La nouvelle fantastique au lycée

 Par salim khaled  (Prof)  [msg envoyés : 7le 08-12-15 à 06:41  Lu :1758 fois
     
  
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La nouvelle fantastique au lycée
L’enseignement-apprentissage du français au lycée se fait via un programme diversifié qui s’inscrit dans un choix pédagogique conscient. Ce choix s’organise sous forme de modules.
C’est ainsi que la nouvelle fantastique s’inscrit dans le troisième module qui vient après l’étude des genres et types de texte et après l’étude aussi de la nouvelle réaliste. Le quatrième module s’intéressera à la comédie. Le dédoublement pour ce qui est des modules la nouvelle réaliste et la nouvelle fantastique, est motivé par l’importance du genre étudié et la volonté de donner à l’élève l’occasion de multiplier ses lectures, de les ouvrir les unes sur les autres, se constituant ainsi son propre répertoire littéraire et culturel.
Soulignant au passage que le premier module, genres et types de texte est un module-charnière qui permet de revoir ou de mettre en place les définitions élémentaires des types de texte et de genres littéraires dont les élèves auront besoin tout au long de l’année, et même chaque fois qu’ils aborderont un texte littéraire.
Autre raison qui appuie ce choix est la sensibilité de la tranche d’âge à laquelle on a affaire. Si on parle plus particulièrement de la nouvelle fantastique, ce genre de texte convoque un lecteur adolescent en le mettant dans une hésitation interprétative fondée sur l’ambivalence du réel et du surnaturel. Dans ce cadre, il faut reconnaître que l’ambivalence dont on parle peut être problématique pour un lecteur habitué plutôt à la science fiction où la frontière entre les deux ordres est tranchée. Mais en dépit des résistances liées aux difficultés évoquées, le but est d’amener l’élève adolescent à adopter la posture de lecture adéquate pour comprendre ce type de texte.
En fait, le fantastique éveille en nous certainement la curiosité de découvrir ce que dissimule cet univers. Cependant, il faut rappeler que le genre fantastique est un genre sérieux. Il ne s’agit ni d’amuser le lecteur par des fantaisies de toutes sortes, ni de lui faire peur en évoquant certains thèmes. Ce qui nous pousse à aborder, d’une manière concise, les thèmes récurrents de la littérature fantastique recensés par Roger Caillois dans l’introduction de son Anthologie du fantastique, Gallimard, 1966. On peut donc rappeler la liste qu’il propose dans cet ouvrage :
- Le pacte avec le démon.
- L’âme en peine qui exige pour son repos qu’une certaine action soit accomplie.
- La mort personnifiée apparaissant au milieu des vivants.
- La « chose » indéfinissable et invisible mais qui pèse, qui est présente.
- Les vampires.
- La statue, le mannequin, l’armure, l’automate, qui soudain s’animent et acquièrent une redoutable indépendance.
- La malédiction d’un sorcier qui entraîne une maladie épouvantable et surnaturelle.
- La femme-fantôme, venue du rêve et de la réalité.
- La chambre, l’appartement, l’étage, la maison, la rue effacée de l’espace.
- L’arrêt ou la répétition du temps.
Cependant, le thème de la statue animée, sujet de notre nouvelle, n’apparaît pas figé une fois pour toutes dans une structure narrative donnée. Abordée de façon différente par les auteurs, son traitement implique à chaque fois une conception totalement différente de l’homme face à la divinité, seule détentrice du don de vie, de l’homme face à la création artistique (qui le dépasse ou qui le contrôle) où il tente de rivaliser avec Dieu.
La séquence didactique :
La séquence propose des activités décloisonnées et organisées autour d’objectifs secondaires subordonnées à l’objectif principal : écrire une nouvelle fantastique. Ils permettent d’y parvenir de façon progressive. En cela, l’ensemble de ces activités constitue une séquence didactique très développé où le professeur pourra puiser en modulant ses séances en fonction de ses choix, du niveau des élèves, de sa progression et du moment de l’année où est étudiée la nouvelle de Mérimée.
Il faut dire qu’à travers cette séquence, notre visée est de mettre en œuvre un enseignement décloisonné surtout que le mode d’organisation du travail proposé par les programmes, celui de la séquence didactique, invite expressément à associer autour d’un même objectif les différentes composantes du français, donc à passer d’un enseignement cloisonné à un enseignement décloisonné. Ce dernier ne se contente pas de ‘’juxtaposer’’ diverses composantes (orthographe, grammaire, étude de texte, etc.). Il relie entre elles, les associe et les fédère en fonction d’un objectif commun pour aboutir, dans notre cas, à la rédaction d’une nouvelle fantastique.
Par ailleurs, il faut souligner que sans vouloir imposer de cadres types de séances pour la classe, nous voudrions seulement suggérer des pistes de travail, de manière à ce que chaque professeur construise en fonction de ses objectifs et de sa progression une séquence didactique complète et cohérente.
- Séance 1 Séance de sensibilisation
Présentation :
Une double remarque s’impose sur le type de récit que constitue la nouvelle et sur la tonalité fantastique qui est celle de la Vénus d’Ille : le titre ne laisse aucunement percevoir cette double caractéristique. Bien au contraire, l’aspect ironiquement pompeux de la « relation » masque le caractère littéraire, travaillé, construit de ce genre bref, dont Mérimée a acquis la parfaite maîtrise. Par ailleurs, l’apparence du récit- un simple fait divers- éloigne le lecteur de tout doute, de toute hésitation sur la réalité de ce qui va lui être raconté. En somme, il ne peut imaginer que l’auteur Mérimée va l’entraîner sur les ‘’dangereuses’’ pentes du fantastique. Ainsi, le titre fonctionne véritablement comme un trompe-l’œil destiné à mieux déguiser le vrai propos littéraire de Mérimée.
Activité : T. E : étude para-textuelle.
Durée : 1h
Support: LA VENUS D’ILLE de Prosper Mérimée.
Objectifs de la séance : - Identifier les composantes du para texte.
- formuler des hypothèses de lecture d’après
l’analyse de ces composantes.
- guider les élèves dans leur lecture en distribuant un questionnaire.
Pré-requis : avoir lu l’œuvre.
Démarche :- cours dialogué.
Déroulement de la séance
A. Expression orale : les attentes de lecture inspirées par le titre
B. Emettre des hypothèses de lecture :
1) - Qu’évoque le titre ? Vénus ?
-Déesse de l’amour, étoile qui marque le début et la fin de la nuit, statue.
2) - Quelle histoire inspire un tel titre ?
- Une première observation du titre nous laisse penser qu’il s’agit d’une histoire d’amour ou d’une histoire d’archéologie.
Présenter un guide de lecture :
o Le questionnaire :
Ce questionnaire est une sorte d’évaluation de la première lecture de la nouvelle. Cette évaluation est mise en place au début de la séquence afin de s’assurer de la compréhension du texte par les élèves, mais aussi pour permettre à ces derniers de retrouver le fil de l’histoire à chaque moment de l’étude de la nouvelle.
En même temps, cette évaluation est une préparation aux prochaines séances.
1. Où se passent les événements ?
• Dans les Pyrénées
• En Provence
• A Paris
2. Pour quelle raison le narrateur se rend-il à Ille?
• Pour voir sa famille
• Pour s’y installer
• Pour visiter Ille et ses monuments
3. Qui doit-il rencontrer ?
• Mr de Puygarrig, commerçant
• Mr de Peyrehorade, antiquaire
• Un ami d’enfance
4. De quelle découverte parle le guide au narrateur ?
• Un temple très ancien
• Une grotte où il y a des inscriptions
• Une statue en bronze
5. Comment on a découvert la statue ?
• En creusant un puits
• En déracinant un arbre
• En exploitant une mine
6. Qu’est-il arrivé lors de la découverte de la Vénus ?
• La fracture de la jambe de J Coll
• La mort de J Coll
• Une fracture au poignet de J Coll
7. Comment s’appelle le fils de l’hôte du narrateur ?
• Jacques
• Alphonse
• César
8. Quel était son projet ?
• Se marier
• Jouer au jeu de paume
• voyager
9. Que font les deux apprentis à la statue ?
• Ils se moquent d’elle
• Ils y écrivent des insultes
• Ils lui lancent une pierre
10. Quelle inscription figure sur la statue ?
• Chanceux est celui qu’elle aime.
• Prends garde à toi si elle t’aime.
• Ma beauté est une malédiction.
11. Quelle attitude exprime la statue ?
• Joyeuse
• Triste
• Méchante
12. La partie de jeu de paume oppose Alphonse à qui ?
• Des Espagnols aragonais
• Des gens de la capitale
• Des Illois
13. Qu’est ce qui le gêne et qu’il pose sur la statue ?
• Sa veste
• Son chapeau
• Sa bague
14. De quoi s’aperçoit Alphonse juste avant la cérémonie de mariage ?
• Qu’il est blessé
• Qu’il s’est taché
• Qu’il a oublié la bague sur la statue
15. Qu’est-ce qui angoisse Alphonse après le mariage?
• Le comportement de son épouse
• De n’avoir pu récupérer la bague
• Une rumeur qui se propage
16. Qui est la victime de l’homicide commis la nuit de la noce ?
• Le narrateur archéologue
• Mr de Peyrehorade
• Alphonse de Peyrehorade
17. Qui accuse-t-on ?
• Sa femme
• J Colle
• Le joueur de paume espagnol
18. Selon le procureur, dans quel état se trouve la mariée après le drame ?
• De joie
• De chagrin
• De folie
19. Qu’est-ce qu’on a fait à la statue à la fin ?
• Elle a été vendue
• Elle a été enterrée
• Elle a été fondue
20. Après le départ du narrateur, qu’est-il arrivé à deux reprises à Ille ?
• Les chiens ont aboyé toute la nuit
• Les vignes ont gelé deux fois
• Un incendie a dévasté les cultures
- Séance 2 Séance de réception
Activité : T.E.C Activité orale
Durée : 1h
Support : LA VENUS D’ILLE de Prosper Mérimée
Objectifs de la séance : - Premier contact avec la nouvelle.
- voir les représentations générales et
les impressions vagues des élèves.
Pré-requis : avoir lu l’œuvre.
Démarche :- cours dialogué.
Déroulement de la séance
A. Vérification des réponses.
B. Mise en commun des informations et des impressions des élèves.
C. Négociation du projet pédagogique.
D. Elaboration du contrat pédagogique.
Le corrigé du questionnaire :
1. Où se passent les événements ?
• Dans les Pyrénées
• En Provence
• A Paris
2. Pour quelle raison le narrateur se rend-il à Ille?
• Pour voir sa famille
• Pour s’y installer
• Pour visiter Ille et ses monuments
3. Qui doit-il rencontrer ?
• Mr de Puygarrig, commerçant
• Mr de Peyrehorade, antiquaire
• Un ami d’enfance
4. De quelle découverte parle le guide au narrateur ?
• Un temple très ancien
• Une grotte où il y a des inscriptions
• Une statue en bronze
5. Comment on a découvert la statue ?
• En creusant un puits
• En déracinant un arbre
• En exploitant une mine
6. Qu’est-il arrivé lors de la découverte de la Vénus ?
• La fracture de la jambe de J Coll
• La mort de J Coll
• Une fracture au poignet de J Coll
7. Comment s’appelle le fils de l’hôte du narrateur ?
• Jacques
• Alphonse
• César
8. Quel était son projet ?
• Se marier
• Jouer au jeu de paume
• voyager
9. Que font les deux apprentis à la statue ?
• Ils se moquent d’elle
• Ils y écrivent des insultes
• Ils lui lancent une pierre
10. Quelle inscription figure sur la statue ?
• Chanceux est celui qu’elle aime.
• Prends garde à toi si elle t’aime.
• Ma beauté est une malédiction.
11. Quelle attitude exprime la statue ?
• Joyeuse
• Triste
• Méchante
12. La partie de jeu de paume oppose Alphonse à qui ?
• Des Espagnols aragonais
• Des gens de la capitale
• Des Illois
13. Qu’est ce qui le gêne et qu’il pose sur la statue ?
• Sa veste
• Son chapeau
• Sa bague
14. De quoi s’aperçoit Alphonse juste avant la cérémonie de mariage ?
• Qu’il est blessé
• Qu’il s’est taché
• Qu’il a oublié la bague sur la statue
15. Qu’est-ce qui angoisse Alphonse après le mariage?
• Le comportement de son épouse
• De n’avoir pu récupérer la bague
• Une rumeur qui se propage
16. Qui est la victime de l’homicide commis la nuit de la noce ?
• Le narrateur archéologue
• Mr de Peyrehorade
• Alphonse de Peyrehorade
17. Qui accuse-t-on ?
• Sa femme
• J Colle
• Le joueur de paume espagnol
18. Selon le procureur, dans quel état se trouve la mariée après le drame ?
• De joie
• De chagrin
• De folie
19. Qu’est-ce qu’on a fait à la statue à la fin ?
• Elle a été vendue
• Elle a été enterrée
• Elle a été fondue
20. Après le départ du narrateur, qu’est-il arrivé à deux reprises à Ille ?
• Les chiens ont aboyé toute la nuit
• Les vignes ont gelé deux fois
• Un incendie a dévasté les cultures
Synthèse :
Les questions posées parcourent toute la nouvelle, de cette façon nous aurons pu toucher tous les éléments de l’histoire. Ce questionnaire peut constituer, alors, un support intéressant auquel les élèves pourront se référer à chaque fois qu’ils en auront besoin.
- Séance 3: Le schéma narratif
Activité :
Durée : 1h
Support : LA VENUS D’ILLE de Prosper Mérimée
Objectifs de la séance : -Etudier la structure formelle de la nouvelle
fantastique.
-Dégager le schéma narratif de LA VENUS
D’ILLE.
Pré-requis : avoir lu l’œuvre.
Démarche :- cours dialogué.
-prise de notes par les élèves.
Le schéma narratif constitue la structure, la charpente de tout récit. L’étude de ce concept permettra aux élèves de réduire le texte à un squelette pour faire apparaître sa structure et par là permettre une lecture plus intelligente du récit en question. D’un autre coté, il faut dire que la réduction de l’histoire de la nouvelle étudiée à un schéma crée des repères clairs en vue de la suite de l’histoire dans son ordre chronologique, mais surtout en vue de l’invention d’un récit qui est notre objectif principal.
Déroulement de la séance
I-Questions/réponses :
1)- comment appelle-t-on la première partie d’une nouvelle ?
* La situation initiale :
- Début du récit : rien ne s'est encore véritablement passé.
- Le temps employé est généralement l'imparfait, qui exprime une action longue de second plan (qui dure) dans le passé. C'est le temps de la description dans le passé.
- Elle répond plus ou moins précisément aux questions : Qui ? Quoi ? Quand ? Où ? Pourquoi ? Comment ?
- Elle nous renseigne donc sur le cadre spatio-temporel (le lieu et le temps de l'histoire).
2) - Quelle est la situation initiale de LA VENUS D’ILLE ?
La situation initiale de LA VENUS D’ILLE :
Dans une ville, appelée Ille, vit M. de Peyrehorade, un riche antiquaire. L’auteur rend visite à cet antiquaire dans un but purement archéologique. M. de Peyrehorade lui a promis de lui faire voir des choses de valeur espérant par cela que mérite et justice soient redonnés à Roussillon.
3)- Le calme et la stabilité desquels jouissent les personnages vont être brisés suite à un événement précis qui va briser ce calme. Donnez la nature de cet événement ?
L'événement imprévu :
Un mariage du fils de M. de Peyrehorade, Alphonse ainsi que la découverte d’une statue, la vénus d’Ille, vont perturber tout le projet qui devrait se faire à esprit paisible et sans tourments.
4) - A quel moment de l’action correspond cette scène ? Justifiez.
* L'élément perturbateur :
- Un évènement vient modifier la situation initiale et va déclencher une série de péripéties.
- La perturbation est souvent signalée par un indice temporel tel que : un jour, un matin, soudain, alors, tout à coup...
- Changement de temps : le temps employé devient le passé simple qui marque un retournement de situation (une rupture).
5) – Après la découverte de la statue on assiste à une suite d’obstacles ou une série d’événements. Comment appelle-t-on cette suite d’événements dans une nouvelle ?
* Les péripéties :
- Série d'actions ou d'aventures qui arrivent aux personnages.
6) - Donnez l’ensemble des péripéties qui composent LA VENUS D’ILLE ?
Les péripéties dans LA VENUS D’ILLE :
- La statue était d’une méchanceté manifestée dès son apparition : elle tomba sur le pied de Jean Coll et la cassa au moment de son exhumation.
- Le mariage se fait dans des conditions particulières, entre autres, le jour du vendredi. En plus, Alphonse pour avoir voulu sauver son équipe a dû se débarrasser de sa bague qu’il fixa dans un doigt de la statue.
- La nuit de la noce, tous les plans ont été annulés, car le marié est trouvé mort sur son lit, près de sa fiancée.
7) – Comment appelle-t-on le moment où tous les problèmes se résolvent ?
* L'élément de résolution ou le dénouement :
- Dernier évènement qui résout le problème et met fin aux péripéties.
- Il annonce la situation finale.
8) – Quel est le dénouement de LA VENUS D’ILLE ?
L'élément de résolution ou le dénouement dans LA VENUS D’ILLE :
La méchanceté de la statue ressentie avec prudence, est maintenant prouvée bien manifestée ; elle met fin à un mariage et a dérangé tout un programme archéologique.
9) – Comment appelle-t-on le moment où le calme se rétablit à nouveau ?
* La situation finale :
- C'est la fin du récit, le retour du/des personnage(s) à une situation plus ou moins stable, différente (en bien ou en mal) de la situation initiale.
10) – Quelle est la situation finale de LA VENUS D’ILLE ?
La situation finale de LA VENUS D’ILLE :
Les mariés sont séparés d’une manière extrêmement malheureuse. Le marié, étranglé en plein lit et à côté de sa fiancée ; la mariée, elle, perdit la raison pour toujours.
11) – Quels sont les moments décisifs qui constituent un schéma narratif ?
- La situation initiale.
- L’élément perturbateur.
- Les péripéties.
- Le dénouement ou l’élément de résolution.
- La situation finale.
- Séance 4 Etude de l’incipit
Activité : lecture analytique
Durée : 1h
Support : « Je descendais ...... Jamais elles ne touchaient terre »
Objectifs de la séance : - identifier les principaux éléments de
l’incipit
- comprendre la fonction de l’incipit
- la situation initiale (L’ancrage réaliste)
L’incipit permet l’ancrage du récit, c’est un lieu stratégique primordial, lieu où s’ouvre l’univers diégétique où se marquent les codes d’écriture et le pacte de lecture. Dans notre cas, l’étude de l’incipit de la nouvelle permettra aux élèves de former une unité sémantique et rythmique bouclée sur elle-même, afin de comprendre les enjeux de cette partie de l’œuvre dans la mesure où il est le lieu où s’établit le premier contact avec le texte. Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue notre objectif général que nous avons tracé et qui est la rédaction d’une nouvelle fantastique. L’incipit est, alors, la première étape par laquelle il faut passer dans ce projet d’écriture.
Démarche :- cours dialogué.
-prise de notes par les élèves.
Déroulement de la séance
A. Repérer dans le texte les indications spatio-temporelles :
• Quelles sont les indications de lieu où se passe
l’action ?
----» Les lieux de l’action sont clairement et rapidement précisés dès le début de la nouvelle : le Canigou, sommet des Pyrénées (2785 m), Ille-sur-Têt, petite ville de l’arrondissement de Prades. Le narrateur vient des villes de Serrabona et de Perpignan. Ces indications, qu’on peut facilement repérer sur la carte géographique, permettent au lecteur de se situer dans une réalité connue et accentue l’effet de réel.
• Quels sont les indices de temps ?
----» Les seules indications temporelles se résument à deux notations rapides, l’une dans le récit du narrateur : « bien que le soleil fut déjà couché, je distinguais dans la plaine les maisons de la petite ville d’Ille », l’autre dans une réplique du catalan : « et s’il ne faisait pas si noir, je vous la montrerais ». Ces deux notations nous renseignent sur le moment de la journée (le soir) et installent l’action dans l’époque contemporaine de celle de l’auteur (publication de l’œuvre en 1837).
N/B : Dans cet incipit, on remarque la présence bien évidement d’un narrateur. Celui-ci est en même temps narrateur et personnage. Ce narrateur-personnage apparaît sous les marques de la première personne du singulier. Cependant, il faut amener les élèves à bien distinguer les marques qui renvoient au narrateur et celle qui renvoient à un autre personnage, le guide Catalan.
• Quels sont les personnages principaux de
l’histoire?
- Un narrateur personnage, c’est un archéologue Parisien. Il emploie le pronom personnel je.
- Le guide catalan du narrateur.
- M de Peyrehorade et sa femme ainsi que leur fils : ce sont les ôtes du narrateur.
- Mme Alphonse : elle est importante dans la mesure où c’est un témoin qui rapporte le récit du meurtre commis.
• Quels sont les éléments de l’histoire ?
Les plus immédiates préoccupations du narrateur est de souper et par la suite se reposer après une journée de voyage fatigante. Mais le motif principal de la visite est de découvrir les monuments de la région. On ne peut, si l’on s’arrête à ce moment du récit, avoir le sentiment d’entrer dans un univers inquiétant (caractéristique de la situation initiale). Cependant, un événement récent est venu troubler la quiétude de la petite ville d’Ille : M.de Peyrehorade vient d’exhumer une statue de bronze.
Cet événement a aussi provoqué un accident : c’est en déterrant la statue que Jean Coll, un paysan, s’est cassé une jambe.
Synthèse :
Dans ce début de la nouvelle, tous les éléments de l’intrigue sont mis en place comme dans la scène ‘exposition d’une pièce de théâtre. Il s’agit d’une situation initiale où les personnages qui vont participer au « drame » sont tous déjà présents et ressemblent même à ceux de la vie quotidienne. De plus, les références à des lieus réels et à une époque datée créent un effet réaliste. La question principale de la nouvelle – s’agit-il d’une statue maléfique ?- apparaît d’ores et déjà dans les propos du Catalan. Mais, tout en apportant ces informations, l’incipit laisse aussi de larges zones d’ombre. Il met en place le décor, fait entrer en scène les personnages, mais laisse ouverte la suite. Chaque lecteur anticipe alors en créant son « horizon d’attente ».
- Séance 5 Le discours direct
Activité : T.E.C  langue.
Durée : 1h
Support : l’incipit : « Je descendais ...... Jamais elles ne
touchaient terre »
Objectifs de la séance : - comprendre les enjeux d’une scène
au discours direct.
- le dialogue traduisant une opposition
sociale et intellectuelle entre les
personnages.
Démarche :- cours dialogué.
La nature du récit que les élèves doivent produire, à savoir un texte fantastique, exige l’étude du discours direct. D’autant plus qu’il est nécessaire, parfois, de prendre recul aux paroles prononcées des personnages lorsqu’ils sont confrontés à des faits étranges. Il convient, donc, de transposer directement les mots ou les pensées des personnages en question. D’où l’importance de cette leçon de langue.
Déroulement de la séance
A. Question / réponse :
• Le texte se présente sous forme d’un dialogue. Qui met-il en jeu ? Qui domine la parole ? Pourquoi ?
----» Le dialogue s’engage d’abord entre le narrateur, alors qu’il arrive le soir près d’une petite ville, et son guide catalan. C’est évidemment ce dernier qui sollicite le plus la parole et qui parle le plus longuement dans la mesure où c’est lui qui détient la majorité des informations que le narrateur – et le lecteur- découvre peu à peu au cours de la conversation.
• Comment le dialogue (le discours direct) caractérise le narrateur et le catalan ? comparer la façon de parler de l’un et de l’autre ?
----» les dialogues qui caractérisent le narrateur et le guide catalan marquent essentiellement une opposition social et intellectuelle qui se manifeste notamment dans :
- Les temps des verbes :
A côté des temps très justement maîtrisés par le narrateur, passé simple du récit : « que trouvâtes-vous ? », ou futur de supposition : « Ce sera peut-être quelque statue romaine. », le paysan catalan utilise principalement le présent qu’il associe librement par exemple à l’imparfait : « Et le voila […] qui se démène et qui faisait quasiment autant d’ouvrage que nous deux. »
- Le vocabulaire et les niveaux de langue :
C’est surtout le guide catalan qui traduit le plus par son langage familier son appartenance sociale et son manque d’instruction. Sa façon de parler se caractérise par des tournures syntaxiques incorrectes : «que je dis », « qu’il me dit », par l’inflation de présentatifs du type : « C’est à Puygarrig que ça se fera ; car c’est mademoiselle de Puygarrig que monsieur le fils épouse. », « C’est que M. Alphonse de Peyrehorade en a été triste, car c’est Coll qui faisait sa partie », « voila donc qu’en travaillant », « voila qu’il parait une main noire » …, par l’usage d’interjections populaires : « quoi ! Ah bien oui ! Pécaïre ! »
Quant à l’ignorance du paysan catalan, elle se mesure à ses références historiques (« une idole du temps des païens …du temps de Charlemagne »). Par ailleurs il considère le narrateur comme un savant par le seul fait qu’il ait prononcé le mot de « romaine »
• Pour quelle raison l’auteur a-t-il choisi le discours direct?
---» Quand il rapporte des paroles, Mérimée choisit prioritairement le style ou le discours direct, très rarement le style indirect et, dans ce cas, il préfère plutôt le style indirect libre.
Par souci de vivacité, de rapidité, d’efficacité pour la mise en train de l’action, Mérimée privilégie l’emploi des paroles rapportées directement. Ce choix permet à l’auteur de faire vivre les personnages par leurs paroles, d’actualiser le récit par l’intrusion de l’authentique et du spontané tout en informant le lecteur sur la situation d’énonciation. Ainsi les dialogues permettent-ils de caractériser les personnages du récit et de faire avancer l’action.
Synthèse :
Le guide catalan réagit à la découverte de la statue de façon émotionnelle (voir la multiplicité des points d’exclamation). Face à des réactions affectives et superstitieuses, le narrateur fait preuve de calme, de bon sens et de culture. Il donne l’image d’un homme qui ne saurait se laisser prendre à de simples apparences.
Le lecteur, plus tard dans le récit, sera d’autant plus enclin à faire confiance au narrateur qui gagne ici sa crédibilité d’homme épris de culture et de rationalité.
Travail préparatoire pour la séance prochaine à faire à la maison:
Compléter le tableau suivant :
Support : « devisant de la sorte……….la chaîne de ma montre »
Mr de Peyrehorade Me de Peyrehorade Alphonse
Age
Portrait physique
Portrait moral Comportement
Centres d’intérêt
- Séance 6 : La description des personnages
Support : extrait : « devisant de la sorte……..la chaîne de ma montre »
Mr de Peyrehorade Me de Peyrehorade Alphonse
Age
Son âge n’est pas indiqué.
Elle a dépassé quarante ans.
Vingt-six ans.
Portrait
physique
-un vieillard dispos
et vigoureux.
- le nez rouge. -un peu trop grasse.
renforcée. -jeune
- beau physionomie régulière
-une taille
et une
forme
d’athlète
-élégant
Portrait
moral qui
se dégage
des comportements
-l’air jovial
et
goguenard.
-hospitalier.
- très vif. hospitalière.
-elle bouge beaucoup.
silencieux.
Centres d’intérêt
-les
antiquités.
-les monuments.
-les livres. - le ménage. -jeu de paume.
la mode.
Objectifs :
• La description limitée et peu développée des personnages, une caractéristique de la nouvelle.
• L’organisation du portrait et sa fonction.
• Les jugements du narrateur.
En s’inscrivant toujours dans la perspective de l’objectif général, la programmation de ce cours vient pour appuyer l’enchaînement des activités qui visent l’aboutissement à la rédaction d’un récit fantastique. D’autant plus que le portrait des personnages est une étape indispensable à tout récit quelque soit sa nature. Les élèves seront, alors, amenés à dresser le portrait des personnages qu’ils ont inventé pour le déroulement de l’histoire.
Conduite de la séance :
Le tableau donné auparavant sera l’objet d’une correction collective pour servir de support pour la lecture analytique. La séance suivra les étapes suivantes :
Questions :
• Qui nous donne à voir les personnages?
-----»C’est le narrateur qui décrit les personnages. La narration se fait donc a posteriori. Le narrateur préfère donner par anticipation au lecteur des informations nécessaires à la bonne compréhension de son récit.
• En partant du tableau, comment se présente la description des époux Peyrehorade? Quel type de jugement porte le narrateur sur ces deux personnages ?
-----» Les personnages qui sont les hôtes du narrateur, M. de Peyrehorade et son épouse sont décrits en quelques lignes. Mérimée préfère le portrait en action pour ne pas briser le rythme de son récit. A travers ces portraits de bourgeois provinciaux, on peut voir le regard très critique du narrateur parisien qui n’hésite pas à ridiculiser ces braves gens. En peignant avec humour cette agitation pittoresque de province, Mérimée n’oublie pas son propos qui consiste à installer ‘’discrètement’’ le lecteur dans une atmosphère d’illusion réaliste afin de mieux le prendre au piège du fantastique : « pour faire du fantastique, il faut commencer par mettre ses héros en gilets de flanelle. »
• Comment est caractérisé Alphonse ?
-----»Au contraire de ses parents, Alphonse est décrit dans un paragraphe un peu plus important en volume. Ce personnage est, dès le premier instant, placé dans l’univers des statues par le narrateur, première caractéristique qui le range immédiatement aux côtés de la statue de Vénus. Par ailleurs, il est assimilé au dieu Terme. Cette comparaison soulignant son immobilité silencieuse contraste avec l’agitation de ses parents mais aussi avec la force, le dynamisme de la déesse de l’amour, Vénus. Dans le même cadre, Alphonse est désigné par une autre comparaison, « raide comme un piquet », qui vient pour renforcer et compléter l’impression de rigidité laissé par le mot « Terme » : il semble de fait, chosifié, appartenir au monde des objets.
• Qu’apprend-on de plus sur le narrateur ?
----» Le narrateur est un personnage qui suit une démarche heuristique : esprit cultivé, il réfléchit à partir des faits sur lesquels il se fonde pour parvenir à des déductions. Ainsi ses phrases sont-elles toujours simples et courtes. Elles manifestent, par leur forme hypothétique, un esprit scientifique qui se garde d’interprétations hâtives et un recul, une distance volontaires par rapport aux événements tels qu’ils lui ont été racontés. Cependant, l’attitude du narrateur vis-à-vis d’Alphonse laisse penser que c’est un personnage scrupuleux et moqueur.
Ecriture :
Rédiger, dans un paragraphe, le portrait de M. de Peyrehorade d’après ce que l’on sait de sa personnalité à travers les dialogues qu’il échange avec le narrateur.
Exemple de production :
M. de Peyrehorade était l’un de ces antiquaires entêtés. Il faisait partie de ces hommes où le décalage entre les paroles et les gestes les caractérise plus que leur nom. Sa vivacité et son caractère goguenard donnait à sa physionomie une jeunesse qui rappelait celle des ‘’enfants de la nature’’. L’agitation excessive de ce provincial allait parfaitement avec son caractère dispos. Par ailleurs, l’attachement excessif qui lie affectivement cet homme à la Vénus, par-delà la fierté d’avoir découvert et de posséder une telle merveille puisqu’il en est « l’inventeur », traduisait une superstition frappante. Cet homme avait un nez rouge qui remuait chaque fois qu’il échafaudait des théories à propos de la statue et qui avaient une seule visée : faire montrer la splendeur de la région d’Ille. Les yeux du vieillard s’allumaient chaque fois qu’il se trouvait en face de sa trouvaille.
Synthèse :
Les personnages sont présentés de façon à ce qu’elle accentue l’effet de réel dans la mesure où l’histoire est ancrée dans une réalité quotidienne et même sociale. Face à l’agitation excessive des parents Peyrehorade, on trouve un fils dont le portrait est statique, ce qui contraste complètement avec eux. A l’égard de l’attitude de ces provinciaux, le narrateur les juge avec moquerie et les réduit à des types sociaux : le père de famille, la femme du foyer, le dandy.
- Séance 7 Le point de vue et les modalisateurs
Activité : T.E.C
Durée : 1h
Support : Extrait 1 : « tout en mangeant…….les Parisiens
sont si difficiles »
Extrait 2 : « A la distance où j’étais………je
m’endormis »
Objectifs :
• Le point de vue du narrateur.
• Place et rôle du narrateur : le jeu des
modalisateurs.
• Le changement de point de vue.
Démarche :- cours dialogué.
-prise de notes par les élèves.
Déroulement de la séance
• Correction collective du travail préparatoire.
• Etude des modalisateurs dans le texte.
• Travail de réécriture
Activités :
- Correction collective du travail préparatoire : travail sur l’extrait 1. Après le recueil des propositions des élèves, on essayera de guider ces réponses de telle sorte qu’on aboutisse au travail suivant :
- les jugements d’un narrateur interne :
* « je dois ajouter que c’était la vivacité même. »
* « un peu trop grasse. »
* « me parut une provinciale renforcée. »
- les pronoms de la première personne (sujet, complément) :
« J’examinai », « j’ai dit », « je dois », « m’apportait », « me montrait », « me versait », « me parut », « je ne sais », « je serais », « j’avais », « m’offrait », « je refusais », « je ne me trouvasse ».
- les verbes conjugués à la première personne :
« J’examinais / j’ai dit, je dois / je ne sais / je serais / j’avais / je refusais / je ne me trouvasse »
• Quelle est la fonction des modalisateurs employés par le narrateur ?
----» Ces modalisateurs montrent que la narration se fait a posteriori. Le narrateur préfère donner par anticipation au lecteur des informations nécessaires à la compréhension de son récit : « il parait que c’était un apprenti serrurier ». En effet, l’imprécision de la formulation, créée en partie par des modalisateurs si caractéristique du fantastique, s’explique paradoxalement par la volonté du narrateur d’être exact, au plus près de la réalité dont il veut rendre compte. Ce souci de réalisme scrupuleux va de paire avec l’atmosphère de mystère qui commence à imprégner le récit : « il se baissa, et probablement ramassa une pierre »
• Réécrire le premier extrait en modifiant le point de vue du narrateur : je deviens il :
« Tout en mangeant de bon appétit, car rien ne dispose mieux que l’air vif des montagnes, il examinait ses hôtes.
Il a dit un mot de M. de Peyrehorade ; il doit ajouter que c’était la vivacité même. Il parlait, mangeait, se levait, courait à sa bibliothèque lui apportait des livres, lui montrait des estampes, lui versait à boire ; il n’était jamais deux minutes en repos. Sa femme, un peu trop grasse, comme la plupart des Catalanes lorsqu’elles ont passé quarante ans lui parut une provinciale renforcée, uniquement occupée des soins du ménage. Bien que le souper fût suffisant pour six personnes au moins, elle courut à la cuisine, fit tuer des pigeons, frire des miliasses, ouvrit il ne sait combien de pots de confitures. En un instant la table fut encombrée de plats et de bouteilles, et il serait mort d’indigestion s’il avait goûter seulement à tout ce qu’on lui offrait. Cependant, à chaque plat qu’il refusait, c’était de nouvelles excuses. On craignait qu’il ne se trouvât bien mal à Ille. Dans la province on a si peu de ressources, et les Parisiens sont si difficiles !»
• Après la réécriture du texte, quelles sont les transformations remarquées ?
- Les terminaisons verbales.
- Le changement de point de vue entraîne la suppression de
certains modalisateurs.
- La conservation ou la suppression de ces modalisateurs suivant que : *Le narrateur est extérieur (point de vue externe).
*Le narrateur communique la vision subjective du
personnage (point de vue interne).
• Dans le deuxième extrait:
- Relever les pronoms et les modalisateurs ?
---» les pronoms : « il m’était / je ne pouvais / me parut / j’étais / je le vis/ mes deux / je fermai / je m’endormais »
---» les modalisateurs : « qui me parut / environ / il parait que / probablement / il était évident que »
• Pourquoi l’emploi de ces modalisateurs ?
- Ces modalisateurs montrent la difficulté du narrateur à voir et donc insistent sur le caractère interprétatif des faits.
- Montrent que l’imagination seconde la vision.
- Insistent sur sa volonté d’expliquer rationnellement les faits.
N.B : Il convient donc de montrer aux élèves comment le jeu des modalisateurs se combine avec l’utilisation de la focalisation interne- indices de subjectivité du narrateur- pour accentuer et atténuer le caractère invraisemblable des faits rapportés.
Synthèse :
Le point de vue interne (ou subjectif), celui du narrateur en l’occurrence, imprime à la description un caractère affectif évident. Tout est vu par lui, à travers son regard, sa sensibilité.
En fait, le choix de cette focalisation contribue à installer le lecteur dans le doute, la difficulté d’interprétation propre au fantastique. Comment ne pas se fier à cet éminent spécialiste de l’Antiquité et comment alors interpréter le trouble apparemment ‘’stupide’’ dans lequel le jette la statue ?
Travail préparatoire pour la séance prochaine :
La biographie de Prosper Mérimée.
- Séance 8 : L’auteur et le narrateur dans la
nouvelle
Activité : lecture.
Durée : 1h
Support: LA VENUS D’ILLE de Prosper Mérimée.
Objectifs de la séance :- Place et rôle du narrateur dans la
nouvelle.
- Reconnaître le double jeu de l’auteur.
Pré-requis : avoir lu l’œuvre.
Démarche :- cours dialogué.
En partant du fait que la narration est marquée par une relation particulière établie entre le narrateur et le lecteur, il y a un troisième élément qui entre en jeu à savoir l’auteur. En fait, il arrive souvent que les élèves confondent narrateur et auteur. D’ailleurs, comme c’est le cas pour la Vénus d’Ille, ces deux éléments peuvent justement prêter à confusion. C’est pour cette raison qu’on a programmé cette activité qui porte sur l’auteur et le narrateur.
Déroulement de la séance
A partir des recherches des élèves, on va mettre au point une fiche biographique de P. Mérimée tout en suivant un plan qui a été élaboré en concertation avec les élèves.
Le plan adopté :
• Biographie : date de naissance et milieu social, formation et influences, expériences, activités, carrière littéraire, date de mort.
• Bibliographie : genres, titres et dates de parution des œuvres.
Développement de la séance :
La biographie de Mérimée :
- Né à Paris en 1803 dans une famille d’érudits, Prosper Mérimée fit des études de droit tout en menant une vie mondaine, fréquentant les salons littéraires, où il rencontre notamment Hugo, Musset et Stendhal.
- Il attribua ses premières publications à des auteurs aussi imaginaires qu’exotiques.
- En 1834, Mérimée est nommé inspecteur général des Monuments historiques. Cette fonction le mena à parcourir la France pour y recenser les monuments en péril et lui permet de sauver nombre de vestiges médiévaux.
Bibliographie :
- Auteur prolifique, Mérimée dut surtout sa célébrité à des nouvelles d’inspiration très diverses, écrites dans un style remarquable de concision.
- Il atteint la perfection dans le genre fantastique surtout avec sa nouvelle : la Vénus d’Ille.
- Il écrit aussi des romans, mais l’œuvre la plus connue reste Carmen.
- On doit par ailleurs à Mérimée une importante correspondance.
- Ses principales œuvres :
1829 L’enlèvement de la redoute
Mateo Falcone / Tamango
1834 Les Ames du purgatoire
1837 La vénus d’Ille
1840 Colomba
1845 Carmen
1869 Lokis
1873 La chambre bleu
Questions :
• Pourquoi peut-on penser que le narrateur est lui-même l’auteur ?
Les élèves ont parfois tendance à penser que le narrateur se confond avec l’auteur Mérimée, dans la mesure où il est question d’un archéologue parisien cultivé venu dans le Roussillon pour visiter les curiosités locales des « environs d’Ille » dont il dit qu’il les sait « riches en monuments antiques et du Moyen Age ».
• Dans quel genre peut s’inscrire cette nouvelle ?
L’emploi par le narrateur du pronom personnel «je » accentue l’ambiguïté volontaire. Cependant, la nouvelle ne constitue pas un récit autobiographique (même si Mérimée a pu s’inspirer de ses récents voyages dans le Sud de la France pour des notations de couleur locale par exemple) et le narrateur est véritablement un personnage qu joue un rôle dans l’histoire qu’il raconte.
• Qu’est ce qui nous prouve que le narrateur et l’auteur ne se confondent-ils pas ?
Le récit à la première personne facilite l’identification du lecteur avec le narrateur. C’est sur le narrateur, sur sa personnalité que se fonde la « réalité » du récit fantastique. Il est important par conséquent que le lecteur puisse totalement adhérer à son point de vue, à ses réflexions, à ses doutes. Le fantastique n’en aura que plus d’efficacité dans la mesure où la confusion auteur (personne réelle) / narrateur (personnage imaginaire) renforce l’effet de réel si efficace pour le fantastique, où le narrateur doit passer pour une personne réelle. D’ailleurs, le narrateur est celui qui n’a pas besoin de voir pour savoir : le lecteur peut accepter ce principe au nom de la rationalité affichée du personnage, mais du coup il peut aussi largement douter de sa valeur.
Cependant, on peut dire que l’écrivain se cache mais il est partout. C’est une manière de nous signaler que c’est lui qui tire les ficelles et que la littérature est un art de la manipulation, a fortiori dans le cadre de la nouvelle fantastique.
Synthèse :
« La Vénus d’Ille n’a jamais existé » a déclaré Mérimée. Le lecteur pouvait l’imaginer compte tenu du caractère fantastique de cette nouvelle. Ce récit rapporte donc une histoire inventée par l’auteur, racontée par un narrateur auquel, pour accentuer l’effet réaliste, il a prêté certains de ses traits.
- Séance 9 La structure temporelle de la
nouvelle :
Activité : lecture.
Durée : 1h
Support : LA VENUS D’ILLE de Prosper Mérimée.
Objectifs de la séance : - les caractéristiques de la nouvelle.
- distinguer temps de l’énonciation et temps de
l’histoire.
- les ruptures dans la chronologie.
Pré-requis : avoir lu l’œuvre.
Démarche :- cours dialogué.
Déroulement de la séance
- A quel moment est racontée l’histoire ?
Il s’agit d’un récit rétrospectif. Le narrateur raconte cette histoire après son retour à Paris.
- Relevez les indices qui montrent qu’il s’agit d’un récit rétrospectif ?
A la fin de l’histoire, le narrateur dit : « Depuis mon départ »
- Quelle est la durée de l’histoire ?
L’histoire dure trois jours et demi. Il s’agit du mercredi, du vendredi, et de samedi matin car le mariage est le vendredi (jour consacré à la Vénus dans le calendrier romain) et le narrateur est arrivé deux jours avant. Donc, il y a les deux jours devant le mariage (mercredi et jeudi) le jour du mariage (vendredi) et le samedi matin. Cela fait bien trois jours et demi.
- Y a t il des retours en arrière ou des anticipations et
quelle est leur fonction ?
Les événements sont livrés dans l’ordre dans lequel les a appris le narrateur-personnage, il en est de même pour les anticipations et les retours en arrière. Cela permet au lecteur de s’identifier au narrateur qui ménage ainsi les effets.
- Est-ce qu’il y a une chronologie des faits ?
La chronologie des événements est très claire. Il s'agit d'un récit rétrospectif à la première personne qui commence par l'évocation de l'arrivée du narrateur à Ille jusqu'à son départ précipité et au moment où le narrateur apprend dans une lettre de son ami M. de P. de Perpignan la suite des événements funestes. On distingue trois grands moments : avant la mort (les préparatifs pour le mariage), l'heure du crime, après la découverte du cadavre (l'enquête).
- A quoi vous fait penser la construction de cette nouvelle ?
Cette œuvre est construite à la manière d’une pièce de théâtre :
1. La première journée : c’est la plus longuement racontée, elle expose les lieux, les personnages et les buts des personnages. Cette première journée est comparable à une scène d’exposition dans une pièce de théâtre.
2. La deuxième journée développe le thème de l’archéologie avec la découverte de la Vénus.
3. La troisième journée développe le thème des costumes.
4. L a quatrième journée, c’est le drame où le lecteur doit choisir la culpabilité de la Vénus ou de celle du joueur espagnol.
Synthèse :
La Vénus d’Ille se caractérise par un récit dense et bref concentré sur quatre jours, par des personnages peu nombreux et fortement caractérisés, par une fin inattendue ou chute. Elle appartient au genre de la nouvelle. Le narrateur est présent avant, après, mais il n'assiste pas au moment le plus important.
Travail préparatoire :
Lire le récit de la deuxième journée (le jeudi), quels sont les événements importants ?
- Séance 10 Le rythme de la narration :
Activité : lecture/écriture.
Durée : 1h
Support : Le récit de la 2ème journée et plus précisément après le
déjeuner.
Extrait : « Il était grand jour………Nous n’avons pas la
liberté des cultes ! »
Objectifs de la séance :- analyser les différents procédés qui
permettent de ralentir ou d’accélérer le
récit.
- transformer des extraits de façon à
modifier le rythme de la narration.
Démarche : Alternance lecture – écriture
L’étude et l’observation du rythme de la narration fait apparaître une grande souplesse. Ainsi, la maîtrise du rythme de narration permettra aux élèves de réinvestir la notion dans leur projet d’écriture surtout que cette activité vient juste après la séance où on a étudié la structure temporelle de la nouvelle. Ce choix est dans le but d’utiliser les deux éléments pour examiner la chronologie et par là la construction générale du récit.
Déroulement de la séance
A. Questions/ réponses :
1)- Quel est le moment où le temps de l’action coïncide avec le temps de la lecture ?
- La discussion entre le narrateur et Alphonse au sujet des bagues. Alphonse porte deux bagues : celle qu’il destine à sa future épouse et qui est un ancien bijou de famille. La bague en question a été rehaussée de diamants pour faire plus riche, ce que déplore le narrateur. La deuxième bague est une simple alliance –reconnus étrangers au mariage- qu’il a connus à Paris. Alphonse est heureux de se marier car sa fiancée apporte une dote importante. Certes tout le monde- et lui- la trouve charmante mais ce n’est pas pour son charme qu’il l’épouse. Pour Alphonse, la bague est devenu une monnaie d’échange et a perdu tout caractère poétique ou sentimental
2)- Par quoi est entrecoupée la discussion entre les deux personnages ?
L’entretien entre Alphonse et le narrateur est entrecoupé par une description de la bague, sujet de la discussion. Cet évènement raconté en détails, sous forme de dialogue, est une scène, elle a pour fonction d’attirer l’attention du lecteur sur la bague dont le rôle sera déterminant. La scène, surtout dialoguée, tente, alors, de restituer la durée réelle de l'histoire.
3)- Quel est le passage qui, au contraire, ne développe pas les actions, les résume ?
Le tête à tête entre Alphonse et le narrateur, dans l’écurie. Ce dernier résume ce que lui a dit Alphonse pendant une demi-heure en quelques lignes. Cet évènement occupe une longue durée dans l’histoire mais il est raconté brièvement : il constitue un sommaire ou un résumé. Le récit subit ainsi une accélération. Le sommaire condense, ainsi, les actions effectuées par les personnages.
Ensuite j’entrai avec lui dans l’écurie, où il me tint une demi-heure à me vanter ses chevaux, à me faire leur généalogie, à me conter les prix qu’ils avaient gagnés aux courses du département.
B. Ecriture
Consigne de rédaction :
Transformer le résumé ci-dessus en scène, écrire le dialogue entre les deux personnages, insérer des notations descriptives.
Exemple de rédaction (scène) :
a. « Cette écurie est la plus riche dans la région, elle contient les races les plus nobles », me dit-il.
b. Vous disposez ici d’un arsenal considérable en chevaux. On dit souvent que le cheval entretient un lien particulier avec l’homme…
c. Le jeune homme m’interrompit en disant : « moi, les chevaux c’est ma passion, je me sens en harmonie avec ses douces créatures. D’ailleurs, je passe plus de temps avec elles que j’en passe avec ma fiancée. Mes chevaux sont les plus robustes de toute la région, jamais vous ne trouverez pareils. Ils ont des talents très développés. »
d. Je demeurai étonné devant la façon avec laquelle ce jeune homme parlait de ses admirables chevaux.
e. Il continua sa vantardise : « ces chevaux de traits lourds et d’attelages sont menacés de disparition. Ils sont de Pur-sang, il y en a de sang froid mais aussi de sang chaud. J’en ai même des chevaux arabes qui sont, si vous ne le savez pas, les plus prestigieux. Mes chevaux sont des animaux fins, racés et fiers. D’ailleurs, ils ont gagné la grande majorité des prix dans les courses organisées au département. »
Consigne de rédaction :
Transformer la scène entre Alphonse et le narrateur, en sommaire. (La discussion au sujet des bagues).
Exemple de rédaction (sommaire) :
Le futur marié fit sortir une grosse bague et commença à se vanter de sa possession en en faisant un long éloge comme s’il s’agissait d’une vraie femme. Il prit presque une quinzaine de minutes pour me dresser l’itinéraire qu’a suivi cette bague pour arriver entre ses mains.
C. Suite des questions /réponses :
4)- Y a-t-il des évènements passés sous silence ? Pourquoi ?
Le narrateur ne raconte pas certains événements comme ce qui se passe lors du voyage vers Puygarrig où lors du dîner chez les parents de la futur (« je ne parlerai pas du dîner ni de la conversation qui s’ensuivit, et à laquelle je pris part »). Le narrateur choisit de passer ces évènements sous silence, soit parce qu’ils ont peu d’intérêt, soit pour ménager une attente, ils constituent une ellipse.
5)- A quel moment assiste-t on à une pause, c'est-à-dire où l’action est suspendue et quelle est sa fonction ?
L’action est suspendue car le narrateur dresse un portrait de Me de Puygarrig dont le seul intérêt n’est pas que de vanter sa beauté et ses qualités morales mais de dresser une comparaison entre elle et Alphonse puis entre elle et la Vénus, comparaison qui sous-tend tout le récit.
Synthèse :
Le rythme de la nouvelle s'accélère progressivement, les événements se précipitent après une entrée en matière assez lente et un début assez bavard (les dialogues sont beaucoup plus longs qu'à la fin). On passe d’une atmosphère réaliste, voire comique, notamment avec les portraits à la limite de la caricature, à un dénouement tragique marqué par la fatalité.
Travail préparatoire :
Lire le portrait de la Vénus. Faire des recherches sur Vénus.
Extrait : « C’était bien une Vénus…….. Devant cette figure de bronze »
- Séance 11 Etude d’un thème: la statue
Activité : lecture.
Durée : 1h
Support : LA VENUS D’ILLE de Prosper Mérimée.
Objectifs de la séance : - repérer les éléments du thème de la
statue.
- voir dans le thème de la statue un
élément important de la construction
du récit fantastique.
Démarche :- cours dialogué.
Avec des élèves motivés, il serait intéressant de voir comment la statue, hors de portée humaine, devient chez Mérimée une figure allégorique de la beauté destructrice. L’étude du thème de la statue s’inscrit, donc, dans la perspective de la compréhension de l’un des thèmes du fantastique et par la suite être capable d’imaginer et de produire une ‘’atmosphère’’ fantastique.
Déroulement de la séance
1)- Comment le Catalan a décrit la statue, dans l’incipit? Justifiez.
- Si l’on relève les termes utilisés par le Catalan lorsqu’il évoque la statue, on constate qu’il met l’accent sur son regard et sur son air bien plus que sur son apparence physique : « on le voit bien à son air. Elle vous fixe avec ses grands yeux blancs….on dirait qu’elle vous dévisage. », « Elle a l’air méchante … ».
La statue frappe par son apparence inquiétante. D’ailleurs, le Catalan en parle de façon indécise (le jeu des modalisateurs : on dirait que, elle a l’air).
D’un autre côté, la description du paysan n’est évidemment pas objective : « une grande femme noire plus qu’à moitié nue ».
Les adjectifs « noire » et « nue », qui appartiennent au champ lexical de la mort, qualifient à nouveau de façon dépréciative la statue qui revêt en vérité davantage l’aspect d’une prostituée (l’image de la Vénus « des carrefours », patronne des prostituées, dans l’antiquité romaine) que celui d’une charmante divinité.
Cette description a également une fonction dramatique : elle prépare le récit de l’accident de Jean Coll et implique que ce dernier est la conséquence de la malveillance de la statue.
Parmi les adjectifs employés par le guide pour qualifier la statue, celui qui est employé à deux reprises et qui ne peut convenir à un ‘’objet inanimé’’ est l’adjectif « méchante ». Il ne s’agit pas d’une simple personnification car le Catalan parle de la statue véritablement comme d’un être vivant. Pour lui, la statue est mue par un principe de vie. Il actualise en parlant d’elle « une femme » toujours au présent.
2)- Quels sont les autres champs lexicaux employés pour décrire la statue ?
- Devant la statue, le narrateur est partagé entre des sentiments d’admiration à l’égard de sa beauté et un certain malaise face à son expression. La classe relèvera les adjectifs utilisés par Prosper Mérimée pour décrire la Vénus : sa beauté (merveilleuse), son corps (impossible de voir quelque chose de plus parfait), ses contours (rien de plus suave, voluptueux), sa draperie (rien de plus élégant et de plus noble), ses formes (d’une exquise vérité). On recherchera les mots qui aident à préciser ce que le narrateur observe sur la figure (la malice, la méchanceté, le dédain, l’ironie, la cruauté, une expression féroce).
- Le champ lexical de la beauté : « merveilleuse beauté, parfait, suave, voluptueux, élégant, chef-d’œuvre, exquise, parfaits, incroyable beauté, admirable, merveilleuse, beauté, beau ».
- Le champ lexical de la méchanceté : « caractère étrange, malice, méchanceté, dédain, ironie, cruauté, traits contractés, absence de sensibilité, se complaire à les faire mourir, féroce, ironie infernale ».
NB : D’autres personnages de la nouvelle avaient laissé entendre que la statue était comme douée de vie : le guide, Jean Coll, les deux apprentis et à un moindre degré Mme Peyrehorade. Mais c’est la première fois que le narrateur exprime, certes dans un contexte artistique où le mimétisme fait figure de perfection, l’illusion de vie qui se dégage de la statue « ces yeux brillants produisaient une certaine illusion qui rappelait la réalité, la vie ».
3)- Est-ce que la statue représente une déesse ? Justifiez.
- Aux yeux du narrateur, la statue n’exprime aucun caractère divin : « en voyant l’expression diabolique de la dame », « je m’accrochai sans trop de façon au cou de la Vénus », « je la regardai même un instant sous le nez, et la trouvai encore plus méchante et encore plus belle ».
Seule sa beauté rappelle qu’elle représente la déesse de l’amour et de la beauté, mais c’est encore et surtout sa malignité vénéneuse qui est attestée par le narrateur lorsqu’il émet l’hypothèse de l’épithète « turbulente ».
M. Peyrehorade l’a bien compris, qui refuse qu’on considère sa Vénus comme un simulacre de Vénus populaire, « une Vénus de cabaret », pour lui, il ne fait nul doute que cette Vénus est bénéfique, c’est celle qui préside dans les liens du mariage à la séduction et à la fécondité : il choisit le vendredi pour le mariage de son fils Alphonse et est prêt à honorer la déesse comme il se doit (à lui faire un « petit sacrifice »).
4)-Y a t-il des ressemblances entre la femme et la Vénus ? Justifiez.
- Par l’emploi de l’adverbe « vous ferez le portrait de ma femme ? […] elle est jolie aussi », Alphonse souligne explicitement la comparaison entre la statue et la jeune femme qui s’est insidieusement imposée à lui.
Alphonse ne parle même plus de statue qui serait personnifiée, mais il considère la Vénus véritablement comme une femme « mais la Vénus…elle a serré le doigt », « elle serre la main, m’entendez-vous ?...C’est ma femme apparemment, puisque je lui ai donné mon anneau…Elle ne veut plus me le rendre. ».
« Le doigt de la Vénus est retiré, reployé » : pour le jeune, il s’agit là d’un geste qui manifeste l’impérieuse volonté de la statue de Vénus.
5)- Alphonse a associé la Vénus à deux figures, relevez les et justifiez ?
- La figure démoniaque apparaît constamment associée dans les propos d’Alphonse à celle de la Vénus, toujours là, comme en surimpression. Pour lui, soudainement, il ne fait pas de doute que cette statue représente une des figures du diable. « Elle est au doit de la Vénus, que le diable puisse emporter ! », « mais je ne sais ce que j’ai…je suis ensorcelé ! Le diable m’emporte ! »,
« Non …je…je ne puis l’ôter du doigt de cette diable de Vénus. », « il y a peut être quelque ressort, quelque diablerie ».
6)- À la fin de la nouvelle, comment est considérée la Vénus? Justifiez.
- Vers la fin de la nouvelle, le narrateur ne considère plus la beauté étrange de la statue ni même sa valeur esthétique ou artistique mais ce qu’il souligne surtout c’est l’expression mauvaise et cruelle de la statue qui a gagné en intensité. L’adjectif « ironique », repris plus loin par le participe « applaudissant », souligne le décalage entre la tragédie humaine et le contentement de « l’inhumaine ». L’image finale où le souffle de l’amplification épique renforce la personnification des forces du mal souligne avec une horreur grandiloquente la perversité de la statue.
Portrait de la Vénus d'Ille :
Le portrait donné de la statue est ambigu : on la sait inanimée mais certains détails font penser le contraire :
• Elle est en bronze, entière et grande.
• Son corps est noir et ses yeux blancs (mise en relief).
• Elle est nue (peut inspirer le désir).
• Elle a un regard méchant, féroce et beau (« Il y a dans son expression quelque chose de féroce, et pourtant je n'ai jamais vu rien de si beau »).
• Elle rabaisse toutes les personnes la regardant.
De plus, la statue porte malheur ; l'inscription sur le socle de la statue renforce l'aspect maléfique de la Vénus d'Ille : « Prends garde à toi si elle t'aime ». C'est une prophétie qui annonce la suite de l'histoire.
Synthèse :
La Vénus est le centre vers lequel convergent tous les personnages d’une manière ou d’une autre. Le narrateur, levé très tôt, s’agace de ne pouvoir reproduire son visage, M. de Peyrehorade continue ses élucubrations pseudo-savantes sur son origine et l’honore sur un « ton tragi-comique », Alphonse passe à son doigt la bague de diamants qu’il destine à sa future épouse, et l’Aragonais apparaît comme son double masculin et troublant. Tout le poids de la présence de la statue est vécu indirectement, à travers chaque personnage, par le lecteur sans cesse ramené à elle.
- Séance 12 Les caractéristiques du fantastique
Activité :
Durée : 1h
Support : LA VENUS D’ILLE de Prosper Mérimée.
Objectifs de la séance : - définir les caractéristiques principales du
fantastique.
Pré-requis : avoir lu l’œuvre.
Démarche :- cours dialogué.
A fin de rédiger un récit fantastique, il faut d’abord savoir de quoi s’agit-il. C’est, effectivement, dans ce cadre qu’on a envisager cette séance pour faire comprendre aux élèves les mécanismes de fonctionnement du fantastique. De cette manière, ils seront munis des outils nécessaires à la création du récit fantastique.
Déroulement de la séance
A. Mise en situation :
-Qu’est-ce qui montre qu’Alphonse est en proie à la peur ?
Alphonse craint qu’on l’appelle « le mari de la statue » et il ne fait pas confiance dans les domestiques. Il faut souligner que les champs lexicaux prédominants sont celui de la peur, voir de la terreur, et celui de la pétrification glacée. Le narrateur met l’accent sur l’étrangeté de cette métamorphose d’Alphonse qu’on a vu, le matin des noces, beau, farouche et sûr de lui. Il serait comme devenu étranger à lui-même et aux autres.
- Quels sont les modalisateurs qui prouvent qu’Alphonse ne sait pas ce qui lui arrive précisément ?
L’emploie du plus que parfait exprime l’antériorité par rapport à l’imparfait de description qui suit, c’est une façon de souligner très subrepticement le malaise d’Alphonse. Les paroles que prononce le jeune marié expriment son seul point de vue (focalisation interne) et de nombreux indices soulignent la subjectivité de son propos. Le vocabulaire qu’il emploie laisse transparaître sa peur ou son ivresse, ses phrases hachées, dites d’une « voix entrecoupée » trahissent le dérèglement, le désordre dans le quel il se trouve.
- Quelle est la réaction de narrateur face aux dires d’Alphonse ?
Le destinataire privilégié des confidences d’Alphonse est le narrateur et du coup nous connaissons, à l’intérieur de son récit, ses propres réactions face aux paroles d’Alphonse qu’il rapporte en style direct. Le narrateur conclut à l’impossibilité de se fier à un individu à ce point dépossédé de toute maîtrise sur lui-même. En fait, Alphonse rapporte des faits qu’il dit avoir vécus. Cette ellipse est essentielle dans le déroulement dramatique car c’est dans l’absence de toute parole autre que celle d’Alphonse que se noue la crise fantastique. Le narrateur, bien peu enclin à croire un personnage qu’il juge ailleurs fort antipathique, met sur le compte de l’ivresse tous les comportements étranges et inattendus du jeune marié. C’est l’explication rationnelle que livre le narrateur, car l’attitude d’Alphonse qui boit énormément, autorise la confusion avec un homme ivre. Mais, parallèlement, l’auteur désigne aussi au lecteur des manifestations qui pourraient être celles de l’angoisse, de l’égarement devant l’incompréhensible. Ainsi convie-t-il simultanément le lecteur à une constante double lecture de sa nouvelle.
A. Les caractéristiques du fantastique :
a) Le caractère étrange :
Le caractère étrange de la statue et des évènements auxquels elle est liée, la difficulté pour le lecteur d’interpréter proviennent du croisement des points de vue, l’un est le fait de personnages, rendus peu crédibles, l’autre émane du narrateur en focalisation interne.
L’intrusion de l’étrange au cœur du récit réaliste constitue une des constantes du genre fantastique.
b) Les apparitions et animations :
Mérimée a choisi de montrer une partie symbolique de la statue, la main, dont on sait le rôle dramatique dans la suite de la nouvelle. L’impression de malaise naît de l’étrangeté insolite de la découverte : une main qui sort de terre est forcément une main de mort. Aucune autre indication ne vient corriger le sentiment diffus d’avoir affaire à un élément de corps humain.
Le fantastique est peuplé d'apparitions et d'objets qui s'animent. Ces indices visibles d'une vie " impossible " sèment un doute et l'angoisse. On trouve aussi le thème du double obsédant.
b) L’hésitation entre le rationnel et le surnaturel :
L’explication rationnelle du narrateur se heurte au phénomène surnaturel que rapporte Alphonse laissant le lecteur perplexe et hésitant entre les deux versions. Cette hésitation entre une explication rationnelle des évènements et une explication surnaturelle constitue l’essence même du fantastique.
Un récit fantastique repose sur une transgression des lois naturelles par l'intrusion d'éléments surnaturels ; l'explication en reste incertaine et provoque le doute voir le malaise chez le lecteur. En effet, la confrontation de l’explication naturelle lacunaire et de l’explication surnaturelle cohérente et convaincante présente une double lecture de la nouvelle.
- Séance 13 Le dénouement :
le meurtre d’Ille
Activité : lecture
Durée : 1h
Support : Extrait « Elle était couchée … ont gelé deux fois (la fin)»
Objectifs de la séance :- Etudier le dénouement de la nouvelle
fantastique.
Démarche :- cours dialogué.
Au niveau du schéma narratif, cette séance coïncide avec l’étape du dénouement que les élèves ont déjà vu. La compréhension du dénouement dans la Vénus d’Ille leur permettra de saisir l’importance de cette notion dans la nouvelle fantastique. Par la suite, ils seront amenés à imaginer un dénouement au récit qu’ils devront produire.
Déroulement de la séance
- Quelles sont les interprétations qu’on peut donner au meurtre d’Alphonse ?
Les explications rationnelles sont soit données dans le texte soit déduites par le lecteur tandis que les explications surnaturelles sont presque exclusivement déduites par le lecteur .Celui-ci est ainsi soumis à des interprétations contradictoires et sa perplexité s’accroît d’autant plus que le récit semble ne pas trancher.
« On eut dit qu’il avait été étreint dans un cercle de fer. »
« Il ne me paraissait pas douteux que M. Alphonse n’eut été victime d’un assassinat »
« Car un bâton ou une barre de fer n’auraient pu le produire. »
« Toutefois j’osais à peine penser qu’il eut tiré une si terrible
vengeance. »
« Ce devait être sur ce point que les meurtriers l’aurait franchie. »
Ce récit, qui aurait pu avoir l’allure d’un banal rapport de police, est envahi par la subjectivité du narrateur qui, dans un incessant monologue intérieur, commente ce qu’il voit, exprime ses interrogations, manifestes ses doutes, son inquiétude. Dans le jeu des modalisateurs qui se met en place une fois encore, le conditionnel est sans doute –parce qu’il est le mode de l’hypothèse- le mode le plus propre à rendre le questionnement, l’hésitation face à l’étrange. Tous les indices, y compris les indices matériels relevés par le narrateur au cours de son enquête, concourent à la culpabilité de la statue ! Et s’inscrivent dans une parfaite cohérence dramatique et psychologique. Et surtout pas un seul élément du récit qui concerne la Vénus ne rend impossible un crime préparé par elle. C’est précisément l’explication surnaturelle qui permet de répondre à toutes les questions que le lecteur peut se poser et qui donne cohérence à la trame narrative.
Entre les deux explications, le lecteur est conduit au cœur d’une mystérieuse au cœur d’une mystérieuse énigme qui ne trouve aucune résolution et c’est l’incertitude, l’hésitation dans laquelle il est immergé qui constituent la définition même du récit fantastique.
- Qu’est-ce qui confère à ce dénouement un caractère de nouvelle policière ?
L’ouie devient le sens naturellement privilégié par le narrateur pour appréhender la réalité, puisque c’est à partir des bruits qui rythment la nuit qu’il échafaude ses hypothèses. Le narrateur interprète donc des signes sonores incertains, en tire des déductions dont le locuteur pourra toujours interroger la validité. Après, pour mener son enquête, le sens privilégié par le narrateur devient naturellement la vue, comme il arrive très souvent dans la littérature policière où, selon un schéma classique, le détective traque les indices matériels. Le narrateur a entendu le chant du coq comme la jeune veuve, et toutes les indications temporelles de son récit correspondent aux faits que dit avoir vécus Mme Alphonse, ce qui, d’une certaine façon, confère à la déposition de la jeune femme une crédibilité plus grande aux yeux du lecteur.
- Par qui est rapportée la déposition de l’épouse
d’Alphonse et de quoi fait-elle état ?
C’est le procureur du roi qui rapporte le récit que lui a fait la jeune veuve au narrateur et ce dernier, d’abord destinataire de ce premier énoncé, devient à son tour l’énonciateur d’un énoncé dont l’ultime destinataire se trouve être le lecteur. Ainsi, le lecteur, s’il n’est pas face à un narrateur omniscient –évidente dans le cadre fantastique-, se trouve cependant face à des récits enchâssés où il peut entendre, à chaque fois, tout un système de voix se faisant écho les unes les autres. Les destinataires et les énonciateurs se relaient dans une narration éclatée, déstabilisante pour le lecteur.
Le procureur est un personnage nouveau, éloigné de toute superstition, comme il l’a montré par son attitude lors des interrogations : il n’est pas « contaminé » par l’atmosphère superstitieuse qui règne dans la maison des Peyrehorade et dans toute la ville d’Ille.
Synthèse :
Le récit fantastique est conçu de manière à maintenir le lecteur dans l’hésitation puisque le dénouement ne constitue pas la résolution de l’énigme. Le lecteur ne sait pas qui a tué Alphonse, il ne sait si cette fameuse statue possède un réel pouvoir maléfique. Si les vignes gelées sont un effet de sa malignité ou encore une coïncidence rattachée à une superstition. Il ne connaît toujours pas son origine : à la fin de la nouvelle, la statue a conservé entier son mystère. « Les vignes ont gelé deux fois » : c’est là une manière habile de suggérer au lecteur, sans toutefois l’affirmer de façon catégorique, que le pouvoir maléfique de la statue- vengeance ? Punition ?- s’exerce et s’étend sur la nature tout entière, et l’on retrouve une caractéristique constante de son action malfaisante : le froid et la pétrification qui participent de sa nature même.
- Bilan de la séquence : Rédaction d’une nouvelle
fantastique :
Présentation :
Dès que les élèves auront acquis les outils de la lecture, les procédés stylistiques, les caractéristiques du fantastique et les procédés narratifs, ils auront assimilé un savoir faire qui constitue une compétence rédactionnelle, ainsi ils seront appelés à rédiger une nouvelle fantastique selon le modèle vue en classe : LA VENUS D’ILLE de MERIMEE. Cette rédaction sera l’objectif de l’évaluation formative qui constitue un exercice mettant au point toutes les notions traitées durant la séquence.
Activité : production écrite. (Évaluation)
Durée : 2h
Objectifs de la séance : - se rappeler les étapes du schéma narratif.
- se rappeler les temps du récit.
- se rappeler les caractéristiques du fantastique.
- doter les élèves d’une compétence
rédactionnelle.
- rédiger une nouvelle fantastique.
Démarche :- cours dialogué.
- rédaction individuelle/collective.
Contrainte : - Faire préparer la production individuelle à l’avance.
Sujet : Imaginer une histoire fantastique tout en respectant les
différentes étapes du schéma narratif et
en maintenant le doute sur le caractère rationnel ou
surnaturel des évènements.
Consignes : - les personnages doivent être peu nombreux.
- présentation et description des personnages.
- emploi des références spatio-temporelles.
- temps de la narration.
- choisir un thème fantastique parmi ceux recensés par Roger
Caillois dans son Anthologie fantastique (voir première
partie).
Personnages - le texte est rédigé à la première personne du singulier
- le personnage principal tient lieu de narrateur
Univers - l’univers est réaliste
- des événements surnaturels et inquiétants y interviennent
Cadre spatio-temporel
- l’action se situe dans un espace similaire au nôtre
- l’action se situe dans une époque similaire à la nôtre
Thème - le thème choisi appartient au genre fantastique
- le thème choisi est clairement représenté
- aucun autre thème n’intervient dans le récit
Structure - il y a une introduction et une conclusion
- il y a un avertissement et une transgression
- la peur augmente au fil du déroulement de l’aventure
Caractère de la nouvelle - l’intrigue du récit est simple
- le nombre des personnages est réduit
- les descriptions sont utiles au récit
- l’unité de lieu est respectée
Vocabulaire - le vocabulaire utilisé est celui du genre fantastique (présence du champ lexical de la peur)
Déroulement de la séance
Cette séance commencera par un rappel du schéma narratif, des temps du récit et des caractéristiques du fantastique. Ensuite, nous demanderons à quelques élèves de lire leurs productions pour passer à la rédaction collective.
Conclusion :
Au terme de notre recherche, nous espérons avoir répondu à l’objectif final qui a orienté notre travail à savoir la rédaction d’une nouvelle fantastique.
Par ailleurs, la séquence proposée est une progression qui s’étend sur un mois et dont l’objectif est de réussir notre contrat pédagogique qui se résume en la rédaction d’un récit fantastique.
C’est dans cette perspective que notre séquence est répartie en quatorze séances variées qui s’achève par une évaluation formative. Cette dernière nous donnera l’opportunité de susciter la créativité des élèves afin de connaître leurs vrais besoins, capacités, intérêts et leur degré d’appropriation des savoirs déjà découverts. Ainsi, nous nous renseignons sur l’échelle de réussite de notre travail pour pouvoir le perfectionner.
En effet, nous avons choisi la rédaction collective au lieu de l’individuelle parce qu’on a constaté qu’une heure ou même deux heures ne sont pas suffisantes pour la rédaction en classe et que la rédaction d’une nouvelle individuelle est une tâche énorme pour une classe de tronc commun.
Il est vrai que l’écriture d’une nouvelle nécessite une maîtrise des techniques narratives mais surtout une habileté rédactionnelle couronnée par des lectures démesurées et diversifiées. C’est dans cette vision que nous avons réfléchi à un prolongement de cette séquence dont le but est de renforcer les capacités lecturales et rédactionnelles des élèves.
Ainsi, chaque élève est appelé à produire une nouvelle pendant les vacances et une fois en classe nous commencerons par la lecture et la correction de chaque nouvelle pour pouvoir effectuer une synthèse comparative afin de présenter un modèle d’une nouvelle fantastique dont nous proposerons la publication. De plus, on peut même penser à la participation de l’élève qui l’a rédigé, comme une sorte de motivation et de récompense, dans le concours des nouvelles organisé par les médiathèques du réseau culturel français et le Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France au Maroc.
Finalement, nous tenons à dire que le choix de ce sujet de recherche relève de nos motivations personnelles et pédagogiques. Cela nous a permis d’en tirer profit à savoir l’importance du travail en groupe et de l’échange entre binômes ainsi que l’acquisition d’une méthode efficace de travail, de l’habileté pour l’élaboration de la séquence didactique et des fiches pédagogiques.

  



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 Réponse N°1 36067

question
  Par   aaya bougrine  (élèvele 13-12-15 à 15:25



chers Professeur la nouvelle est étudié aussi au niveau 1 ère année collège donc cela j espère sa ne vous poseras pas de soucis si je participe merci





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