Le bon enseignant selon montaigne

 Par marocagreg  (Admin)  [msg envoyés : 2213le 06-10-13 à 10:21  Lu :1846 fois
     
  
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"On ne cesse de crier à nos oreilles, comme si on versait dans un entonnoir, et notre rôle ne consiste qu’à répéter ce qu’on nous a dit. Je voudrais que le précepteur corrige un peu ce procédé et, selon la personnalité de l’élève qu’il a en charge, il le pousse d’abord à un galop d’essai, lui faisant goûter, choisir et discerner les choses par lui-même, parfois lui montrant le chemin, parfois le laissant aller prendre les devants. Je ne veux pas qu’il invente et parle seul, je veux qu’il écoute son élève parler à son tour. Qu’il ne lui demande pas seulement de rendre compte des mots de la leçon, mais du sens et de la substance, et qu’il juge du profit qu’il aura fait, non par le témoignage de sa mémoire, mais par celui de son jugement. Que ce qu’il vient d’apprendre, il le lui fasse transposer en cent formes et adapter à autant de sujets différents, pour voir s’il l’a bien compris et s’il se l’est bien approprié."

  




 Réponse N°1 32481

Sur l'éducation des enfants
  Par   BAKKOU Mbarek  (Profle 06-10-13 à 12:48



À Madame Diane de Foix, Contesse de Gurson.

[En dédiant cet essai à Diane de Foix, qui allait être mère, Montaigne songeait évidemment à la formation d´un jeune gentilhomme, destiné au métier des armes à la politique ou à la diplomatie. Cet enfant aura un “gouverneur”, c´est-à-dire un précepteur particulier, choisi avec le plus grand soin.]

Le gain de notre étude, c’est que l’on soit devenu meilleur, et plus sage, grâce à elle. (…)

16. (…) À un enfant de bonne famille, qui s’adonne à l’étude des lettres, non pas pour gagner de l’argent (car un but aussi abject est indigne de la grâce et de la faveur des Muses, et de toutes façons cela ne concerne que les autres et ne dépend que d’eux), et qui ne recherche pas non plus d’éventuels avantages extérieurs, mais plutôt les siens propres, pour s’en enrichir et s’en parer au-dedans, comme j’ai plutôt envie de faire de lui un homme habile qu’un savant, je voudrais que l’on prenne soin de lui choisir un guide qui eût plutôt la tête bien faite que la tête bien pleine. Et qu’on exige de lui ces deux qualités, mais plus encore la valeur morale et l’intelligence que le savoir, et qu’il se comporte dans l’exercice de sa charge d’une nouvelle manière.

17. Enfant, on ne cesse de crier à nos oreilles, comme si l’on versait dans un entonnoir, et l’on nous demande seulement de redire ce que l’on nous a dit. Je voudrais que le précepteur change cela, et que dès le début, selon la capacité de l’esprit dont il a la charge, il commence à mettre celui-ci sur la piste, lui faisant apprécier, choisir et discerner les choses de lui-même. Parfois lui ouvrant le chemin, parfois le lui laissant ouvrir. Je ne veux pas qu’il invente et parle seul, je veux qu’il écoute son élève parler à son tour. Socrate, et plus tard Arcésias, faisaient d’abord parler leurs élèves, puis leur parlaient à leur tour.

L’autorité de ceux qui enseignent nuit généralement à ceux qui veulent apprendre. [Cicéron, De natura deorum, I, 5]

18. Il est bon qu’il le fasse trotter devant lui pour juger de son allure, et jusqu’à quel point il doit descendre pour s’adapter à ses possibilités. Faute d’établir ce rapport, nous gâchons tout. Et savoir le discerner, puis y conformer sa conduite avec mesure, voilà une des tâches les plus ardues que je connaisse ; car c’est le propre d’une âme élevée et forte que de savoir descendre au niveau de l’enfant, et de le guider en restant à son pas. Car je marche plus sûrement et plus fermement en montant qu’en descendant. (…)

C’est pour cela que la fréquentation des hommes est extrêmement favorable à l’éducation, de même que la visite des pays étrangers : non pour en rapporter seulement, comme le font les gens de notre noblesse française, combien de pas fait Santa Rotodonda, ou la richesse des dessous de la signora Livia ; ou comme d’autres encore, combien le visage de Néron, sur quelque vieille pierre est plus long ou plus large que celui que l’on voit sur une vieille médaille. Mais au contraire, pour en rapporter surtout le caractère et les mœurs de ces nations, et pour frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui, je voudrais qu’on commence à le promener dès sa plus tendre enfance : d’abord pour faire d’une pierre deux coups, dans les nations voisines dont le langage est le plus éloigné du nôtre, et auquel, si vous ne la formez de bonne heure, la langue ne peut s’adapter.

29. D’ailleurs, tout le monde est d’accord là-dessus : il n’est pas bon d’élever un enfant dans le giron de ses parents. L’amour naturel les attendrit trop, et relâche même les plus raisonnables : ils ne sont pas à même de punir ses fautes, ni de le voir élevé rudement et non sans risques, comme il le faut. (…) si l’on veut en faire un homme de bien, il ne faut pas l’épargner durant sa jeunesse, et souvent aller contre les règles de la médecine.

Qu’il vive en plein air et dans l’inquiétude. [Horace, Odes, III, 2, v. 5]

30. Il ne suffit pas de lui fortifier l’âme, il faut aussi lui fortifier les muscles. (...)

La marque la plus caractéristique de la sagesse, c’est une bonne humeur permanente : son état est comme celui des choses au-delà de la lune, toujours serein.

MONTAIGNE - Essais - Livre I

CHAPITRE XXV.

Sur l'éducation des enfants





 Réponse N°2 32502

IL est un âge...
  Par   Hanafi Noura  (CSle 09-10-13 à 21:02



"Il est un âge où l’on enseigne ce que l’on sait ; mais il en vient ensuite un autre où l’on enseigne ce que l’on ne sait pas : cela s’appelle chercher. Vient peut-être maintenant l’âge d’une autre expérience : celle de désapprendre, de laisser travailler le remaniement imprévisible que l’oubli impose à la sédimentation des savoirs, des cultures, des croyances que l’on a traversées. Cette expérience a, je crois, un nom illustre et démodé, que j’oserai prendre ici sans complexe, au carrefour même de son étymologie : Sapienta : nul pouvoir, un peu de sagesse, un peu de savoir et le plus de saveur possible."

Roland Barthes, Leçon inaugurale au collège de France, Seuil, 1977, P. 54.





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