L’inspection face à de nouvelles façons d’évaluer...ou quand l’acte d’inspecter devient transparent.

 Par Idoubiya Rachid  (Prof)  [msg envoyés : 1316le 13-05-12 à 20:19  Lu :1690 fois
     
  
 accueil



NB- Comme suite à une discussion entamée par mes chers(ères) collègues autour du rôle et la place de l'inspection dans notre système d'enseignement...


Comme les enseignants, les chefs des établissements, les censeurs, il y'a de bons inspecteurs comme de mauvais, ou de très mauvais inspecteurs: ce qui n'empêche pas qu'il y'ait de très bons inspecteurs aussi! J'en ai connais de toutes les couleurs!
Reste à savoir ce rapport ambiguë entre un maillon du système, qui est l'inspecteur et nous, en tant qu'enseignants... J'aime ce métier pour la possibilité d'échange qu'il permet de réaliser avec les enseignants.
Voilà une petite contribution où je résume ma propre conception du travail d'encadrement, de formation, de suivi et d'inspection de l'un des maillons les plus sensibles des métiers de l'éducation et de l'enseignement...


Plan:


I. Prélude:


II. L’inspection vise plusieurs (cinq) sortes d’évaluations :

1- L’évaluation diagnostique :
2- L’évaluation formative :
3- L’évaluation classificatrice :
4- L’évaluation sommative :
5- L’évaluation pour promotion :

III. L’inspection et le choix épistémologique de l’acte d’enseignement-apprentissage :


1-
La dimension béhavioriste de l’acte d’inspecter :
*Préparation au niveau didactique 1 préparation hors-classe : A- travail d’organisation et de planification.
*Préparation au niveau didactique 2 préparation hors-classe : B- travail de régulation et d’évaluation.
*Préparation au niveau pédagogique 1 prestation dans la classe : A- Rapport : professeur/ élèves : (la dimension humaine)
B- Comportement : professeur/ élèves : (la dimension communicative)
C- Utilisation de supports : professeur/ élèves (la dimension interactionniste)

2-
La dimension constructiviste de l’acte d’inspecter :(NB- Cette partie est en cours de construction...)

IV. L’inspection face à trois pédagogies :


1-
Quand l’inspection s’inspire de la pédagogie de projet ou quand l’inspection travail à long terme :

2-
Quand l’inspection s’inspire de la pédagogie de contrat ou quand l’inspection choisit la transparence et la clarté dans son acte :
3-
Quand l’inspection s’inspire de la pédagogie différenciée ou quand l’inspection reconnaît la spécificité de chaque enseignant :

V. Conclusion : Quand l’inspection reconnaît ses limites ou comment faire de l’inspection un art de la modestie...


I. Prélude :


Constat 1

L’acte d’évaluer les pratiques de l’enseignant est-il légitimement reconnu et admis par tous les partenaires, dans le champ éducatif ? Qu’est-ce qu’on évolue en réalité ? Cette pratique d’évaluation est-elle consciente de ses objectifs et de ses choix ? L’inspection n’est-elle pas l’inspection de son propre corps : les formateurs des formateurs, ceux de l’ENS et des CPR ? Est-il légitime d’évaluer sans contrat préalable, qui instaure les règles du jeu : ce qu’on est censé faire et ce qu’on est censé ne pas faire...Ne vient-on pas pour évaluer, pour finir par juger ?!

Constat 2

Pour évaluer un travail, il faut le préparer entre deux : le professeur ne doit pas évaluer son élève, que si celui-ci a bel et bien suivi ses cours ! Ce qui est évident ! Cela s’appelle la charte déontologique de l’acte d’évaluer...Cela s’appelle tirer des leçons d’une pédagogie célèbre comme bonjours : la pédagogie de contrat. De plus, toute évaluation est évaluation de quelque chose. Déterminer cette chose est une invitation à la transparence et à la clarté...Mais tant que l’inspection fait défaut d’outils de mesure efficaces, l’évaluation restera lacunaire et sans réelle légitimité.

Constat 3

Si le monde de l’éducation change, si l’on (l’institution éducative) veut que l’acte d’enseigner et d’apprendre changent aussi, pourquoi ne voudrait-on pas que l’acte d’inspecter ne change pas également ! La révolution de l’acte d’inspecter n’aura que des retombées positives sur l’enseignement. En effet, de la pratique rigide dont fait preuve l’inspection d’aujourd’hui, qui consiste à venir à l’improviste pour juger le temps d’une séance la pratique d’un enseignant qui ne s’y attends pas et qui se solde par une « visite » ou une « inspection », avec une « note », doit être revu de fond en comble...car on ne peut pas mesurer les compétences d’un enseignant le temps d’un cours de 50 minutes et d’un entretien de dix minutes (en moyenne) ! Ne devrions-nous pas abandonner une évaluation impressionniste, qui vient pour voir, juger et sanctionner…

II. L’inspection vise plusieurs sortes d’évaluations :


1-
L’évaluation diagnostique : C’est celle qui observe le travail de l’enseignant afin de détecter les lacunes. C’est une étape pour rassembler des données de manière rationnelle, de s’en appuyer pour une programmation de formation continue à l’égard des enseignants : connaître les besoins réels pour donner les remédiassions réelles…

2-
L’évaluation formative :
C’est une « visite » qui vise la formation continue, individualisée de l’enseignant. La visite consiste à opérer des interventions ciblée, qui touchent les points essentiellement personnels de l’acte d’enseigner du professeur en question. Celle-ci se fait en concertation avec le professeur qui présente une prestation à soumettre aux remarques de l’Inspecteur-Formateur. Pour d’éventuelles remédiassions.

3-
L’évaluation classificatrice :
C’est un travail de repérage des compétences en herbe et de jaugeage du développement des performances réalisées sur le terrain...Il s’agit de détecter les éléments qui peuvent contribuer à la formation des collègues, via des recherches et des interventions ciblées...

4-
L’évaluation sommative : Elle touche l’observation de plusieurs paramètres. Son objet est d’évaluer l’acte d’enseigner dans sa globalité : cinq éléments sont pris en compte : 1- La dimension didactique, 2- la dimension pédagogique, 3- la dimension communicative, 4- la dimension interactionniste, 5- la dimension humaine...

5-
L’évaluation pour promotion : Elle est couronnée par l’octroi d’une promotion : méritée en fonction des
divers apports vus plus haut.

III. L’inspection et le choix épistémologique de l’acte d’enseignement-apprentissage :

Pour une inspection consciente des différentes mutations qui s’opèrent dans les champs de la didactique et de la pédagogie, elle est nécessaire qu’elle en tire les conséquences qui s’imposent :
Conséquence : son parcours doit donc être différent, en fonction du choix épistémologique suivie :
Soit, l’inspection privilégie le parcours béhavioriste de l’acte d’enseignement- apprentissage : elle insiste sur la façon d’enseigner de l’enseignant :
Soit, l’inspection privilégie le parcours constructiviste de l’acte apprentissage- enseignement : elle insiste sur la façon d’apprendre de l’apprenant :

NB-
Il y ‘a une très grande différence entre les deux parcours :
Le premier est focalisé en premier chef sur le travail de l’enseignant. Tout est orienté vers ses pratiques : l’enseignant est le maître absolu du moment où c’est lui qui donne la connaissance, c’est lui qui explique, celui qui dirige... L’élève vient pour l’écouter, le comprendre et pour apprendre ce qu’il dit.
Le second est plutôt orienté vers les activités de l’élève. C’est l’élève qui devient apprenant, car c’est lui qui prend des initiatives, qui construit ses propres apprentissages : c’est le fameux apprendre en pratiquant...

IV. L’inspection face à trois pédagogies


1-
Quand l’inspection s’inspire de la pédagogie de projet ou quand l’inspection travail à long terme :
Le choix de la pédagogie de projet ouvre une grande place à l’inspection formative. Dans le sens où l’inspecteur, devenu formateur, travaille par projet avec les enseignants sous sa responsabilité. Qui dit projet, dit programmation d’un ensemble d’activités, à court, à moyen et à long terme. En faite, un projet digne de ce nom, doit s’étendre sur une durée de cinq ans minimum ! Les activités peuvent être des recherches au niveau didactique, au niveau pédagogique, des recherches sur le terrain, des interventions ciblées dans les classes, etc. Sous la direction de l’inspecteur-formateur, les enseignants sont amenés à effectuer des recherches et faire de sorte qu’ils les partagent avec leurs confrères. Cela dans un esprit d’entraide et de partage. Il suffit d’une petite note ministérielle et beaucoup de bonnes volontés pour que cela marche…

2-
Quand l’inspection s’inspire de la pédagogie de contrat ou quand l’inspection choisit la transparence et la clarté dans son acte : Une fois la pédagogie de contrat est mise en place et que le train commence sa marche normale, un autre rapport surgit comme de lui-même. Celui du contrat qui lie et engage chacun des participants au projet. Chacun connaît sa part de responsabilité, et chacun est récompensé pour ses contributions. Un enseignant qui travaille de façon efficace sera donné comme exemple et bénéficiera de prix méritoires...Cela s’appelle motiver et inciter les autres au travail !

3-
Quand l’inspection s’inspire de la pédagogie différenciée ou quand l’inspection reconnait la spécificité de chaque enseignant… : Puisque tout porte à dire que les individus, que ce soit des élèves ou des enseignants, ne se ressemblent pas, rien ne justifie donc de les traiter pareillement ! En effet, c’est le rôle de l’inspecteur-pédagogue de scander les différences et de pousser chacun à donner le meilleur de lui-même, en termes de recherche et de formation continue…

V. Conclusion :
Quand l’inspection reconnaît ses limites ou comment faire de l’inspection un art de la modestie... :
Imaginons la classe comme un stade de football, un spectateur, même le plus averti, un sélectionneur international par exemple... ne pourrait maîtriser le match par ses yeux. Parfois, dans des circonstances de but, il aurait dit que : « moi, à sa place, j’aurais pu marquer... ». Mais non ! Le dire avec la bouche, ce n’est pas le dire avec les pieds... Pour s’en rendre compte, il suffit qu’un entraîneur mette sa tenue et ses chaussures et descend devant l’équipe concurrente… Car, il y 'a un océan (le pacifique de préférence) entre le dire et le faire...

Conséquence 1
: Pour connaitre les limites d’un métier de tous les risques, car l’enseignant ne travaille pas avec des théories mais avec des vies humaines, l’inspecteur doit tenter l’expérience de s’adresser, de temps à autre à des élèves, pour se rendre compte des difficultés de l’acte d’enseigner !

Conséquence 2 :
Bien s’entraîner, s’équiper de moyens et de possibilités ne garantissent absolument pas le gain d’un match. Certes, s’entraîner vaut et pour beaucoup, mieux que de ne rien faire ! Cependant, jouer un match de football comme faire une prestation en classe se ressemblent en une chose : on ne pourra jamais prévoir le résultat avec précision d’avance !

Conséquence 3 :
Etre un bon enseignant, compétent et soucieux de performance, vaut mieux que d’être un enseignant fonctionnaire, amateur de promotions non méritées... Etre un bon inspecteur-formateur, compétent et soucieux de performence vaut mieux que d’être un inspecteur-fonctionnaire, amateur de pièges et de rapports !

Conséquence 4
:
A méditer et à suivre...

  




 Réponse N°1 21285

Grille
  Par   LOUMATINE Abderrahim  (Profle 14-05-12 à 10:31



Sabah Saïd

Vous avez sûrement vu la grille d'évaluation proposée par le ministère il y a je crois deux ans mais qui a été refusée par le corps enseignant.Elle ne concernait que ce que M. Rachid appelle " l'évaluation sommative, pour la promotion"

Respects





 Réponse N°2 21301

Tout à fait...
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 14-05-12 à 13:34



Vous avez raison M. Abderrahim.

Ne pensez-vous pas que l'inspection reste à l'état impressionniste et que l'enseignant, au lieu d'être encadré, on vient pour le juger? Quel est donc cet plus value ajouté par le corps d'inspection aux différentes prestations du corps d’enseignants?

Alors que seule l'évaluation sommative est appliquée par l'inspection!





 Réponse N°3 21308

Faut pas rêver
  Par   Adi Lachgar  (CSle 14-05-12 à 20:07



Le corps inspectoral est clairement mis en voie de disparition. Bientôt, Monsieur l'Inspecteur fera une pièce de musée, une antiquité que nous risquons fort de regretter. Depuis le DV, certains inspecteurs ont en charge des circonscriptions vastes comme la Belgique, avec des fois plus de 600enseignants.

Il faut aussi reconnaître que le malaise entre l’enseignant et l'inspecteur vient du fait que ces deux métiers n'ont jamais été réellement institutionnalisés. Ce sont des rapports d'individualités, de personnalités, passionnés et irréfléchis. Ce que Si Rachid appelle "bon inspecteur", pour beaucoup de nos collègues, est celui (ou celle)

- qui annonce son arrivée un mois à l'avance

-qui ne fait pas trop de remarques fâcheuses

-qui augmente l'ancienne note quelle que soit la prestation du prof

-qui ne demande à voir ni cahier de texte, ni fiche, ni cahiers d'élèves

-qui peut pousser l'amabilité jusqu'à ce contenter d'une rencontre au café

-qui caresse dans le sens du poil

-qui ne vient qu'au moussem des promotions

Désolé de devoir tenir ce discours provocateur, mais c'est d'expérience; des choses que nous avons entendues à l'occasion de formations, par exemple.

Si l'enseignant respecte l'Institution, il doit, lui-même, juger le travail de l'inspecteur sur un référentiel clair (comme celui que propose Si Rachid) qui définit ce que doivent être les apports de l'inspecteur, quels sont ses prérogatives, ses droits et ses devoirs institutionnels, avant de parler de tout rapport humain. . Entrer dans l'enseignement emporterait alors une adhésion tacite et une acceptation sans conditions à être jugé par un inspecteur qui n'est ni plus savant, ni plus fort.





 Réponse N°4 21311

Voilà!
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 14-05-12 à 20:15



Comme vous venez de dire, Si Adi, le rapport qui régit enseignant/inspecteur n'est pas référencé. Il reste lacunaire, ce qui augmente les irrégularités et les mal entendus.

Moi, j'essaie de trouver des idées en tant que didacticien et chercheur dans le domaine de l’éducation. J'essaie donc d'être pragmatique ( dans le bon sens du terme!)

Je ne pleure pas sur mon sort, mais je milite pour le changement!





 Réponse N°5 21319

exemplaire
  Par   Adi Lachgar  (CSle 14-05-12 à 21:22



Et vous avez un comportement exemplaire. Fasse Dieu que la majorité des enseignants ait votre attitude!





 Réponse N°6 21321

... didacticien engagé!
  Par   Idoubiya Rachid  (Profle 14-05-12 à 21:30



Freiner était seul ( je ne me compare pas à lui..., mais après, d'autres sont venus!)

Je me proclame dès aujourd'hui: didacticien engagé!





InfoIdentification nécessaire
Identification bloquée par
adblock plus
   Identifiant :
   Passe :
   Inscription
Connexion avec Facebook
                   Mot de passe oublié


confidentialite Google +