Le dernier entretien de l'auteur de «la boite à merveilles»

 Par Rochdy Elmostafa  (Prof)  [msg envoyés : 117le 02-10-10 à 01:31  Lu :3517 fois
     
  
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Salut tout le monde j'ai jugé pertinent de vous communiquer Le dernier entretien de l’auteur de «La boite à merveilles» tout en espérant que vous en tirez profit.
Sapress a rendu hommage au premier écrivain francophone marocain, Ahmed Sefrioui rappelé à Dieu .
Cet hommage animé par Abdellah Stouky, journaliste et éditeur, s'est déroulé en présence des enfants du défunt.
Question : Aucune de vos œuvres, depuis les nouvelles du «Chapelet d’ambre» jusqu’à «La Maison de Servitude», ne manquent d’évoquer un de ces conteurs qu’on pouvait voir et entendre, jadis, aux portes de Fès. Et voici que vous devenez conteur, à votre tour, à partir de votre recueil «Le Jardin des Sortilèges et le Parfum des légendes», comme si vous vouliez rejoindre les éternels assoiffés du merveilleux.
Réponse : Je n’ai jamais caché tout ce que je dois, depuis mon enfance, aux contes populaires. Ils sont, à mes yeux, dépositaires d’une longue tradition qui a longtemps marqué, en profondeur, mon comportement. Mon enfance a été nourrie de légendes et d’aventures héroïques. Malheureusement, aujourd’hui, on ne conte plus d’histoires, on regarde la télévision.
On a l’habitude d’accuser votre œuvre de «folklorisme», «d’exostisme», de «réalisme misérabiliste»… D’autre part, vos textes ont été appréciés en France, d’autant plus que « Le Chapelet d’ambre» a reçu le Prix littéraire du président de l’Union française. Les nationaux ont pensé que vos œuvres ne pouvaient servir le Mouvement national en vue d’aboutir à l’indépendance du pays. Comment vous défendez-vous?
J’ai été très attaqué. «La BM» et «Le Chapelet d’ambre» ont donné lieu à des polémiques auxquelles je n’ai pas répondu. Je ne sais pas répondre aux insultes. Bien vite, une certaine presse s’empara de l’affaire. Longtemps, on ne parla que de gratuité, de littérature de commande, d’un parti-pris de vouloir décrire la société aux Français. Cela était compréhensible, car «La BM» paraissait à une époque, où tout le peuple marocain était plongé dans la lutte de libération. Mohammed V était en exil et le Maroc avait besoin de toutes ses énergies pour lutter et réaliser ainsi son indépendance.
On ne pouvait donc voir que d’un mauvais œil quiconque dénigrait la «Lutte»; on ne pouvait que l’accuser de faire le jeu des colonialistes. C’est vrai que «La BM» est situé en-dehors du colonialisme. J’ai décrit un milieu en médina de Fès. Les Français n’existaient pas. Il faut nier ce qui vous ennuie. Je ne voulais pas parler de l’actualité. Un livre doit être hors de l’actualité. Il doit dire des vérités, beaucoup plus éternelles, plus durables. L’actualité passe. Il fallait nier l’existence de l’occupant d’autant plus que c’est un enfant qui parle ; il ne fallait pas trahir sa mémoire.
Nombreux sont les critiques qui considèrent vos écrits comme une continuation de la littérature coloniale, d’autant plus que le glossaire mis à la fin de «La BM» servait à expliquer les termes incompris des Français.
Les écrivains coloniaux écrivaient n’importe quoi sur nos mœurs et notre façon de vivre. Seul un indigène pouvait vraiment dévoiler ce qui se passait à l’intérieur de notre société. J’ai toujours établi une analogie entre un Occidental qui «regarde» notre société et un entomologiste qui observe les insectes et étudie leur nombre de pattes. Son interprétation s’avère généralement fausse. Quant au glossaire, sa présence était nécessaire. Je ne l’ai pas mis par malice mais par utilité.
Quand je lis ce qu’écrivent des critiques comme Jean Déjeux, par exemple, autant vous dire qu’il s’agit d’un homme sectaire qui tient absolument à ce que tous les écrivains évoquent le colonialisme pour «mériter» le terme d’écrivain «engagé». Moi, j’ai une autre optique. J’ai souhaité parler des Marocains qui, à cette époque (1954) ne pensaient pas à la politique. Les critiques comme Déjeux, Khatibi et bien d’autres, se sont surtout intéressés aux questions politiques et à l’engagement, au lieu de voir les vérités profondes de notre société, la façon poétique de les exprimer, et la qualité de l’écriture.

  



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  Tous les messages de Rochdy Elmostafa


 Réponse N°1 6654

" Un livre doit être hors de l’actualité. Il doit dire des vérités..."
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 02-10-10 à 12:56



Merci M.Rochdy Elmostafa pour le partage,

Je suis heureux pour la lucidité de nos responsables: ils ont édité un tel roman alors que d'autres pays, il leur serait impossible de le faire!

La BM est un récit autobiographique qui transcende l'actualité - la résistance pour l'indépendance- pour révéler au lecteur, non une vérité éphémère mais éternelle!

Ahmed Séfrioui de ce fait frappe d'une pierre deux coups:

D'un côté, il restitue une vérité (parmi d'autres...) présentée à travers la mémoire d'un enfant;

D'un autre côté, il triomphe de la langue de l'autre et l'utilise comme "un butin de guerre"!

De toute façon, le Maroc d'aujourd'hui s'est réconcilié avec son passé, chose qu'un grand nombre de pays n'arrive pas à faire! Ils ont encore le complexe de la colonisation et des colonisateurs!

La BM est donc une fête nationale car nous avons su voir l'avenir, en regardant le passé avec un œil lucide digne d'une nation tolérante...

Cordialement.




 Réponse N°2 6657

"Si tu veux tuer quelqu'un, cesses de le regarder".
  Par   Rochdy Elmostafa  (Profle 02-10-10 à 15:08

Merci M.Idoubiya Rachid de votre témoignage à légard de l'écrivain de La BM.

Au-delà des discours "ingrats"de certains détracteurs des écrits d'Ahmed SEFRIOUI qui considèrent son oeuvre comme de la littérature exotique, de folklore...qui manque d'engagement politique vis-à-vis de la (dé) colonisation,j'ai visionné récemment un reportage vidéo, produit par 2M , document qui a rendu à Ahmed SEFRIOUI ses lettres de noblesse, le témoignage d'une vie d'artiste, d'un visionnaire, d'un "incompris" des décideurs de la "chose littéraire" au Maroc. L'auteur de la boite à merveilles" disait de vive voix :

- J'ai volontairement nié l'existence du protectorat, j'écrivais sur les marocains, vous (en parlant des colons) on vous ignore. Ce qui me fait penser à ce proverbe qui dit : "Si tu veux tuer quelqu'un, cesses de le regarder".

Cordialement.





 Réponse N°3 6666

En effet!
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 02-10-10 à 23:37



Vous savez M. Rochdy Elmostafa, On a souvent tendance à croire que parler d'actualité, de ce qui réussit d'emblée est seul digne d'intérêt!

C'est le cas des détracteurs de Ahmed Séfrioui qui n'ont pas vu autre chose que son engagement! L'engagement d'une époque n'est pas nécessairement celui d'une autre! Les circonstances changent mais la beauté littéraire du texte reste! C'est la littérarité d'un texte qui le condamne à l'éphémère ou à l'éternel!

C'est ce qu'a fait de l'œuvre de Ahmed Séfrioui un écrit vivant et un témoignage de profondeur...

Encore une fois merci M.Rochdy Elmostafa.




 Réponse N°4 6667

commentaire
  Par   elasfouri azeddine  (Profle 03-10-10 à 14:39

d'abord,je tiens à remercier ce journalist .je trouve que l'autobiograghie de ahmed sefrioui manque le pacte a'authenticité et de vérité.les évenements sont bien sélectionnés pou un but de satisfaire le west.cela se voit clairement par le fait de se focaliser sue des thèmes précis.




 Réponse N°5 6684

Ma riposte à M. elasfouri azeddine
  Par   Rochdy Elmostafa  (Profle 04-10-10 à 01:40

A l'époque de la colonisation du Maroc, Ahmed SEFRIOUI s'est exprimé en français et il a écrit des oeuvres d'une dimension littéraire authentique.Néanmoins sa production avait une particularité : décrire de l'intérieur une société méconnue et marginalisée, se définir par rapport a l'autre en lui témoignant sa différence...

Donc,L'acte d'écrire en langue du colon ,chez SEFRIOU, était un moyen pour véhiculer une pensée locale différente...

A l'époque où le Maroc était sous le protectorat, n'est-il pas vain de produire des textes en français dans une société où la culture populaire est essentiellement orale où une grande majorité de la population souffre d' illettrisme? Il est évident que l'écrivain marocain visait en priorité le colon.

NB: La boite à merveilles n'est pas une autobiographie , c'est un roman autobiographique.




 Réponse N°6 36260

Interessant !
  Par   Fatiha Kerzazi  (Profle 11-02-16 à 22:44



profitons-en .





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