La relation narrateur / mère dans a la recherche du temps perdu de proust

 Par elbazzaoui amine  (?)  [msg envoyés : 5le 22-08-12 à 12:41  Lu :7731 fois
     
  
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UNIVERSITE SIDI MOHAMED BEN ABDELLAH

Faculté des Lettres et Sciences Humaines

Dhar el Mehraz- FES


Département de langue et de littérature françaises

Master lettres et expressions artistiques

La relation Narrateur / mère dans

A la Recherche du temps perdu

de Marcel Proust


Réalisé par: EL BAZZAOUI Amine

Encadré par: Mme Houria BOUZIANE


Plan


  1. Introduction

  2. Le Narrateur et sa mère

  3. Amour et jalousie

  4. La souffrance du complexe d'oedipe

  5. Le baiser, un geste d'assurance

  6. Le baiser, entre biographie et imagination

  7. Conclusion


Introduction


La jeunesse d'une foule d'auteurs français a été marquée par l'intimité exclusive avec leur mère. Cette intimité constituait un paradis dont l'enfant a été expulsé à un certain moment: chaque paradis est un paradis perdu. Le cas modèle est Charles Baudelaire. Son père mourait lorsqu'il avait cinq ans et il passait une période édénique avec sa mère jusqu'au moment où elle décidait de se remarier avec le futur général Aupick. Dans sa biographie de Baudelaire, Jean-Paul Sartre s'intéresse particulièrement à ce drame, sans doute parce qu'il avait vécu une situation analogue et qu'il pouvait évoquer ses propres souvenirs, trop douloureux pour être exprimé directement. De tels drames originaux se répètent à travers l'histoire de la littérature moderne: Marcel Proust, Roland Barthes, Michel Houellebecq, Pierre Michon...etc. La perte du paradis de la jeunesse constitue un leitmotiv dans leurs vies et leurs oeuvres. Comment ce paradis perdu a-t-il influencé leur vision du monde et la manière dont ils ont conçu leurs oeuvres littéraires? Regardons d'un peu plus près le lien étroit entre Proust et sa mère et pourquoi le narrateur accorde une grande importance à cet épisode dans A la recherche du temps perdu?


Le Narrateur et sa mère


La relation entre narrateur et sa mère apparait dès le début de la recherche. Dans Du côté de chez Swann, la mère du narrateur vient d'ordinaire l'embrasser dans son lit. Ce rite du soir agaçant son père, elle souhaite «lui en faire perdre le besoin» alors qu'il se retient d'appeler pour avoir un baiser supplémentaire «Quelque fois, quand après m'avoir embrassé, elle ouvrait la porte pour partir, je voulais la rappeler, lui dire «embrasse-moi une autre fois encore» Du côté de chez Swann p.13. Quotidiennement douloureux, ce rite est un bonheur, comparé à ce qui se passe quand il y a un invité. Dans ce cas là, l'enfant doit quitter la table à huit heures pour aller se coucher seul «Je dînais avant tout le monde et je venais ensuite m'asseoir à table, jusqu'à huit heures où il était convenu que je devais monter» p.23. Sa mère l'embrasse publiquement. Il lui faut transporter jusqu'à la chambre, jusque dans son lit, «ce baiser précieux et fragile que maman me confiait d'habitude dans mon lit au moment de m'endormir» p. 23. Un jour que l'on devait dîner particulièrement tard, son grand père le trouve fatigué. «Il devrait monter se coucher», dit-il. Et son père: «Oui, allons, va te coucher.» L'enfant s'approche pour embrasser sa mère. On entend la cloche du dîner. «Mais non, voyons, laisse ta mère, vous vous êtes assez dit bonsoir comme cela, ces manifestations sont ridicules. Allons, monte!» L'enfant s'en va à contrecoeur. Il ne peut s'endormir.
Incapable de surmonter son angoisse et l'irrépressible besoin d'un baiser qui, croit il, l'apaiserait, il décide d'embrasser sa mère «coûte que coûte». Il se met dans le couloir pour l'intercepter au passage. L'invité part enfin. Elle monte. Elle arrive. «Viens me dire bonsoir», supplie t il, tandis qu'elle lui répond d'une voix entrecoupée par la colère: «Sauve toi, sauve toi, qu'au moins ton père ne t'ait pas vu ainsi attendant comme un fou!»P.35. Mais le père, contre toute attente, au lieu de se fâcher et de punir, déclare en haussant les épaules: «…tu vois bien que ce petit a du chagrin, il a l'air désolé, cet enfant; voyons, nous ne sommes pas des bourreaux!»P.36. Et voilà la mère installée dans la chambre de l'enfant, consolant et partageant son chagrin, lui lisant François le Champi de George Sand.

La présence de Charles Swann est indésirable pour le narrateur car il ne peut pas avoir le baiser. Il décide, en effet, de forcer sa mère à le lui donner. Il va à sa rencontre lorsqu'elle monte se coucher. Elle commence par le repousser avec colère, puis suite à l'intervention du père, elle finit par lui accorder ce qu'il désirait et passe même la nuit dans sa chambre. Cet avantage, au lieu de procurer une grande satisfaction à Marcel, ne lui donne qu'un profond sentiment de culpabilité. Cet évènement a longtemps pesé sur sa vie. Le baiser obtenu semble avoir perdu toute sa vertu apaisante. A partir de ce soir-là, il a perdu la confiance absolue qu'il avait en sa mère puisqu'il l'a découverte faillible.
« J'aurai dû être heureux : je ne l'étais pas. Il me semblait que ma mère venait de me faire une première concession qui devait lui être douloureuse que c'était une première abdication de sa part (...). Il me semblait que si je venais de remporter une victoire c'était contre elle.» p.38 Du côté de chez Swann
En forçant sa mère à lui donner ce qu'elle lui refusait, Marcel éprouve le sentiment d'avoir détérioré l'amour que sa mère lui porte, voire de l'avoir profané. De même, en installant plus tard Albertine chez lui, il se considère responsable d'une profanation de sa mère pareille à celle que fait subie Mlle Vinteuil à son père. La terrible souffrance qu'éprouve la mère est en tout point comparable à celle du musicien Vinteuil et à celle de la mère de l'héroïne de la Confession d'une jeune fille.


Amour et jalousie

La jalousie est perçue comme une maladie qui engendre la pire des souffrances à celui qui la subit aussi bien physiquement que moralement. Pourtant, elle s'avère utile puisqu'elle donne de la consistance à l'amour et lui permet de survivre. Mais c'est également elle qui éveille les forces de l'esprit par les souffrances qu'elle cause. A ce propos, le mécanisme de l'amour Proustien repose sur la thèse discutable que l'amour est inséparable de la jalousie et finalement s'identifie avec elle. Sur cette thèse repose l'ensemble de la philosophie de l'amour que le narrateur développe dans d'innombrables méditations; elle fournit également le mécanisme de toutes les histoires d'amour: entre Marcel et Albertine, entre Swann et Odette.

Pour comprendre ce mécanisme, signalons d'abord que le terme de jalousie couvre en français deux significations différentes: la première est la défense d'une possession; la deuxième l'envie. La jalousie est en ce double sens une donné a priori dans la conception proustienne de l'amour. La jalousie est congénitale à l'amour, elle en est la condition nécessaire. Au cours de son séjour à Venise, Marcel remarque dans un groupe de touristes autrichiens une femme qui lui plaît. Il se sent attiré vers elle, et pour la première fois depuis la mort d'Albertine des sentiments de tendresse s'épanouissent en lui. Il en est bien conscient du fait qu'elle va repartir pour l'Autriche, qu'il ne la reverra jamais et qu'il ne fera pas d'effort pour entrer en contact avec elle. Mais la simple éclosion de ses sentiments amoureux entraîne avec elle le soupçon qu'elle aime des femmes, qu'elle trahira certainement un amour qui ne s'est même pas déclaré, bref que cet amour, pour naître, a besoin d'être trahi avec un rival contre lequel il ne pourra se défendre «je ne la reverrais jamais, mais c'est déjà vaguement jaloux comme on l'est quand on commence à être amoureux, en regardant sa charmante et énigmatique figure je me demandais si elle aussi aimait les femmes ». Quelques lignes plus loin, le narrateur étonné lui-même de la direction que prennent ses pensées, se demande si la raison pour laquelle il se sent attiré par des femmes qui aiment les femmes ne réside pas justement.

Sur la relation avec Albertine, Marcel vit sa relation avec sa mère telle qu'elle s'est cristallisée à Combray au moment du baiser du soir manqué. Ce moment de consolation pour Marcel, se tournait en drame quand Swann par sa visite l'empêchait. Cette relation donne naissance à un rapport symbiotique entre la mère et son enfant. En général, la vie de chaque enfant commence comme un rapport symbiotique avec sa mère. Pendant la période où le bébé se trouve dans le ventre de sa mère, cette vie est entièrement symbiotique, et elle le reste après la naissance dans la phase de nourrisson. En grandissant, l'enfant s'arrache petit à petit à cette dépendance pour se développer en un être indépendant. C'est du moins la règle générale. Parfois, le développement est raté et l'enfant, psychiquement, ne dépasse pas la phase de nourrisson. Tel semble le cas de Proust. Il est même l'un des exemples les plus remarquables d'une personne qui perpétue, dans sa vie réelle et dans le monde fictionnel de ses personnages, ce modèle symbiotique comme la base de sa vie affective, comme le modèle sur lequel il décalque la façon dont il arrange les liaisons amoureuses pendant le reste de sa vie sur lequel il fonde sa conception de l'amour. Ce modèle amène un certain nombre de problèmes. D'abord, l'enfant pris au piège d'une telle symbiose, est en général incapable de se développer en une personne indépendante. Il lui est impossible, ensuite, de nouer des relations durables. Il a tendance à situer son partenaire dans le rôle d'une mère qui le soigne et le nourrit. On a suggéré que Proust est a exploité son asthme comme un moyen de consolider et perpétuer cette répartition des rôles d'une mère qui le mettait dans la position d'un malade dépendant, pour toute sa vie, des soins d'une mère tant qu'elle était en vie et d'instance maternelles en son absence.


La souffrance du complexe d'oedipe


Le rite du soir montre que la relation symbiotique ne concerne pas que la mère; qu'il faut compter également avec le père. La relation symbiotique se fonde en effet sur un triangle qui fait que la revendication de la mère pour le fils a pour conséquence la rivalité avec le père. Marcel ne peut éliminer son père. Il se trouve (et se maintient soigneusement) dans a position du nourrisson maladif qui ne saurait à aucun moment envisager la confrontation avec son père, dont la position de dieu omnipotent reste incontestée dans tout le roman. Marcel se coince ou se niche dans une situation préoedipienne, dans une situation qui n'aboutira jamais à un conflit avec un père dont l'autorité reste indiscutée. Dans une telle situation, la symbiose signifie que Marcel ne peut jamais revendiquer exclusivement sa mère, qu'il doit la partager avec un rival qui l'emportera toujours sur lui. La possession de cette mère est toujours incertaine et contestée par un père qui peut la revendiquer à tout moment. Sa mère l'abandonnera pour un rival avec qui il ne pourra jamais entrer en compétition, qui fera toujours valoir ses droits. La position du père dans le triangle explique l'idée fixe proustienne que l'amour présuppose la trahison du partenaire avec un rival hors d'atteinte. Dans les scènes fictionnelles, le rôle du père, hors d'atteinte du fait que le fils n'est pas (et ne sera jamais) à la hauteur d'engager la lutte avec lui, est transposé sur les amies dont l'amour est d'un intérêt vital mais incertain, est transposé sur des amantes dont l'amour est toujours accompagné de la trahison avec des rivales invincibles. L'alliance inextricable entre amour et jalousie s'explique à partir de cette situation originelle sur laquelle Proust revient sans cesse dans les volumes consacrés à l'amour.


Le baiser, un geste d'assurance

L'extension de la répartition des rôles entre le nourrisson et la mère à toutes les relations d'amour explique qu'une sorte d'amour qui consiste principalement à dissiper l'angoisse démesurée qui lui cause l'idée que sa mère pourra l'abandonner. En effet, le narrateur ne se lasse pas de répéter que l'amour est en réalité un acte rassurant, un acte qui dissipe la panique causée par l'idée qu'elle ne sera pas là pour lui donner le baiser qui lui permettra de s'endormir. Le drame de Combray a causé une instabilité affective et un manque d'assurance en soi, c'est quand sa mère pourrait ne pas monter lui donner le baiser du soir. En fait, le baiser maternel paraît se constituer en événement fondateur. Du baiser à l'enfant que l'on vient de coucher, l'un de ces rites de consolation d'apaisement ou d'assurance. Le baiser maternel a ainsi paru circonscrire les seuils de la nuit, rassurer la descente dans le sommeil inévitable, en disperser les ténèbres éparses au pied du lit déjà, sans parvenir cependant à soustraire ni l'enfant ni l'homme aux affres d'un plus péremptoire recouvrement –son absence ouvrant dès lors à l'anxiété, à la détresse devant la nuit qui tombe, qui ne peut pas ne pas tomber un jour pour défaire l'étreinte maternelle et délacer le serrement du monde pour n'en consentir que le rebord des lèvres sur le front pétrifié.


Le baiser, entre biographie et imagination

L'histoire racontée par le Narrateur montre bien la grande ressemblance entre la vie du narrateur et de Proust. D'ailleurs, tout est si précisément raconté, expliqué, commenté, disséqué qu'on s'imagine introduit dans l'intimité familiale des Proust. On entend la voix des parents. On s'identifie à l'enfant. On jurerait que le petit Marcel a réellement vécu cette soirée exceptionnelle. On partage ses scrupules devant la première et douloureuse concession que lui a faite sa mère. Et puisqu'on y parle des livres que la grand mère du narrateur doit lui offrir pour sa fête, on s'imagine du même coup que l'enfant lisait les mêmes... On oublie que, dans une première version du roman, il s'agit de La Mare au diable, dans Baldassare Silvande de Robinson Crusoé, et que d'après une lettre écrite à douze ans par Robert, le cadet d'un an de Marcel, les deux frères lisent la série des Voyages involontaires de Lucien Biart, dont les titres (Monsieur Pinson, La Frontière indienne, Le Secret de José) montrent le caractère enfantin.
Peu de biographes résistent au plaisir de conter la scène du baiser comme un épisode de la vie de Proust. Nous trouvons dans Swann, écrit Maurois en 1949, le récit d'une scène qui se passa certainement dans l'enfance de Marcel, un soir où sa mère, recevant des amis à dîner, ne put venir l'embrasser dans sa chambre. Dix ans plus tard, Georges Painter: Proust devait écrire deux récits de cet incident, qui forme la scène d'introduction à la fois de Jean Santeuil et de La recherche du temps perdu. La version de Jean Santeuil est plus proche des faits et renferme sans doute la vérité littérale [comment le sait il?] C'est celle que nous avons suivie. Plus près de nous, Ghislain de Diesbach évoque la scène du fameux baiser du soir en renvoyant aux deux romans, où Proust la traite en termes presque identiques, ce qui montre à la fois la vraisemblance de l'épisode et l'importance qu'il y attachait. Comme s'il n'arrivait pas qu'un romancier utilise à plusieurs reprises une scène parfaitement imaginaire!
Cinq récits sur le même thème, écrits à trois moments différents de la vie de l'auteur. Cette répétition trahit l'obsession. Elle ne dit pas quel récit ou quelle partie de récit correspond à la réalité. Parce que Swann reprend le détail des pieds de l'enfant réchauffés dans les mains de la mère déjà utilisé dans Baldassare Silvande et dans La Confession d'une jeune fille, peut on dire qu'il s'agit d'un détail vécu? Parce que Jean Santeuil et Honoré ont tous les deux sept ans, faut-il conclure que le baiser maternel est devenu toute une affaire quand l'enfant a atteint cet âge là? Sept ans, c'était l'âge de raison selon le catéchisme et la psychologie du temps. D'où peut être l'idée des parents de Proust de sevrer leur fils du bonsoir au lit en ce temps là. À moins que cela ne lui ait donné plus tard l'idée de situer vraisemblablement à cet âge une scène capitale de ses livres. Ou les deux. Et comment décider si l'épisode des pieds réchauffés dans les mains maternelles vient d'une tendre habitude de Mme Proust ou de la compensation romanesque d'un désir frustré de son fils?
Proust l'a dit à propos de ses personnages: il n'y a pas de clés, même si leurs éléments sont empruntés à des personnes qu'il a connues. Il en va de même des aventures de ses héros. Elles racontent sa vie autrement. Savamment découpée dans le récit, inscrite à la meilleure place dans la vaste ouverture qui introduit Swann et les grands thèmes du roman, l'anecdote du baiser du soir n'a pas à y être racontée comme elle s'est passée, mais comme elle doit l'être pour avoir le maximum d'efficacité sur le lecteur de ce livre là. Avec le temps et au fil des divers récits, elle s'est précisée, amplifiée, modifiée, métamorphosée. Signe du travail du romancier, non de la fidélité accrue du biographe. Il n'y a pas plus de raisons de croire le récit de la Recherche que celui de Jean Santeuil ou ceux des Plaisirs et les Jours. Ils ont tous la même vérité romanesque. Ils nous disent que le coucher et le baiser du soir ont profondément marqué l'imagination de Marcel Proust. Ils ne nous disent ni quand, ni comment, ni pourquoi. Ils ne nous permettent même pas d'affirmer en toute certitude qu'il a effectivement vécu une scène de ce genre. On peut tout au plus la supposer probable.
Heureusement, pour conter la vie de Proust, le biographe ne dispose pas seulement de ses romans. Il dispose par exemple de ses lettres, où il s'est exprimé autobiographiquement, en fonction des rapports qu'il a eus dans la vie avec divers correspondants. En janvier 1906, peu après la mort de sa mère, il a évoqué sur ce mode l'obsession fondatrice: Toute notre vie, écrit il à Barrès, n'avait été qu'un entraînement, elle à me passer d'elle pour le jour où elle me quitterait, et cela depuis mon enfance quand elle refusait de revenir dix fois me dire bonsoir avant d'aller en soirée, quand je voyais le train l'emporter quand elle allait à la campagne, quand plus tard à Fontainebleau et cet été même, je lui téléphonais à chaque heure. Ces anxiétés qui finissaient par quelques mots dits au téléphone, ou sa visite à Paris, ou un baiser, avec quelle force je les éprouve maintenant que je sais que rien ne pourra plus les calmer.
De cette confidence, on ne peut pas déduire que les récits de Swann et de Jean Santeuil racontent exactement des épisodes vécus, mais qu'ils correspondent, chacun à sa manière, à la longue suite des appels réitérés du petit Marcel pour le baiser du soir, des refus de sa mère et de ses acceptations différées. Inventés pour tenir leur place dans une fiction et selon la logique des romans où ils figurent, ils se nourrissent de ce que leur auteur ressentait encore au souvenir de ces lointaines épreuves. Rien de plus banal que le besoin enfantin du baiser du soir. Rien de moins normal que la transformation de ce besoin en obsession, puis en impossibilité de quitter sa mère sans drame, même à trente cinq ans. La peur avait été si grave qu'elle persistait à l'âge d'homme.
Proust en a conté les raisons en 1896, dans la Dédicace autobiographique des Plaisirs et les Jours. Quand j'étais tout enfant, le sort d'aucun personnage de l'histoire sainte ne me semblait aussi misérable que celui de Noé, à cause du déluge qui le tint enfermé dans l'arche pendant quarante jours. Plus tard, je fus souvent malade, et pendant de longs jours, je dus rester dans l'arche. Je compris alors que jamais Noé ne put si bien voir le monde que de l'arche, malgré qu'elle fût close et qu'il fît nuit sur la terre. Quand commença ma convalescence, ma mère, qui ne m'avait pas quitté, et, la nuit même restait auprès de moi, ouvrit la porte de l'arche et sortit. Pourtant comme la colombe, elle revint encore ce soir là. Puis je fus tout à fait guéri, et comme la colombe, elle ne revint plus. Il fallut recommencer à vivre, à se détourner de soi, à entendre des paroles plus dures que celles de ma mère; bien plus, les siennes, si perpétuellement douces jusque là, n'étaient plus les mêmes.


Conclusion


Dans la Recherche, roman de la procrastination d´une vocation, Proust procède à une recréation du mythe d´oedipe, tremplin pour l´originalité de son style-vision, fondé sur la métaphore et sur la réminiscence. Lors de la scène oedipienne du baiser nocturne, François le Champi de George Sand _ une histoire d'amour entre une mère et son fils adoptif _ fait sa première apparition en scène et constitue une “mise en abîme” du complexe d'oedipe du protagoniste-narrateur, qu'il n´hésite pas à transposer de la vie vers l'art. De cette scène du baiser. Nous y apprenons encore que, cette mère, ravie au père, offre à son fils un plaisir prématuré. Or, pour l'inconscient, qui dit plaisir prématuré et surmoi détourné, dit, quelque soit le déplacement opéré –ici c'est sur les livres qu'il s'effectue- celui de l'inceste consommé, ou plutôt de l'ambiance d'« incestuel » ainsi instaurée.


Bibliographie et Webographie

http://coquelicot2007.centerblog.net

http://comptoirlitteraire.com


  



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 Réponse N°1 26687

Oui;
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 22-08-12 à 15:16



C'est un bon travail!

avec quelques réserves: la notion de jalousie à double sens: n'est pas bien expliquée, et puis pourquoi en français( il fallait peut-être faire une comparaison avec une autre langue, ou inutile de signaler "en français")

Puis, dans le deuxième chapitre de amour et jalousie, la phrase finale est incomplète!"se demande si la raison pour laquelle il se sent attiré par des femmes qui aiment les femmes ne réside pas justement...."réside où?!

"est transposé sur des amantes dont l'amour est toujours " ne pas répéter" est transposé": mieux: et/ ou sur des amantes!

Elle ne dit pas quel récit ou quelle partie de récit correspond à la réalité: à qui renvoie ce pronom: elle?....

Enfin, je crois que la conclusion est plus une ouverture, qu'une conclusion de votre travail!



 



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