L'intégration en géographie!

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 15-06-13 à 19:45  Lu :4354 fois
     
  
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À PROPOS DE L’UTILISATION DU CONCEPT D’INTÉGRATION EN GÉOGRAPHIE
La notion d’intégration, largement utilisée en économie, n’a pas laissé les autres sciences sociales indifférentes à sa capacité apparente de bien cerner certains phénomènes s’assimilant à la dépendance ou à la domination. C’est le cas de la géographie humaine où cette notion est de plus en plus utilisée. Cependant, peu nombreux sont les géographes qui s’en sont servi avec la prudence nécessaire. La tâche que nous nous assignons ici est d’examiner l’utilisation la plus courante qui en est faite en géographie humaine en vue d’éclaircir ses charges explicites et implicites.
Il faut signaler auparavant que ce n’est pas le mot « intégration » en lui-même qui est mis en cause. C’est sur une certaine utilisation qui en est faite, que porte le présent article. D’autre part nous n’avons nullement l’intention d’épuiser toutes les questions que nous serons amenés à aborder. Le but assigné à ce travail est juste de soumettre le problème au débat.
I- ESSAI DE DÉFINITION

La notion d’intégration a vu son contenu s’étoffer avec la multiplication de ses champs d’application au sein des sciences sociales. En philosophie et en sociologie, elle est employée pour désigner la liaison assurant à un être vivant ou à une société l’interdépendance entre ses membres. En psychologie, elle exprime l’action d’incorporer des éléments nouveaux à un système. En économie, elle traduit l’action d’associer à l’activité initiale, une autre relevant totalement ou partiellement de la première fonction d’une entreprise (intégration verticale, intégration horizontale).
Avant d’exposer le contenu accordé à cette notion en géographie humaine, il importe de compléter cet examen par un essai de dévoilement de certains aspects du sens implicite de ce concept dans ces différentes sciences.
Commençons, dans ce sens par l’objet sur lequel porte cette notion. On remarque que d’une manière générale, la notion d’intégration porte toujours sur un réseau de relations ou de liaisons. Et ce réseau constitue même une condition nécessaire pour parler d’intégration. Ce qui rappelle étrangement une certaine géographie classique qui s’ingéniait à soutenir que c’est dans la recherche de « la liaison que consiste l’explication géographique (1). Cependant la notion d’intégration véhicule une charge implicite qui mérite qu’on s’y attarde beaucoup plus.
En termes d’intégration, le premier sens sous-entendu qui se dégage est l’appartenance à un réseau de relation à un système de valeurs. Et c’est ce que souligne clairement BESSON. J.F pour qui « la collectivité considérée, dans son processus d’intégration est guidée consciemment ou non, par un ensemble de valeurs » (2).Or l’adhésion à un même système de valeurs ne peut se faire sans une certaine cohésion. En effet la notion d’intégration sous-entend également l’existence d’une cohésion sous la forme d’une certaine complémentarité et / ou d’un équilibre fonctionnel. C’est ce que laissent entendre des affirmations telles que « la fonction d’intégration (…) assure la coordination de tous les éléments du système (et) sa (relative) unité fonctionnelle » (3) ou « Un système intégré est un système doté de l’organisation optimale »(4). La notion d’intégration, conçue comme un impératif fonctionnel, est également porteuse d’une promesse, dans la mesure où elle est le plus souvent présentée comme un objectif à atteindre. Aussi pour BESSON, JF (1970), chaque système est mû par la volonté et le désir « d’augmenter son degré d’intégration » (p.55) qu’il conçoit « comme une expression de la collaboration entre les hommes » (p.63). L’intégration est aussi une question de temps puisqu’il est permis de croire que « la durée de résidence en ville correspond à des étapes successives dans le processus d’intégration » (5). Elle est au fond une promesse d’amélioration du sort de sort de ceux qui se trouvent dans une situation de « sous-intégration ». Le secret de l’intégration réside donc dans l’association de la patience à la collaboration.
Ce survol rapide de certains aspects du sens implicite de la notion d’intégration nous amène droit vers les fondements qui sous-tendent sons utilisation en tant que concept. Mais avant il faut compléter ce tableau par l’examen de son utilisation en géographie.
2- LES CHAMPS D’APPLICATION
La notion d’intégration n’est plus utilisée, en géographie humaine , par commodité du langage ; mais elle est de plus en plus opérationnelle en tant que concept au service d’une problématique.
Dans son « Dictionnaire de la Géographie », P. GEORGE définit l’intégration dans sa seule dimension économique. Elle est désigne « une situation ou un processus d’association fonctionnelle et organique dans divers domaines de la production et des échanges » (6). Le transfert de cette notion de l’économie à la géographie ne s’est pas accompagné, dès le départ par un élargissement ou une réadaptation de son champ d’application. Aussi l’acception économique de ce concept est restée assez longtemps prédominante. Et ce n’est que récemment que son champ d’action s’est quelque peu élargi. on lui reconnaît actuellement deux principaux niveaux d’intervention, en tant qu’outil de représentation mentale, en géographie humaine : Intégration Urbaine et Intégration Régionale.
a- L’intégration urbaine :
Comme concept elle est appliquée à l’espace urbain dans toutes ses dimensions. Elle repose sur l’idée de transparence de l’espace, qui est appréhendé dans sa globalité ou d’une manière sectorielle. Et dans tous les cas le postulat de la cohésion du « tout urbain » reste présent. Aussi l’espace urbain serait « une organisation servant à assurer et à concilier clarté et proximité » (7). Cette façon d’appréhender la réalité urbaine fait de la notion d’intégration un concept basé sur les apparences en privilégiant l’aspect fonctionnel de l’espace urbain. Dans ce sens, A. MANDLEUR se contente de la médiocrité apparente des matériaux de construction, de l’appartenance du sol au domaine municipal, de l’insuffisance des équipements et des fortes densités d’occupation, pour classer le quartier de Sidi Youssef ben Ali à Marrakech, comme une « médina sous-intégrée » (8). Des critères semblables sont évoqués par D.NOIN pour expliquer la « sous-intégration » de certains bidonvilles de Casablanca (9).
La primauté accordée par un grand nombre de géographes aux structures spatiales dans la définition de l’intégration, laisse entrevoir le caractère morpho-fonctionnaliste de l’utilisation de ce concept. En lisant que « la structure de la ville de Khémisset tant en matière d’emplois que d’équipements de commerce ou de services, diffère totalement en 1982 de qu’elle était en 1971 » et que « le cadre d’analyse du phénomène d’intégration devra donc en tenir compte » (10) il n’est plus possible de douter, ni de ce caractère, ni de l’aspect « réductionniste » de ce concept.
Parallèlement ç cette conception morpho-fonctionnaliste de l’intégration urbaine, se développe une autre façon d’utilisation de ce concept. Il s’agit d’une approche qui se veut plus globale, étant donné que le concept d’intégration est utilisé pour appréhender l’espace urbain à travers ses dimensions sociales. La thèse de R. ESCALLIER (11) offre des exemples de cette tendance. Dans cette thèse qui se veut une analyse de la société urbaine marocaine, dans sa globalité, le concept d’intégration s’apparente à la problématique dualiste opposant un « circuit urbain supérieur » à un autre « circuit inférieur ». Soulignons brièvement, qu’en plus du fait que la théorie dualiste est aujourd’hui délaissée par ceux-là même qui ont essayé de l’imposer, le concept d’intégration repose ici sur l’existence d’un modèle e référence. Puisque « la coïncidence entre l’espace moderne (…) et les sphères d’intégration économique et sociale, est totale » (p.371), c’est le circuit inférieur dans toutes ses composantes (socio-économiques et spatiales) qui est à intégrer. C’est une approche peut-être globale mais qui sert quand même à reproduire une conception traditionnelle de la géographie opposant un secteur moderne à un autre traditionnel. le premier sert de modèle pour le second. Le problème posé étant évidemment très compliqué et complexe, le concept d’intégration utilisé dans une approche plus globale que celle associée à la conception morpho-fonctionnaliste, se révèle simplificateur et mystificateur. Nous reviendrons lors de l’examen de ses fondements.
b- L’intégration régionale :
À l’intégration régionale conçue comme étant basée sur des rapports historiques ou sur des éléments naturels et/ou humains ayant prévalu jusqu’à la fin de première moitié d XXème siècle , a succédé une intégration régionale essentiellement économique. À vrai dire l’intégration pour la première conception était une simple notion et assez souvent implicite. Et c’est avec la seconde qu’elle a acquis le caractère de concept. Cette évolution est à mettre sur le compte de l’emprunt contracté auprès de l’économie.
Actuellement les géographes et ceux qui s’inspirent de leurs méthodes , ne parlent d’intégration que dans ses dimensions économiques, tout en la voulant globale. La globalité étant ainsi recherchée , « l’intégration a principalement pour fondement l’agencement des facteurs économiques « (12). Signalons au passage l’importance accordée aux formes dans cette conceptions , et soulignons que l’intégration comme « expressions du degré de réalité d’une vie régionale » (13) ne peut être atteinte par le seuls « facteurs économiques ». cette acception économique de l’intégration sous-entend l’existence de complémentarité sectorielle et spatiale en plus d’un certain degré d’autonomie régionale . Ce qui accorde le rôle de moteur dans l’intégration régionale à la vie de relation intra-régionale ; autrement dit le concept d’intégration régionale est basé sur l’idée de complémentarité fonctionnelle ou même sur l’existence d’un équilibre fonctionnel. Situation de moins en moins accessible, à une époque où la dimension nationale s’impose parallèlement à une internationalisation de la vie économique.
L’intégration régionale conçue à partir de ses seuls dimensions économiques dénote une vision centralisante de l’espace. La tendance à la polarisation de l’espace qui se dégage des études axées sr les formes et les fonctions des régions, incite à penser ainsi. En effet la recherche effrénée des pôles, dans les études régionales et leur hiérarchisation cache une vision centralisante , dans la mesure où l’existence d’un pôle est jugée nécessaire . L’utilisation du concept d’intégration dans ces conditions sert donc à maquer cette vision. Si l’on tient compte du fait que le recours à ce concept devient de plus en plus courant à fur et à mesure que les inégalités socio-spatiales deviennent plus grandes, la fonction de mystification dévolue à ce concept ressort mieux. Il s’agit de faire croire que le disparité régionales engendrées par les mécanismes de m’économie de marché et qui lui sont nécessaires, peuvent être combattues par l’action d’intégration . Et cette dernière peut être spontanée comme elle peut dépendre des institutions politiques. Ce qui fait déboucher la réflexion sur la problématique de la régionalisation.
Certes, les besoins de la « planification » et du « développement équilibré » du territoire ont redonné de l’esprit – à certains – en matière de régionalisation, mais parler d’intégration régionale, même dans son contenu le plus relatif , relève encore du domaine des promesses. Ainsi on peut dire que le concept d’intégration est au fond une formulation théorique non de la réalité, mais d’une perspective idéalisant l’aspect économique de la région.
Cet examen rapide des deux principales variantes du concept d’intégration , telles qu’elles sont couramment utilisées en géographie humaine, ne peut u son véritable poids qu’une fois associé aux fondements de ce concept.
3- LES FONDEMENTS DU CONCEPT D’INTÉGRATION

Il n’est pas inutile de souligner une autre fois la notion d’intégration ne doit plus être considéré comme relevant de l’aisance du langage dans la schématisation de la réalité en géographie humaine. Il s’agit plutôt d’un concept reposant sur des postulats et associé à une démarche et à une problématique. Nous tenterons ici d’éclaircir cette association sans trop s’attarder sur la démarche pour pouvoir cerner l’essentiel des fondements théoriques du concept d’intégration.
La démarche inductive qui part de l’observation pour arriver à la détection des liaisons, entre des phénomènes étudiés – démarche encore très répandue _ a facilité l’utilisation la plus courante du concept d’intégration en géographie humaine. Signalons brièvement que la « démarche purement inductive n’est pas possible « étant donné qu’ « il est difficile de soutenir les faits (…) (observés) n’avaient pas été choisis en fonction de l’intérêt » (14) que leur attribue la chercheur , de lui-même. D’une manière générale , l’intégration est évaluée par le biais de critères élaborés par le « bon sens » du chercheur, à partir d’éléments fournis par l’observation sous la firme de dénombrements ou de descriptions. Autrement dit privilégier les formes et les fonctions. Et l’explication , si elle n’est pas totalement supplanté par la description, est en général de type causale et n’accorde presque pas de chance aux mécanismes aux processus. L’examen de quelques exemples révèle que le concept d’intégration relève au fond d’une démarche statique.
En dressant un constat de la société urbaine marocaine, en termes d’intégration, R. ESCALLIER dévoile l’absence de toute dynamique de sa thèse, comme le relèvent des titres aussi explicites que : complexes sociaux et niveaux d’intégration » ou « Intégration urbaine , différents niveaux et degrés » ou encore « Niveaux d’intégration et espace urbain »…(15). Ce qui veut dire clairement que « L’intégration est d’abord un état » (16). Toute la dynamique de la notion d’intégration, dans cette thèse se trouve ramenée à l’idée de mobilité sociale. C’est l’ascension dans l’échelle sociale qui permet de distinguer différents niveaux et degrés de l’intégration urbaine. Son discours sur le rôle de l’école à l’occidentale dans le « le processus d’élévation sociale » est très clair dans ce sens ; « Le niveau de formation évoluée ainsi obtenu, va offrir les opportunités d’une élévation sociale dont les « avantages » matériels et socio-culturels sont l’acquisition d’un niveau de revenu élevé , très supérieur à celui de la moyenne urbaine, la régularité et la sécurité des rémunérations et de l’emploi… »(17). Sans examiner tous les autres avantages (très nombreux) que l’auteur cite au profit de la sphère socio-culturelle occidentale et qu’elle a secrétés par le biais de son enseignement et son « circuit urbain supérieur » , le modèle de référence sociétal auquel il associe le concept d’intégration se trouve déjà dévoilé.
L’association du concept d’intégration au modèle sociétal occidental pris comme référence dans les études relatives aux pays du Tiers-Monde, obéit généralement à trois principaux objectifs.
Elle vise d’abord à évaluer le degré de diffusion de Mode de Production Capitaliste. Il n’y a pas plus clair dans ce sens que de souligner que « l’intégration urbaine structurelle peut fort bien cacher des retards et des décalages dans les comportements qui n’ont pas suivi le même rythme de transformations » (18). Bien entendu le rythme de transformation est dicté par le système dominat . Ainsi l’intégration est conçue comme une évaluation positive de la connexion au mode de production dominant et la sous-intégration serait une question de « retards » et de « décalages ». Ce qui sous-entend que la situation en perspective réside dans l’assimilation du modèle sociétal auquel se réfère le concept d’intégration. D’autre part, tout en évaluant la réalité actuelle dans les pays du Tiers-Monde par le biais du repérage des « niveaux d’intégration » et des « cheminements intégrationnistes », ce concept se porte en défenseur de l’ordre établi. C’est ce qui laisse entendre la thèse voulant que « l’inégale distribution des flux d’immigration, au sein de l’agglomération (…) souligne les cheminements intégrationnistes divers des groupes régionaux d’immigrants » (19).La promesse véhiculée par de pareils discours et voulant qu’il y a moyen de s’intégrer par différents « cheminements » relève de la mystification.
Le concept d’intégration, tel qu’il est utilisé dans les études sur les pays du Tiers-Monde, vise en second lieu à « maquiller » la réalité. Ainsi en faisant des modes de production dominés de simples éléments en perspective d’intégration au mode de production dominant, le concept d’intégration schématise trop la réalité en vue de minimiser les rapports dissymétriques qui caractérisent le M.P.C. Il n’est plus secret que ce mode de production s’accommode parfaitement de l’existence d’autres modes qui qui au lieu d’être « intégrés » ou en passe de le devenir sont en réalité dominés. L’intégration est donc une façon de masquer la domination en la remplaçant par l’idée d’appartenance à un même système. Autrement dit légitimer la domination au nom de l’appartenance à un ensemble cohérent. C’est une façon comme une autre de dissimuler l’action de reproduction sociale tendant à reconduire les rapports sociaux existants. Les inégalités nécessaires au M.P.C exprimées en termes de niveaux d’intégration deviennent ainsi de simples étapes d’un même processus. Le caractère linéaire de cette vision sous-entendant qu’il n’y a qu’une seule voie possible, celle qui a prévalu jusqu’à maintenant, sert à déployer un voile sur la réalité. La perspective idéologique de l’utilisation du concept d’intégration, en ce qui concerne les pays du Tiers-Monde, ne permet pas de donner aux problèmes leurs véritables dimensions. Ce qui ne sert en rien ces pays. Bien entendu, il ne faut pas toujours dramatiser au sujet de toutes les questions abordées, mais il ne faut pas non plus éviter de voir la réalité en face. Reconnaître des problèmes n’a jamais constitué un problème, mais ne pas les reconnaître, c’est déjà créer d’autres problèmes. En effet réduire les conflits et les tensions à de simples problèmes de « sous-intégration » ou de « marginalisation » est une façon subtile de dépasser les problèmes mais qui n’aide pas à les résoudre.
Le troisième volet de l’objectif assigné au concept d’intégration , en ce qui concerne les pays di Tiers-Monde , réside dans son rôle de moyen servant à légitimer le mode de production dominant. Quand on soutient que « l’intégration économique est nécessaire » (20), on soutient par la même occasion que c’est le mode de production favorisant cette intégration qui est nécessaire. D’autre part quand on affirme que » les faits de non-intégration , comme leurs conséquences économiques , sont à la mesure des insuffisances ou inadaptations des politiques menées par les autorités en matière de logements publics à bas loyer, d’équipements collectifs variés (hospitaliers, éducatifs, récréatifs…) comme en matière de rénovation des quartiers dégradés »(21) on ne fait que tenter de blanchir le mode de production dominant. Tout le problème de la « sous-intégration » ou de la « non-intégration » se trouve ramené à de simples questions relevant de secteurs variés et qui peuvent être résolus par des remaniements (ou des réadaptations !) de la politique en vigueur. Mais une pareille affirmation ne vise pas tout simplement à disculper le mode de production dominant, elle est également un appel à la maîtrise des sources de conflits, en vue de maintenir le statu quo.
L’association du concept d’intégration à celui de conflit, est en réalité peu fréquente (22). Bien que « le fonctionnalisme a su intégrer les conflits et les tensions sociales, en leur confiant un rôle fonctionnel particulier dans la vie sociale « (23), la notion de conflit est généralement rejetée, lors de l’utilisation du concept d’intégration. Ce dernier, quand il n’est pas employé comme synonyme d’absence de conflit, il sous-entend que le consensus l’emporte sur les tensions. Si l’intégration suppose l’existence de la cohésion , le conflit suppose l’existence de contradictions. Aussi « le conflit et l’intégration (…) sont des phénomènes contraires » (24). Et en niant le conflit, on sous-entend que le mode de production dominant affirme sa cohésion en tant que système sans contradictions. Cette utilisation du concept d’intégration, se ramène donc à une action de glorification du mode de production dominant.
Évaluer la diffusion du MPC , mystifier la réalité et légitimer le mode de production dominant , tels sont les principaux objectifs des fondements théoriques du concept d’intégration qui nous paraissent sous-tendre son utilisation dans les études concernant les pays du Tiers-Monde.
Conclusion
Il ne s’agit pas pour nous, au terme de cette modeste réflexion, d’inciter au rejet du concept d’intégration. La géographie a encore besoin de lui comme des démarches qui le véhiculent. Cette autre façon de voir les choses fait progresser la géographie tout entière. Cependant, la tendance à vouloir tout expliquer par le biais de ce concept, autrement dit essayer d’imposer la théorie de l’intégration, au moment où elle est oubliée en économie, ne sert en rien la géographie.
Pour donner plus de chance à ce concept, il nous paraît utile de le dissocier de la problématique morpho-fonctionnelle, et l’associer au concept de conflit. Cette association semble être en mesure de neutraliser son aspect mystificateur et son rôle dans la « naturalisation » des contradictions animant la réalité sociale. En effet, l’intégration n’a pas de signification en dehors de l’unité de contraire l’associant au conflit. Unité qui permet également de relativiser la notion d’intégration. Et ceci suppose l’adoption d’une vision qui n’exclue pas les contradictions. Cette démarche mérite d’être approfondie par les géographes.
Le problème que pose l’utilisation du concept d’intégration en géographie humaine nous paraît encore posé, à la fin de cet article. Et ceci correspond à l’ambition que nous nous sommes fixée au départ.
Mustapha CHOUIKI
Université Hassan II, Aïn Chok Casablanca.
Notes et références

1- BRUHNES. J : la géographie humaine. Edition abrégée. PUF, Paris,1947, p.11.
2- BESSON J.F : l’intégration urbaine. PUF, Paris, 1970, p. 69
3- MOUCHOT .C : Introduction aux sciences sociales et à leurs méthodes. Ed. Toubkal, Casablanca, 1986, p. 277.
4- BESSON. J.F.op cit p. 58.
5- OLIVERO.G et FAWZID.M : Contribution à l(étude des formes d’intégration à l’économie et à la société urbaine : le cas de Khémisset. In petites villes et villes moyennes dans le Monde Arabe. URBAMA, Fasc. 17, Tours, 1986, p.421.
6- GEORGE. P : Dictionnaire de la Géographie. PUF, Paris, 1970, p. 237.
7- BAILLY.A et al : les concepts de la géographie humaine, éd. Masson, Paris, 1984, p.96.
8- MANDLEUR. A : Croissance et urbanisation de Marrakech, R.G.M, 1972, n° 22, p.53.
9- NOIN.D : Casablanca. Notes et Études Documentaires. La Documentation Française n° 3797-3798, Paris 1972, p.23.
10- OLIVERO. G et FAWAZID Zniber , M. op. cit, p. 431.
11- ESCALLIER. R : Citadins et espace urbain au Maroc URBAMA. Tac 8 et 9 Tours, 1981.
12- PEGURIER.J : L’intégration urbaine dans le Sud-ouest marocain, B.E.S.M, n° 131-132, 1981, p. 134.
13- MARTIN.J.P et NONN.H : La notion d’intégration régionale .in Trav. inst. Géor. Reims , 1980, n° 41-42, pp.33-46.
14- BAILLY. A et BAGUIN .H : Introduction à la géographie humaine. Éd. Masson, Paris, 1982, p.35.
15- ESCALLIER. R. op., cit. pp. 363-372.
16- BESSON.J-F, op., cut. P.74.
17- ESCALLIER.R, op., cit. p.343.
18- PEGURIER. J. op., cit. p 139.
19- ESCALLIER.R : Espace urbain et flux migratoires , le cas de la métropole économique marocaine. Casablanca. Rev. Méditerranée, n° 1, 1980, p.14.
20- BESSON.J-F. op., cit. p.74.
21- Idem. p. 217.
22- FERRAS.R. dans sa thèse sur BARCELONE a utilisé le concept d’intégration – d’une manière très limitée – dans l’étude de l’absorption des immigrants par le M.P.C., mais sans exclure les luttes urbaines. R. FERRAS ; BARCELONE, Croissance d’une métropole . éd. Anthropos, Paris, 1977, 616.
23- BAREL. Y , La reproduction sociale , Systèmes vivants, Invariance et changement. Éd. Anthropos, Paris 1973, p. 208.
24- Idem, p. 211.

  



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