Le français au lycée et la suppression du manuel : le revers de la médaille

 Par BADIY SidiElmokhtar  (?)  [msg envoyés : 20le 07-10-10 à 23:37  Lu :2530 fois
     
  
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Le français au lycée et la suppression du manuel :
le revers de la médaille
Avec les nouveaux programmes de français au lycée, essentiellement l’introduction des œuvres intégrales (d’ailleurs fort discutable), les orientations officielles interdisent le recours au manuel par les élèves en classe contrairement à ce qui se passe pour les autres matières afin de laisser à l’enseignant la latitude d’élaborer son projet selon sa (ses) lecture(s) de l’œuvre et selon le niveau et la motivation de ses élèves.
La décision demeure judicieuse à plusieurs égards.
Au niveau littéraire, la spécificité d’une œuvre est qu’elle « offre un plaisir que la première lecture ne tarit pas » . C’est pour cette raison que la méthode LAGARDE et MICHARD est fortement critiquée : elle enferme la littérature dans des morceaux choisis en imposant un sens unique.
Sur les plans pédagogique et didactique, la décision prend en considération la valorisation de l’apprentissage qui place l’apprenant au centre de l’action en planifiant pour mieux répondre à ses besoins et pour mieux motiver son adhésion.
Mais, la réalité de certaines pratiques a montré les limites de ce choix, liées à de nombreuses considérations : institutionnelles, professionnelles, personnelles…
Ainsi, malgré les efforts déployés par de nombreux collègues comme ceux de notre site (marocagreg), les confusions, et les amalgames persistent et nos candidats au bac en paient le prix.
Certaines séances lecture analytiques se réduisent aux ennuyeuses anciennes lectures expliquées qui paraphrasent le texte en guise et plongent les élèves dans une atmosphère ennuyeuse, source de démotivation et de stérilité, incitant les élèves à délaisser la matière au risque d’obtenir de mauvaises notes au régional !
Il en est de même pour certaines séances de travaux encadrés menées sous forme de fameuses expressions orales où l’enseignant se lance dans d’interminables monologues, sans relation évidente avec l’œuvre et ne permettant pas d’impliquer les élèves dans le débat pour les inciter à comparer leur opinions avec celles exprimées dans l’œuvre à l’aide de lectures guidées et motivantes. Les élèves survolent l’œuvre dans les meilleurs des cas ou se contentent généralement des résumés proposés dans certains livres d’accompagnement.
Pour l’écrit, dans le cadre de référence de l’examen du bac 2010 les termes « la production d’un texte argumentatif » est mise en gras et suivie de l’expression « sans être une dissertation littéraire ». On ne peut plus clair, l’élève doit, donc, être capable de rédiger un petit essai. Ce qui implique un entraînement progressif au texte argumentatif en commençant par les bases de ce type de texte : raisonnement, argument, exemple, liens logiques, etc. L’année suffirait à peine pour atteindre cet objectif. Pourquoi donc lancer les élèves dans les portraits, les narrations sans préciser leur dimension argumentative (étayer une opinion). Plus absurde encore, à mon sens, lancer les élèves dans des commentaires composés dans l’issue d’ailleurs demeure incertaines…
Tels sont quelques points qui me tiennent à cœur concernant la préparation au bac et je souhaite que les collègues donnent leurs avis et leurs conseils. Beaucoup d’enseignants pleins de bonne volonté , d’abnégation et prêts à faire des sacrifices pour la réussite de leurs élèves, mais l’absence d’une formation pertinente et d’une information suffisante rendent leur action inefficace, voire inutile et gratuite.

  



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 Réponse N°1 6756

La didactique...
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 08-10-10 à 00:16



Salut M.BADIY SidiElmokhtar,

Je partage tout à fait votre angle d'attaque de la question. L'enseignement via l'œuvre intégrale a démontré ses limites! Cela fait déjà une belle lurette!

Maintenant, beaucoup d'enseignants et même des formateurs continuent à nager dans l'océan de l'œuvre littéraire intégrale en se croyant que cela pourra aboutir à quelques choses, comme rehausser le niveau linguistique et culturel de nos élèves! Mais en fait, la réalité est autre: des élèves incapables de s'exprimer, de réfléchir, de communiquer avec le langage le plus rudimentaire au niveau de la langue française!

La faute ici ne revient ni à Voltaire, ni à Molière, ni à Victor Hugo!

La faute revient à un enseignement inapproprié à l'étude du français langue étrangère! Un français, certes littéraire, bien soigné, à charge lexicale riche...Mais ce français ne pourra être compris et apprécié que par les natifs!

Nos élèves doivent être/devenir compétents! C'est-à-dire capables de se situer dans l'espace social en tant que citoyens actifs, des citoyens qui peuvent s'ouvrir sur l'information et l'analyser avec des outils efficaces! Cela ne pourra avoir lieu que si les élèves sont capables d'assimiler le message médiatique! Ce langage est celui que les élèves écoutent tous les jours! Ce langage est celui qu'ils voient à la TV, au Radio, aux journaux, revues et magazines. Ce langage est celui qu'ils trouvent dans les sites internet - source de connaissance et d'apprentissage!

Maintenant, après une expérience qui dépasse la décade, nos responsables doivent réfléchir à présenter un support didactique qui ouvre la voix à un français standard, un français qui rendra l'élève capable d'agir en citoyens responsables...

NB- Pour les manuels scolaires, je suis encore d'accord avec vous, nos responsables interdisent la présence de manuels scolaires non homologués par le ministère, mais ils n'ont pas donné d'alternatives! Alors qu'il y' avait bel et bien un cahier de charge ouvert à des propositions de manuels scolaires allant dans le sens des œuvres au programme, mais la commission chargée d'homologation a rejeté toutes les propositions! Cela montre une chose: la carence de formation littéraire des concepteurs des manuels! Qu'en est-il des enseignants!?




 Réponse N°2 6758

Et après ........Rien!!!
  Par   Samira Yassine  (CSle 08-10-10 à 11:07

Salut tout le monde,

je tiens tout d'abord à remercier M BADIY SidiElmokhtar qui enrichit notre site par ses interventions des plus intéressantes.

Je partage l'avis de mes collègues, M Idoubiya et M Elomari.

Je ne sais plus quoi dire. Je ne veux pas me répéter, mais la situation ne fait qu'empirer et on est là, incapable d'agir. On n'a pas le droit d'intervenir. Je citerai l'exemple de notre grand didacticien M Idoubiya, qui a passé toute l'année à préparer un travail colossal dont le but est de remédier à cette mascarade de l'analyse des œuvres. Quel en a été le résultat : les œuvres sont toujours là et rien n'a changé.

En réalité, je comprends un peu ces décideurs de programmes qui nous envoient à chaque fois du nouveau. Ils rêvent d'un niveau meilleur, mais ne savent comment s'y prendre. Moi aussi, l'année dernière, même si je critiquais le programme des œuvres mais au fond e moi, j'y étais un peu attachée, j'aimais voir mes élèves des classes scientifiques lire ces romans, en parler, analyser, comme des étudiants à la faculté des lettres, littérature française. Mais cette année, tout a changé. Pour la première fois j'ai une classe littéraire. J'étais perplexe, devant leur niveau qui laisse à désirer. Mon premier exercice était réciter l'auxiliaire avoir. J'en ai vu de toutes les couleurs pour ne citer que ces élèves de 1ère année lettres, qui m'ont écrit: «je avoir, tu avoir , il avoir.....certains d'autres ont écrit les pronoms mais ne pouvaient conjuguer. J'étais sidérée. Comment vais-je leur enseigner les romans au programme. J'avais deux alternatives: ou j'écris les cours au tableau en m'adressant à tout le monde et à personne et ils les recopient, ou je recommence à zéro et je commence par la conjugaison des deux auxiliaires. J'ai tranché pour la deuxième. Ma première leçon a été "la conjugaison de l'auxiliaire «avoir" aux temps simples puis aux temps composés de l'indicatif. Je leur ai expliqué, donné certaines astuces, et il fallait le réciter le lendemain. Objectif atteint. la séance suivante c'était l'auxiliaire être. Les élèves étaient très attentifs, mais vraiment très attentifs. Leurs yeux exprimaient une reconnaissance telle que je n'en ai jamais vue chez un élève. Ils veulent apprendre les pauvres mais ils ne peuvent le faire. Ils n'en ont pas les moyens. Je me suis mise d'accord avec eux sur une chose" on remédie aux lacunes tout d'abord, l'œuvre on l'étudiera après. Ils sont d'accord, alors j'y vais très lentement mais c'est dur de travailler avec de tels élèves, très dur.

Le retour au manuel serait la meilleure solution avec programmation d'une œuvre comme lecture suivie.





 Réponse N°3 6763

on se lamentait aussi avant l'insertion de l'oeuvre littéraire !
  Par   Boulahnine Khalid  (CSle 08-10-10 à 18:51

-Bonjour tout le monde!

-Bonjour tout seul!

Je voudrais vous poser une question: pensez-vous que le niveau de nos élèves changera si on opte pour un retour au manuel? Ne voyez-vous pas qu'un élève qui a séjourné pendant dix ans à l'école et n'a pas pu apprendre à conjuguer avoir et être aura toujours le même problème? Qui a permis à cet élève d'être aujourd'hui dans cette classe sans qu'il le mérite? Autrement dit, qu'est-ce qu'on enseigne à nos enfants à l'école primaire, au collège...pour que la situation soit si alarmante?Et d'ailleurs, pourquoi les élèves issus des écoles privés parviennent-ils à s'en sortir? Je n'accuse pas les professeurs, non plus les élèves qui ne sont en effet que les victimes du système éducatif de notre pays, mais force est de signaler que faute de contrôle de la situation on risque de vivre dans l'anarchie! Hélas, personne ne manifeste l'envie de remettre les choses en ordre...! la preuve: au momoent où les décideurs envoient leurs enfants aux écoles privées pour apprendre les langues..., ils ne veulent ni arabiser les matières scientifiques ds les universités...,ni revenir sur cette fameuse décision des années quatre-vingts(l'arabisation) pour nous montrer leur bonne volonté! BRAS DE FER !




 Réponse N°4 6765

La pédagogie de maîtrise...
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 08-10-10 à 20:06

Salut mes amis,

Une chose nous regroupe à marocagreg, c'est notre plus grande conscience professionnelle. Nous voulons tous changer, améliorer des choses dans notre enseignement, qui fait de nos élèves de simples choses!

Je remercie madame Kerzazi Fatiha pour son dévouement à la cause de notre éducation nationale, M.marocagreg pour son interminable présence dans un site - parmi les meilleurs de son genre dans le monde- je porte un chapeau à M.elomari mustapha qui partage avec moi les même préoccupations. Je rend encore hommage à BADIY SidiElmokhtar et à tous les enseignants et élèves dans le site...

En fait, je suis tout à fait d'accord avec vous: on fait tout pour améliorer le niveau de nos élèves...Mais au lieu de faire confiance aux enseignants qui connaissent mieux que quiconque les vraies questions de notre enseignement, on préfère importer des "pédagogies" près à porter! On n'aime pas se fatiguer nos autres...

Maintenant et en attendant, chacun est face à sa conscience et ses responsabilités, devant ses propres élèves...D'ailleurs je suis tout à fait d'accord avec madame Kerzazi Fatiha qui touche les faiblesses de ses propres élèves et qui essaie de les aider. Que Dieu la récompense pour ses efforts louables...





 Réponse N°5 6767

vous avoir raison!
  Par   bougrine nabil  (CSle 08-10-10 à 23:49

bonsoir,

je suis impressionné par la pertinence des idées présentées.

je ne suis pas un prof du lycée pourtant je partage vos craintes et vos préoccupations.

en considérant le manuel dépassé,le problème est loin d'être réglé.ce problème qui d'après pas mal de gens est dû à la carence des cadres pédagogiques du primaire et du collège.

là je ne défendrai pas les miens.ces gens ont en partie raison.mais je le répète c'est toujours la moitié vide du verre qui attire notre attention.

je voulais aborder un point important auquel vous n'avez pas attribué de place par oubli certainement: l'indifférence des nos élèves.oui, c'est parfois le prof qui ne remplit pas son devoir,c'est le programme un peu chargé,la pédagogie un peu trop sophistiqué mais c'est aussi l'élève qui se soucie plus de faire des tours à son prof,séduire ses copines,fuir ses heures d'école que de consacrer son temps à ses études.

je m'excuse de vous avoir interrompu en pleine conversation entre prof de lycée.

je suis loin d'être parfait mais au moins mes élèves partant pour le collège n'auront pas de problème de conjugaison des deux auxiliaires "être" et "avoir".

merci.





 Réponse N°6 6769

réponse à l'intention de Nabil Bougrine
  Par   Boulahnine Khalid  (CSle 09-10-10 à 03:18

Bonsoir

Votre remarque est très pertinente: le savoir n'est pas ds les diplômes, le sujet ns concerne tous et l'incrimination d'une partie sans tenir compte du reste est une abérration. Nous savons tous que les bonnes volontés sont toujours parmi nous et font leur possible pour que la situation change car enfin de compte c'est de nos enfants que nous sommes en train de parler. C'est leur avenir qui est en jeu! le forum d'ailleurs traduit les bonnes intentions des participants sans exception. Ceci dit, nous devrions reconnaître que le "citoyen" marocain a toujours tendance à oublier pourquoi il est "là". l'infirmier et le docteur oublient que c'est grâce au malade qu'ils gagnent leur vie. l'agent de sécurité oublie que sa fonction consiste à veiller sur la sécurité des gens. les élus oublient qu'ils ont des devoirs envers les personnes qui les ont choisis. D'ailleurs, l'expression"personne" dérivée du mot latin"persona"(qui a pour sens"masque de théâtre") nous fait comprendre que nous sommes tous là en train de jouer des rôles.

Hélas, beaucoup de gens parmi nous ne jouent pas bien leur rôle. Dans le secteur éducatif, il faut le reconnaître, il y a bcp de responsables qui oublient à leur tour que c'est grâce aux élèves qu'ils gagnent leur vie...l'irresponsabilité, somme toute, souligne notre mentalité

Cordialement




 Réponse N°7 6775

souvenez -vous
  Par   Kholti Rachid  (CSle 09-10-10 à 20:11

salut tout le monde excusez moi mais je crois que pendant l une de mes interventions j ai déjà proposé que l on réfléchisse sur une sorte de projet ou programme appelez-le comme vous voulez pour essayer de remédier à ce problème de baisse de niveau chez nos élèves et que l on s aide la dessus M.Idoubiya était le seul à s intéresser il était comme a son habitude prêt mais :pas de suite on a oublié ou peut être l approche des examens .Alors pourquoi pas maintenant on est au début et je suis sur que si nous mettons un du notre cela marchera .cordialement votre




 Réponse N°8 6784

le probleme commence du primaire
  Par   alaouielismaili bouchra  (Autrele 10-10-10 à 15:33

salut tout le monde je crois que le probléme doit etre remedié au primaire .vous ne pouvez imaginer le niveau des élèves qui ne savent meme pas prononcer les voyelles et cela passe d une année à l autre......je me demande comment les élèves qui trouvent des difficulés de prononciations peuvent un jour parler d un theme quelconque ou d etudier la litterature française




 Réponse N°9 6804

Je ne être pas d'accord avec vous!
  Par   Misbah Abouamr  (CSle 13-10-10 à 10:13

Je voudrais juste dire à M Bougrine que dans toutes les classes même les 2èmes sciences physiques , j'ai découvert qu'il y avait des élèves qui ne maîtrisent pas encore la conjugaison des deux auxilialires . Je n'exagère pas. J'invite d'ailleurs tous mes collègues du site à vérifier cela auprès de leurs élèves. Vous serez surpris! En fait , je viens de généraliser la révision de la conjugaison à toutes mes classes mêmes celles contenant les meilleures des élèves.

Bien sûr le problème es beaucoup plus garve avec les classes littéraires mais il existe partout vérifiez -le vous mêmes quel que soit le niveau que vous enseignez.

Cordialement/




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