La polygamie expliquée à ma fille...

 Par Idoubiya Rachid  (Prof)  [msg envoyés : 1316le 21-07-10 à 23:02  Lu :2571 fois
     
  
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La polygamie expliquée à ma fille.
Ma fille vient d’entendre le mot Moudawana pour la première fois de sa vie. Cela en m’entendant le dire à sa mère : ma femme. Une conversation a eu lieu entre le père et la fille, c’est-à-dire entre moi et ma petite fille...
KAWTAR : - Père, je viens d’entendre le mot polygamie. Qu’st-ce que c’est ?
MOI : - C’est le fait de se marier pour l’homme avec plusieurs femmes. Le mot polygamie est largement utilisé, mais le mot juste est la polygynie.
KAWTAR : - Est-ce qu’un jour mon futur mari va-t-il ou peut-il se marier à une femme, outre que moi ?
MOI : - Il le peut, vu le présent code de la famille : la moudawana. Mais le choix reste toujours à toi...
KAWTAR : - Comment ?
MOI : - Au niveau du code de la famille, celui-ci a donné des garanties à la femme. En effet, dans le contrat du mariage, elle peut exiger que son mari ne se remarie pas avec une autre femme. Sinon, elle a le droit de demander le divorce, avec les conséquences que cela entrainera en terme d’indemnisation : pension alimentaire, droit de garde des enfants, logement décent, etc.
KAWTAR : - Est-ce que la polygynie est licite dans nôtre religion islamique ?
MOI : - Oui.
KAWTAR : - Donc, elle n’est pas « HARAME »
MOI : - Telle qu’elle est pratiquée par certains hommes, elle est comme tu dis « HARAME ».
KAWTAR : - Je ne comprends pas...
MOI : - Certains hommes interprètent mal Les versets 3 et 129 de la sourate « an-Nissa » du Coran qui énoncent les règles de base concernant la pratique de la polygamie dans la société musulmane :
Voilà ce qui y est dit:
« 3. Si vous craignez de n’être pas équitables en matière d’orphelins… alors épousez ce qui vous plaira d’entre les femmes, par deux, ou trois, ou quatre. Mais si vous craignez de n’être pas justes, alors seulement une, ou contentez-vous de votre droite propriété, plus sûr moyen d’échapper à la partialité. »
« 129. Vous ne pourrez être justes envers vos épouses, même si vous y veillez. Du moins, n’allez pas jusqu’au bout de votre penchant, jusqu’à laisser la (défavorisée) comme en l’air. »
A la première lecture des deux sourates, DIEU le tout Puissant commence certes avec les nombres de deux, trois et quatre femmes. Mais DIEU le Tout Puissant termine avec UNE seule...
KAWTAR : - Je crois qu’il y’ a certainement quelque chose derrière tout cela.
MOI : - En effet, DIEU est Clément et Miséricordieux. Dieu est Sage et Compréhensif. DIEU n’a pas voulu fermer la question de la polygynie pour une sagesse que LUI SEUL, le Tout Puissant CONNAIT...
KAWTAR : Alors comment faire pour interpréter ce message de DIEU le Tout Puissant ?
MOI : Le tout est dit dans ce message : NOTRE DIEU a parlé de la Justice envers les femmes. Si l’homme qui veut se remarier n’est pas sûr qu’il allait être juste envers ses épouses, qu’il ne sera pas capable d’assumer toutes les responsabilités qu’engendre un tel acte, alors seule UNE femme lui est licite : « HALALE »...
KAWTAR : Encore une fois père, comment savoir si l’homme est capable d’être équitable envers ses épouses ?
MOI : d’abord, avant même qu’il ne réfléchisse à se remarier, l’homme en question doit impérativement avoir en tête les exigences que demande un tel acte...
– Comme le stipule notre moudawana : la polygamie est interdite :
« - lorsque sa justification objective et son caractère exceptionnel n'ont pas été établis ;
- lorsque le demandeur ne dispose pas de ressources suffisantes pour pourvoir aux besoins des deux foyers et leur assurer équitablement l'entretien, le logement et les autres exigences de la vie. »
KAWTAR : - Est-ce que toi mon père vous seriez capable de vous marier avec une autre femme que ma mère ?
MOI : Rassurez-vous ma fille, la polygamie est loin d’être calquée à mon cas. Personnellement, je suis un monogame convaincu, mais on ne doit pas voir la question d’un seul et unique point de vue. La question est assez complexe qu’elle paraît être.
KAWTAR : - Pouvez-vous m’éclairer plus ?
MOI : - Tant que DIEU a évoqué la polygamie et LE TOUT PUISSANT l’a limitée à certains cas précis, il y’a toujours une SAGESSE derrière tout cela. Un exemple : savez-vous que de temps en temps, DIEU teste les Hommes ? Les guerres, les famines, les immigrations de masse, les maladies contagieuses, les catastrophes naturelles, etc. Tout cela peut entraîner des déséquilibres au niveau des effectifs entre les hommes d’un coté et les femmes de l’autre.
KAWTAR : - Je commence à comprendre...
MOI : - De plus, notre religion est valable au niveau Temps et Espace : elle est JUSTE. Imaginez si cette possibilité n’existe pas et que le nombre de femmes dans un pays est cinq ou six fois plus que celui des hommes. Que va-t-il advenir des autres femmes qui n’ont pas pu trouver un mari ? Les autres femmes ne vont-elles pas tomber dans des pratiques illicites et « HARAMES » ? Imaginez qu’à la vieille de la fin de la deuxième guerre mondiale, il y’ a eu pénurie d’hommes...On comptait alors seize femmes pour un seul homme. Les veuves démunies et sans ressources s’adonnaient alors à des pratiques contre toute dignité humaine. Aujourd’hui même, des statistiques sérieuses parlent d’un supplément de trois millions de femmes dans la seule ville de New York ! La polygamie ne pourra-t-elle pas être pratiquée par solidarité sociale ? Entre femmes ? Cela pour contrer la débauche dans la société : débauche veut dire relation « HARAME » entre un homme et une femme ? Peut-être c'est la raison objective et exceptionnelle dont parle la Moudawana...
De plus, la polygamie a toujours existé aux pays islamiques : il était impensable il y’ a une quarantaine d’années – bien après notre indépendance- de parler de l’élimination de cette pratique, ancrée dans les traditions de nos prédécesseurs : il suffit de lire nos chapitres d’Histoire dans ce domaine pour découvrir cette réalité...La polygamie peut donc faire du bien dans certaines circonstances, comme elle peut faire beaucoup de mal dans d’autres...
KAWTAR : - Comment faire alors ?
MOI : - Il n’y a pas une solution unique. La seule solution...
Personnellement, je te conseille, ma chère fille, de faire/continuer tes études. De travailler sérieusement et ne pas attendre quelqu’un d’autre pour te prendre sous sa tutelle. Tu dois devenir autonome.
KAWTAR : - Est-ce tout ?
MOI : - Tu dois encore connaître tes droits et tes devoirs quant à la fondation d’un foyer. La responsabilité est toujours demandée à être assumée par les deux parties : homme et femme. D’autant plus que le choix du mari est important. Avant de fonder un foyer, il est impératif que les deux partenaires puissent être d’accord sur les choses les plus insignifiantes. Ce sont elles qui favorisent plus tard : soit la solidité de l’union au sein de la famille, ou malheureusement le divorce ...De plus, je te conseille de ne plus prendre un homme à sa femme ! Cela sera une très mauvaise chose à faire. Ce conseil sera une de tes propres valeurs à respecter...Car beaucoup de femmes choisissent de prendre un homme déjà marié, et qui a de surcroît des enfants, en sachant pertinemment qu’elles vont faire du tors à toute une famille. Ce sont des femmes irresponsables qu’il faut tout faire pour diminuer leur nombre au sein de la société. Cela se passera non par la violence, ni par la menace, mais par l’éducation...
KAWTAR : - Pour l’instant, je suis heureuse car je sais maintenant que seules les études comptent pour moi. Le reste, c’est DIEU le Tout Puissant qui décidera...
MOI : - C’est bien ma fille. Tu dois travailler dur pour pouvoir être à la hauteur des responsabilités que tu seras à même d’assumer dans le futur. Et n’oublie pas que la vie est très simple, à condition d’établir/prendre dès les dépars les bons choix...
Ainsi se termine une conversation autour d’un sujet qui a fait couler beaucoup d’encres. Un sujet TABOU, mais présent dans presque tous les foyers et concerne tout le monde...
Avec ma fille, j’ai choisi en tant qu’enseignant la version pédagogique, car seule celle-ci est à même de lui donner une idée claire sur la question. Cela pour la préparer déjà à ses responsabilités de future femme/ épouse...
Ce que je suggère d’ailleurs, c’est changer la littérature : notre enseignement qui traite les problèmes de Balzac, avec les questions telles : la famille, l’environnement, la vie associative, le sport, la vie culturelle, l’enseignement des valeurs universelles...
Cordialement et @ plus...

  




 Réponse N°1 5665

Original!
  Par   Samira Yassine  (CSle 22-07-10 à 03:11

Vraiment un travail original! Une façon originale d'aborder le sujet! Je n’ai pas pu m'empêcher de lire le sujet à l'instant même où je l'ai aperçu.

Je souhaite vous voir aborder le reste des sujets de la même façon, c'est plus vivant, plus concret, plus crédible. Bien sûr je ne doute pas de la véracité du contenu de vos articles, puisque vous ne faites que rapporter le contenu de la Moudawana, mais vous faites un travail remarquable, surtout que ce n’est pas votre domaine, ce n'est plus la situation ni le type de texte, mais on a ,cette fois-ci ,avec M Idoubiya, d'autres types de textes, des textes dont le champ lexical est plutôt du domaine juridique.

J'ai adoré votre dialogue avec votre fille " Kawatar" que dieu vous la garde.

Nous avons des questions que peut poser chacun de nous et auxquelles notre cher collègue répond le plus minutieusement possible.

Vous avez abordé, dans votre article, les causes qui peuvent obliger les hommes à "s'offrir" une deuxième et troisième femme; je ne discute pas l'idée puisque vous l'avez si bien expliqué: guerres, famine etc. Ma question est la suivante: si c'était le cas contraire, le nombre des hommes dépasse de loin celui des femmes, serions-nous amenés à demander à chaque femme d'avoir plusieurs hommes? Je sais qu'il est impossible de l'accepter puisque physiologiquement, il est impossible, sinon on ne saurait plus qui est le père d'un enfant né chez une femme mariée à plusieurs hommes?

Ma question est une réfutation de la raison qui pousse les hommes, même en situation de "carence" d'hommes, à épouser plusieurs femmes. Actuellement certains hommes évoquent toujours la même raison pour s'offrir une autre femme. Moi je dirais que si vous voulez assurer l'avenir d'une femme, nous avons de nombreux hommes célibataires incapables de se marier vu leur situation matérielle déplorable. Je demanderais plutôt, à cet homme riche, qui veut sauver une femme de la prostitution ou autre, de lui ouvrir un foyer avec un jeune homme qui ne peut le faire faute de moyen matériel. Ainsi il aura réalisé un bonheur pour un couple qui ne pouvait se l'offrir et aura fait un acte pour lequel seul dieu le récompenserait.

Je remercie encore une fois M Idoubiya qui a créé une nouvelle atmosphère en abordant un tel sujet loin du domaine de l'enseignement.

Sincères remerciements on attend toujours du nouveau de votre part cher collègue.

Cordialement/





 Réponse N°2 5673

" Cette femme n'est pas moins homme que l'homme lui-même !"
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 22-07-10 à 23:21



Salut M.Esdiri Fethi,

J’apprécie votre intérêt pour un sujet qui nous touche tous: celui qui se rapporte à la fondation de chaque famille Marocaine...

Pour la question de l'autonomie, je la vois autrement. En effet, lorsque je demande à ma fille de faire ses études, je sous-tends toutes les filles de son âge...Pourquoi? Parce que la femme marocaine doit avoir une grande culture pour vivre dans la société...Certes nous avons des femmes médecins, des femmes professeurs d'université, des femmes chefs d'entreprises, des femmes ingénieurs, etc. Mais leur nombre est-il suffisant? En tant qu'enseignant, je ne pourrais que saluer les efforts fournis par nos chères élèves, qui font de leur mieux pour continuer leurs études et avoir une grande instruction...

Instruction ne veut surtout pas dire acquisition et amas de diplômes! Une bonne dose de culture permet à la femme d'accéder à un degré supérieur d'autonomie. Avec autonomie, je veux dire conscience de la responsabilité. Avec autonomie, je pense aux choses de plus, que peut, cette fille devenue femme, apporter à sa future famille, en terme d'éducation des enfants et en terme d'entente avec son futur époux. Avec autonomie, je fais référence à cette famille équilibrée qui favorise le dialogue et le travail mutuel, dans le but de permettre l'harmonie et l'épanouissement du couple...

Je ne parle pas donc de cette fausse autonomie qui rend certaines femmes éprises d’elles-mêmes et en désaccords continuels avec leurs maris...L'autonomie financière n'est pas vraiment autonomie! L'éducation nationale devrait travailler dans le sens de donner à la société des citoyennes et des citoyens capables de participer avec assurance au développement de notre pays. Solidaires les unes les uns pour le bien de toutes/ tous...

Ce n'est qu'avec une éducation lucide, qui laisse les deux partenaires de vie devant les perspectives d'avenir, qui doivent être envisagées à deux, que la société pourra réussir les défis qui s'imposent à elle...

Cordialement





 Réponse N°3 5676

La tutelle...
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 23-07-10 à 00:30



En effet M.Esdiri Fethi,

Beaucoup de femmes restent malheureusement sans instruction et de ce fait se trouvent démunies de toute liberté! Liberté de penser, liberté de prendre des décisions, liberté de choisir: des jeunes filles se marient avec le premier venu, croyant qu'elles vont trouver l'âme sœur...Avant qu'elles ne terminent leur expérience devant les tribunaux...

La tutelle ne veut pas toujours et seulement dire dépendance financière...

D'ailleurs, le mot "travailler" est à comprendre dans le sens de continuer à faire des études et à s'instruire en terme de culture: on ne vient pas à l'école pour chercher un métier mais plutôt pour connaître des choses. Or ce sont ces choses là qui vont contribuer à donner à la femme - même à l'homme- son autonomie...

Cordialement.




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