La gloire de mon père!

 Par Jeafari Ahmed  (?)  [msg envoyés : 326le 02-06-12 à 18:39  Lu :916 fois
     
  
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Cher père!
J’ai raté toutes les occasions de te dire combien je t’aimais. Je te croyais éternel, je ne t’accuse que de ne pas m’avoir avoué qu’un jour tu allais me quitter.
Aussi loin que ma mémoire remonte, tu as toujours été là. Du fond du ventre maternel, je t’entendais implorer Dieu de te donner un fils, après qu’il t’ait comblé de deux filles. Je ne sais comment je savais que je l’étais, j’ai vainement trépigné dans mon cocon douillet, et tous les coups que je donnais contre la paroi de la sphère tendre et chaude où je nichais, n’étaient que mes messages à ma façon de te rassurer, mais hélas, j’ai été maladroit et incompris et je l’étais resté depuis ma naissance. Et puis un Mercredi, à 8h du matin, c’était la sage-femme qui assistait maman, qui eut droit aux gratitudes, car elle apporta la preuve que tes souhaits était exhaussés .Les guirlandes et les fleurs qui ornèrent la maison cette semaine , traduisaient l’immense joie d’un heureux papa, comblé de perpétrer la lignée. La beau grand mouton sacrifié, couronnait la sollicitude du destin et marquait le début d’une erre de béatitude, et de sublime aloi.
Les temps étaient durs mais nous n’avions jamais manqué de rien. Vers 5 ans, Tu m’emmenais partout, et à ta façon noble et énigmatique, tu m’apprenais la vie. Point de leçons, ni de conseils. Tout était là, et je n’avais qu’à observer. La maison de grand-père où nous vivions était vaste, pleine de mystères. Son grand jardin, où cohabitaient tous les arbres fruitiers connus à cette époque-là, n’a pas fini aujourd’hui, de me receler ses mystères dans mes rêves les plus heureux. Tu jardinais, et Tu avais un atelier pour bricoler, et puis, un bureau construit dans le jardin, où trônait une grande bibliothèque. Partout, j’étais avec toi, te regardant, avec admiration, respecter les plantes, fabriquer une armoire digne d’un ébéniste, où plonger dans un livre ou écrire de ta belle écriture avec ta collection de stylos à plume (certaines en or ! ), des plus rares , et leurs noms que tu me disais me transportaient dans un ailleurs, sans trop d’images, si ce n’est ce mystère d’un stylo qui avait un nom : Schaeffer , Parker… Il y avait des canifs de toutes sortes et d’autres bibelots, et surtout une mappemonde, que tu faisais tourner quelque fois, par jeu semblait-il, même si parfois, tu t’appliquais à y chercher quelque chose !
Mais, les frères et sœurs se succédèrent, et la vie devint de plus en plus dure. À chaque fois, ton attention était sollicitée par les nouveaux venus. Livré à moi-même, j’entamais la fastidieuse tâche de détruire tout ce que de tes honorables mains tu as bâti.
Je te demande infiniment pardon, et te remercie de ne pas m’avoir montré que je mentais quand je te répondais que ce n’était pas moi qui avais cassé la lame de ton beau coutelas à poignée d’ivoire (je l’avais planté dans le crane du mouton cuit à la vapeur ,un certain Aïd lekbir), d’avoir cassé ta montre Novelux, et plongé l’autre Omega dans une bassine d’eau chaude, d’avoir cassé les plumes de tes stylos, et même fait disparaître quelques-uns dans le puits du jardin, d’avoir détérioré le Zoom de Ta Yashica , d’avoir déchiré des pages de tes manuscrits rares. Où étaient les boutons de La TéléFunken, ou de La Voix de son maître ?!…
Les arbres fruitiers m’avaient vu élire domicile dans leurs branches, et leurs fruits n’arrivaient plus à maturité, croqués et jetés et souvent arrachés pour le plaisir de les balancer sur les oiseaux ou chez les voisins…
Ton regard tendre est compréhensif, me lavait de toutes ces impuretés et ta confiance en moi me déroutait. J’ai peu à peu appris à dire la vérité sans hésiter, malgré tous les risques que je courrais d’être puni. Il m’arrivait parfois d’avoir une petite raclée, mais c’était surtout la peur d’enter dans ta disgrâce qui me faisait peur. Oui, parfois, tu ne m’adressais plus la parole, et tu te contentais de me jeter des regards indifférents : c’était ta façon d’être sévère, et elle avait son effet.
Plus tard, avec l’âge, j’ai appris à te connaître et à te respecter. Les longues discussions que nous avions alors, me confirmaient ton immense culture, et ton savoir, qui faisaient partie de toi, que tu ne cherchais pas à étaler mais qui découlaient de la logique de ta vie.
Quand j’ai commencé à bricoler, à jardiner, à réfléchir, à agir, à décider…, chaque geste que je maitrisais, chaque idée que je trouvais, chaque décision que je prenais, je te les devais. Je me sentais dans ta peau, et cela me remplissait de respect et de gratitude d’être ton fils et de t’avoir pour père.
Ton ami, l’intime, celui qui était toujours là, avant même ma naissance, te pleure toujours, et à chacune de nos rencontres, après avoir séché ses larmes, il m’apprend encore davantage sur toi. La dernière fois, il ma confié, que quand les amis (trois ou quatre) riaient entre eux,( ils avaient beaucoup joué aux cartes, au domino, lors des soirées qu’ils organisaient un jeudi par mois, à tour de rôles chez l’un d’eux : diner grandiose, et veillée : rami, Ronda….), ils s’amusaient entre eux et parfois disaient de gros mots , mais jamais devant toi, car tu étais le seul à n’avoir jamais proféré un mot vulgaire. Quand tu arrivais à ce moment-là, ils se passaient le «22 ! : El Ray arrive » ! Cher père cela m’a fait rire et pleurer à la fois, et je ne t’en admire que davantage !
Je regrette de ne pas t’avoir dit que je t’aimais, et j’essaie de le dire à ton petit-fils que tu n’as pas eu le temps de bien connaitre, mais lui, il te connait beaucoup !
Merci, d’avoir été mon père, merci d’avoir fait de moi ton fils, et d’être le grand-père de mon fils !Le premier nom que ma petite a appris à dire après mama, baba, c’est Ba 3zizi, Ce qu’elle dit toujours quand elle regarde ta photo qui trône dans le salon de ta maison !

  



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 Réponse N°1 22526

Merci M.Jeafari
  Par   LAKHDER Kenza  (Profle 02-06-12 à 19:14



pour le partage ,votre texte est très émouvant et émane d'une grande sensibilité .je suis certaine que vous avez été un bon fils .On a tous cette impression de n'avoir pas eu assez de temps pour leur exprimer toute notre gratitude et notre amour.





 Réponse N°2 22528

C'est beau!
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 02-06-12 à 20:29



l'art d'exprimer les choses avec simplicité et amour. Cette reconnaissance même posthume est émouvante. M. Jeafari, vous êtes un être exceptionnel.

Merci de faire partager vos souvenirs d'enfance.





 Réponse N°3 22532

mes sincères remerciemments
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 02-06-12 à 22:16



Vous êtes la bonté même , mesdames!





 Réponse N°4 22536

l'autre facette
  Par   Dounia Azouz  (Autrele 02-06-12 à 23:04



Vous l'avez reconnu vous-même j'adore semer la zizanie.

Maintenant, c'est le moi maléfique qui va s'exprimer.

Dans une autobiographie, la sincérité n'est-elle pas un masque?

La glorification de l'autre ne se fait-elle pas dans la recherche d'une glorification de soi-même?





 Réponse N°5 22541

Bien sûr madame!
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 02-06-12 à 23:35



hada baba diali ana: ana bouhdi, !

Ana Zouine ha9ach baba zouine!

Que ne s'est-on pas bagarré parce que on nous rabaissés en insultant notre papa?!( rire)





 Réponse N°6 22544

Très touchant !
  Par   Samira Yassine  (CSle 03-06-12 à 00:56



Que Dieu ait votre cher père en sa grande miséricorde.

Chacun de nous a des parents exceptionnels, ses parents. En vous lisant, je ne retrouve pas feu mon père, que j'aime beaucoup à qui je demande pardon d'avoir un peu négligé dans mes pensées qu'occupent qu'occupent en permanence feu ma chère maman décédée le 15 Fèvrier.

Oui cher frère, rien que cette journée , j'ai beaucoup pensé à elle, j'ai beaucoup parlé d'elle , j'ai été dans des lieux qu'on a cotoyés ensemble, j'ai lu du coran pour elle et je vais rêver d'elle cette nuit.

Je suis très émue à la lecture de la gloire de votre père. j'en ai les larmes aux yeux. La vie est dure après eux, heureusement qu'on a les souvenirs, les beaux souvenirs, mon cher ami. je ne vois plus les lignes, je m'arrête. Merci





 Réponse N°7 22545

re
  Par   fatih brahim  (Profle 03-06-12 à 01:21



L’acte d’éduquer est quelque chose de sacré. Seuls les sages en ont conscience. Et votre papa en était un.Merci pour le partage.





 Réponse N°8 22547

Merci;
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 03-06-12 à 07:14



mes amis, ! pour tous les papas du monde!

Et je ne vous dirai pas combien c'est difficile de parler d'une maman. Tant la routine des jours rend sa gloire impossible à définir.Et ses sacrifices (mot banal dans ce contexte) méritent qu'on les transcende, pour faire d'elle une vraie héroïne des contes de fées!

Que votre maman repose en paix chère sœur! Vous êtes là pour elle, comme elle a toujours été là pour vous.

Nos chères collègues-mamans ont aujourd'hui la chance de parler pour elles-mêmes!





 Réponse N°9 22568

LE GRAND ENFANT
  Par   Samira Yassine  (CSle 03-06-12 à 13:49



Je sais M Dkhissi qu'il s'agit de compliment. Effectivement, on ne pourra jamais redevenir l'enfant d'autrefois, impossible. Quand ce grand homme, qu'est M Jaafari réussit ,tout aussi bien, l'art oratoire, que la grande animation au sein du forum, que le grand professeur , pédagogue, que .... on ne peut que l'envier pour sa grande sensibilté , preuve que cet homme est digne de tout le respect du monde, on ne peut que s'incliner devant la grandeur d'âme de notre cher ami, M Jaafari.





 Réponse N°10 22571

Re
  Par   LOUMATINE Abderrahim  (Profle 03-06-12 à 14:06



"En regardant son père, un enfant voit en lui un super homme, et il rêve de devenir comme lui. En grandissant il découvre en lui "l'homme" et voudrait être tout sauf lui ressembler. Et Puis en prenant de l'âge il se retrouve comme son père et le redécouvre.

Ton père, que j'ai eu l'honneur de connaitre, vit en toi cher ami!!





 Réponse N°11 22578

Merci mes amis!
  Par   Jeafari Ahmed  (CSle 03-06-12 à 15:42



C'est un bonheur que d'être un enfant, car tous les moments de joies que nous vivons aujourd'hui, ne sont qu'un bref retour à l'enfance perdue!





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