Le lutin du vent, analyse sémiotique

 Par ouhti soumeya  (Prof)  [msg envoyés : 44le 03-10-10 à 22:31  Lu :4407 fois
     
  
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Le lutin du vent (le conte)
C’était l’hiver. Dans le vieux grenier qui sentait si bon le foin en été, flottait maintenant l’odeur du vent humide et glacé qui soufflait dehors. Tout à coup, dans l’une des poutres fissurées où le vent d’automne était venu accrocher une feuille d’un beau rouge-brun, on entendit une faible respiration : un petit lutin venait juste de naître et risquait autour de lui un regard timide. Il était venu au monde par une de ces nuits claires qui ont la réputation d’exaucer les souhaits les plus secrets. Il s’expira de son recoin, posa sur sa tête la feuille morte qui lui servait de manteau et se demanda ce qu’il allait faire. Le seul être vivant qu’il vit était un papillon en train d’hiberner. Le lutin qui se sentait seul et désemparé commença à pleurer. Alors le papillon ouvrit doucement ses ailes et lui dit :
- Tu devrais te réjouir d’être de ce monde et, au lieu de pleurnicher, tu ferais mieux de te demander ce que tu veux devenir.
- Je n’en sais rien, marmonna le pauvre lutin. Mais en regardant les ailes du papillon, il se dit qu’il aimerait bien avoir aussi deux ailes comme celles-ci pour pouvoir s’envoler dans la nuit étoilée. Et comme cette nuit-là était vraiment une nuit magique, une voix répondit à ses pensées. Elle lui dit :
- Toi, tu ne peux avoir des ailes, mais je vais te donner un manteau magique. D’abord, il sera de couleur d’argent, car c’est un présent de la nuit argentée, mais tu peux apprendre à le changer de couleur.
Le lutin ouvrit son manteau qui, soulevé par la brise fraîche, se déploya comme des ailes et l’emporta dans la nuit. Il était devenu un lutin du vent, un voyageur du ciel.
Le lutin du vent, analyse sémiotique
I. Introduction
L'un des objets que la sémiotique se donne à travers tous les corpus qu'elle sonde, est la narrativité. À partir de toutes les formes discursives possibles (récits écrits ou oraux, nouvelles, faits divers de journaux, films, etc.), la sémiotique essaie de déterminer l'ensemble des lois qui rendent compte, en partie de cet élément central de notre vie quotidienne, le fait de raconter, ceci constituera un premier moment de notre lecture du conte Le lutin du vent. Ce niveau d'analyse peut être consolidé par une approche de la composante isotopique, qui constituera le second moment de notre lecture sémiotique du conte susmentionné.
II. Les programmes narratifs
Pour ce, nous avons pour propos d’appliquer l’analyse sémiotique pour essayer de parvenir à l’interprétation des sens de notre conte «Le lutin du vent». D’abord, nous établirons la structure générale du récit, ensuite nous proposerons une segmentation du texte, puis nous en viendrons à l’analyse des structures profondes.
Le conte commence par une formule d’entrée «C’était… » Ce connecteur situe l’histoire dans un passé imprécis, comme c'est le cas des contes fantastiques et merveilleux, en général. On remarque que la situation initiale présente le cadre spatio-temporel: d’abord l’époque (c’est l’hiver) et le lieu (il s’agit d’un vieux grenier minutieusement décrit).
Après, on passe à la présentation du personnage principal, le petit lutin qui vient de naître. Par la suite, on va apprendre que ce lutin souffre d’un manque, «le lutin qui se sentait seul et désemparé commença à pleurer», le point de départ c’est le non vouloir être qui sera transformé en vouloir être, donc le lutin est un sujet de la modalité virtualisante qui manque du vouloir être /-VE/. Puisqu’il est seul et désemparé, il commença à pleurer et ses pleurs seront l’élément déclencheur. En ce moment, on aura l’intervention du papillon qui sera le premier adjuvant du lutin, il le soulage: «tu devrais te réjouir d’être de ce monde et, au lieu de pleurnicher, tu ferais mieux de te demander ce que tu veux devenir». Donc, le papillon va aider le lutin pour changer d’état du /-VE/ au vouloir être /VE/.
Considérons que le lutin est le S1 (sujet d’état) et le papillon comme S2 donc on aura le schéma suivant:
PN1 = Le faire 1 [S1→ (S2 ∩ Ove)].
Après l’aide du papillon, pour avoir le vouloir être on aura l’intervention d’un deuxième adjuvant; cette fois, on aura la voix qui mènera le lutin vers la modalité actualisante «Elle lui dit: - Toi, tu ne peux avoir des ailes, mais je vais te donner un manteau magique. D’abord, il sera de couleur d’argent, car c’est un présent de la nuit argentée, mais tu peux apprendre à le changer de couleur.» Donc, le don de la voix va transformer l’état du lutin pour qu’il soit conjoint au pouvoir être. Considérons que la voix est S3 donc on aura le schéma suivant:
PN2 = Le faire 2 [S3 → (S2 ∩ Ope)]
L’étape finale sera la modalité réalisante, où on aura un dénouement heureux: «Le lutin ouvrit son manteau qui, soulevé par la brise fraîche, se déploya comme des ailes et l’emporta dans la nuit. Il était devenu un lutin du vent, un voyageur du ciel». Donc, le lutin souffrait au début d’un manque (la disjonction) mais à la fin du conte on aura la liquidation de ce manque qui correspond à la conjonction (la fin heureuse).
III. Conclusion
En guise de conclusion, l'on pourra dire que tout le récit s’organise en fonction de sa fin: c’est la situation finale qui commande toute la chaîne des événements antérieurs surtout que les modalités réalisantes présupposent les modalités actualisantes et celles-ci présupposent les modalités virtualisantes. Alors, la construction logique du récit n’aura lieu qu’une fois le récit terminé. Le sujet (le lutin) passe d’abord par l’épreuve qualifiante «Le seul être vivant qu’il vit était un papillon en train d’hiberner. Le lutin qui se sentait seul et désemparé commença à pleurer»; ensuite il affronte l’épreuve décisive: «Mais en regardant les ailes du papillon, il se dit qu’il aimerait bien avoir aussi deux ailes comme celles-ci pour pouvoir s’envoler dans la nuit étoilée»; enfin, il atteindra l’épreuve glorifiante: «Il était devenu un lutin du vent, un voyageur du ciel. ». Bref, on aura deux sujets de faire: le papillon+la voix (sujets glorifiants) et un seul sujet d’état c’est le lutin même (sujet glorifié). Quant à la composante générique nous la synthétisons dans le schéma suivant:

  



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