La recherche au maroc (message original du mearn)

 Par abdeslam slimani  (Prof)  [msg envoyés : 365le 11-06-09 à 13:02  Lu :2484 fois
     
  
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Bonjour,
Pour toute fin utile, veuiller retrouver en bas de ce message l'article paru au magazine L'Economiste publiant les résultat de l' enquête du ministère de tutelle qui a porté sur les ressources humaines et la recherche scientifique aux niveau des universités Marocaines.
Cordialement
Mourad BENALI
Réseau Marocain de l'Education et de Ressources - MEARN
www.mearn.org.ma
Source : Magazine L'Economiste, publié le 09/09/2009
www.leconomiste.com
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Qui sont nos enseignants-chercheurs
· Résultat d’une enquête du ministère de tutelle
· L’absence d’une politique de recrutement compromet sérieusement la relève
· Les DVD ont vidé les universités de leurs compétences
OÙ en est la recherche au Maroc dans le domaine des sciences humaines et sociales (SHS)? Quel est le niveau de la production intellectuelle? Existe-t-il une communauté scientifique au Maroc? Quelle comparaison peut-on faire avec la productivité d’autres pays? Ces questions, ainsi que de nombreuses autres, taraudent les esprits depuis de nombreuses années. Pour y répondre, le Comité permanent interministériel de la recherche scientifique et du développement technologique a lancé, en 2006, une évaluation du système national de la recherche dans ces deux disciplines scientifiques. C’est une étude unique en son genre. Elle s’articule autour de plusieurs volets. Une double enquête auprès du corps professoral: l’une par entretien et la seconde par questionnaire. La première a touché 300 enseignants-chercheurs, tandis que la seconde a concerné plus de 1.400, soit 40% des 3.600 enseignants-chercheurs en sciences humaines et sociales. Le deuxième volet a porté sur une évaluation de la production bibliographique marocaine. Ainsi, l’équipe en charge de l’étude a procédé au dépouillement et à l’analyse de 57.000 références, comprenant 30.000 articles, 13.000 livres et 14.000 documents publiés par des auteurs marocains dans toutes les langues. Cette base de données couvre la période située entre 1960 et 2006. «Selon les grands centres de recherche en Europe et aux Etats-Unis, aucune étude bibliométrique n’égale celle qui a été conduite au Maroc», déclare Mohamed Cherkaoui, responsable de l’évaluation du système de recherche dans les domaines des SHS et expert auprès du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Les résultats de l’étude, présentés mardi dernier, sont alarmants. D’abord, la répartition géographique indique que les enseignants-chercheurs sont fortement concentrés sur l’axe Casablanca-Rabat et deux pôles sont constitués par Fès et Marrakech. Etant les plus anciennes du Maroc, ces universités accaparent 70% du corps enseignant en SHS. En tête des établissements, les facultés de lettres avec 56%, celles de droit (30%). Les 14% restants se trouvent dans des établissements non facultaires.
Autre résultat de l’enquête, l’origine sociale conditionne la nature des études envisagées. Ainsi, un étudiant issu d’un milieu aisé s’orientera naturellement vers des études de droit ou d’économie. Et ce, contrairement à son camarade de couche sociale moins aisée qui se dirigera vers des études littéraires, lesquelles demandent moins de moyens financiers. Les enfants issus de la catégorie de cadres supérieurs et professions libérales ont 6 fois plus de chances que les enfants de paysans de poursuivre leurs études de licence à l’étranger qu’au Maroc. L’étude a également révélé que moins de 25% des enseignants-chercheurs ont bénéficié d’une bourse du ministère de l’Education nationale, que plus de 55% avaient exercé une activité professionnelle pendant la préparation de la thèse. Un peu plus de 15% ont eu recours à leur famille pour terminer leur cycle doctoral. Les enseignants issus des classes les plus aisées bénéficient d’une bourse plus souvent que les autres. Ce sont surtout les professeurs de l’université Al Akhawayne, suivis de ceux des instituts et des grandes écoles qui ont bénéficié le plus des bourses du ministère. Cependant, il faut noter que l’origine sociale n’est plus discriminatoire une fois que l’enseignant a entamé sa carrière professionnelle.
L’absence de recrutements récents dans les universités conduit à une rareté des cadres chercheurs. En effet, il y a quelques années, le pourcentage d’assistants et de maîtres-assistants s’élevait à 94% contre 6% pour les maîtres de conférences et les professeurs. A présent, les premiers ne constituent plus que 36% du corps enseignant, contre 64% pour les deux grades les plus élevés. «L’université marocaine risque de devenir à l’image de l’armée mexicaine, où il n’y aurait que des généraux», ironise Cherkaoui. Selon l’expert, l’absence d’une politique de recrutement compromet dangereusement la relève. L’étude s’est également attardée à évaluer le degré de satisfaction des professeurs universitaires. Il existe un vrai malaise dans les universités puisque seuls 30% des enseignants-chercheurs sont satisfaits. Les insatisfaits se recrutent essentiellement parmi les littéraires (70%), les juristes (63%) et les économistes (38%).
«Stérilité intellectuelle»
L’enquête par questionnaire a révélé que plus du tiers des enquêtés voudraient quitter l’université et souhaiteraient même un nouveau programme de départ volontaire. S’ils pouvaient bénéficier de cette option, 46% de ces enseignants voudraient exercer une profession libérale, contre 40% intéressés par un investissement dans le commerce ou la création d’entreprise. Et seuls 15,8% des enseignants conseillent ce métier à leurs enfants. L’étude sur l’évaluation de la recherche en sciences humaines et sociales montre qu’il existe une très faible élite parfaitement intégrée aux réseaux scientifiques nationaux et internationaux. Le questionnaire proposé par l’équipe Cherkaoui à l’échantillon d’enseignants-chercheurs comportait également une question sur l’existence d’une communauté scientifique au Maroc. 60% répondent par la négative. L’analyse hiérarchique par clusters permet d’identifier des classes latentes. Ainsi, il existe deux grands groupes contrastés et un troisième qui détient une position intermédiaire. Le premier groupe est composé d’enseignants orientés vers l’international, membres de comités de revues étrangères et nationales, qui participent aux congrès internationaux… Le deuxième groupe est hétérogène. Il est constitué d’individus orientés vers les étudiants et le public averti. Il produit des livres qui sont en réalité des cours. Quant au troisième groupe, il est composé d’individus qui disposent d’une bonne connaissance des champs disciplinaires.
Autre volet de l’étude, la production scientifique. Là encore, les chiffres sont alarmants. Le travail de recherche réalisé par l’équipe de Cherkaoui montre que rares sont les universités dont la moitié des enseignants ont produit au moins une publication durant les cinq dernières décennies. Les universités qui atteignent ce seuil ou le dépassent sont Al Quarawiyin, (Marrakech et Tétouan), Sidi Mohamed Ben Abdallah, Cadi Ayyad, L’Institut des études africaines, l’Institut royal pour la culture amazighe, l’Insea, l’Insap, l’Enam. Rapporté au nombre d’enseignants actifs, le nombre de publications indique que 55% des enseignants n’ont jamais publié une seule ligne de leur vie. «La stérilité intellectuelle ne touche pas seulement les jeunes universités et universitaires, mais concerne également les institutions les plus anciennes comme les facultés des sciences juridiques, économiques et sociales de Rabat, Casablanca, Agadir, Oujda, Fès…», déclare Cherkaoui. L’analyse de la production indique qu’il existe une différence fondamentale entre les enseignants et les non enseignants (avocats, ingénieurs, médecins). Cette dernière catégorie se caractérise par l’absence du point d’inflexion en 2002-2006, contrairement aux enseignants dont la production a commencé à baisser en 2005. Cette date correspond justement au lancement du programme de DVD par le gouvernement Jettou. Cette mesure a contribué à vider les universités de leurs enseignants-chercheurs les plus productifs. De l’avis de l’équipe Cherkaoui, ce sont plutôt les enseignants, majoritairement francophones, possédant des compétences monnayables sur le marché du travail, qui ont quitté massivement l’université. Par ailleurs, il convient de noter qu’entre 2002 et 2006, la production a baissé de presque du tiers. La baisse concerne surtout la production en langue française, tandis que celle en langue arabe poursuit sa croissance. Comment peut-on expliquer cet état des lieux? Plusieurs facteurs ont été mis en avant par l’enquête du MEN: multiplicité des chercheurs sans aucune coordination, absence de planification de la recherche, appels d’offres passés dans la quasi-confidentialité, absence d’évaluation des résultats, verrouillage de l’information, absence de visibilité…

  



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