Ce texte est écrit par mademoiselle Hibatou Allah Chérifi, âgée de douze ans.
Lacrimosa
Par une nuit chaude d’été, Marie-Noëlle, une journaliste intrépide, parcourait le trajet qui séparait sa demeure de la ferme de sa grand-mère. Cette dernière était d’un tempérament calme et ordonné. Elle arborait toujours une expression de mépris. Lorsqu’elle était mécontente, ses rides se fissuraient, telle une sorcière concoctant un mauvais sort. Pourtant, sa petite-fille était tout son contraire. Notre chroniqueuse aimait taquiner son entourage. Malgré sa gentillesse excessive, son regard était terrifiant. Quand elle les détachait, ses cheveux de jais donnaient l’impression qu’elle n’était qu’une silhouette fantomatique. En apercevant l’environnement rural qui se dessinait à travers le pare-brise de sa voiture, Marie-Noëlle pensa qu’elle approchait de sa destination. Arrivée sur les lieux, l’odeur du purin s’empara de ses narines. Elle sentait l’air humide lui caresser doucement la paume des mains. Après s’être approchée de la maison de son aïeule maternelle, elle toucha délicatement la poignée glacée de la porte, puis la tourna. En exécutant le mouvement, elle entendit la porte grincer, pour laisser place à un lourd silence.
Contre toute attente, un hurlement déchira le calme apaisant qui résidait dans la maison. Une odeur âcre s’éleva jusqu'à la cuisine. La trentenaire se précipita dans le salon, laissant échapper un «Grand-maman ?» affolé. Puis un corps inerte l’accueillit. À côté du cadavre, une petite fille était accroupie, laissant entrevoir un visage ensanglanté.