La domination commerciale casablancaise sur les centres urbains de la chaouia

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 26-07-13 à 16:57  Lu :1250 fois
     
  
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La domination commerciale casablancaise sur les centres urbains de la Chaouia

De nombreuses études géographiques et autres, ont traité de près ou de loin l'emprise qu'exerce Casablanca sur l'ensemble du territoire marocain. Cependant ce sujet est loin d'être exploité d'une façon approfondie et précise. Dans ce sens, la Création du G.R.E.C (Groupe de Recherches et d'Études sur Casablanca) est une intéressante initiative qui mérite toute considération et encouragement.

Le rayonnement de Casablanca, métropole économique, à services centraux s'étend sur la totalité du pays. Ceci est une vérité indéniable , mais ce rayonnement est particulièrement écrasant sur la région limitrophe qui nous intéresse ici: La Chaouia (Il faut signaler ici que cette étude a concerné les petites villes situées dans la Chaouia a savoir Tit Mellil, Médiouna, Bouskoura, Dar Bouazza, Bir Jdid, Oulad Abbou, Berrechid, El Gara, Benslimane, Be Ahmed, Sidi Hajjaj, Ras El Aïn, Oulad Saïd.), car l'influence casablancaise sur cette région est exclusive et plus directe. Elle concerne aussi bien les fonctions de niveau supérieur que les fonctions les plus répandues.

Il n'est pas question, dans le cadre limité de cette communication de brosser le tableau complet de cette emprise sur la Chaouia. Nous nos contenterons d'en saisir certains aspects, à savoir les aspects démographique et commercial.

A. La puissante attraction démographique de Casablanca

La zone d'attraction démographique de Casablanca couvre l'ensemble du territoire national et en particulier la partie sud. Au sein de celle-ci, l'attraction casablancaise est remarquablement forte sur la Chaouia.

Ma forte émigration dans la Chaouia est une réalité jamais démentie, toutes les études géographiques (notamment les travaux de Loin D.1970, Escallier R. 1980) sur la population marocaine concluent que la Chaouia connaît l'indice d'intensité migratoire le plus élevé. Ceci paraît d'autant plus paradoxal que la Chaouia est moins densément peuplée que d'autres régions et qu'elle possède des conditions pédologiques et climatiques favorables.

Il est donc nécessaire de chercher les mécanismes des migrations dans la réalité socio-économique de la région (l'exode rural a été provoqué particulièrement par des structures agraires inégalitaires et des types d'exploitations spéculatifs et peu peuplants. C'est ce que confirment divers travaux consacrés à l'étude es structures agraires de la Chaouia: Grar, 1971, Vander Kloeth, 1975, Fosset R. 1972). À cela il faut ajouter la proximité de la métropole nationale qui, par son poids démographique (9,8% de la population totale en 1971) et économique (concentration croissante des activités industrielles et commerciales), exerce une attraction quasi exclusive sur la Chaouia en particulier.

En effet, la Chaouia alimente les flux migratoire les plus puissants orientés exclusivement vers la grande ville et qui ne cessent de s'accentuer. La proportion des chefs de ménages ruraux nés dans la Chaouia et demeurant à Casablanca représentait 25,5% en 1960 et a atteint 33% en 1971. La proximité de la métropole économique aggrave la situation des centres et petites villes et la Chaouia qui voient leur rayonnement fortement limité et réduit. Leurs aires de recrutement sont à prédominance régionale, exception faite des centres très proches de Casablanca qui ont su profiter des industries dispersées au-delà du périmètre urbain de Casablanca et développement des cultures maraîchères dont les pratiques culturales favorisent l'emploi d'une main-d'oeuvre abondante , venue essentiellement des régions méridionales du pays.

D'après l'étude de Fosset R. (Fosset R. 1974, p. 387-388-390) concernant l'émigration rurale dans les bas plateaux atlantiques en 1971, 27,1% de la population «chaouie» ont élu domicile dans des centres urbains, soit 182000 personnes. Sur ce nombre 135000 personnes se sont dirigés vers Casablanca, soit 74,2% , alors que le reste se répartit entre différentes villes: Settat (4,3%), Mohammedia (4%), Berrechid (3%), Benslimane (2,2%), Ben Ahmed (2%),etc…Cependant , ces mêmes villes ne constituent en réalité qu'un relais.

En effet, les immigrants qui s'y installent, ne tardent généralement pas à rejoindre la métropole économique, dans l'espoir d'améliorer leur situation économique et sociale. Ainsi 70% à 95% des émigrants des centres étudiés se sont installés à Casablanca ( Il faut noter ici que , à l'inverse, Casablanca a constitué une étape pour de nombreux chefs de ménage qui ont emprunté un ou plusieurs relais, et qui résident dans les centres urbains de la Chaouia , leur proportion varie entre 20% à Ras El Aïn et 81,25% à Tit Mellil. Pour les autres centres, la proportion des chefs de ménage déclarent avoir séjourné à Casablanca arrive à 75% à Dar Bouazza, 57,90 à Deroua , 54,55% à El Gara etc…ce repli vers les petites villes ne touche pas uniquement les cadres et employés de l'administration mais aussi les campagnards qui émigrent vers les grandes villes sans emprunter de relais intermédiaires, poussés par l'espoir de trouver dans les grandes villes des condition propices à améliorer leurs conditions de vie. Une fois, confrontés à la réalité, ils s'en retournent vers les petites villes mieux adaptées à leurs capacités et à leurs exigences socio-culturelles.). Plus encore cette émigration urbaine ne concerne pas seulement les néo-citadins, mais aussi les citadins de souche. Les villes de la couronne urbaine de Casablanca, d'El Jadida à Benslimane ont participé intensément à l'alimentation des flux. Elles subissent «l'aspiration casablancaise» (Escallier R., 1980).

Ainsi, la Chaouia subit l'attraction quasi exclusive de Casablanca. Les migrants abandonnent facilement leur campagne et leur petit centre pour se diriger directement vers la métropole économique. La proximité de cette dernière est la cause de la faiblesse du pouvoir d'attraction des centres chaouis. Entre cette contrariété, le voisinage de Casablanca nuit au développement et à l'épanouissement commercial des centres urbains de la Chaouia.

B- la domination commerciale de Casablanca

Le rôle de Casablanca sur ce plan est national. Cependant, dans les régions les plus proches de la métropole économique, notamment la Chaouia, la domination de Casablanca est unique et omniprésente. Dans le cadre de ce paragraphe nous ne nous proposons pas d'étudier la domination de la métropole sur les campagnes de la Chaouia, qu'elle s'exerce directement ou par l'entremise des centres urbains. Cela exige beaucoup de temps et de moyens. De toute manière, il est évident que Casablanca, grande ville dynamique, concentrant l'essentiel des fonctions industrielles et commerciales, exerce une domination directe sur les campagnes se passant d'intermédiaire.

Pour les paysans chaouis, Casablanca est la grande ville où ils préfèrent se rendre. Là, il leur est facile d'écouler leur propre production qui se vend à des prix plus intéressants que ceux qu'on leur propose dans les souks locaux. Ils y trouvent également un grand choix parmi les produits dont ils ont besoins et par la même occasion, la possibilité de rencontrer les membres de leur famille, leurs associés et locataires. Que ce soit pour l'écoulement de leur production ou pour leurs achats, Casablanca est pour ces paysans la ville par excellence, la «source» d'après les paroles de deux paysans Zeïdis qui venaient de vendre leur bétail au marché de la métropole économique.

En dehors de cette domination directe de Casablanca sur les campagnes de la Chaouia , qu'il serait indispensable d'évaluer quantitativement , nous allons essayer d'esquisser les rapports directs que les centres de la Chaouia entretiennent avec Casablanca, en répondant à trois questions concernant l'intervention casablancaise sur les souks hebdomadaires des centres , lieu d'approvisionnement des grossistes et enfin le déplacement de la population en dehors des centres de résidences et les motifs de ce mouvement.

a) Les souks: lieux privilégiés de l'intervention casablancaise

On peut estimer que l'emprise urbaine sur les souks est un faux problème, dans la mesure où les souks fonctionnent dans es agglomérations urbaines. Il est donc normal qu'un nombre plus ou moins grand de commerçants soient des citadins. Toutefois, c'est la participation des commerçants en provenance des grandes villes – ici Casablanca – qui traduit le mieux l'intervention urbaine dans l'activité soukière.

Aucun souk, situé au sein des centres urbains de la Chaouia, n'échappe à l'intervention des marchands casablancais. L'analyse de la provenance des commerçants soukiers ne laisse guère de doute sur la prédominance de Casablanca constituant un important foyer d'émission de commerçants en direction de tous les souks. Casablanca se place effectivement au premier rang , bien avant toutes les autres villes réunies ( Il s'agit des villes et centres situés dans la Chaouia. Il y a également la présence des commerçants venant des villes situées en dehors de la Chaouia comme par exemple Rabat , témara et Bouznika pour Benslimane, Khouribga, pour El Gara, Rabat , Demnat et Khouribga pour Ben Ahmed…mais la proportion de commerçants venus de ces viles est très faible ne dépassant guère 2%.), mis à part les souks se trouvant relativement loin de Casablanca.

Ainsi les souks situés immédiatement autour de la grande ville comprennent le pourcentage le plus élevé des soukiers casablancais et pourtant, ils ne sont pas tous des souks importants. Cela s'explique par l'arrivée massive de petits revendeurs, surtout des jeunes, encouragés par le prix dérisoire de transport (3 dh en moyenne).

Globalement , l'intervention casablancaise dans ces souks est considérable, d'autant plus que la majorité des autres commerçants – non casablancais – n'assument souvent qu'une revente des marchandises procurées au marché de gros de Casablanca, ou que les grossistes casablancais eux-mêmes ont apportées, tôt le matin, sur place, c'est-à-dire dans les souks.

Tableau 1: Participation des commerçants casablancais aux souks de la Chaouia:

Souks

Commerçants

casablancais

Tit Mellil

Médiouna

Bouskoura

Dar Bouazza

Bir Jdid

Berrechid

Deroua

Oulad Abbou

El Gara

Benslimane

Ben Ahmed

Sidi Hajjaj

Ras El Aïn

Oulad Saïd

53,55%

46,15%

56,05%

51,90%

13,15%

15,05%

21,16%

23,23%

15,50%

12,38%

5,70%

4,66%

5,10%

3,86%


La participation des commerçants casablancais se fait selon deux modalités. Soit qu'ils agissent comme vendeurs en apportant au souk des produits urbains ou des produits ruraux déjà collectés par la ville ou achetés dans d'autres souks, soit qu'ils y exercent la fonction d'acheteurs. Ces derniers disposant en général de moyens de transport, achètent des produits ruraux (bétail, volaille, oeufs, laine, peaux…) afin de les vendre dans les marchés urbains, principalement à Casablanca; drainant ainsi, le peu qui échappe à la collecte directe de la grande ville. L'effectif de ces acheteurs casablancais est difficile à cerner, car ils sont ambulants et le temps qu'ils passent dans les souks est très réduit (2 à 3 h) généralement tôt le matin. Par contre, quand ils agissent comme vendeurs leur nombre est facile à évaluer.

La première constatation ressortant de l'examen de la carte de la répartition des commerçants casablancais selon le type de commerce, est qu'au fur et à mesure que l'on s'éloigne de Casablanca le nombre de ces commerçants diminue et par là le volume et la valeur de leurs produits offerts à la vente diminuent aussi: certains produits disparaissent même.

Dans les souks très proches, les commerçants casablancais vendent tous les produits présentés à la vente dans ces souks , y compris les produits ruraux. Si leurs proportions dans le commerce alimentaire, de l'artisanat et produits ruraux et dans les services sont considérables (atteignant parfois plus de 50%), elles le sont davantage dans les rubriques de l'habillement et des équipements, qui sont quasi monopolisées par les casablancais. Leurs proportions ici pouvaient atteindre 85% des commerçants. Cette remarquable participation est due probablement de la courte distance entre ces souks et Casablanca, à l'abondance des moyens de transport qui sont à la portée de tous et au nombre pléthorique des petits revendeurs , surtout des jeunes cherchant à gagner un peu d'argent. En fait, ces souks appartiennent désormais à l'appareil commercial de Casablanca, d'autant plus qu'une grande parie de la clientèle est de cette ville.

Dans les souks relativement éloignés de Casablanca, les commerçants de cette ville sont absents dans certains commerces, notamment d'alimentation, d'artisanat et de produits ruraux. On ne les observe que dans le commerce, d'articles vestimentaires et d'équipements domestiques et dans les services. Cependant, leur présence ici est moindre par rapport aux commerçants locaux et ceux de Ben Ahmed ainsi que de Settat. Leur proportion dans ce commerce ne dépasse guère le 1/5ème des commerçants. Ceci peut s'expliquer également par la distance et les problèmes pratiques que pose le transport qui tend à réduire la rentabilité.

L'intense participation des commerçants soukiers casablancais dans l'activité soukière est favorisée par le développement de la circulation routière qui n'a fait qu'étendre la zone d'influence de ces commerçants. C'est ce que confirme l'étude de la desserte routière des souks.

Souks

La part de Casablanca

dans le trafic soukier

Tit Mellil

Médiouna

Bouskoura

Dar Bouazza

Bir Jdid

Berrechid

Deroua

Oulad Abbou

El Gara

Benslimane

Ben Ahmed

Sidi Hajjaj

Ras El Aïn

Oulad Saïd

86,1%

75,5%

87%

74,7%

38%

76,4%

100%

49,55%

49,2%

42,40%

46,8%

51,75%

29,7%

35%

Tableau 2: la desserte routière des souks par autocar et à destination et en provenance de Casablanca.

En effet, la part de Casablanca dans la desserte des souks est très importante (Tableau 2). L'importance de cette desserte doit être mise en parallèle avec l'importance commerciale du souk: les souks bien desservis sont les plus actifs, et d'autre part avec la proximité ou l'éloignement du souk.

D'une façon générale la domination de Casablanca sur le réseau soukier de la Chaouia est remarquable. Elle est particulièrement portée sur les souks très proches d'elle, où elle monopolise pratiquement leur desserte, c'est le cas de Tit Mellil où elle représente 86,1% des places d'autocars desservant le souk, c'est le cas également de Médiouna avec 75,5 des places , Bouskoura 87%, Dar Bouazza 74,7% , Berrechid 76,4% et Deroua 100%.

Ailleurs, elle assure une bonne part des places d'autocars offertes le jour du souk. Ainsi, elle assure 51,75% le Jeudi de Sidi Hajjaj, 46,8% des places offertes le Lundi de Ben Ahmed, 49,55% et 49,2% respectivement à Vendredi d'Oulad Abbou et Jeudi d'El Gara etc…, nous remarquons ici que certains souks se tiennent le même jour, ce qui réduit l'importance de la desserte, notamment celle de Casablanca.

Il faut noter ici la faiblesse de relation entre les centres de Chaouia. Seuls Settat, Berrechid et Ben Ahmed, villes assez dynamiques, profitent de leur situation sur des carrefours et même d'un certain éloignement de Casablanca, pour émettre des cars soukiers vers différents souks de la région.

Il reste à signaler que les souks des centres situés dans les zones périphériques de la Chaouia, reçoivent des cars venant des villes situées dans des régions voisines. Comme par exemple Benslimane qui reçoit des cars en provenance de Rabat, Ben Ahmed et Sidi Hajjaj de Khouribga, Bir Jdid d'El Jadida et d'Azemmour…En ce qui concerne les taxis, c'est là que l'on peut constater une certaine relation entre les petits centres de la Chaouia. Cependant, cette relation concerne uniquement les centres de la Haute Chaouia, qui sont loin de Casablanca: Ras EL Aïn, Sidi Hajjaj, Ben Ahmed, Oulad Saïd. Par contre, dans les centres situés dans un rayon d'une cinquantaine de kilomètres environ autour de Casablanca, les taxis se dirigent exclusivement vers la métropole économique.

Les conséquences de cette intervention citadine sur les souks sont nombreuses:

- D'abord le changement du rôle traditionnel des souks qui consistait à maintenir l'équilibre économique de la campagne. L'échange entre les paysans et les éleveurs n'existe plus. Les souks aujourd'hui représentent un lieu où le paysan dépense plus d'argent qu'il n'en gagne. La participation des marchands citadins aux souks signifie aussi que l'argent gagné sur place est dépensé ailleurs, en ville.

- Ensuite, la mainmise des soukiers citadins, qu'ils agissent en vendeurs ou en acheteurs sur les souks a entraîné une vive concurrence contre laquelle les paysans avec leurs moyens ne peuvent lutter.

- Enfin, on constate actuellement dans les souks une augmentation des besoins des campagnards en denrées d'origine citadine.

b) L'approvisionnement des grossistes

La mainmise de Casablanca sur les centres de la Chaouia en dehors des marchés hebdomadaires se manifeste également sur le plan de l'approvisionnement des grossistes. En effet, ces centres – entre autres – placées dans l'espace de polarisation de la grande ville entretiennent avec la métropole économique des rapports plus directs et plus étroits. À l'exception de l'achat de la farine, tous les grossistes installés dans nos centres ont déclaré se rendre à Casablanca en vue de leur approvisionnement en produits d'alimentation (thé, sucre, huile…) et d'équipement (ciment, fil de fer…). Pour ce qui est de l'achat de la farine, Casablanca est vivement concurrencée par Berrechid, cela peut être expliqué par la présence d'une minoterie dans cette ville. Ainsi , 65% des grossistes en farine déclarent se ravitailler directement à Berrechid, dont 30,23% sont de cette même ville. Quant à Casablanca, elle approvisionne dans ce domaine, à peine 7% des grossistes. Le reste des grossistes, c'est-à-dire 28%; citent deux villes comme lieu d'approvisionnement: Casablanca et Mohammedia pour les grossistes en farine de Benslimane, Casablanca et Berrechid pour les grossistes de ras El Aïn, de Deroua et d'Oulad Saïd; il reste à noter ici qu'il y a de nombreux commerçants détaillants installés dans nos centres et s'approvisionnant directement chez les grossistes de Casablanca.

Quant à l'approvisionnement des grossistes en sucre, thé et ciment, il est assuré uniquement par Casablanca.

Globalement, Casablanca constitue le lieu d'approvisionnement de tous les grossistes des centres de la Chaouia. Aucune ville ne vient la concurrencer, à l'exception de Berrechid en ce qui concerne l'achat de la farine. Ceci est un exemple qui montre que ces centres peuvent faire face à Casablanca s'ils disposent de moyens économiques puissants et concurrentiels. Pour le moment, il est à remarquer que l'omniprésence d'une grande ville concentrant les fonctions industrielles et commerciales nuit à la hiérarchisation des centres urbains placés dans sa sphère d'influence immédiate.

Tableau 3: Lieux d'approvisionnement des grossistes des petits centres de la Chaouia:

Localités

Nombre de grossistes

Type de commerce

Lieu

D'approvisionnement

Tit Mellil

1

Sucre/thé/farine

Casa

Médiouna

3

1

Sucre/thé

Farine

Casa

Berrechid

Bouskoura

2

Sucre/thé

Casa- Berrechid

Dar Bouazza

2

Sucre /thé

Casa- Berrechid

Bir Jdid

5

2

1

Thé/sucre

Farine

ciment

Casa

Casa

Casa

Berrechid

7

13

4

Sucre/thé

Farine

ciment

Casa

Berrechid

Casa

Deroua

1

Sucre/thé/farine

Casa- Berrechid

Oulad Abbou

3

2

Sucre/thé

farine

Casa

Berrechid

El Gara

4

1

2

Sucre/thé

Farine

ciment

Casa

Berrechid

Casa

Benslimane

12

9

7

Thé/ sucre

Farine

ciment

Casa

Casa-Mohammedia

Casa

Ben Ahmed

8

3

7

4

Thé

Sucre

Farine

ciment

Casa

Casa

Casa-Berrechid

Casa

Sidi Hajjaj

9

4

1

Sucre/thé

Farine

ciment

Casa

Berrechid

Casa

Ras EL Aïn

1

1

Sucre/farine

thé

Casa-Berrechid

Casa

Oulad Saïd

1

Sucre/thé/farine

Casa- Berrechid

Tableau 4: Le transport régulier à destination de Casablanca

Provenance

Berrechid

El Gara

Benslimane

Ben Ahmed

Sidi hajjaj

Nbre de cars

6

5

3

4

2

Palces vers Casa

480

239

172

280

140

�s place vers Casa

100

77,6

44,30

66,2

100

durée en mn

30 à 40

60

60

75

90

Coût

3 dh50

5 dh

5 dh

7 dh

8 dh

NB: ces valeurs datent de 1987

C- Les mouvements de la population entre les centres de la Chouia et Casablanca

Concernant les déplacements de la population vers d'autres centres urbains de la région et les raisons de ces déplacements, il s'est avéré que Casablanca est aussi un lieu privilégié où la population des centres de la Chaouia se rend souvent en vue d'effectuer divers achats et recourir aux différents services.

Les habitants de toutes les localités de la Chaouia déclarent faire certains achats auprès des commerçants de Casablanca, consulter des médecins, visiter leurs familles et amis, etc…Ces déplacements concernent un grand pourcentage de la population en quêtée , allant de 65% à 100% , cependant la participation de la population des centres à ce mouvement est inégale.

Il est évident que les centres très proches de Casablanca (Tit Mellil, Médiouna , Bouskoura , Dar Bouazza) voient un grand nombre de leur population (plus de 90% et même 100% des enquêtés) se diriger vers la métropole économique pour diverses raisons.

À ces centres, où l'influence casablancaise est unique et forte à tous égards, on peut ajouter sans hésitation les centres de Berrechid , Deroua, El Gara, Oulad Abbou. Les mouvements quotidiens entre ces derniers et Casablanca sont plus fréquents, en raison de la courte distance les séparant et surtout l'abondance et la facilité des transports. Les raisons de ces déplacements sont très diverses, cependant, les loisirs et les visites l'emportent, suivis par les achats et ensuite le travail (surtout les transporteurs) ou la recherche du travail, la santé, etc .

Quant aux autres centres relativement éloignés de Casablanca, bien que le pourcentage de la population concernée par ce mouvement reste très élevé, les déplacements journaliers deviennent moins fréquents et parfois même disparaissent, comme c'est le cas de Sidi Hajjaj, à Ras El Aïn et à Oulad Saïd. Les déplacements entre ces centres et Casablanca s'étalent dans le temps et deviennent de plus en plus rares, c'est-à-dire 3 ou 2, voire une fois par an. On remarque là que l'intensité des mouvements de la population diminue avec la distance.

Les populations des centres de ce deuxième groupe plus celles des centres ajoutés au premier groupe citent souvent une ou deux autres villes pour les centres de la province e Settat, c'est le cas également de Mohammedia et Rabat pour Benslimane et enfin, El Jadida pour Bir Jdid. À l'exception des centres de petite taille de Oulad Saïd et Ras El Aïn dont la population se rend à Settat , plus étoffée , pour les diverses raisons précitées , la population des autres centres va vers ces villes par obligation , c'est-à-dire pour les services administratifs (plus de 70%), car il s'agit là de chefs-lieux de cercles (Ben Ahmed, Berrechid) ou de province (Settat, El Jadida). Les personnes se déplaçant pour des affaires administratives profitent évidemment pour faire des achats et visiter leur famille.

Il va sans dire que ces déplacements sont dus , d'une part , aux sous-équipement des centres urbains ne pouvant répondre aux nouveaux besoins de consommation et de services demandées par la population, d'autre parent surtout , à la présence d'une grande ville disposant de tous les attributs de la modernité et offrant l'attrait de ses grands magasins, de ses ateliers et établissements divers , de sa vie mondaine. Toutes ces raisons, parmi d'autres facteurs objectifs ou psychologiques, aboutissent à la polarisation de l'espace par Casablanca. Ceci retarde l'épanouissement et le développement des équipements commerciaux dans les centres de la Chaouia, ce qui entraîne un mouvement de sous-intégration , d'autant plus que le groupe d'individus qui pouvait diffuser de nouveaux modes de consommation et de comportements urbains garde des relations étroites avec la grande ville où il se rend périodiquement et où une part des salaires est dispensée.

La forte influence de Casablanca, non seulement sur les campagnes, mais aussi, comme on vient de le voir, sur les autres centres urbains de la Chaouia, est renforcée par la présence d'un réseau routier moderne et dense. La densité moyenne du réseau routier marocain la plus forte est celle de la Chaouia: 300 kms/ 1000 km2 mettant Casablanca facilement à la portée de n'importe quel point de la Chaouia et même au-delà.

L'orientation des transports routiers vers Casablanca principalement est un indicateur significatif des relations étroites que les centres étudiés entretiennent avec la métropole économique.

Le reste des places pour les centres d'El Gara (soit 22,4% des places), de Benslimane (55,68%) et de Ben Ahmed (33,8%) est destiné à d'autres villes comme Rabat pour El Gara, Rabat et Mohammedia pour Benslimane, Khouribga et Settat pour Ben Ahmed. Notons une fois de plus l'inexistence de relation entre les centres de la Chaouia et que leur unité est due aux liens tissés par Casablanca. Ces villes «s'isolent les unes des autres et Casablanca est le ciment de leur union» (Beguin H., 1974 p.578). Les habitants d'El Gara ou de Benslimane par exemple, doivent aller jusqu'à Casablanca pour rejoindre Médiouna ou Bouskoura ou même Berrechid. La même chose pour les habitants de Bouskoura ou de Bir Jdid voulant se rendre à Médiouna ou à Tilt Mellil, ect…

Quant aux taxis, ils se dirigent exclusivement vers Casablanca, à l'exception de ceux qui ont leur point d'attache dans les centres situés loin de Casablanca, car les taxis ne peuvent dépasser un rayon de 50 kms.

Conclusion

Ainsi les centres de la Chaouia, situés dans l'espace de la domination exclusive de Casablanca, voient leur évolution démo-économique étroitement conditionnée par la proximité et surtout par la puissance socio-économique du grand port. Toutes les études, géographiques notamment, s'accordent sur l'élément déséquilibrant que représente la métropole nationale, freinant le développement et l'épanouissement économique des centres chaouis. «La prodigieuse croissance casablancaise rendait inutile une urbanisation très importante à une trop faible distance» (Beguin H., 1974).

Cette prééminence dans la région n'est pas une chose nouvelle. Déjà vers la fin du siècle dernier, toute la région de la Chaouia était parcourue par de nombreux colporteurs et courtiers achetant des produits locaux et vendant des marchandises importées, pour le compte des firmes commerciales installées dans la nouvelle ville en pleine expansion. Le Protectorat n'a fait qu'accentuer ce mouvement en concentrant dans cette ville l'essentiel des pouvoirs d'organisation et de direction. Casablanca a assumé durant, et bien après la période coloniale le rôle de chef-lieu de territoire, contrôlant une grande région dépassant les limites de la Chaouia. De plus, en dotant Casablanca du plus grand port du pays, cette ville s'est trouvé être le principal foyer industriel et commercial du Maroc, et l'organisation de l'espace se faisait exclusivement en fonction de celle-ci.

En résumé, la proximité d'une grande ville, concentrant l'essentiel des fonctions industrielles et commerciales et occupant une situation stratégique dans le réseau moderne du transport, réduit les possibilités de développement des villes de la Chaouia. Ceci confirme en quelque sorte ce que les géographes du Tiers-Monde, notamment M. Santos, ont pour la plupart montré, à savoir que les grandes métropoles industrialisées étouffent l'essor urbain du reste du pays.

Malgré certaines mesures gouvernementales, notamment la création des zones industrielles à Berrechid et à Beslimanes (Ces dernières années l'état marocain a suivi une politique de décentralisation industrielle pour faire contrepoids à la concentration industrielle dans le littoral atlantique de Casablanca à Kénitra. Cette politique a surtout visé les petites et moyennes villes. Parmi les tentes zones industrielles qui sont en train d'être équipées à travers l'ensemble du pays, trois ont été créées dans la Chaouia dont deux déjà amorcées à Berrechid et à Benslimane et la troisième en projet à Settat. Cependant, le manque d'un milieu urbain compétent fait que cette industrie installée à Berrechid et à Benslimane reste dépendante vis-à-vis de Casablanca dans les domaines de la main-d'oeuvre qualifiée et des cadres, des pièces de rechange, de l'écoulement des marchandises et enfin de la gestion.

Pr. Abdelkhalek KHALIL

Faculté des Lettres, Kénitra

Bibliographie

BEGUIN H., L'organisation e l'espace au Maroc, Acd. Roy. Des sciences d'outre mer, Bruxelles, 1974,p.185.

ESCALLIER R., Espace urbain et flux migratoires: le cas de la métropole économique marocaine, Casablanca. Rev. Médit., N° 1,1980, p.3-14.

FOSSET R., L'évolution de la propriété en Chaouia de 1962 à 1969 , R.G.M., N° 21, 1972, p. 105-107.

FOSSET R ., Organisation de l'espace dans les bas-plateaux atlantiques du Maroc. Th. Le H. Montpellier III,2 Vol. 1979, p. 942.

FOSSET R. , Le réseau urbain des bas plateaux atlantiqus moyens du Maroc. Pbli. E.R.A. 706, fasc.3.»Urbanisation au Magreb» 1977, p. 165-175.

GRAR A., Les structures agraires dans la Chaouia, Oulad Saïd. B.E.S.M., E. XXXII, N° 117, p.41-47, 1971.

NOIN D., La population rurale du Maroc. Deux Tomes:p. 279 et 342, P.U.F., Paris, 1970.



  



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