » .Notons au passage l’emploi du verbe « devoir » et de l’adverbe temporel « toujours » ; c’est la loi qui doit gouverner et non le roi qui se réduit en conséquence à un outil, sauf que, notons-le, Fénelon reste muet quant à l’origine de ses lois.
2/ Le serviteur déguisé :
L’assujettissement aux lois n’est qu’une dimension de l’assujettissement du roi au peuple. On assiste en fait, dans les Aventures de Télémaque, à un retournement de situation qui inverse l’image du tyran en quête de la servitude d’esclaves à un roi serviteur de son peuple. « Quand on est roi, disait-il (il s’agit de Mentor), on dépend de tous ceux dont on a besoin pour se faire obéir. Heureux est celui qui n’est point obligé de commander (p 157) ». L’emploi d’ « obligé » fait du gouvernement une charge et non une faveur. A la page 275, le narrateur intervient pour dire qu’il est dangereux d’être injuste en se laissant aller à une critique rigoureuse contre les autres hommes et surtout contre ceux qui ont la charge , les embarras et des difficultés du gouvernement. Dans tous les cas, un bon roi est un serviteur loyal de son peuple, voire même un martyr et c’est ce qui en fait un roi digne ; « il n’est digne de la royauté qu’autant qu’il s’oublie lui-même pour se sacrifier au bien public ».
Précaution prise pour innocenter les rois ou pour montrer à quel point ces derniers souffrent de gouverner. Tout compte fait, une récompense les attend aux Champs Elysées ; pour le sacrifice de leur liberté, les dieux leurs consacre la félicité dans les Enfers (Minos en est témoin) .
Ainsi si le peuple a Elu le roi idéal par le biais de ses sages, ce dernier se doit de se sacrifier et être reconnaissant car « un roi n’est grand que par ses peuples ».
3/ L’erreur est humaine :
Si le roi, selon Fénelon, est un serviteur loyal de son peuple, il n’en reste pas moins un être humain avec ses faiblesses et ses lacunes. L’expérience d’Idoménée laisse entendre cette imperfection chez le roi. Sa faillibilité devant ses flatteurs est, contrairement à toute attente, non condamnée par Mentor. Au contraire, il est justifié à la grande surprise de Télémaque. Mentor résume cette expérience en la plaçant dans une dimension universelle en disant : ( p : 272) « Plus on a de peuples à gouverner , plus il faut de ministres pour faire par eux ce qu’on peut faire par soi même, et plus on a besoin d’hommes à qui on confie l’autorité , plus on est exposé à se tromper dans de tels choix » . L’erreur donc, chez les rois, n’est pas à exclure. Mais à examiner profondément cette erreur, on s’aperçoit qu’elle ne provient pas du roi lui-même, mais des ministres mal choisis, ce qui revient à dire que la responsabilité de la tyrannie incombe premièrement aux ministres .Plus encore, c’est la multitude qui est à l’origine de l’erreur. En effet, on peut lire à la page 273 : « l’imperfection des rois vient de la corruption, de la multitude. Mais les rois ne sont pas moins à plaindre, n’étant qu’homme c'est-à-dire faibles et imparfaits, d’avoir à gouverner cette multitude innombrable d’hommes corrompus et trompeurs ».
Tout compte fait, le roi parfait n’existe pas encore, l’imperfection est un trait de l’image du prince. On voit, en effet, se défiler dans les Aventures de Télémaque ce syllogisme « l’erreur est humaine, le roi est un homme donc il est susceptible de se tromper ». Ceci laisse supposer un : un pardon préalable aux erreurs des rois ; deux, un redressement des hommes qui n’est possible que grâce à l’intervention des Dieux. (p : 273) « Il faudrait les Dieux pour redresser les hommes ».
L’image que le lecteur se fait du bon prince dans Les Aventures de Télémaque fait de ce dernier un être humain qui se fait serviteur des lois et des peuples. S’il se trompe, il est tout pardonné car son imperfection n’est qu’une garantie de son humanité.
On aura vu que, dans Les Aventures de Télémaque de Fénelon, deux images antithétiques du prince se profilent. La première est celle d’un roi tyrannique sur son peuple mais esclave de sa passion de sa mégalomanie, la deuxième est celle d’un prince dominée par les lois et serviteur de son peuple. De l’une à l’autre image, Fénelon propose soit la soumission (le cas d’Idoménée) soit l’apprentissage par la quête de la sagesse. Télémaque est, en fait, l’image parfaite du bon prince en devenir, la fin du récit coïncide avec la fin d’initiation et l’accès de Télémaque au titre de bon prince. Mais si Télémaque a l’occasion d’apprendre sur le terrain, le prince de Bourgogne a un autre outil non moins efficace : le récit des Aventures de Télémaque qui lui permet d’apprendre « l’art de régner » en goutant au plaisir du texte.
(PS : Merci à Mme Samira Yassine pour avoir porté ce document sur ordinateur)

  




 Réponse N°1 30243

re
  Par   marocagreg  (Adminle 15-03-13 à 18:18



Merci pour la dédicace cher ami, mais je ne suis ni prince, ni roi, Dieu merci !





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