la motivation (enjeux) de l’écriture ou pourquoi raconter sa vie.

 Par Idoubiya Rachid  (Prof)  [msg envoyés : 1316le 23-09-09 à 13:01  Lu :7676 fois
     
  
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La motivation (enjeux) de l’écriture ou pourquoi raconter sa vie.
1. L’autobiographie permet à son auteur d’expliquer et de justifier ce qu’il est. L’auteur cherche à voir claire en lui, à se découvrir lui-même, à comprendre comment s’est formée sa personnalité, à s’expliquer : « Il me reste cet album pour égayer ma solitude, pour me prouver à moi-même que je ne suis pas encore mort. » CH. 1
2. Le récit autobiographique conduit l’écrivain à revenir sur les différents événements qui ont marqué sa vie. Les temps des verbes sont au passé(le passé simple et l’imparfait), car il s’agit d’un récit de vie au passé. Cependant, l’écrivain, devenu adulte, intervient de temps en temps pour commenter, expliquer ou analyser certains éléments de son histoire. Les temps du passé cèdent alors la place au présent : le présent de l’énonciation.
3. L’auteur souhaite parler de lui, des êtres qui ont compté pour lui, les situations qui l’ont marqué : « Mon père me parlait du paradis. Mais pour y renaître, il fallait d’abord mourir. Mon père ajoutait que se tuer était un grand pêché qui interdisait l’accès à ce royaume. Alors je n’avais qu’une solution : attendre ! Attendre de devenir un homme, attendre de mourir pour renaître au bord du fleuve Salsabil. Attendre ! C’est cela existé. » CH. 1 « LE MARDI, jour néfaste pour les élèves du Msid, me laisse dans la bouche un goût d’amertume. Tous les mardis sont pour moi couleur de cendre. » CH.3
4. Les intentions qui président à la réalisation d’une autobiographie (confession, aveu, compréhension, et connaissance de soi, justification) entrainent souvent le narrateur à analyser, avec son regard d’adulte, ce qu’a fait l’enfant. Un texte autobiographique comporte donc récit et analyse :
« C’était, je crois, cette impossibilité de faire part aux autres de mes découvertes qui avait fait naître en moi une douloureuse mélancolie. Je pardonnais aux grandes personnes de me gronder, au besoin de me frapper pour une futilité, mais je leur en voulais à mort de ne pas essayer de me comprendre. » CH. 8
« Non je n’ai pas encore oublié ces instants. Seigneur ! Je me souviens. Je me souviens de cette solitude comme les immeubles étendus des planètes mortes, de cette solitude où le son meurt sans écho, où les ombres se prolongent dans des profondeurs d’angoisses et de mort. Et le cœur qui saigne ! Source intarissable de peine, torrent surchauffé par les feux de mes chagrins et de mes douleurs ; cri de ma chair écrasé sous le poids de ta malédiction. Je n’étais qu’un enfant, Seigneur ; je ne savais pas que le jour naissant de la nuit, qu’après le sommeil de l’hiver, la terre sous les caresses du soleil souriait de toutes ses fleurs, bourdonnait de toutes ses insectes, chantait par la voix de ses rossignols. » CH. 9
3.
Le problème de la vérité ou le pacte autobiographique.
Le pacte autobiographique est un texte où l’auteur expose son projet et révèle ses intentions. Il passe avec son lecteur une sorte de contrat. L’autobiographe s’engage de façon, plus au moins explicite, à retranscrire ses souvenirs avec la plus grande fidélité possible. Il doit raconter son existence telle quelle est, sans rien cacher ou embellir, Il prend le lecteur à témoin de sa sincérité : l’autobiographie est ainsi l’occasion de réfléchir sur sa propre identité. Le souci de la vérité s’exprime à travers l’évocation d’une époque et de lieux authentiques, avec la peinture ethnographique du milieu dans lequel l’auteur a vécu. Mais pour tout dire vrai, la tâche parait difficile, d’autant plus difficile car l’auteur peut omettre certains faits ou en déformer d’autres pour donner une image plus flatteuse de lui-même.
Consigne : Relevez des cinq extraits le pacte de vérité annoncé par leurs auteurs.
Texte : 1. « J’avais peut-être six ans. Ma mémoire était une cire fraiche et les moindres événements s’y gravaient en images ineffaçables (…) J’ai six ans, l’année prochaine j’en aurais sept et puis huit, neuf et dix. A dix ans, on est presque un homme. A dix ans on parcourt seul tout le cartier, on discute avec les marchands, on sait écrire, au moins son nom, on peut consulter une voyante sur son avenir, apprendre des mots magiques, composer des talismans.»
Ahmed Séfrioui, La boîte à merveilles, 1954.
Texte : 2. « Me peignant pour autrui, je me suis peint en moi de couleurs plus nettes que n’étaient les miennes premières. Je n’ai pas plus fait mon livre que mon livre m’a fait, livre consubstantiel à son auteur, d’une occupation propre, membre de ma vie ; non d’une occupation et fin tiers et étrangère comme tous les autres livres.
Ai-je perdu mon temps de m’être rendu de moi si continuellement, si curieusement ? Car ceux qui se repassent par fantaisie seulement et par langue quelques heures, ne s’examinent pas si primement, ni ne se pénètrent, comme celui qui en fait son étude, son ouvrage et son métier, qui s’engage à un registre de durée, de toute sa foi de toute sa force. »
Montaigne (1533-1592), Essai, Livre 18. (Du démentir).
Texte : 3. « Voilà ce que j’ai fait, ce que j’ai pensé, ce que je fus. J’ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n’ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s’il m’est arrivé d’employer quelque ornement indifférent, ce n’a jamais était que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j’ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l’être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus ; méprisable et vil quand je l’ai été, bon, généreux, sublime, quand je l’ai été. »
J-J Rousseau, Les Confessions, 1782. (Préambule).
Texte : 4. « Dans ces Souvenirs, je ne dirais de moi ni bien ni mal ; ce n’ai pas de moi que je parle, mais de l’enfant que je ne suis plus. C’est un petit personnage que j’ai connu et qui s’est fondu dans l’air du temps, à la manière des moineaux qui disparaissent sans laisser de squelette.» M. Pagnol, La Gloire de mon père, (Avant-propos).
Texte : 5. « Nous habitions Dar Echouafa, la maison de la voyante. Effectivement, au rez-de chaussée-, habitait une voyante de grande réputation. Des quartiers les plus éloignés des femmes de toutes les conditions venaient les consulter(…) Je ne comprenais rien au rituel compliqué qui se déroulait au rez-de chaussée. De notre fenêtre de deuxième étage, je distinguais à travers la fumée des aromates les silhouettes gesticuler. Elles faisaient tinter leurs instruments bizarres. J’entendais des you-you. Les robes étaient tantôt bleu ciel, tantôt rouge sang, parfois d’un rouge flamboyant. »
Ahmed Séfrioui, La boîte à merveilles, 1954.

  



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