La focalisation (point de vue)

 Par Benlahmar Mohammed  (Agrégatif)  [msg envoyés : 51le 01-01-11 à 10:21  Lu :3816 fois
     
  
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BENLAHMAR
MOHAMMED :LYCEE MISSOUR-MIXTE


FOCALISATION (POINT DE VUE)



TEXTE 1.
FOCALISATION « ZERO ».
Jules
Supervielle, Le Voleur d’enfants (1926).

Antoine a
sept ans, peut-être huit. Il sort d’un grand magasin, entièrement
habillé de neuf, comme pour affronter une vie nouvelle. Mais pour
l’instant, il est encore un enfant qui donne la main à sa bonne,
Boulevard Haussmann.

Il n’est pas
grand et ne voit devant lui que des jambes d’hommes et des jupes
très affairées. Sur la chaussée, des centaines de roues qui
tournent ou s’arrêtent aux pieds d’un agent âpre comme un
rocher.

Avant de traverser
la rue de Havre, l’enfant remarque, à un kiosque de journaux, un
énorme pied footballeur qui lance le ballon dans les « buts »
inconnus. Pendant qu’il regarde fixement la page de l’illustré,
Antoine a l’impression qu’on le sépare violemment de sa bonne.
Cette grosse main à bague noire et or qui lui frôla l’oreille ?

L’enfant est
entraîné dans un remous de passants. Une jupe violette, un
pantalon à raies, une soutane, es jambes crottées de terrassier,
et par terre une boue déchirée par des milliers de pieds. C’est
tout ce qu’il voit. Amputé de sa bonne, il se sent rougir. Colère
d’avoir à reconnaître son impuissance dans la foule, fierté
refoulée d’habitude et qui lui saute au visage ? Il lève la
tête. Des visages indifférents ou tragiques. De rares paroles
entendues n’ayant aucun rapport avec celles des passants qui
suivent : voilà d’où vient la nostalgie de la rue. Au
milieu du bruit, l’enfant croit entendre le lugubre appel de sa
bonne : « Antoine ! » La voix lui arrive
déchiquetée comme d’invisibles ronces. Elle semble venir de
derrière lui. Il rebrousse chemin mais ne répond pas. Et toujours
le bruit confus de la rue, ce bruit qui cherche en vain son unité
parmi des milliers d’aspirations différentes. Antoine trouve
humiliant d’avoir perdu sa bonne et ne veut pas que les passants
s’en aperçoivent. Il saura bien la retrouver tout seul. Il marche
maintenant du coté de la rue de Provence, gardant dans sa paume le
souvenir de la pression d’une main chère et rugueuse dont les
aspérités semblaient faites pour mieux tenir les doigts légers
d’un enfant.

TEXTE 2.
FOCALISATION INTERNE
. André Malraux, La Condition
Humaine (1933)

Tchen
tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au
travers ? L’angoisse lui tordait l’estomac ; il
connaissait sa propre fermeté, mais n’était capable en cet
instant que d’y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de
mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible
qu’une ombre, et d’où sortait seulement ce pied à demi incliné
par le sommeil, vivant quand meme-de la chair d’homme. (…)

Il se répétait que
cet homme devait mourir. Betement : car il savait qu’il le
tuerait. Pris ou non, exécuté ou non, peu importait. Rien
n’existait que ce pied, cet homme qu’il devait frapper sans
qu’il se défendit –car, s’il se défendait, il appellerait.

Les paupières battantes,
Tchen découvrit en lui, jusqu’à la nausée, non le combattant
qu’il attendait, mais un sacrificateur.

TEXTE.
FOCALISATION EXTERNE
. Vercors, Le Silence de la mer
(1942)

Le visage de ma
nièce me fit peine. Il était d’une pâleur lunaire. Les lèvres,
Pareilles aux bords d’un vase d’opaline, étaient disjointes,
elles esquissaient la moue tragique des masques grecs. Et je vis, à
la limite du front et de la chevelure, non pas naître, mais
jaillir,-des perles de sueur.

Je ne sais si
Werner le vit. (…)Sans bouger son regard d’une ligne, il tira
lentement la porte à lui. Il dit, -sa voix était étrangement
dénuée d’expression :- Je vous souhaite une bonne nuit.

Je crus qu’il
allait fermer la porte et partir. Mais non. Il regardait ma nièce.
Il la regardait. Il dit,-il murmura : -Adieu.

Il ne bougea pas. Il
restait tout à fait immobile, et dans son visage immobile et tendu,
les yeux étaient plus encore immobiles et tendus, attachés aux
yeux,-trop ouverts, trop pales,-de ma nièce.

Focalisation
« zéro »
 :

Le narrateur pilote le
récit ; c’est lui qui nous fait voir le monde par les yeux
de l’enfant, même si nous l’oublions en cours de lecture. Or,
le regard sur ce qui se passe ne coïncide pas toujours avec les
yeux de l’enfant. Nous avons un récit dont la « focalisation »
est celle d’un narrateur omniscient qui, tantôt connaît ce qui
se passe à l’intérieur du héros, tantôt voit les choses en
même temps que celui-ci, tantôt sait des choses que le héros
ignore. Cette focalisation, dite « focalisation zéro »,
permet au narrateur de varier le point de vue qu’il adopte par
rapport à l’enfant, et donc, celui du lecteur qui ne s’en rend
pas compte.

Par exemple :

-le narrateur se place à
l’intérieur de l’enfant : il voit par ses yeux, entend par
ses oreilles ; mais de plus, il sait ce qui se passe en
lui : « il se sent rougir », il « trouve
humiliant de », « Il saura bien le retrouver tout
seul » ;

-le narrateur se place à
coté de l’enfant : il dit « Antoine »,
signe de proximité ; il dit aussi « l’enfant »,
et c’est déjà un signe de distance(en disant « l’enfant »,
le narrateur se pose comme adulte et entraîne le lecteur dans cette
position) ; il interprète enfin les apparences extérieurs de
l’enfant : celui-ci a « sept ans, peut-être huit »,
il rougit par « colère » ou par « fierté »
d’habitude refoulée ; l’attitude explicative du narrateur,
sans quitter l’enfant, nous fait voir l’enfant plutôt que voir
par l’enfant ;

-enfin, le narrateur
s’éloigne de l’enfant pour nous apprendre des choses que
celui-ci ignore : le nom des rues, par exemple, dont on doute
qu’Antoine –qui ne voit que les jambes- puisse les lire.

Focalisation
interne
 :

le narrateur choisit
dans ce passage la focalisation interne : il est en Tchen, il
« voit » par lui. Les deux premières questions du
récit, par exemple, nous introduisent dans le problème technique
que se pose Tchen lui meme (il s’interroge ; le narrateur
s’interroge avec lui, faisant comme s’il n’en savait pas
plus). Les sentiments éprouvés (l’angoisse de l’estomac, le
rasoir qui s’imprime dans ses doigts) sont enregistrés de
« l’intérieur ». Même l’analyse des sentiments de
Tchen est donnée comme le fruit de l’introspection ( « il
connaissait sa propre fermeté », Tchen découvrit en lui »).

Focalisation
externe
 :

le narrateur se trouve
dans une situation de focalisation externe par rapport aux deux
jeunes gens qu’il observe : il ne « sait » pas,
n’a pas le droit de savoir ce qui se passe en eux autrement que
par leurs manifestations extérieures, visuelles ou auditives. D’où
l’extrême précision apportée à l’expression de tout ce
qu’il perçoit, et donc, qu’il nous fait percevoir.

Il s’agit de sa nièce,
dont le visage lui fait peine ; il évoque le « tragique »
des masques grecs ; il est saisi à l’apparition des perles
de sueur sur le front de la jeune fille ; il est en attente de
ce qui va se passer (« je crus que »).


  



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 Réponse N°1 7924

focalisation externe
  Par   Diaz Rufo  (CSle 09-01-11 à 16:08

On en sait moins que le personnage, en ayant seulement accès à des comportements




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