Le miroir brisé

 Par Jeafari Ahmed  (?)  [msg envoyés : 326le 06-03-12 à 11:40  Lu :1516 fois
     
  
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Le miroir brisé
Nouvelle
JAAFARI Ahmed
2011
Pour anticiper la journée de la femme, je dédie ce récit, qui est une vision du monde au féminin, à mes collègues hommes et femmes.
C’est un projet d’écriture que j’ai développé avec mes élèves, et auquel j’ai ajouté des passages pour mon propre plaisir, que je ne pouvais pas soulever avec eux et que j’ai signalés en italique (si la différence de caractères ne se voit pas, vous devinerez ce qui peut être censuré).
« Sois belle et tais-toi !!! »
À toutes les femmes qui comblent le monde par leur intelligence, leur sensibilité, et leur intuition, peu importe que vous soyez belles, je vous en conjure, ne vous taisez pas !
J. A
Nous étions en 2007 ; Cette année qui marqua un tournant dans la vie de la famille. Hanaa et moi, avions déjà cette petite chambre, et notre grand frère Hamza dormait au salon.
Dans notre chambre, nous n’avions pas beaucoup de place à cause du bureau qui avait accompagné mon frère jusqu’à son dernier diplôme ; mais on ne pouvait pas s’en séparer parce que Hanaa, au baccalauréat, en avait vraiment besoin.
En ce qui me concernait, mes exercices de 3ac, je les faisais devant mon feuilleton préféré ; surtout avec le nouveau téléviseur écran plat, offert par Hamza, qui venait d’être titularisé dans son premier emploi. Il avait beaucoup de déplacements, et cela lui permettait d’économiser de l’argent. Il voulait améliorer la situation de la famille, et surtout gâter ses sœurs. C’était ainsi, que j’avais pu le convaincre d’acheter une mini chaîne Hifi. Et faute de place au salon, on l’avait installée dans notre chambre.
Au début, Hanaa n’était pas d’accord, parce qu’elle avait peur d’être dérangée dans son travail : elle préparait son bac sciences expérimentales. Il ne faut pas croire que ma sœur était une fille renfermée. Au contraire, elle était sympathique, et plutôt belle, et cela la rendait aimable. Quelques bisous avaient suffi à vaincre ses réticences. De plus, en utilisant les écouteurs de l’ordinateur, sur la chaîne, je lui laissais la machine, et je ne dérangeais personne quand j’écoutais mes chansons préférées.
Seulement, cela ne me suffisait pas d’écouter ; je chantais avec les écouteurs aux oreilles. C’est ainsi, qu’une après-midi, où j’étais seule à la maison, et que j’écoutais et chantais à haute voix, je fus secouée par quelqu’un. Je me retournai et vis alors mon père, le visage rouge de colère. D’un geste brusque, j’arrachai les écouteurs, et tentai d’arrêter la chaîne. Je ne savais pas encore la manipuler. Alors à travers les écouteurs, on entendait la belle voix de Céline Dion : My heart will go.
Le cœur qui battait fort, j’attendais la réaction de mon père. Je n’avais pas peur d’être battue, je ne l’avais jamais été. Mais, j’avais trop honte pour lever les yeux, suite à la promesse que je lui avais faite, de travailler mieux, après les mauvaises notes que j’avais eues, à la fin du premier semestre.
Mon père, qui avait encore bu, et qui n’avait pas trouvé sa victime qu’il humiliait d’habitude, me dit alors :
- Tu veux gâcher ta vie, comme ta mère ?!
J’étais profondément blessée, mais je pensais qu’il fallait laisser passer ce mauvais moment, comme je faisais toujours. Ma mère qui était juste allée chercher des ingrédients pour ses gâteaux, rentra. Et avant qu’elle ne comprenne ce qui s’était passé, j’étais déjà dehors.
Je voulais faire un tour en attendant que mon père se calme. Je me demandais surtout ce qu’il allait faire, s’il savait que je voulais devenir chanteuse.
Au fur et à mesure que j’avançais dans la rue, des visages familiers me souriaient. C’est cela l’avantage des quartiers populaires, surtout les plus antiques, comme Hay Mohammadi : Les gens se connaissent et se saluent.
En regardant ces femmes, je ne pouvais m’empêcher de penser à leur misère. Même jeunes, elles paraissaient vieilles. La femme marocaine passe sa vie à travailler à la maison. Dès qu’elle se marie, elle se met au service de la famille.
Et maman ! Pauvre maman. Après avoir élevé trois enfants, elle continuait à subir la violence de mon père. Je me demandais à quoi servait cette journée de 8 mars dédiée à la femme. Et puis, qu’est-ce que c’était cette Moudawana avec laquelle on nous cassait les oreilles, à la télévision ?
Sur le chemin du retour, je pensais qu’il fallait que je parle à ma mère de mon projet, car le délai de dépôt des candidatures approchait.
Une fois à la maison, je trouvai ma mère en train de faire des Cornes de gazelle. Papa n’était plus là.
Elle leva les yeux et me dit : «
_ Et bien, ce n’est pas aujourd’hui que tu apprendras à préparer la farce !
_ De toute façon, répondis-je, avec papa, on ne peut rien apprendre.
_ Oui, mais tu peux toujours m’aider à envelopper la farce » dit-elle.
Avant de commencer, je remis en marche la chaîne, mais sans écouteurs. Céline Dion emplissait la maison de ses harmonies. Je me lavai ensuite, les mains, et les ongles, mis le deuxième tablier de maman, nouai un foulard sur la tête, et attaquai ma première Corne de gazelle.
Je pris une boulette de pâte que ma mère avait déjà préparée, je l’aplatis jusqu’à ce qu’elle soit devenue une feuille transparente. J’empoignai alors de la farce, dont ma mère jugea trop grande la quantité ; j’en ôtai un peu et la mis au centre de la feuille de pâte. J’en relevai un bord et l’appliquai sur l’autre. Je posai ensuite, délicatement mes doigts sur le relief que faisait la farce, et essayai de lui donner une forme arquée qui ressemblait plus à une corne qu’à une cheville de gazelle, tout en me demandant d’ailleurs, d’où venait cette appellation arabe, marocaine : cheville de gazelle, alors que le gâteau ressemblait plutôt à une corne.
Une fois satisfaite de mon modelage, je coupai, à l’aide du rouleau dentelé, la pâte qui dépassait, et appliquai le bout de pousse tout le long de la fermeture, ce qui accentuait encorne la ressemblance avec la corne.
Dès que j’eus terminé, je pris le gâteau et le plaçai à côté de ceux de ma mère. Il n’avait pas bonne mine mais j’en étais fière.
Pendant tout ce temps, ma mère n’avait pas dit un mot. Je trouvai cela inquiétant, et j’en profitai pour lui demander ce qui s’était passé quand j’étais dehors. Elle répondit : «
_ Que veux-tu qu’il se passe ?! Ton père a crié, pris son portable qu’il avait oublié et est ressorti.
_ Mais, j’ai le droit de chanter, maman ! Lui dis-je
_ Tu devrais plutôt, travailler pour réussir ta 3ac. Me rétorqua-t-elle.
_ Mais moi, j’aurais aimé être chanteuse !soupirai-je.
_ Pourquoi pas danseuse ?! dit-elle, en mettant devant moi une série de boulettes de pâte.
J’avais compris l’allusion : dans notre société, la chanteuse est mal vue, et ma mère, aurait pu dire « Chikha », ce qui était vraiment une insulte pour une femme. Ce qui était bizarre c’était que le masculin : « Cheikh » était un honneur pour un homme car cela voulait dire âgé, honorable, pieux, savant… !
Quoiqu’il en soit, je me défendis :
_ Maman, les candidates que tu vois sur « Studio 2M » ne sont pas des mauvaises filles !
J’essayai maladroitement de lui expliquer que les préjugés portaient atteinte à la dignité humaine, mais cela ne fit qu’éveiller sa méfiance. En effet, ma mère, qui jusque là ne se doutait de rien, eut tout à coup l’impression qu’il y avait quelque chose derrière mon obstination :
_Anghame ! Mais, qu’est-ce que c’est que cette histoire de chanter et de chanteuse ?!
Je compris, à cet instant-là que c’était le moment de parler. Devais-je écouter ma peur et renoncer ? Ou faire preuve de courage et foncer?
Je trempai mes doigts dans le bol à huile, j’enduisis la surface de travail et commençai à aplatir ma pâte :
_ Maman, écoute-moi, s’il te plait, c’est sérieux ! Je veux participer à l’émission « Studio 2M ».J’ai des chances de réussir, et cela ne veut pas dire que je veux délaisser mes études !
Ma mère resta un moment interloquée, puis ses yeux se mouillèrent. Quelques larmes commençaient déjà à perler aux coins de ses beaux yeux. Oui, maman était une belle femme, elle gardait encore beaucoup de charmes malgré toutes les souffrances qu’elle avait endurées, et qu’elle continuait à subir. Ce qu’elle confirma d’ailleurs, en éclatant en sanglots. Elle délaissa le gâteau qu’elle était sur le point de finir, et se mouchant contre le revers de sa manche droite, geste que je lui excusai, vu les circonstances :
_ Mais dis-moi, tu veux me tuer ! Tu veux donner raison à ton père ? Tu ne sais pas ce que j’ai pu entendre quand tu étais dehors.
_ Je sais maman ! Tu ne mérites pas cela ! Mais je te jure que je vais d’abord essayer, parce que ce n’est pas gagné d’avance ! On ne dira rien ! Ce sera notre secret, maman chérie ! Et si jamais, je réussis, on verra comment se débrouiller pour convaincre papa ! Il n’est pas mauvais après tout, et il nous aime bien le pauvre, si ce n’est ce maudit alcool qui le détruit.
_ Écoute ma petite, c’est vrai que tu as une belle voix, quand tu chantes même si je ne comprends pas ce que tu dis, mais, crois-moi, c’est une folie pour une marocaine de s’essayer au chant ! Et puis, peut-être après, une fois tes diplômes en poches, tu seras respectée. Rappelle-toi la pauvre Raja Belamlih : elle avait sa licence, et elle chantait la belle poésie arabe.
_ Ne t’en fais pas maman ! Cela se passera bien ! J’ai ma petite idée. Essuie tes beaux yeux ! Et terminons ces gâteaux ! Dieu nous trouvera une solution !
Avec un sourire mélancolique, maman changea de sujet, mais non sans relever ma remarque à propos de ses yeux :
_ A quoi cela m’a servi d’être belle, et qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Tu sais ma petite, les hommes sont traîtres, ils se délassent vite d’une femme, et recherchent d’autres avec qui ils peuvent s’amuser encore.
_ Mais maman, c’est de la faute des femmes. Elles s’oublient elles-mêmes. Regarde-toi maman, quand est-ce que tu t’es faite belle pour la dernière fois ? Si je me rappelle, c’est il y a deux ans pour le mariage, de mon oncle.
_ Oui, mais à quoi bon ?et pour qui ?
_ Mais pour toi-même ! Pour te sentir bien dans ta peau ! C’est cela le problème des femmes arabes : elles croient que se faire belles c’est juste pour un homme. Tu verras, maman, dis-je en riant, quand on terminera, je te ferai une séance de massage, manucure, pédicure, coiffure, retouches, que tu ne te reconnaîtras plus.
Maman, pouffa de rire, et me dit :
_ Je crois que toi, tu es tombée sur la tête. Est-ce que tu n’aurais pas l’intention de m’inscrire moi aussi, à ce concours !
À ce moment de la discussion, je compris que j’avais gagné le parti de ma mère, et que l’avenir s’annonçait déjà, avec une lueur rose.
Nous terminâmes nos gâteaux, et les laissâmes reposer. Ma mère m’expliqua que pour avoir de bonnes cornes de gazelles, qui ne s’effritent pas et qui se conservent assez longtemps, il faut les laisser reposer toute une nuit, avant de les mettre dans le four. C’est ce que nous avions fait, après avoir pratiqué deux ou trois trous avec le bout d’une épingle, au sommet de chaque gâteau, lesquels trous servaient de cheminée pour que le gâteau ne s’ouvre pas, sous l’effet de la pression de la farce, au moment de la cuisson. Le résultat, succulent comme d’habitude, ne démentit pas la réputation de ma mère. J’eus aussi ma part de compliments, même si mes gâteaux semblaient un peu désorientés, c’étaient les premiers qui furent dégustés. Mais ma vraie gloire était sur un autre plan.
Ce soir-là, une bonne fée était passée par la maison ! Maman, belle et remise en forme par mes soins, trônait en reine et ce n’était que justice dans cette journée de 8 mars. Pour se faire pardonner, sans doute, papa, sortit et ne revint qu’avec un gâteau, et un petit paquet, soigneusement emballé dans du papier cadeau ! Le sourire que m’adressa maman en réponse à mon clin d’œil, était passé inaperçu, mais cela renforçait notre complicité.
Le bonheur familial fut complet par le retour de mon frère Hamza, qui avait passé une semaine à Tanger où l’avait retenu son travail. Dans ses bagages, hamza avait des cadeaux pour tout le monde. Il faut préciser que mon frère était de la nouvelle génération ; Celle qui avait commencé à avoir un peu de respect pour les femmes, puisqu’elles avaient tout de même, prouvé qu’elles étaient capables d’occuper tous les postes, et y exceller. Mon frère avait beaucoup de collègues femmes, qu’il admirait. Il y en avait même une qu’il admirait plus que les autres. On en parlait à la maison, et ma mère partageait avec nous, les filles, cette intuition féminine, qui nous disait qu’un jour cette collègue ferait partie de la famille.
Mon frère hamza déballa donc ses affaires et nous épata par son goût à choisir les tissus qu’il nous avait apportés. Son métier de désigner était sûrement derrière ce don qu’il a de découvrir la beauté des choses. D’ailleurs, c’est lui qui avait décoré et meublé le salon de coiffure de mon père. Et cela aurait pu bien marcher pour mon père, si ce n’était la concurrence. De plus mon père refusait de se mettre au goût du jour, et continuait à coiffer les hommes d’un certain âge. Il disait qu’il n’était nullement question pour lui de s’amuser à tondre et à zébrer ces jeunes qui passaient leur temps à se décorer le crâne selon les humeurs de leurs idoles.
Bref, ce soir-là la fête était au complet. On avait écouté de la musique, et mon père, poussé par ma mère m’avait même demandé de chanter. Mon frère, mit alors, sur la chaîne l’option Karaoké, que je ne connaissais pas encore, et j’accompagnais, Oum Kelthoum, que mon père adorait, dans sa « El Hobi Kollou » (Tout l’amour).J’y mis alors toute mon âme que tout le monde fut ensorcelé, comme sous l’effet d’un charme. Les regards que mon père dédiait à ma mère durant toute la chanson, montraient que tout n’était pas encore perdu entre eux. À la fin, ses applaudissements, plus que ceux des autres, m’allèrent droit au cœur.
Les jours passèrent tant bien que mal, et ma maman ne parla jamais de mon projet. Avait-elle oublié ou préférait-elle ne pas y penser. Toujours est-il que j’avais déjà mis à exécution la première partie de mon plan. En effet, il fallait d’abord remplir les conditions du concours, et la première constituait pour moi, un obstacle majeur, mais que j’eus vite fait de franchir. Ainsi, pour répondre à la condition de l’âge seuil requis, c’est-à-dire dix-huit ans, je fis ce que je n’aurais jamais osé imaginer :
Hanna et moi, nous nous ressemblions comme deux gouttes d’eau, mais avec trois ans de différence. L’idée d’utiliser sa carte, me faisait peur, mais j’avais franchi le point du non retour. Un soir, qu’elle était plongée dans ses démonstrations scientifiques, je subtilisai sa carte, et sous prétexte d’aller rendre visite à ma copine Leïla, je sortis et fis une copie de la carte, dans la téléboutique du coin. Ainsi, avais-je pu envoyer ma candidature. Et J’attendais avec impatience de recevoir la convocation, ou d’être appelée par téléphone. Il faut dire que l’adresse que j’avais donnée était celle de ma copine Leïla, que j’avais mise dans la confidence, et qui ne partageait pas l’idée de mon projet, qu’elle qualifiait de « folie ».
Leïla, ma copine, était plus âgée que moi. En réalité, elle était la copine de ma sœur, seulement, au collège, n’étant pas aussi brillante que Hanna, elle avait choisi de faire le centre de formation, au lieu de continuer au lycée. Il faut dire que cela lui a bien réussi. En effet, Leïla avait choisi la couture. Et ayant un don pour la création, elle avait amélioré son savoir, et était devenue une excellente couturière et modéliste. Leïla portait le voile déjà à cette époque-là. Toutefois, c’était le genre de voile qu’ on commençait à voir dans notre société, ces dernières années .C’est-à-dire, un voile moderne, où la créativité féminine avait atteint un degré, qu’on ne savait plus si c’étaient des vêtements qu’on mettait pour voiler, ou plutôt pour dévoiler ,ou plus précisément pour mettre en valeur la féminité . Il faut dire que les filles commençaient déjà à avoir un rapport à leurs corps différent de celui qu’avaient leurs mamans. Elles sentaient que leurs corps leur appartenaient, et elles prenaient de plus en plus de liberté face à ce corps. Et si c’est vrai que la sexualité est un sujet tabou, elle était de plus en plus pratiquée, et à un âge de plus en plus précoce. On en parlait déjà, au collège, dans des leçons ou lors d’une visite d’un représentant du ministère de la santé. Même si c’était dans le cadre de la prévention contre les maladies transmissibles, cela constituait pour nous les élèves une occasion de briser la glace qui entourait ce sujet. En ce qui me concernait, j’avais déjà mes menstrues, et heureusement, que j’y étais préparée en quelque sorte, puisque je savais déjà de quoi il s’agissait : ma mère tenait à ce que les problèmes qu’elle avait eus avec Hanna, ne se répètent pas avec moi. Une fois, mes premières frayeurs passées, je m’étais habituée à cette contrainte plus ou moins mensuelle. Au début, je ne trouvais pas beaucoup de sang, de sorte qu’il me suffisait de puiser dans les lingettes de Hanaa, sans qu’elle s’en aperçoive. Quant à maman, elle avait déjà entamé sa ménopause. On n’en parlait pas, mais cela était visible, aussi bien sur son corps, que sur son humeur. Elle avait grossi quelque peu, et devenait facilement irritable.
En tous cas, mes premières règles, m’avaient donné l’impression d’être devenue une femme, et d’ailleurs, un jour que je prenais mon bain, je découvris que je ressentais un plaisir étrange quand je frottais certaines parties de mon corps. Je pris l’habitude d’approfondir et de prolonger ces attouchements agréables. Je ne savais pas encore les limites de ce plaisir. Ce n’est que plus tard que j’ai eu un orgasme. Depuis lors, j’attendais avec impatience, l’occasion de prendre une douche. C’était devenu pour moi un moment d’intimité, qui me plongeait dans une sorte d’excitation fébrile, dès que je refermais la porte derrière moi. Je fermais alors les yeux et je m’imaginais dans les bras d’un de ces beaux acteurs des feuilletons turcs en vogue sur nos chaînes. Mais mon seul compagnon était l’eau, dont la liquidité m’enveloppait de caresses et portait mon désir à fleur de peau vers sa satisfaction voluptueuse. À cette époque-là, l’eau m’habitait déjà, de sorte que le bruit d’un robinet qui coulait suffisait à m’exciter. La facture qui alarmait papa, était pour moi une preuve de cette liaison désormais, inscrite en Billet-Doux, qui me faisait parfois rougir, quand j’en entendais parler.
Mon père devenait fébrile à mesure qu’approchait le jour de son départ vers les terres saintes. Le billet d’avion que Hamza lui offrit pour l’occasion venait consolider la somme d’argent qu’il lui avait remise comme cadeau le jour où il nous avait apporté les tissus de Tanger. C’est Hamza qui, tenant à sa façon à arranger les choses, eut l’idée de cette Omra !
Le billet était de la part de la sœur de Radia, la collègue de Hamza qu’on appelait désormais par son nom. Elle travaillait dans une agence de voyage.
La petite réception que nous fîmes la veille du départ de mon père, devait compter en plus de nous, mon jeune oncle et sa femme, nos voisins de l’étage, Leïla et sa vielle mère, et enfin Radia que hamza tenait à présenter à mon père, malgré les protestations de ma mère, qui lui répétait que ce ne serait pas bien vu d’inviter sa future femme, si rien n’était encore fait, officiellement. Propos auxquels Hamza répondait, en riant, que cela ne se faisait plus, et que même les femmes pouvaient aller demander la main à un homme si elles le voulaient. Et que de toutes les façons, ce n’était qu’une amie. Ma mère, riait de ce qu’elle prenait pour une grossière plaisanterie, mais l’argument du billet d’avion, jouait en faveur de Hamza.
Ce jour-là à la dernière minute, Hamza reçut un coup de téléphone où radia s’excusait de ne pouvoir laisser sa mère souffrante, toute seule. Ma mère se montra désolée, mais en réalité, elle était soulagée, car elle ne tenait pas à ce que les choses se passent autrement que selon la tradition. Notre petit salon, était très animé, d’une part, mon oncle, qui aimait beaucoup plaisanter, riait avec Hamza, sûrement à propos de mariage, de l’autre, mon père conversait à haute voix en berbère avec la mère de Leïla. Ce qui m’étonnait c’est que mon père se sentait bien quand il parlait en berbère. Nous, nous n’en comprenions que des bribes. Mon père, Si Brahim ; était effectivement un berbère, dont la famille était installée depuis trois génération à Casablanca. Il avait connu ma mère, d’origine Fassi mais d’une famille très modeste, quand ils étaient ensemble au lycée. Plus tard, il réussira à la séduire, car il avait beaucoup de charme, en témoignaient les photos qui garnissaient nos albums. Et ce que ma mère ne disait pas, c’était qu’elle fut obligée de le présenter à sa famille, pour sauver les faces. Ce fut la fracture, qui l’éloigna d’eux. Elle avait causé une brèche dans le miroir. Un exposé que je devais faire dans la classe d’arabe, qui parlait de l’éducation des filles me laissa beaucoup d’idées en tête. Je ne comprenais pas beaucoup de choses, mais j’ai dû apprendre par cœur, pour presque réciter ce que je devais normalement exposer, si j’avais fait un vrai travail de recherche, d’après mon professeur. Mais, si c’est vrai que les livres apportent la vraie connaissance, l’internet, permet de gagner beaucoup de temps. Tout y est donné. Il suffisait d’un simple copier-coller. IL ressortait de cette étude, dont je ne gardais même pas les sources, que les filles devaient suivre le modèle laissé par les anciens, ou plutôt, les anciennes. Une fille se devait de se regarder dans le miroir de sa mère. La tradition vénérable imposait que la femme soit justement la gardienne des pratiques et des mœurs des aïeules. Le rôle d’une femme était au foyer. Elle se consacrait à l’éducation des enfants. Quand on disait les enfants, cela voulaient dire les garçons. Les filles, quant à elles, ne posaient pas de problème. Elles suffisaient qu’elles suivent le modèle de la mère. Ce n’était qu’à la veille de l’indépendance que les petites filles commençaient à aller à l’école. Et c’est là où elles avaient vu d’autres femmes, qui ne ressemblaient guère à leurs mères. Ces maîtresses venues de l’occident apportaient un autre modèle. Plus tard, ces filles instruites participèrent à améliorer la situation des femmes au Maroc. Et c’est grâce à elle, que l’alphabétisation prit une dimension de lutte, au-delà de l’ignorance, contre la pauvreté, et les inégalités sociales .Il restera à faire, car le poids des traditions pèsera longtemps sur la société, et l’alphabétisation des femmes, et des filles dans les compagnes, éclairera les esprits , et servira à combattre toute domination et tout intégrisme, principales sources de terrorisme.
La famille de ma mère essaya de se rattraper. De temps en temps, quelques tantes maternelles, ayant réussi leur vie, se permettaient de venir exercer leur condescendance, à notre égard, mais elles étaient reçues froidement. Mon père avait d’ailleurs mis un point d’honneur à n’accepter aucune charité. Et il nous éleva de la sorte, avec cette fierté des purs sangs, fougueux et indomptables : on aura beau leur tendre de l’herbe bien verte, bien grasse, on n’arrivera pas à les capturer. Ainsi, ma mère n’avait gardé de sa famille que les bonnes manières, et les recettes secrètes des gâteaux. Mon père, quant à lui, il avait laissé le soin à ma mère de nous élever, tant il était occupé à gagner le pain quotidien. Il avait dû quitter le lycée pour chercher du travail. Après avoir tâté de tout, et puisqu’il n’avait pas la fibre du commerce dont les berbères faisaient preuve, il avait atterri comme apprenti chez un coiffeur, qui lui laissa plus tard son salon.
Donc, mon père se sentait vraiment heureux quand il rencontrait Leïla chez nous. Ils bavardaient en riant sans retenue. J’admirais à ces moments-là, Leïla car elle communiquait sans aucune gêne avec mon père. J’en étais aussi jalouse. Mais, j’apprendrais plus tard, que les berbères sont ainsi. On les méconnaissait beaucoup. Ils avaient beaucoup de modernisme, dans leurs rites et habitudes. Premiers habitants du Maroc, ils étaient là bien avant la pénétration de l’islam. Ils avaient vu défiler toutes les civilisations qui s’étaient succédé autour de la Méditerranée. Des Grecs, aux Ottomans, en passant par les phéniciens, les romains, l’héritage culturel est immense, et la liberté dont jouit la femme berbère, confirme la légende de La Kahéna , reine mythique des berbères.
D’ailleurs, beaucoup de traits de caractère, chez Leïla ne finissaient pas de me surprendre. Son voile moderne, sa démarche provocante, son rire franc et charmeur, et sa beauté, qui étourdissait un nombre croissant de soupirants. Mais elle avait autre chose, en tête. Quand je lui demandais pourquoi elle repoussait les demandes de mariage, elle répondait que ses projets ne lui permettaient pas de gâcher sa vie. Je ne comprenais pas ce qu’elle voulait dire, mais son projet, que je trouvais audacieux et original, n’était pour moi qu’un prétexte, car dans sa voix, je décelai souvent une certaine tonalité, que mon oreille musicale, n’arrivait pas à déchiffrer. Cependant, le défilé de mode qu’elle caressait l’espoir de monter, retenait toute son attention. Tous les jours, elle recevait chez elle des filles qui jouaient le rôle de mannequin, pour sa première collection de voile moderne. Ces filles n’avaient pas la taille des mannequins qu’on voyait à la télé, ou dans les magazines, mais Leïla avait bien compris que les filles ne s’embarrassaient plus de leur corps. Elles vivaient leur corps, qu’elles soient maigres, sveltes, rondes, ou même obèses. Elles savaient ressortir leurs charmes, et passaient pour belles tant elles y croyaient. En effet, la beauté, étant relative, elle se découvre et se communique. C’est un maintien, qu’on acquière et qu’on reflète. Leïla avait compris cela, et m’expliquait qu’elle comptait en faire le thème de sa collection.
Mon père, ce soir-là, sentit que j’étais un peu jalouse, et vint m’enlacer, et après m'avoir complimentée sur mes cornes de gazelles que désormais je confectionnais presque aussi parfaitement que ma mère, il me demanda de veiller sur la famille en son absence. Je savais que c’était une façon de me responsabiliser, et de me dire de faire attention à moi-même, puisque j’étais la plus petite de la famille.
Le lendemain, Hamza, ramena la voiture de service et nous emmenâmes mon père à l’aéroport. De retour à la maison, Hamza partit rendre la voiture à la société. Il avait pris un congé pour rester avec nous pendant l’absence de mon père. Quand il rentra à la maison, il rencontra le facteur qui se demandait, en l’absence de Leïla, à qui appartenait cette lettre, qui portait l’adresse des voisins, mais où figurait notre nom de famille. Hamza la prit et l’ouvrit pour s’assurer de son vrai destinataire. Quand, il rentra à la maison, j’étais déjà aux commandes de la chaîne, et j’avais déjà opté pour la chanson que j’allais chanter en Karaoké. Il me tendit la lettre avec un regard interrogateur. En tendant la main, pour la prendre, je savais déjà de quoi, il s’agissait. Je tentai de ne pas rougir, mais c’était plus fort que moi. Mon regard se brouillait, et je baissai les yeux sur la lettre, sans pouvoir voir quoi que ce soit.
Une heure plus tard, nous étions assis au salon, Hanaa, Hamza, maman et moi. Hamza ayant écouté tout ce que j’avais à lui dire, me dit d’un ton doux et calme, qu’il avait une proposition à me faire. J’étais étonnée de la rapidité avec laquelle, il pensait pouvoir me répondre. Mais, ce qu’il me dit m’intéressa beaucoup. En effet, Hamza, me proposa de passer le test, pour avoir une idée, puisque j’étais décidée au point d’avoir commis la « bêtise » d’usurper une identité. Il me promit de m’accompagner : le rendez-vous était pour le surlendemain . Mais, qu’ensuite, je devais renoncer, à cette idée, non pas pour toujours. IL m’offrit la possibilité de m’inscrire au conservatoire de musique. IL me paierait les cours pour que j’apprenne vraiment, en commençant par le commencement comme les vrais artistes. La proposition me séduisit, d’autant plus que je lui en savais gré d’avoir appelé mon délit, une bêtise. Je me sentais prise en main, et tellement soulagée de tout le poids qui pesait sur ma conscience tout le temps qu’avait duré, ce rêve d’être chanteuse.
Parallèlement, hamza me conseilla vivement de penser à faire des cours de soutien pour améliorer mon niveau scolaire, et essayer de réussir avec une bonne moyenne qui m’ouvrirait l’éventail des choix de carrières à suivre.
Aujourd’hui, bien des choses ont changé dans notre vie.
Si Brahim, mon père portant une barbiche grisonnante, met sa djellaba blanche et se prépare à aller la mosquée pour la prière du vendredi. Gentil papa, trois générations à Casablanca n’ont pas suffi pour te changer, puisque dès que tu mets ta djellaba et le petit bonnet blanc souvenir des terres saints, tu retrouves ton aspect berbère, que j’aime tant, et qui me rappelle combien la question de l’identité qu’on soulève de plus en plus ces derniers temps, est vraiment capitale. On ne peut renier ses origines, et sa culture. Au contraire, il faut l’assumer et aller vers l’autre. La diversité culturelle de notre société est une richesse qu’il faut savoir préserver. Le dialogue des cultures et une nécessité absolue. Il en va de même pour les religions, leur diversité revue à l’ordre du jour n’en sera que bénéfique, et source de tolérance.
L’harmonie ne vient que de la différence. J’en sais quelque chose, à ma troisième année de conservatoire. Quand je me rappelle, le temps où je voulais chanter, je rougis devant ma naïveté. Quand on ne sait pas, on croit savoir. D’ailleurs, l’échec que j’ai essuyé lors du test de « Studio 2M » a été confirmé, quand j’ai débuté mes cours de musique. Dorénavant, je sais que la musique est d’abord, une science avec toute la rigueur de la logique mathématique. Le chant, au-delà du don, doit s’apprendre avec méthode, et exercices. Mais j’en suis heureuse, parce que cette formation que je suis, et les cours que j’avais faits pour me rattraper à la fin du cycle collégial m’ont rendue meilleure. Aujourd’hui, j’en suis à ma première année de médecine dentaire et je crois que j’ai tout ce qu’il faut pour réussir.
Je ne remercierai jamais assez mon adorable Hamza. Son soutien m’a permis de me retrouver et de suivre mon destin, que j’ai quand-même choisi. Je ne souffre pas beaucoup de son absence, puisque son mariage, ne nous a pas beaucoup séparés. Il habite tout près. Je crois que la surprise qu’il nous a causée quand il a demandé à ma mère d’aller demander la main de Leïla était un vrai rebondissement digne des histoires mexicaines. Mais au fond cela était logique et clair. Tout s’expliquait et s’arrangeait pour le mieux. Leïla avait un projet, et l’a mené à bien. Elle a eu le génie de faire son défilé lors du mariage d’une cliente aisée, célébré dans une salle très en vogue. Depuis, elle reçoit beaucoup de commande. Mais son projet, qui m’avait un jour fait douter des raisons de son refus de se marier, était bien de gagner le cœur de Hamza. Elle y est parvenue. Depuis quand, avait elle commencé ses démarches ? On ne sait pas encore tous les détails de leur histoire. Je soupçonne même Leïla d’avoir mis Hamza au courant de mon projet, même si elle le nie catégoriquement. Mais la promptitude avec laquelle il m’avait répondu ce jour-là, me laissera toujours des doutes.
D’ailleurs, Leïla était toujours présente dans notre vie. C’est elle qui avait raconté à Hanaa, ce qu’on disait à propos du mariage de mon père et de ma mère. Sa mère lui aurait dit cela. Elle connaissait mes grands-parents. Elle était en quelque sorte de la famille. Hamza habite avec elle et sa mère. Mon père n’en est que satisfait.
L’autre jour, j’ai soulevé avec ma sœur, cette question de mariage précipité de ma mère. Elle m’a stupéfaite avec des réponses que je n’aurais jamais imaginées. Il faut dire que depuis qu’elle s’est inscrite cette année, dans un master, après sa licence, elle a totalement changé. Elle ne parle que de droits de femmes face à la domination masculine. Des termes comme, équité, parité, et égalité sonnaient dans tous ses discours comme une sorte de devise. Assises tranquillement dans un café, comme nous avons pris l’habitude de le faire, elle m’a expliqué que cette idée de la virginité de la femme, c’était une croyance héritage des traditions, que les hommes maintenaient pour garder le contrôle sur les femmes. La femme doit garder sa fleur pour un homme qui va venir la cueillir. On joue la comédie. Comme si c’était une preuve de la pureté d’une fille. Alors que le garçon n’a pas besoin de prouver sa virginité. Beaucoup de pauvres filles attendaient longtemps ce prince charmant, qui ne viendra pas. La fleur peut faner entre-temps, peu importe, si l’honneur est sauf. Elle soutient que cela n’avait rien à avoir avec la religion, comme beaucoup d’autres traditions. La circoncision, que nos voisins d’en haut, avaient fêtée la veille, en est une autre. Mais quand elle a abordé le sujet de l’excision dont j’ignorais même jusqu’à l’existence, j’ai eu un haut-le-cœur. Comment peut-on être barbare jusqu’à ce point. Mon clitoris m’a fait mal, et je n’ose plus le toucher. Il me faudra longtemps pour me réconcilier avec mes attouchements, qui ne sont plus aussi fréquents que par le passé, mais que je retrouvais parfois délicieusement.
Ce jour-là une autre surprise m’a coupé le souffle. Hanaa, tout en parlant, a glissé sa main dans son sac et a sorti, le plus naturellement du monde une cigarette qu’elle a allumée avec désinvolture. Je n’en croyais pas mes yeux. Quand je lui ai demandé presque en criant ce qu’elle faisait. Elle a tiré une bouffée de sa cigarette, l’a gardée un instant, puis a libéré la fumée avec volupté. Elle m’a demandé alors ce que je pensais d’une fille qui fumait. Je lui ai répondu sans hésiter que c’était une prostituée. Cela m’a valu une boutade, et une longue argumentation, qui m’a intriguée avec sa logique. En effet, Hanaa, m’a rappelé combien les préjugés pouvaient porter atteinte à la dignité humaine. Elle m’a demandé si je pensais qu’elle était une prostituée. Quand, j’ai répliqué que bien évidemment, il n’en est pas question. , il m’a affirmé qu’elle fumait de puis deux mois déjà, et que s’il y a quelque chose à reprocher, il faut le faire comme ce qu’on fait pour un garçon. Il faut invoquer l’argument de la santé, et non celui des mœurs. Pourquoi un garçon ou un homme qui fume, n’est pas considéré comme un débauché ? Et de quel droit un homme, qui de surcroit peut être un fumeur, peut-il taxer sa femme de prostituée si jamais il la trouvait en train de fumer .Je n’ai rien trouvé à lui répondre, que « tu seras ma première cliente, quand tu bousilleras tes jolies dents ».
Ce jour-là, j’ai compris que le miroir était définitivement brisé.
FIN

  



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 Réponse N°1 18776

Sublime !
  Par   Samira Yassine  (CSle 21-03-12 à 08:34

Lisez cette nouvelle, vous ne le regretterez pas, surtout vous mes chères collègues.

C'est une belle histoire rédigée dans un style des plus beaux. Je viens de passer un agréable moment dans sa lecture.

C'est marocain, c'est berbère. C'est la femme dans toutes les étapes de sa vie. C'est aussi la femme soumise et la femme révoltée. C'est un mélange réussi de toutes les contraditions.

Merci cher collègue pour ce beau travail.

Ne nous privez pas d'autres écrits M Jeafari.

Cordialement/




 Réponse N°2 18790

Merci Madame Samira
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 21-03-12 à 12:14



Je vous remercie humblement pour votre aimable gentillesse!et je suis touché que vous ayez été sensible à cet hymne à la femme marocaine!





 Réponse N°3 18794

un style
  Par   brahim el harfi  (Profle 21-03-12 à 13:28



Bonjour cher Ahmed

merci pour le partage de cette merveilleuses nouvelle qui défonce le rideau de fer derrière lequel gisent les préjugés. on voit que le master Genre a fait son effet: des fleurs qui poussent et qui répandent leur odeur dans la nature de la classe et de marocagreg

Cordialement





 Réponse N°4 18817

re
  Par   Samira Yassine  (CSle 22-03-12 à 07:31



C'est à moi de vous remercier, M Jeafari.

Une question s'il vous plait: ces informations sur la préparation des cornes de gazelles, qui les a rédigées, vous ou vos élèves ?

Avec vos nouvelles, non seulement on passe du beau temps, mais on acquiers des astuces même sur l'art culinaire :-)

Merci.





 Réponse N°5 18818

Cornes de gazelles!
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 22-03-12 à 07:43



Bonjour Madame!

Ce sont des souvenirs d'enfance! Et c'est feu mon père ( instituteur et qui avait un ami Fassi)) qui apprenait à ma mère à les faire :C'était vers 1970.( je suis né en 1960) J'avais soulevé cette question avec mes élèves filles, et l'une était particulièrement intéressée, et m'avait parlé du stade de repos avant la cuisson.

Bien à vous!





 Réponse N°6 18819

Merci pour l'information
  Par   Samira Yassine  (CSle 22-03-12 à 08:07

Bonjour Monsieur,

J'ai 49 ans et je n'ai jamais osé préparer ces cornes de gazelles vu que je n'avais pas toutes ces astuces. Je crois que ça vaudra la peine d'essayer.

Merci pour l'information et pour les beaux récits qui nous plongent dans une réalité purement marocaine.

Que Dieu ait votre cher père en sa grande miséricorde.

Cordialement/




 Réponse N°7 18824

Cornes de gazelle
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 22-03-12 à 10:04



Bonjour Madame!

je vous encourage vivement à vous y mettre. Le résultat sera forcément mieux que ce que vous vous procurez auprès des pâtisseries, même celles de renom. Vous serez atterrée si vous savez ce qu'on utilise pour compenser la cherté des amandes: farine d'amandes amères, farine de pommes de terre, de fèves, pois chiches noyaux d'abricots, il suffit d'ajouter l'arôme d'amande et le tour est joué. Vos cornes de gazelle , elles, seront authentiques: le vieux moulin à manuelle, pour garder cette teneur rugueuse, pas trop de sucre, un soupçon de cannelle et de mastic ou gomme d'arabie (meska hurra), ainsi que l'eau des fleurs d'oranger :vous testerez le dosage, et vous arriverez après trois ou quatre expériences à trouver un équilibre parfait.le temps de cuisson dépendra de votre four et de votre goût.

mais n'hésitez pas et notez toutes les remarques.à propos, ce qui manque à la cuisine marocaine, c'est cette scientificité.C'est vrai que les marocaines sont de très bonnes cuisinières mais malheureusement leur art ne se transmet pas. car au delà du talent, il y a la science de l'art.J'ai une maman qui fait la meilleure soupe de Ramadan qui soit" et tout notre entourage, l'atteste, mais elle ne sait pas comment elle la prépare: c'est la baraka; l'art et dans les mains, aucune mesure exacte,j'ai beau lui demander de m'apprendre,(j'ai mon stylo et papier à la main) elle est incapable de dire ce qu'elle y met , ni combien( quantité et temps) ni par quoi commencer, Il faudra que j'assiste en direct et que je note tout, mais je n'ai pas de temps ( arrivé à un certain âge, le temps semble s’emballer et nous fait défaut: j'ai plein de choses à faire et je veux tout faire, mais je n'en ai plus le temps.)

donc, notez et respectez les remarques.Commencez par une petite quantité, une dizaine, et récidivez , bientôt la maisonnée se délectera de vos prodiges .

PS, je répondrai à la question des niveaux des élèves dans l'autre rubriques, maintenant , je dois relancer une deuxième passe pour la machine à laver, et passer à une pile de vaisselle qui m'attend sur l'évier ( c'est le lot d'un ménage où la femme est fonctionnaire dans le privé: pas de temps libre!)





 Réponse N°8 18831

Chapeau !
  Par   Samira Yassine  (CSle 22-03-12 à 11:31

Vraiment je suis ébahie par votre connaissance de l'art culinaire aussi bien que pour les taches domestiques que vous n'hésitez à accomplir et surtout à dire sans le moindre complexe. Vivent les hommes qui aident leurs femmes dans les travaux ménagers! Chapeau!

Je reviens à votre recette des cornes ou pattes de gazelle, je vous laisse répondre à M marocagreg, pour vous remercier pour la farce mais j'aimerais avoir aussi des astuces quant à la préparation de la pâte , c'est à sa pâte qu'on juge une corne de gazelle aussi. On peut se tromper sur le contenu de la farce mais la pâte c'est elle qui donne à la corne de gazelle sa valeur. Je compte sur vous.

J'ai beaucoup aimé cette phrase, c'est ce que j'essaie de dire et n'arrive à m'exprimer si bien:

"arrivé à un certain âge, le temps semble s’emballer et nous fait défaut: j'ai plein de choses à faire et je veux tout faire, mais je n'en ai plus le temps.)"

Moi, je l'exprime autrement , je dis "j'ai besoin de plus de 24 par jour , les 24 h ne me suffisent plus." Pourtant , je ne fais rien de si important, mais vous voir partager cette impression m'a un peu soulagée, c'est donc l'âge; oui on vieillit cher collègue, et tout change, même notre notion du temps. Mais on a quand même l'impression qu'on n'est pas si vieux , n'est ce pas ?:-)

Pour ce qui est de la recette de soupe de votre maman, que dieu vous la garde, je compte sur vous pour trouver le temps de la noter sur un carnet et me la passer en privé, sinon , faites-en profiter tous les collègues sur le site. Vous aurez le temps ce mois de ramadan de le faire, on sera en vacances et croyez-moi, votre chère maman sera ravie de vous voir lui tenir compagnie dans la préparation de sa délicieuse soupe" lahrira".

Merci encore M Jeafari, j'ai beaucoup apprécié votre spontanéité. Chapeau!





 Réponse N°9 18832

Corne ou talon?
  Par   ISLI HAMID  (CSle 22-03-12 à 12:05

Bravo M.Ahmed( vous permettez que je vous désigne par votre prénom?) Vous ne cessez de nous surprendre. Je ne pense pas que ce soit "un master en genre" qui changera une personne . C'est plutôt une nature chez vous d'être à l'écoute des autres ;cela se voit très bien en parlant de votre mère de vos taches mènagères et de vos souvenirs et sans complexes et avec une certaine fièrté (cachée,peut-être) Vous avez surement des enfants fiers de vous qui savent que leur père est à leur coté,à leur écoute, prêt à les soutenir(ce qui manque à nos élèves, les pauvres!) A quelle heure vous vous réveillez M. Ahmed? Vous ne perdez pas votre précieux temps à dormir n'est-ce pas?




 Réponse N°10 18833

Tout le plaisir, pour moi
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 22-03-12 à 12:06



C'est promis madame! Nous vaincrons le temps à force de le combler, aussi s'alourdira-t-il et sera obligé de ralentir la cadence!

Je parlerai prochainement de la vieillesse, cet ennemi qui nous guette, après avoir marqué ou fauché nos chers parents!

Je vous transmets , madames, mes sincères condoléances" tardives" pour la perte de votre chère maman!

Elle vivra et revivra en vous , et tout ce que vous ferez, et qui vous la rappellera, sera le vrai hommage que vous lui rendrez! Croyez-moi madame, on regrette toujours de ne pas avoir passé tout le temps avec nos parents et de ne pas leur avoir dit combien on les aimait, mais ils le savent, et la preuve, c'est que, une fois qu'ils ont quitté cette enveloppe terrestre qu'est la dépouille, ils nous habitent pour toujours!

Alors soyez heureuse pour qu'elle le soit ou continue à l'être!

Mes hommages Madame!





 Réponse N°11 18835

Oui!
  Par   Samira Yassine  (CSle 22-03-12 à 13:41



Effecteivement M Jeafari, on vit plus avec eux quand ils meurent. Et quoi qu'on fasse pour eux; lorsqu'ils meurent , on est persuadé qu'on n'a rien fait pour eux, on en souffre sérieusement et on pense à eux bien plus qu'avant et ils nous manquent beaucoup au point d'éfleurer la folie à force de chercher à les revoir vivre, quand les souvenirs se transforment en réalité, en obsession.

Merci beaucoup pour les condoléances qui ne sont jamais tardives, celà console toujours, vous savez.

J'attends avec impatience votre sujet sur la vieillesse, cher collègue. Bien sûr que nous vaincrons le temps en le vivant pleinement , infiniment.

Mes respects.





 Réponse N°12 18855

Bonsoir M. Hamid
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 22-03-12 à 21:04



Bonsoir M. Hamid, vous avez vu juste en moi, je ne peux rien vous cacher!

Concernant le sommeil , je ne dors d'abord, qu'après avoir regardé deux ou trois films: La 7, et MBC MAX, ou FOX... donc souvent 2h du matin, mais à 5h, déjà petit déjeuner, café noir, et la prière, et la journée reprend son rythme effréné. Lycée et vacation: prennent presque toute la semaine: sauf, jeudi matin.

Je prépare le petit déjeuner , je réveille mon fils de 15 ans (j'ai une petite qui est venue sur le tard, elle a 18 mois, et on la laisse chez la belle-famille, jusqu'au week-end, mais on la voit deux ou trois fois par semaine) je lui prépare son injection (insulinodépendant depuis son premier anniversaire) je réveille ma femme, je les emmène à l'école privée où elle travaille, et où ils passent la journée tous les deux, je pars au travail, , à midi, je suis seul à la maison, je profite pour préparer quelques tajines qui feront le menu du diner, et ainsi va la vie), j'aime aussi bricoler de sorte que je fais tout moi-même; plomberie, électricité , maçonnerie, jardinage...etc. J'ai des boites communes (4) avec les étudiants dans le cadre de la vacation ( fac des sciences) que je dois consulter chaque soir pour les exposés...et les demandes d'informations)...

le soir;je dois faire moi-même des injections à ma mère et à ma sœur (j'habite dans la maison familiale), et rappeler à mon fils l'injection du soir, et et , alors si je parle du temps qui manque, il me manque vraiment. je ne sais ce que j'aurais fait si on m'avait accepté au cycle doctoral, mais je vais récidiver l'année prochaine inchallah.

Bien à vous mon cher Monsieur Hamid!





 Réponse N°13 18862

Temps
  Par   ISLI HAMID  (CSle 22-03-12 à 22:24

Temps, quand tu nous échappes!!Votre spontanéité est déroutante qqfois! Au moins vous savez ce vous faites de votre temps. J'ai presque votre âge, (1958). Bon courage, passe mon bonjour à tes enfants. Bon spectacle d'abord et bonne nuit ensuite





 Réponse N°14 18863

Quelle spontanéité!
  Par   Samira Yassine  (CSle 22-03-12 à 22:30



J'apprécie fort votre confiance en vous, cette façon de tout raconter sans la moindre hésitation. On a des fois tendance à vouloir passer pour des êtres surhumains, alors on cache tout mais vraiment tout. Vous êtes vraiment différent de tout le monde. Je trouvais ma franchise sur le site, un grand défaut voilà que j'adore lire vos écrits.

mes remerciements les plus sincères.

ps: bon spectacle, vous devez être devant votre écran de télé:-)





 Réponse N°15 18864

Bonne soirée à vous aussi!
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 22-03-12 à 22:55



Mes chers collègues c'est de votre sincérité que j'ai puisé.

Ne croyez surtout pas que je m'ouvre à n'importe qui, et c'est bien parce que vous êtes honnêtes que mes sources se dégèlent: tel un bébé qui sait reconnaître les gens qui ne font pas semblant et qui leur sourit alors qu'ils se refuse aux autres même s'ils ont beau l'amadouer!

Bonne soirée à vous aussi! effectivement je regardais un film, mais je n'ai pas pu m'empêcher de rallumer mon PC pour jeter un coup d’œil sur les nouvelles de cette grande famille!





 Réponse N°16 18970

Un nouvelliste en gestation
  Par   OMARI Abdellatif  (Profle 25-03-12 à 22:30



Toutes mes félicitations, cher collègue Monsieur JAAFARI, on ne peut qu'être séduit par votre style, vous êtes sans doute un futur nouvelliste en gestation. Votre petit chef d’œuvre mérite qu'on lui consacre un commentaire

Très cordialement





 Réponse N°17 18973

Remerciements
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 26-03-12 à 07:15



Vous êtes vraiment gentil M. Omari et votre appréciation me va droit au cœur!





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