La profanation des reperes dans l’œuvre de abdelkader chebani: « outrage et parti-pris

 Par Boulahnine Khalid  (?)  [msg envoyés : 52le 22-03-10 à 02:33  Lu :2400 fois
     
  
 accueil

LA PROFANATION DES REPERES dans l’œuvre de Abdelkader CHEBANI: « OUTRAGE ET PARTI-PRIS ».
Lecture faite par Khalid BOULAHNINE d’Essaouira
l’écrivain marocain M. Abdelkader Chebani, a publié un joli roman intitulé «Outrage et parti pris»dans les éditions Marsam.
C’est le second travail de M. Chebani après le succès de son recueil poétique «Les illustres».
Le titre nous fait d’emblée penser à un récit d’intrigue. Le lecteur sait d’avance, mais d’une manière peu claire l’élément déclencheur «Outrage» et sait également que cet événement a engendré tout un processus de transformation tel que l’explique «parti pris »
Cette présentation semble jouer dans ce contexte un effet de choc et tenir l’esprit du lecteur en suspens. Ce dernier a non seulement hâte de découvrir la nature de «L’outrage» mais aussi de voir les mesures prises par la partie offensée pour remédier à la situation.
Partant de ce fait, notre étude va d’une part mettre l’accent sur la portée symbolique des objets dans le récit de M. Chebani. D’autre part, elle se penchera sur l’attitude des personnages face au drame sous-entendu par le titre du roman.
La narration est assumée dans le récit par une vision interne : «le narrateur / personnage » joue un rôle principal qu’il partage aussi avec un palmier dattier et un figuier.
Il situe l’histoire dans un « espace-temps » moderne où les termes « café, journaux, gadgets… » se taillent la part du lion, surtout au début du roman.
Le récit s’illustre également par sa marocanité ancrée par le déplacement du personnage (un enseignant), entre les villes du royaume suivantes : Lâayoune, Essaouira, Casablanca et Agadir (ce dernier lieu servira de scène où « L’outrage » s’accomplira).
Il ressort de cette présentation que l’on se trouve dans un contexte culturel essentiellement marocain.
Et justement, le mot « culture », comme on va le découvrir ensemble, assumera le rôle d’un cheval de bataille dans la suite de notre travail.
Le roman de M. Chebani rend compte de deux grandes phases importantes de la vie du « narrateur / personnage » : une stabilité et gaieté du professeur qui vont tout d’un coup s’éclipser pour céder la place à son agitation et amertume.
La première étape est marquée par la présence d’un palmier qui tient le rôle d’espace vital du « narrateur / personnage » «mon palmier était mon repère». Un équilibre spatial et sentimental régit cette partie comme en témoigne : « Ces scènes me remplissaient de plaisir … j’étais probablement le seul à en profiter » .
Force est de signaler que ce «repère» (source de bonheur du «narrateur / personnage») est un grand arbre fruitier qui évolue et s’épanouit spécialement dans les zones chaudes comme l’Afrique ou Le proche -orient. Réputé pour être un des arbres qui résistent à la sécheresse et au temps d’une manière générale, sa présence dans un univers pareil devient, à coup sûr, source d’harmonie spatiale.
Aussi, son évocation revêt-elle une valeur synecdochique dans la mesure où on ne peut prononcer le mot « palmier » sans que vienne à l’esprit l’image de l’endroit dont il fait partie. Nous entendons par là : « Le Sahara, l’oasis, le désert, le proche- orient l’Afrique, Le Maroc… ».
Ainsi, La grandeur, la beauté et la fierté ne soulignent pas uniquement «la partie» c'est-à-dire « l’arbre ». Par transitivité, ces expressions deviennent le propre du repère du narrateur, nous entendons «Le tout».
C’est toute «la culture» où trône « le palmier » qui se trouve du coup valorisée. De là, l’émerveillement du «narrateur/personnage »qui est abrité par le palmier et trouve en conséquence de la beauté un peu partout « le temps me filait entre les doigts : comment harmoniser mes démarches de la journée avec ce climat paradisiaque » (le mot culture dans le contexte suivant est l’équivalent de particularités de tout peuple regroupé dans un même espace).
Donc, une culture harmonieuse et enracinée depuis la nuit des temps ; une culture qui procure la joie et le bonheur à ses membres doit-elle disparaître ? Autrement dit est-il toujours nécessaire de changer de mode de vie quand on est satisfait de ce qu’on est et ce qu’on a ?
Telles paraissent les grandes questions soulevées par le récit de M. Chebani.
Cette remise en question du processus de civilisation devient comme on va le constater plus explicite dans la seconde phase de la vie du narrateur.
Il est important de signaler que le monde civilisé, tout en pensant avoir acquis les principes modèles de la modernité, aspire à l’universalité de ses propos. Aussi la déterritorialisation des concepts devient-elle un acte de foi dans cet univers. Mais pour la réussir, on est contraint d’effacer le «modèle» existant, comme le montre cette deuxième étape du récit, marquée par l’extraction du palmier après l’épanouissement d’un figuier dans le même endroit : un acte qui frôle la dénaturation topologique, compte tenu de tout ce qui a été dit avant.
Certes, les deux objets dont il est question dans ce récit ont un dénominateur commun : il s’agit de deux arbres élevés dont les fruits ont des goûts sucrés.
Cela dit, il faut reconnaître que le lieu où évolue « le palmier » diffère de celui où se développe « le figuier ». De plus, ils n’ont ni le même goût ni le même look. Par ailleurs, les dattes sont plus sèches et résistantes que les figues. Celles-ci sont molles et doivent être consommées le plus vite possible pour ne pas pourrir. Ces dernières deviennent «ipso facto» traductrices d’une culture de l’illusion basée en premier lieu sur la consommation rapide de l’objet.
C’est, en effet, cette culture si fragile qui a pris le dessus en s’attaquant à une autre plus sereine et solide.
Le mot « cataclysme » utilisé par le narrateur traduit la dégradation totale de la vie dans ce joli coin perdu après « l’outrage ».
Il n’y avait rien en réalité qui légitimait l’invasion et l’écrasement d’une culture fructueuse pour la mise en place d’une autre réalité molle et fragile. « Le figuier », sans doute, dans ce corpus symbolise la conquête et l’esprit conquérant. Le «narrateur / personnage» dénonce cette présence illégale sur un territoire autre que le sien.
Mais, cette modification de l’ordre de vie l’amène en même temps à se remettre en question pour comprendre aussi qu’il n’a même pas le profil requis pour lutter contre l’invasion. L’expression « oustad » (équivalent de maître) n’est autre qu’une antiphrase pour ironiser sur le personnage. Elle nous fait penser par le fait même à la fable de La Fontaine «Le corbeau et le renard » .Le narrateur (oustad) tel « Maître corbeau » ne maîtrisait guère la situation comme il le reconnaît lui même: « il y avait des paramètres que je ne maîtrisais pas et cela me liait les mains » Cette réflexion sage du narrateur devient ainsi le point fort du récit. Le texte ne se limite pas à s’acharner sur « l’autre » pour faire de lui le principal accusé. Le narrateur reconnaît sa part de responsabilité, il n’a pas su conserver «sa culture » je veux dire son «repère» : « j’avais manqué de vigilance, j’avais manqué de discernement ». De même, il n’a même pas pu assurer sa défense ave ses moyens du bord : «j’avais conscience de l’anachronisme. En quoi un coup de hache pouvait-il assainir, modifier, absoudre ».La lutte devient ainsi risible ; le désir de se venger tourne à l’obsession. Et cette incapacité de remédier à la situation rend la peine du personnage encore plus atroce. Son lyrisme, par ailleurs, nous rappelle les douleurs d’Orphée l’inconsolable, dont la vie est devenue un vrai calvaire, après la perte de sa jolie Eurydice.
Toutefois, ce sentiment d’indignation qui s’empare du narrateur peut-être lu comme une invitation du lecteur à méditer longuement sur les lacunes qui entravent sérieusement la concrétisation de toutes nos bonnes intentions. « Aller jusqu’au bout d’un dessein mis en projet relève t-il du courage ».L’interrogation rhétorique présuppose le contraire : on ne peut pas s’envoler sans ailes. Et le fait de le comprendre est déjà le premier pas pour aller de l’avant. La dénonciation devient, par le fait même, une aspiration à un avenir meilleur.
Justement, une note d’optimisme surgit vers la fin de l’histoire pour rectifier le tir. Elle s’illustre dans le récit par l’émergence de « cinq petits palmiers » à côté du « figuier ».
La nature, s’étant aperçue qu’elle ne pouvait compter sur l’homme pour reprendre ce qui lui revenait de droit a décidé de passer à l’acte.
La naissance des « cinq pousses » marque d’une part, l’hostilité de l’espace envers le conquérant et d’autre part, le rétablissement de l’ordre naturel dans ce petit antre paradisiaque.
Le passé perdu du narrateur renaît pour nous permettre ainsi d’anticiper l’avenir. Certes, il est encore fragile. Mais les ingrédients sont déjà là pour rassurer « L’oustad ». Lequel a retrouvé sa gaieté d’autrefois dès qu’il a vu le spectacle.
Ainsi, s’il a bien retenu la leçon, il saura comment protéger « son arbre », je veux dire « son repère ou sa culture » ne serait-ce que pour être digne du nom qu’il porte : l’oustad.
Références
Norbert ELIAS« Civilisation des mœurs » édition du club France Loisir, Paris 1997
Lévis STRAUSS « Race et histoire », collection folio/essais1987
J- J- ROUSSEAU« Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes » classiques de poche1997
Gilles DELEUZE et Félix GUATTARI « Qu’est- ce que la philosophie », édition de minuit Paris 1991
J- de LA FONTAINE « Fables » classiques Hachette1929
Robert GRAVES « Les mythes grecs » traduit de l’anglais par Mounir Hafez, Pluriel, 1999

  



Vous aimez cet article ?
Partagez-le sur
   les représentants du peuple
  Demi-dieu, demi-homme!
  Tous les messages de Boulahnine Khalid


 Réponse N°1 3231

L’AGONIE DE PAN dans LE PREMIER SEXE d’ÉRIC ZEMMOUR
  Par   Boulahnine Khalid  (CSle 27-03-10 à 19:26

L’AGONIE DE PAN dans LE PREMIER SEXE d’ÉRIC ZEMMOUR

Lecture faite par khalid BOULAHNINE d’ESSAOUIRA

LE PREMIER SEXE est une publication récente du journaliste et essayiste français Eric Zemmour. Le sujet et les réflexions que l’auteur nous invite à découvrir dans son ouvrage secouent non seulement le lecteur mais aussi les principes de civilité modernes auxquels on commence à croire partout ailleurs.

Le livre nous amène à méditer sur notre passé lointain pour pouvoir identifier« L’Homme ». Cette créature qui, selon l’auteur, depuis que la femme a pris les règnes du pouvoir, semble avoir perdu tout ce qu’il avait de plus cher au monde (ce qui le distinguait de cette dernière) ; nous entendons sa « virilité ».

Oui, en effet, comme l’explique le titre, l’adjectif ordinal « premier »confère à l’homme un statut privilégié par rapport à la femme. Ce classement par ailleurs, nous rappelle le rang dont jouit l’homme dans le récit de la genèse. Dieu a élevé l’homme au premier rang et Eve n’est venue par la suite, que pour tenir compagnie à Adam. L’homme donc jouissait depuis la nuit des temps d’un statut privilégié qu’il avait à défendre tout le long de son séjour sur terre. Pour Eric, il est l’incarnation de la virilité et doit l’assumer jusqu’au bout. Mais le premier sexe dans le contexte suivant devient une antiphrase dont l’usage tend à tourner en dérision cette malheureuse créature.

Pratiquement, nous assistons aujourd’hui à une inversion de rôles des plus frappantes : la vague montante des féministes fait désormais de l’homme tout ce qu’elle veut. C’est elle qui d’ores et déjà mène la barque et dicte sa loi. Pire encore, la femme ne s’est pas contentée de défendre ses droits. Elle s’est aperçue soudain que les siens se heurtaient à ceux de « son rival éternel ». Alors, elle a résolu de priver ce dernier des siens, et voire même de s’en approprier. Ainsi, c’est à présent L’homme qui éprouve le sentiment de culpabilité et pleurniche comme une femmelette car il a été surpris en flagrant délit d’adultère. Les scènes d’infidélité féminine en revanche, ont conquis même le monde du cinéma et de la littérature « des films et des livres où une femme payait un homme pour coucher avec elle ». La normalisation de ces scènes est devenue un des grands principes de la modernité. Quelle docilité de l’homme moderne ! Ce nouveau statut du premier sexe « Un homme qui vaut moins que toutes les femmes » ne peut être supporté par Eric et ses semblables. Lesquels deviennent de plus en plus rares dans un univers qui a perdu ses repères et se croit, déjà, au « paradis » comme l’entend Karl Popper dans « La leçon du siècle ». Ce paradis occidental semble pourtant imparfait et loin d’égaler celui qui nous a été promis. Ni l’homme ni la femme ne semblent satisfaits de leur nouveau rang.

La femme incapable pourtant de« se transformer en homme » décide tout d’un coup de féminiser ce dernier. Force est de signaler la grande dégradation du premier sexe qui a désormais renoncé à l’esprit de revanches et de conquêtes. Il compte en premier lieu sur son élégance pour paraître beau et à son avantage. Il est devenu du coup le concurrent de la femme. Tous les deux se partagent les mêmes traits et en particulier la féminité. Or cette caractéristique est le propre de la femme ! De là, la déception de cette dernière !

Que faire donc, pour récupérer L’HOMME ? Doit-on renoncer à cette émancipation exagérée qui a prouvé ses limites, selon Zemmour, ou faut il revenir à cet état sécurisant où chacun de ces deux pauvres créatures avait un rôle confié par la nature du sexe ? L’homme n’a apparemment pas retenu la leçon d’hier, semble nous rappeler le classement mentionné dans le titre : il laisse la femme décider à sa place comme il l’avait déjà fait une fois au « paradis ». Ainsi, après sa première chute et sa décadence sur terre, on se demande où il va être éjecté prochainement à cause de ces féministes, semble dire l’essai de Zemmour.

Les derniers sondages ont enregistré une baisse flagrante du taux de mariage et par le fait même une Europe vouée à la vieillesse ou plutôt à l’extinction. Le recours à la main d’œuvre étrangère fait partie des mesures prises par l’occident non seulement pour remédier à cette situation alarmante, pour le moins qu’on puisse dire, mais aussi parce qu’on s’est trouvé tout d’un coup face à un homme qui « apprend désormais à se parer » et est incapable d’effectuer toutes les taches dures et nécessaires. Le recours à l’émigration, peut être lu, en outre, comme une quête de la virilité. L’occident désormais incarne la féminité et cherche l’autre sexe (le premier sexe) ailleurs. Les occidentaux sont à la fois écoeurés par la conduite de ce dernier qu’ils jugent « primitif » mais jaloux car cet homme « barbare » conserve encore ce qu’ils n’ont plus. Ainsi à son égard, ils manifestent deux attitudes différentes : ils se servent de lui dans leurs champs, leurs usines et leurs lits aussi. Mais, ils le rejettent et le condamnent à vivre isolé avec les siens dans les périphéries pour ne pas salir l’œuvre occidentale. Une attitude qui n’est pas saine et dont on ne peut prévoir les conséquences, comme l’a démontré « la révolte des banlieues en novembre2005 »

Le premier sexe somme toute, est un très joli essai qui dénonce une crise et ose parler de ce dont personne ne veut entendre parler. La notion de civilisation se trouve du coup remise en question. Pire encore, c’est un occidental qui se démarque des siens et ose critiquer leur mode de vie. Ce regard de l’intérieur de l’occident ne peut être conçu ainsi, que comme une sonnette d’alarme et une invitation à méditer longuement sur l’homme et le féminisme. Un coup de théâtre surgit cependant, vers la fin du livre pour faire de la femme, elle aussi, une victime non pas de l’homme, mais du capitalisme. Le texte, faut- il le rappeler, est si passionnant que le lecteur devient ensorcelé par les images et les différents commentaires qui le parcourent in extenso.





InfoIdentification nécessaire
Identification bloquée par
adblock plus
   Identifiant :
   Passe :
   Inscription
Connexion avec Facebook
                   Mot de passe oublié


confidentialite Google +