La modernité : avantages et inconvénients

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 1208le 03-11-13 à 17:25  Lu :22522 fois
     
  
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Introduction
Amener le sujet
:
La tradition est un héritage culturel que l’on se doit de transmettre de génération en génération .Elle représente la composante essentielle de l’identité d’une communauté. C’est en quelque sorte la mémoire des faits, des habitudes, de l’art de vivre, des acquis de l’homme dans sa lutte face aux éléments de la nature, dans son projet immémorial de se faire une place dans l’univers et de la garder. Cette tradition est évolutive et s’enrichit de nouveaux acquis, de nouvelles visions, au rythme du progrès du groupe qui se charge, consciemment ou inconsciemment de la maintenir. C’est dans cette évolutivité de la tradition que prend racine la modernité.
Poser la problématique :
Mais, la modernité en tant que phénomène relativement récent, est perçue comme le contre-pied de la tradition. C’est en effet une prise de conscience et un choix délibéré de se défaire de la tradition pour s’engager sans retour sur la voie du progrès. Il va sans dire que comme pour toute nouvelle tendance, les opposants s’érigeront en défenseurs de la tradition face à ceux qui prônent le renouveau et l’affranchissement du joug de la tradition jugée réductrice des potentialités de l’individu.
Annoncer le plan
La question mérite qu’on s’y intéresse, et c’est ce que nous allons tenter de faire, en opposant les avis des uns à ceux des autres. Et s’il est vrai que l’on ne peut parler de modernité sans l’opposer à la tradition, nous allons choisir de mettre à l’épreuve la modernité. Aussi, vu la nature du sujet, il nous paraît plus judicieux d’opter pour un plan dialectique .Notre thèse mettra à jour quelques-uns de ses avantages, puis dans l’antithèse nous leur opposerons en contrepoids les inconvénients que nous jugerons adéquats à cet effet. Et enfin, nous terminerons par une synthèse où il sera opportun de prendre position pour ou contre cette modernité.
Développement
Historique
La modernité, comme on a souvent tendance à le croire, n’est pas un phénomène nouveau. Elle a toujours  accompagné les grands changements dans la vie des hommes. Depuis l’antiquité, étape qui marque la fin de la préhistoire, l’homme s’est vu confronté à cette dynamique des choses qui impose toujours une remise en question des fondements que représente la tradition, , pour d’une part les assimiler, mais surtout de l'autre, les transmettre, et c’est dans cette appropriation-transmission qu’opère la modernité. On peut se référer parmi les grands mouvements qui ont jalonné l’immuabilité apparente de l’humanité, au débat opposant Aristote à Platon au sommet de la civilisation grecque, ou plus tard à Al-Mou’tazila face à Al –Acha’irites à l’époque de la gloire de l’Islam, ou encore plus proche de nous, le fameuse querelle des Anciens et des Modernes.
Mais il faut attendre le Siècle des Lumières pour que la modernité, en tant que courant de pensée, ou doctrine philosophique, acquière ses lettres de noblesse. En effet, l’humanisme prône la souveraineté de l’Homme. Ce dernier est désormais perçu comme étant à la mesure de toute chose. La raison et la science prennent la relève de la religion et de la tradition. L’homme moderne s’appuie sur sa raison pour accéder à la connaissance objective, et donc au progrès. On parlera alors, de citoyen du monde, de citoyen universel. Les frontières des traditions et des coutumes entre les sociétés, doivent tomber, et la libre circulation des valeurs nouvelles sera comme le garant de la raison humaine dans son acception moderne.
Deux siècles plus tard, et à l’ère de la Toile, le monde n’a plus que des frontières géopolitiques et on parlera de plus en plus de mondialisation, d’internationalisation ou de globalisation. Certes, ces notions relèvent du domaine de l’économie du marché, mais il n’en demeure pas moins, qu’ils sont éloquentes quant à l’idée d’abolition des frontières et à la notion du citoyen universel prédéfinie dans le Siècle éclairé.
La modernité est à la fois tributaire et moteur du progrès. Et c’est donc dans la vie de la cité que la modernité évolue. La cité étant elle-même le pur produit de cette évolution de l’homme. Ibn Kkaldoun explique dans sa fameuse Muqaddima, que partout où il y a groupement d’hommes, ceux-ci s’activent pour améliorer leur vie, et le phénomène grandissant, ils finissent par bâtir des villes prospères, qui attirent de plus en plus de gens croyant y trouver de la richesse, mais c’est en fait le travail qui y prospère, et la qualité de vie devient meilleure. C’est ce qu’on peut appeler aujourd’hui la société de consommation.
I- La thèse

La modernité s’inscrit donc dans le processus du progrès d’une société et ne peut par conséquent être que bénéfique.
Quelles sont alors les différentes manifestations positives de cette facette du progrès ?
a- Au niveau de l’humanité :
Au niveau de l’humanité, la modernité a favorisé l’échange entre les nations, et ce à tous les niveaux. En effet, le développement des moyens de transports et le perfectionnement de la technologie des télécommunications ont facilité et enrichi les relations internationales. Désormais, les citoyens du monde se partagent les expériences, échangent les découvertes et s’acceptent dans leurs différences.
L’interculturel devient une notion clé des rapports entre les nations. À tous les niveaux, l’élément humain occupe la place centrale. Qu’il soit du Japon, de Haïti, du Sénégal ou du Groenland, l’humain trouvera toujours preneur à sa marchandise ou réponse à sa requête.
Le brassage culturel est arrivé à un tel point que, souvent, il est difficile pour un touriste de distinguer entre les états d’un continent. Partout la foule se ressemble, et adopte les mêmes comportements et a les mêmes centres d’intérêts. Ce phénomène constitue en quelque sorte une solidarité universelle qui sécurise le citoyen parce qu’elle lui offre plus de chances de s’intégrer là où il sent qu’il peut s’épanouir.
Les échanges entre les nations touchent tous les domaines. Au-delà de l’économique, le social, le politique, et le culturel sont désormais des vecteurs qui assurent la réussite des relations internationales. Le développement d’un pays est de plus en plus tributaire du développement de ceux qui l’entourent. Et la réussite d’un modèle économique ou politique ressurgit sur les autres et appelle à expérimentation.
La démocratie traverse les frontières et peu à peu les dictatures, héritage de l’obscurantisme, commencent à tomber une à une, devant l’ampleur du changement universel. Les relations internationales, les nouveaux moyens d’informations aidant, empêchent l’hégémonie d’une classe dominante dans telle ou telle nation. Par conséquent, l’état de droit qui abrite le citoyen de droit trouve le terrain favorable pour prendre racine et germer. D’où la réussite des groupements des nations qui projettent de réunir leurs atouts, et d’unifier leurs stratégies afin de mieux prospérer. Le CEE devenu l’UE, Le G20, le G8, l’UMA, l’UA…sont autant d’exemples, de réussites pour les uns ou de tentatives pour les autres, de solidarité entre les nations.
b- Au niveau du pays
Tout progrès passe par la modernité. Quand un état s’engage dans la voix des réformes, il modernise ses institutions.
La modernité dans un pays se lit dans la taille que prennent ses villes. En effet, la vie à la campagne ne répond plus aux aspirations de ses enfants. Leur droit à la scolarité les éveille à un mode de vie qui va dans le sens des changements de leurs mentalités. De nouveaux besoins voient le jour, et leurs réponses se trouvent dans la cité. Celle-ci s’étend et s’enrichit de l’apport des citoyens qui viennent y chercher un avenir meilleur. Le progrès technologique, les moyens de transports, les nouvelles technologies, entre autres, facilitent la vie et offrent aux gens les opportunités de s’améliorer davantage, d’avoir d’autres centres d’intérêts, de s’occuper désormais des moyens de confort.
Le niveau des études s’élève, la formation devient meilleure, les qualifications de bonne qualité, la diversité des spécialités donnent lieu à plus d’offres d’emplois, de compétitivité, de concurrence et par conséquent d’excellents résultats.
Les moyens d’informations et de communication éclairent la conscience collective, et dotent les citoyens d’une vision plus réaliste des événements. Ainsi l’opinion publique devient-elle la force médiatrice des valeurs nouvelles qui accompagnent le progrès. La rumeur cède le pas à l’information, et l’esprit critique remplace la superstition.
La sécurité est réalisée à travers les différentes autorités qui y veillent. La nouvelle technologie, joue là aussi un rôle important dans la couverture du territoire. L’armée, la douane, la gendarmerie et la police bénéficient des formations et des moyens qui leur permettent de mener à bien leurs tâches.
La santé des citoyens devient meilleure, du fait de la consommation variée de tous les produits alimentaires, et selon les différents modes de leur préparation et leur accommodation, la cuisine étant devenue internationale. D’un autre côté l’accès aux soins dans les hôpitaux qui bénéficient des technologies de pointe, et de l’expertise d’un personnel mieux formé, combat la mortalité infantile et augmente l’espérance de vie.
Les besoins vitaux étant satisfaits, Les préoccupations des gens s’invertissent alors, dans le bien-être, l’art, la culture en général.
Le PIB et le RNB (le produit intérieur brut et le revenu national brut) étant revus à la hausse, le pays peut alors entrer dans une relation internationale équilibrée, qui ne peut que rendre encore meilleure la vie de ses citoyens.
c- Au niveau de l’individu
Le citoyen est désormais engagé dans un processus de recherche d’une vie meilleure. L’homme croit en ses propres potentialités, et cherche à le prouver. Le travail est la valeur première. La diversité des activités de la ville impose à l’homme d’être prêt à s’intégrer partout. Et s’il est vrai que la spécialisation des formations a pris la relève des formations générales, le recours à différentes petites formations et petites spécialisations offre à l’individu plus de chance de trouver le travail qu’il préfère exercer et d’en changer quand il le faut.
L’individu s’épanouit et trouve de plus en plus de distractions. L’espace moderne lui offre aussi la possibilité de l’anonymat. Il peut refaire sa vie se débarrasser d’une réputation, en acquérir une autre. Les relations entre les individus deviennent souples et empreintes d’une sorte de spontanéité. Les frontières entre les deux sexes tendent à s’estomper. Partout la fille côtoie le garçon et la femme l’homme. Le mariage devient facile et ne demande plus une longue période d’approche, de connaissance et de mise au point entre les futurs conjoints. Les frais que demande un mariage, baissent aussi. La fille qui travaille s’engage à supporter elle-aussi les dépenses de cette relation et par conséquent, les mariages aboutissent plus facilement. Le brassage des cultures change aussi la vision de gens qui ne prêtent plus attention à ce qu’on appelait  le mariage mixte. En effet, autrefois, par exemple au Maroc, il était inconcevable qu’un berbère épouse une fassi, mais depuis de décennies les mariages se font dans tous les sens et cela sans poser le moindre problème. Au contraire, cela ne fait qu’enrichir les différentes cultures.
La sécurité désormais présente encourage l’individu à s’établir, à prospecter, à s’investir, à investir et à établir des relations d’affaires, sans craindre les aléas du marché, car tout se vend, tout s’achète, tout se rachète, tout se recycle, tout se transforme comme pour faire échos aux prédictions de Lavoisier.
La modernité est accompagnée aussi du sens du civisme qui impose à l’individu le respect des espaces publics, des libertés individuelles, de s’engager dans le groupe et de penser à l’intérêt général. Le respect de lois et des codes de conduite est perçu comme une composante essentielle du libre choix de l’individu, par un accord tacite et dans une ouverture d’esprit propre à l’homme conscient et consciencieux que doit représenter l’individu moderne.
II- L’antithèse
À Présent, quand on se penche du côté des inconvénients de la modernité, le tableau est assez sombre et risque de ternir son éclat.
a- Au niveau de l’humanité
:
S’il est vrai que les relations internationales se sont tissées d’une façon rapide et aisée, les conflits entre les peuples sont devenus plus meurtriers à cause de la modernité. En effet, le progrès technologique qui s’est emparé de tous les domaines, a trouvé son plein essor dans l’industrie de la guerre. Les armes, conventionnelles ou non, sont devenues plus perfectionnées, et donc plus meurtrières. Rappelons ici que, aussi contradictoire que cela puisse paraître, la quête de la démocratie, de la paix et de la prospérité, s’est érigée sur les multitudes des corps sans distinction aucune, entre coupables et  victimes, et ce dès la fameuse Révolution Française. Ensuite, lui ont succédé les pires épisodes de l’histoire de l’humanité lors des deux guerres mondiales.
Autre part, l’euphorie économique liée aux échanges internationaux, devient de ce fait fragile et par conséquent, quand un pays est menacé par la crise, les retombées se font sentir un peu partout sur le globe. Ainsi, depuis la Grande Crise de 1929, l’économie mondiale tributaire des enjeux de la devise et des spéculations de la bourse ne cesse de connaître des moments difficiles. Les fameux plans de redressement entrepris, à chaque fois, ne profitent qu’aux pays riches, d’où les différentes fractures qui ne cessent de s’agrandir, entre pays pauvres et pays riches. La mondialisation dans ce sens, c’est-à-dire dans un rapport déséquilibré entre le nord et le sud, l’occident et l’orient, est perçue comme une sorte de nouvelle  forme d’impérialisme dont la visée colonialiste se dissimule sous l’aspect d’échanges sans frontières.
Citons enfin, que la modernité, par le biais de l’utilisation excessive de la technologie, des ressources naturelles, a causé des dégâts irréparables au niveau de la planète. D’un côté, il y a épuisement des richesses de la terre, et de l’autre, la pollution a conduit au réchauffement climatique qui perturbe les cycles naturels de la terre, et entraîne les sécheresses qui causent les désertifications, la fonte des glaces des pôles, à la fois climatiseur de la terre et grand réservoir d’eau douce. Nous assistons en conséquence, à l’augmentation des catastrophes naturelles qui menacent de plus en plus la survie la faune et de la flore. La famine, les épidémies et les fléaux qui sévissent un peu partout témoignent de la gravité de la situation.
b- Au niveau du pays
La vie à la campagne devient difficile à cause des aléas que connaît le climat. De plus, les enfants scolarisés cherchent à poursuivre leurs études et à travailler. Il semble que la ville les accueille à bras ouverts. L’exode rural vient alors alourdir la population citadine. Seulement, l’état ne peut faire face à ce flux de bouches à nourrir et de personnes à loger. Les bidonvilles voient le jour un peu partout, et le chômage bat son plein. La délinquance trouve le terrain propice pour germer, s’enraciner et proliférer. Les fruits de cette semence ne peuvent être que le vol, la drogue, l’alcoolisme, et la prostitution. Le combat contre la criminalité épuise davantage les caisses de l’état, et troublent la quiétude des citoyens.
Le marché de l’emploi étant libre, les spéculations de toute sorte deviennent monnaie courante. La contrebande, les falsifications, les imitations, l’usure, les intérêts faramineux, et la corruption sont les corollaires d’une économie d’opportunité. Le déficit éclate et les villes connaissent le revers de la crise, à savoir l’anarchie des architectures, le manque ou le délabrement des infrastructures, et l’insuffisance des établissements de nécessités premières, tels que les hôpitaux, et les écoles.
Un autre revers de l’essor moderne, vient aggraver la situation des villes. Ce sont les problèmes liés à la circulation routière. En effet, le taux de voitures de toute sorte monte en flèche. Les véhicules encombrent les rues des villes, engendrent de plus en plus de pollution, et provoquent des accidents meurtriers. On parle désormais de la guerre des routes. Ses victimes se comptent en milliers chaque mois. La route aurait tué, dit-on, plus de personnes que les deux guerres mondiales.
Enfin, cet état des choses engendre des mouvements de protestations, de grèves et d’émeutes parmi les travailleurs, les chômeurs et la population en proie aux malaises des conjonctures. Les révoltes dans les pays dits du tiers monde, tels ceux de l’Afrique, de l’Asie ou de l’Amérique latine témoignent du mal être de la population et de son désir de changer les choses. Or, ces mouvements accompagnés d’actes de violence, de vandalismes, entraînent des dégâts lourds de conséquences dont les pays ne se remettent qu’après des décennies.
c- Au niveau de l’individu
Face aux imprévus que représente la vie moderne, malgré toute la perfection des outils de prévisions dont dispose la science contemporaine, l’individu se sent désemparé. La perte des valeurs traditionnelles, qui constituaient une base solide vers laquelle l’homme se retourne à chaque fois qu’il perd pied, le plonge dans un vide existentiel sans précédent. La foi est ébranlée, la famille comme socle affectif est déstabilisée, la solidarité sociale comme refuge dans le besoin fait défaut.
Le recours aux palliatifs peut s’avérer inutile si ce n’est fatal. Les séances de psychothérapie d’un côté ou les anabolisants de l’autre deviennent des pratiques courantes. L’alcool et la drogue aussi participent dans cette quête de la paix intérieure. Les relations sociales deviennent fragiles et le chiffre alarmant des divorces atteste de cette difficulté de s’établir inhérente au mode de vie moderne. Les cas de folie, de suicide ou de perversions sexuelles laissent perplexe l’entourage de la victime qui ne voyait en elle aucune anomalie susceptible de provoquer tel état ou tel acte.
L’insécurité de la vie moderne pousse l’homme à deux mouvements contradictoires. Soit il se prépare au pire, en se retranchant derrière des barricades de solitude et d’égoïsme recherchant son propre intérêt envers et contre le groupe où il évolue, ce qui donne naissance à l’individualisme. Où bien, il s’intègre dans n’importe quel groupe, pourvu qu’il y trouve une attache quelconque, dût-il être une secte, un gang ou un groupe virtuel, et vivre et jouir du moment, sans aucun espoir d’un futur meilleur.
Quoiqu’il en soit c’est ce désenchantement de l’être qui va entraîner l’homme dans ce qu’on appelle la postmodernité. Plus rien ne compte , plus rien n’a désormais de valeur. La passion remplacera la raison, et la méfiance et le doute règneront en maître.
III- Synthèses.
Le progrès est sans doute né avec l’invention de la roue. Aussi quand on dit que la roue du progrès est lancée, cette métaphore est à juste titre éloquente. Le constat est , suivant toute logique, définitif. On ne peut arrêter cette roue, du fait même de la vitesse avec laquelle roule la locomotive de la modernité suivant une autre métaphore. Quelles possibilités s’offrent à l’homme alors ? Apparemment plusieurs, mais il n’y en a qu’une seule qui puisse rectifier les choses. Quand l’homme s’est engagé dans cette voie, elle n’était pas la seule. Il y avait une infinité de probabilités et de possibilités que pourraient prendre le cheminement de son évolution. Mais il en a pris celle-ci. Ou plutôt, il s’est fait prendre par celle-ci.
La modernité comme nous l’avons soulevé auparavant, n’est pas une chose nouvelle. Et elle ne signifie pas une révolution. Elle ne doit pas être une rupture totale avec la tradition, et ce à tous les niveaux.
L’homme doit savoir profiter des avantages que lui procure la modernité, sans renoncer à ses traditions. Comment peut-on valoriser ses avantages, sans tomber dans les inconvénients ? Il nous paraît clair, que pour aiguiller la locomotive de la modernité, il faut à l’homme amorcer deux actions simultanées. La première serait d’essayer de ralentir le train en marche, et la deuxième action serait de le devancer et poser d’autres rails qui mènent vers une autre direction plus salvatrice.
Maintenant pour faire le procès équitable de la modernité, nous allons adopter un plan inverse à celui vu dans la thèse. Nous partirons du spécifique vers l’universel.
- Au niveau de l’individu :
Il est clair que la recherche du bien-être a dépassé les limites des besoins et a vite basculé vers le superflu. Ainsi est née la société de consommation. L’homme ne se satisfait pas de combler ses besoins personnels et de s’orienter vers le bien de la communauté. Sa vie tourne de plus en plus autour de l’argent comme moyen de passer le temps et non pour vivre. Il gagne plus pour dépenser plus. Somme toute, il ne dépense plus pour vivre mais plutôt, il vit pour dépenser. L’attrait et les facéties de la vie moderne en font un esclave enchaîné à la société des médias, de la pub, du virtuel, et de l’instant bref, du plaisir fugace.
Pour remédier à cette situation dont tout homme est conscient aujourd’hui, l’individu doit entreprendre un long travail d’autorégulation. Il ne faut plus attendre que les secours viennent de l’autre. Chaque individu doit se prendre en charge, et travailler dans son petit cercle réduit. Les parents avec leurs enfants, les maîtres avec leurs élèves. Il faut se corriger pour donner l’exemple. Certes, c’est un travail de longue haleine, mais c’est la seule issue pour retrouver l’équilibre. Si chacun , dans son petit coin, se met à remettre les choses en ordre, les efforts des individus finiront par se rejoindre, et tel un planteur de gazon, chaque petit bout de verdure s’étalera pour rejoindre l’autre, de telle sorte qu’à la fin , les petits bouts formeront une superbe pelouse.
- Au niveau de l’état
:
Ces individus qui auront fait ces efforts, se retrouveront engagés sans qu’ils ne s’en aperçoivent dans le bien collectif. Les projets d’utilité publique verront le jour, et le secteur privé jouera son vrai rôle, à savoir aider le secteur public. En effet, l’état providence, est un concept voué à l’échec, et si le peuple ne se soutient pas lui-même, l’état n’y pourra rien.
Quand le bien commun est au-dessus de l’intérêt personnel, les gouvernants s’investissent aussi dans leurs responsabilités. Et trouvant le terrain favorable aux réformes et projets, ils déploient leurs efforts pour s’acquitter de leurs tâches. Les compétences requises pour chaque poste est le seul critère pour les élections des membres du gouvernement, et dans ce domaine la modernité apporte un soutien indéniable en matière de  logistique pour le bon déroulement des opérations et l’exécution des procédures, garantissant ainsi transparence et efficacité.
La modération issue de la raison, donne naissance à la tolérance et aux respects des droits humains. L’égalité des sexes trouvera aussi l’occasion de se réaliser dans un consensus qui réunit toutes les instances du pouvoir, sans pour autant déroger aux percepts sacrés revus à la lumière des temps modernes.
Dans ces conditions, l’état ne peut être que prospère et accueillant et propices aux relations internationales dans un esprit d’égal à égal où tous les partenaires sont gagnants.
- Au niveau international :
La technologie a relié tous les pays de la terre, par le biais des moyens de transports, et surtout grâce aux télécommunications et à leur tête, l’Internet. Désormais, on parle de village planétaire. L’idéal serait que tous les peuples de la terre profitent de cette aubaine pour se mieux connaître au lieu de s’épier, et de s’entraider dans tous les domaines.
La recherche scientifique doit se pencher sur toutes les possibilités pour offrir aux peuples de la terre les conditions de vivre mieux. Les pays industrialisés doivent cesser de voir dans les pays d’outre mer, des réservoirs de matières premières, un champ d’expérimentation pour leurs médicaments ou leurs armes, une mine de main d’œuvres, un marché pour écouler leurs marchandises, un cimetière pour leurs déchets industriels, ou tout simplement des civilisations pittoresque à préserver pour les études anthropologiques, ou encore les dépaysements touristiques.
C’est à ce prix, que la paix internationale réussira et l’humanité retrouvera sa vraie finalité, celle de réaliser l’équilibre universel, de sauvegarder la terre et de la transmettre aux générations futures, si ce n’est telle qu’elle l’a héritée, alors enrichie de tous les apports de la modernité. La terre étant en fait cette tradition qui réunit les humains et sa sauvegarde, signifie leur continuité.
Conclusion

Synthèse :
La modernité ne peut avoir que des côtés positifs quand elle est guidée par la raison. Le progrès doit être contrôlé par l’homme. En effet, si l’homme lâche les rênes du progrès celui-ci s’emballe et peut conduire droit à l’abîme. Quand la modernité n’est pas pensée et programmée, elle aboutira fatalement à la perte de toutes les valeurs fondamentales de l’homme. La postmodernité enfantera ce vide qui fait faire à l’homme un brusque retour en force aux valeurs dont il s’est défait en se modernisant. Le communautarisme, les replis identitaires, les guerres fratricides et le retour à l’intégrisme ne sont que des manifestations de cette tentative de s’accrocher à quelques repères dans un monde désormais sans consistance.
Il faut signaler que les pays du tiers mode subissent de plein fouets les retords de cette situation, tandis que les pays développés et équilibrés ne vivent pas cet état des choses, non parce qu’ils sont riches, mais parce qu’ils n’ont pas renoncé aux valeurs traditionnelles. Le Canada, L’Angleterre, ou les États Unis d’Amérique sont un exemple de ces pays qui prospèrent et se modernisent sans pour autant renoncer aux acquis de la pure tradition.
Rappel de la problématique
La modernité est un phénomène qui accompagne le progrès des civilisations. Est-ce que la modernité veut dire se débarrasser de la tradition ? Est-ce que la tradition est néfaste au progrès de l’humanité ?
Nous vivons au rythme de la modernité dans une société qui ne cesse de se proclamer traditionnelle. Nous avons tenté dans cet exposé d’apporter quelques éléments de réponse à la question suivante : Quels sont les avantages et les inconvénients de la modernité ?
Ouverture
L’homme est bien un être de passion, même s’il veut s’affranchir de ses sentiments et ne fonctionner qu’avec la raison. Or, un bref aperçu de l’histoire de la littérature européenne nous montre que le romantisme est venu remplacer la raison des lumières, et  que plus tard le réalisme lui succède, jusqu’à ce que le culte de l’absurde ou du nouveau roman traduise les perpétuels changements de l’esprit humain. Aujourd’hui, nous revivons encore un nouveau  ce romantisme, avec une nostalgie pour le passé, où le mot classique se retrouve comme par magie dans nos goûts et nos choix
En effet, l’homme suit la roue du progrès et parfois, il opère un retour en arrière, parfois il se projette dans l’avenir et anticipe ou devance les changements, et c’est dans cette dynamique de l’esprit humain que réside sa formidable capacité d’adaptation. N’est-il pas vrai que quand Ibn Khaldoun dit « L’histoire se répète », il réussit à provoquer une sorte de symbiose entre la tradition et la modernité ?

  



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