Le contexte historique de l’émergence de la pédagogie de l'intégration

 Par meddiki said  (?)  [msg envoyés : 7le 23-08-12 à 15:16  Lu :3339 fois
     
  
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Le Contexte historique de l'émergence de la Pédagogie de l'intégration

Réalisé par: MEDDIKI Said

  • Contexte international

La pédagogie de l'intégration a vu le jour grâce aux travaux de Jean-Marie De Ketel, qui a lancé les bases de l'intégration des acquis, avec la découverte de la notion d'Objectif Terminal d'Intégration (O.T.I) au début des années 1980. Dès le début des années 1990, J.M.De Ketele et Xavier Roegiers ont l'opportunité de développer les fondements et les bases de l'approche intégratrice dans le système éducatif tunisien notamment au cycle primaire en collaboration de Mohamed Miled et Mohamed Masmoudi et avec le soutien de l'UNICEF. C'est là que sont développés les concepts de situations d'intégration, ainsi que les évaluations critériées sur la base de situations complexes. L'expérimentation menée dès 1994, débouche sur une généralisation en Tunisie de ce qu'on appelle alors '' approche par les compétences de base”.

En outre, un projet pilote d'intégration est mené par X. Roegiers et François-Marie Gerard avec le Ministère de l'éducation vietnamien en vue d'achever les applications de la pédagogie de l'intégration dans les manuels scolaires et constitue l'occasion de faire paraître la première édition de leur ouvrage intitulé “Des manuels scolaires pour apprendre”

C'est vers la fin des années 1990 que la pédagogie de l'intégration va enregistrer son véritable essor. A titre d'exemple, en Europe, nombreux systèmes d'enseignement secondaire, notamment en Belgique francophone et en Suisse, s'y intéressent comme complément aux premiers programmes conçus en termes de compétences transversales. En Afrique, les semaines d'intégrations sont très vite généralisées à Djibouti dans l'ensemble du système éducatif. En Mauritanie, était l'occasion de préciser certains dispositifs dans des régions éloignées, et à Madagascar, un projet appuyé par l'UNICEF a permis d'affiner certains aspects de la pédagogie de l'intégration, dans l'utilisation de la langue nationale en début de scolarité et dans l'organisation des sessions de formations en faveur des enseignants à large échelle.

Fort des nombreuses expériences menées dans plusieurs pays avec son équipe, X.Roegiers formalise entièrement la pédagogie de l'intégration, et publie trois livres (trilogie):“Une pédagogie de l'intégration”, dont la première édition date de 2000, suivi de “Des situations pour intégrer les acquis scolaires”, paru en 2003. Et enfin “L'école et l'évaluation”, paru en 2004.

Depuis 2002, le “pool multilatéral d'experts en sciences de l'éducation” animé par X. Roegiers, organise quatre séminaires par an en faveur des responsables de systèmes éducatifs africains. Ce pool apporte son appui afin d'introduire de façon progressive dans plusieurs pays comme: Sénégal, Guinée, Bénin, Comores, Burundi, Cameroun, Togo, République Centrafricaine, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Niger. En fin 2005, Le BIE-UNESCO organise un forum international sur la pédagogie de l'intégration et les spécialistes de curricula du monde entier échangent leur opinion à propos de la pédagogie de l'intégration.

Depuis 2006, nombreux pays non francophones s'intéressent de près à l'approche par intégration tels que les pays lusophones d'une part (Cap vert, Angola, Guinée Bissau) et des pays hispanophones d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, ainsi que le système des Lkastolas, au pays basque. Vers la fin 2007, X.Roegiers est invité à présenter les fondements de la pédagogie de l'intégration lors d'un séminaire de trois jours réunissant des responsables éducatifs de l'ensemble des 22 provinces chinoises.

  • Contexte national

Au Maroc, la mise en oeuvre de la Charte nationale de l'éducation et de la formation a commencé en 2000. Cette réforme a consisté à «démocratiser l'accès à l'école en l'ouvrant au plus grand nombre et à jeter les fondements structurels d'un renouveau durable. Beaucoup a été fait dans ce sens avec une quasi-généralisation de l'accès au primaire et secondaire, l'expansion de la formation professionnelle….»1. Le rapport sur l'état du système éducatif émis par le Conseil supérieur de l'enseignement (CSE) en 2008 a permis d'identifier les difficultés rencontrées dans la mise en oeuvre de la réforme: «En dépit de nombreuses réformes pédagogiques et organisationnelles…, l'école et l'université marocaine ne dispensent pas toujours un enseignement conforme aux meilleurs standards de qualité, en termes de méthode, de contenu, pédagogique ou de conditions d'enseignement»2.

Dans les écrits sur les relations entre l'école et la société, il est souvent souligné que les apprentissages réalisés à l'école sont déconnectés de la vraie vie sociale et professionnelle, que ce que les élèves apprennent ne quitte pas les murs de la classe et les lauréats ne sont pas aptes à faire face aux problèmes de la vie active. Autrement dit l'apprentissage ne met pas suffisamment l'accent sur le transfert et la résolution des problèmes réels comme a souligné Xavier Roegiers «un élève peut avoir acquis des savoirs et des savoir-faire dans une discipline et être incapable de faire face à des situations qui requièrent la mobilisation de ces acquis. Il s'agit de l'analphabétisme fonctionnel»3.

Pour ces raisons citées ci-dessus, le Maroc a adopté la pédagogie de l'intégration comme une démarche de rénovation pédagogique en vue de créer une dynamique de changement dans le domaine pédagogique.et de remédier aux insuffisances des anciennes approches pédagogiques.

EN 2008, le BIEF a conclu avec le Ministère de l'Éducation Nationale, de l'Enseignement Supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche Scientifique - Département de l'Enseignement Scolaire - une convention de collaboration dans un important projet qui vise à généraliser à terme la pédagogie de l'intégration dans l'enseignement primaire et secondaire collégial marocains. Ce vaste projet, développé avec l'appui de l'UNESCO, vise à généraliser la pédagogie de l'intégration dans l'ensemble des classes marocaines en trois ans (2008 - 2011). Il s'agit d'un projet qui s'inscrit dans le cadre du programme d'urgence (PU) du Ministère de l'Éducation Nationale sous la rubrique «parachèvement de la mise en oeuvre de l'approche par compétences » en mettant en place un projet (E1 P8) relatif à l'implantation de la pédagogie de l'intégration dans les cycles primaire et collégial. Dans le même sens, La pédagogie de l'intégration a été choisie par les responsables marocains de l'éducation non seulement pour son potentiel à répondre à ces questions liées à l'efficacité pédagogique d'un système éducatif, mais aussi pour les valeurs d'équité qu'elle véhicule. Le projet vise les principales composantes du curriculum : l'organisation des apprentissages, l'évaluation des acquis des élèves, la formation continue, la formation initiale des enseignants, le matériel didactique...etc. Le projet fait l'objet de réunions mensuelles du comité de pilotage, présidées par la Secrétaire d'État chargée de l'Enseignement Scolaire. Il est géré au sein du Centre National des Innovations Pédagogiques et de l'Expérimentation (CNIPE). L'appui du BIEF au Maroc est prévu pour une durée de 3 ans. Pendant cette durée, le BIEF s'engage à former une expertise nationale en pédagogie de l'intégration (une trentaine d'experts) permettant au pays, au terme du projet, de pouvoir poursuivre le processus de manière autonome.

Une réflexion est alors entamée et développée à partir de janvier 2008 pour remédier aux insuffisances des pratiques en termes des compétences. Trois ateliers ont été organisés entre février et avril de la même année pour revoir les choix et définir les modalités d'appui au développement des compétences des apprenants.

Dans ce cadre, le Ministère de l'éducation nationale a lancé la note 112 du 10 septembre 2008 parue au début du projet, et la note 174 du 8 novembre 2010. Les deux s'inscrivent dans le cadre du PU (E1 P8). La première précise les objectifs et les étapes de cette expérimentation alors que la deuxième parle de la mise en oeuvre de la PI. Cette dernière vient pour rappeler, aux acteurs pédagogiques, que le Ministère compte continuer la mise en oeuvre de la PI. Elle parle de résultats positifs au niveau de l'amélioration des prestations pédagogiques des enseignants et du renforcement de leurs capacités professionnelles à travers les formations et les rencontres éducatives organisées. Toutefois, cette note ne précise pas les effets de cette nouvelle approche pédagogique sur les rendements des élèves.

Les enseignants ont relevé un certain nombre des obstacles qui entravent l'opérationnalisation de la pédagogie de l'intégration. Ce qui a poussé le Ministère de l'Education Nationale (MEN) de lancer une Note sous le numéro 12-037 datée de 17 février 2012 qui insiste à annuler définitivement la Note 204 relative à l'évaluation des acquis selon la pédagogie de l'intégration et à reporter l'application de cette approche dans les établissements de l'enseignement collégial seulement jusqu'à l'élaboration d'un bilan sur son application au cycle primaire.



1 Conseil Supérieur de l'Enseignement (CSE), Etat et perspectives du système d'éducation et de formation,vol1,2008,p.46

2 Ibid.p.52

3 Xavier ROEGIERS, Une pédagogie de l'intégration: compétences et intégration des acquis dans l'enseignement, Bruxelles, De Boeck, 2001, P.245


  



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