L'identité. une fable philosophique.

 Par Jaafari Ahmed  (Prof)  [msg envoyés : 943le 05-06-13 à 08:57  Lu :1043 fois
     
  
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L’IDENTITÉ. UNE FABLE PHILOSOPHIQUE, de Ali BENMAKHLOUF

    Ali Benmakhlouf, dans son ouvrage « L’identité. Une fable philosophique », paru dans la collection PUF, février 2011, pose la problématique de l’identité, dans une autre optique. Sur 13 chapitres, qui s’étalent sur 160 pages, Il propose d’interroger la fable et le rêve pour arriver à démêler le concept d’identité, qui est en fait une notion échappant à toute définition idéologique qui s’appuie sur le particularisme culturel. L’auteur s’appuie sur les travaux de plusieurs philosophes et penseurs, et surtout, Ludwig Wittgenstein, Lewis Carroll, Montaigne, Al-Fârâbî, AL-Afghani…
Introduction (La magie dans Alice au pays des merveilles : raconter pour sécher, la chose la plus aride qui soit.)Ludwig Wittgenstein.
    Dans son introduction, le philosophe se réfère aux travaux faits sur le conte d’Alice au pays des merveilles, d’une part, et de l’autre sur la fable philosophique d’Averroès (un ascète interdit de quitter la ville se déguise en chanteur ivre. Arrivé au portail de la ville, le gardien l’interroge ; il répond alors en riant qu’il est l’ascète interdit de quitter la ville. Le garde croit qu’il se moque de lui, et il le laisse sortir); tous les deux remettent en cause l’« identité » d’un sujet, qui se croit sûr de ce qu’il est, mais qui ne l’est plus dès qu’il se définit par rapport à un temps et un espace déterminés. L’auteur préconise comme méthode le comparatisme empirique, pour pouvoir dégager des parallèles, entre les vécus et ainsi les enrichir par ce qui peut advenir.
    1- Au pays des songes (L’amour que peut enseigner la philosophie est le pouvoir d’accepter l’intimité sans la prendre pour soi. Son contraire est la vanité, qui prend chaque intention pour soi, mais aucune de façon n’intime.) Stanley Cavell.
    L’auteur explique que cette question d’identité ne se pose qu’à la faveur d’un déplacement.
- Identité et métamorphose : L’enseignement qu’on peut tirer de la descente d’Alice dans le terrier, c’est qu’elle se métamorphose en se déplaçant à tel point qu'elle ne sait plus qui elle est : d'ailleurs la chenille lui pose la question "qu'es-tu?" au lieu de " qui es-tu?".Elle se perd dans les différentes perceptions de son corps.  D’où l’idée que Les connexions entre les perceptions sont des constructions, il n’y pas de logique : ce sont des associations. Par conséquent, il n’y a pas de données, ni de critères préétablis. L’identité est une construction.
- L’identité : un labyrinthe sémantique : La question de l’identité déroute. C’est un labyrinthe de sens, où on revient toujours au point de départ. Elle peut être liée au corps de l’individu, mais celui-ci n’est plus ce qu’il est dès qu’il est interrogé, contrôlé, persécuté. L’auteur cite Averroès qui montre combien même l’affirmation d’une identité, peut déboucher sur sa négation. Somme toute, il faut toujours se définir par rapport aux autres
    2- Identité flottante : (Si nous avions affaires à des hommes dont les traits du visage fussent identiques, nous ne pourrions nous y retrouver.) Ludwig Wittgenstein.
     L’auteur montre que l’identité est une unicité qui se définit par rapport à la multiplicité. C’est un construit immédiat, mais une attribution par rapport à une situation de continuité. C’est là aussi, la différence entre l’apparence et la réalité. Ce qui nous paraît être réel n’est en fait qu’une apparence, d’une continuité, qui ne cesse d’évoluer.
- Identité et fiction logique : L’auteur ajoute qu’il y aura toujours deux perceptions différentes à deux moments différents, mais on construit une similitude entre deux apparences distinctes. En fait, on procède à une construction de similitude, sur postulat de continuité. Donc, prises séparément, les perceptions de l’identité posent le problème du doute, car il n’y a pas de données pures, les inférences déjouent la perception. Mais pour remédier à cette fluctuation, le nom propre est donné à une personne, car nous supposons qu’il ya quelque chose d’identique qui s’inscrit comme continuité dans le temps .Mais le nom, en réalité n’est qu’une description de quelque chose qui est instable, et donc ne peut rendre compte de l’identité d’une personne.

-Attribution d’identité : Le Moi conçu comme permanent est une compulsion qui confond identité construite et existence supposé d’un égo qui lui est sous-jacent. Mais en réalité l’identité est faite d’une succession de passions. Quand on interroge le Moi, on est dans la succession des perceptions, et non dans l’identité. Comme au théâtre la personne est un masque dont l’identité est une attribution par un tiers et à laquelle on ne peut accéder que de façon oblique.
3- Un critère d’identité culturelle ?
L’auteur s’interroge alors sur l’existence d’une identité culturelle. Pour qu’il y ait identité culturelle, il faut une continuité de traits culturels reconnaissables. Certes les idées se ressemblent mais c’est une méprise de l’esprit de les considérer dans une continuité. Une telle continuité n’est qu’une fiction. À la succession des idées nous substituons leur permanence, et nous croyons à l’existence d’une identité alors qu’elle n’est que construction.
-Ressemblance maximale : L’identité est une fiction et non une réalité, une construction flottante et non une donnée précise. D’un objet on ne peut parler que de son unité, non de son identité. Quand on s’intéresse aux faits plutôt qu' aux objets isolés, on dépend du contexte. Et puis, la signification est indestructible, alors que les choses du monde sont périssables. L’auteur se demande si cette ressemblance maximale n’est qu’une façon seulement de traduire en un autre langage au lieu de donner du sens .
- Ressemblance minimale : Quand on voyage, les perceptions coutumières changent totalement. Mais il faut une ressemblance minimale pour pouvoir identifier une autre culture. La projection est un critère minimal pour identifier la culture de l’autre. L’étalon de culture qui selon Lévi-Strauss n’est pas généralisable mais communicable.
- Les coutumes et les opinions:Or, selon l’auteur, la faiblesse de Lévi-Strauss qui défend le particularisme, en faveur de la diversité culturelle est qu’il considère qu’il y a une hiérarchie dans les cultures sous forme de relativisme culturel. Ali Benmakhlouf précise qu’il ne faut pas se baser sur des opinions pour juger la culture. Il faudra chercher des manières d’agir communes aux hommes. Une opinion ne permet pas de comprendre une culture, comme le voudrait Lévi-Strauss.
4- Le nom propre : l’identité comme parure :
Toute explication a une limite en raison de son caractère systématique et théorique. Il faut décrire les faits et éviter les doctrines. Observer et décrire en sachant qu’on ne peut tout décrire.
- Faire justice aux faits: L’auteur explique que la description par nature est incomplète et s’oppose à l’exhaustivité et à la systématicité. Elle donne les lacunes pour ce qu’elles sont. D’où le fait que l’explication apparaisse comme une falsification. Il suffit d’accepter les faits et d’accepter par conséquent une forme de discontinuité entre eux. C’est raconter sans corriger, sans enseigner et ainsi faire justice aux faits. Rien n’a de plus de valeur que la découverte de plus en plus de faits. Ainsi l’erreur consiste en la recherche de l’identité spécifique au détriment des traits ressemblants minimaux que seule une description non exhaustive peut restituer.
- Symbolique du nom propre:    Le nom propre est commodité sociale. Il est efficace au sein du groupe. C’est un instrument sacré et une parure soigneusement choisie. Le nom est dépositaire d’une histoire. Les noms de lieu ou de personne peut avoir un rôle associé au destin d’un peuple. La symbolique des usages des noms fait partie des traits ressemblants au-delà d’une culture donnée. Cela fait partie des types de connexions qui mettent en relations les actions des hommes dans tous les temps et les lieux. Il en est de même des rites et superstitions. Et il est inutile de chercher à en expliquer la formation et les origines.
- « Les probabilités non philosophiques »: L’auteur insiste qu’il faut se défaire des préjugés, car ils sont construits sur ce principe de ressemblance, de continuité et de causalité. Nous formons des règles générales où le jugement contredit l’observation et l’expérience (le français manque de profondeur, le musulman est fataliste...). En effet, Le « fatum mahometanum », cette idée de fatalité imposée par l’islam, est une probabilité non philosophique, donc non scientifique. Elle fait partie du sophisme du particularisme, qui consiste en la sélection d’un trait culturel prétendument spécifique, et aboutit à faire de la culture un tout homogène. Ce qui revient à dire que l’identité culturelle consiste en cette probabilité non philosophique. C’est là aussi une des limites de Lévi-Strauss étudiant les sociétés primitives. La société ne peut être assujettie à un programme donné à l’avance. Plus elle s’éloigne du modèle organique plus elle exploite des moyens inventifs d’être ensemble.
- L’identité ou l’exploration de la référence, : L’auteur souligne que le nom propre a le moyen d’abréger en lui une forme d’identité. Mais si l’on prend l’exemple d’un objet (montagne) appelée différemment par deux tribus, chacune dans sa langue, comment peut-on être sûr que ce nom indique la même chose : est-ce l’aspect de la montagne ? La partie ou le tout ?... et si l’on traduit dans une autre langue qu’arriverait-il ? N’est-ce pas que le sens se perd dans toute traduction ? Mais il n’y a pas d’entité sans identité, ni d’identité sans entité, et cette entité ne peut être finalement comprise que par traduction. Car, finalement il y a toujours traduction de tout phénomène et non signification. De plus les significations s’usent avec le temps, et dans d’autres contextes, d’où l’usure des noms aussi. Ainsi, le nom ne suffit-il pas à indiquer une identité.
5- Les constructions épiques de l’identité (Et puis de nous ne reste qu’une fable.) Mellin de saint Gervais.
- La recherche d’un âge d’or,: L’auteur se demande si le nom, envisagé dans sa tradition locale, a un sens qui relève d’une certaine forme d’épopée. Pour le comprendre, il faut faire preuve d’empathie avec les habitants. Mais jusqu’à quel point ? Et puis, l’autochtone lui-même est-il sur de savoir l’origine de son épopée. Il y a toujours ajout à une tradition, doublé d’un désir de refuge dans un passé mélancolique, qui cherche à renouer sans y parvenir avec l’épopée. Cette recherche de l’âge d’or, est problématique, car elle fige l’homme de son époque dans une complétude improductive, car « il avait tout et n’avait besoin de rien ».
- Par avance et une fois pour toutes,: L’épopée est finie car elle a été exploitée à fond pour les événements ultérieurs. La relation historique prend la place de la tradition. Il faut donc chercher la grandeur d’une culture, dans l’obscur pressentiment de sa fin. Autrement dit, par avance et dans l’incompréhensible. L’auteur fait ici, un parallélisme entre le Coran et l’Odyssée, qui tous deux, sont des textes qui s’apprennent, se récitent, et racontent les actions nobles et majestueuses, des héros épiques, (Ulysse, Achille, ou les prophètes) qui sont proches des dieux, donc proches de l’âge d’or. Ces textes sont par conséquents des textes obscurs, énigmatiques. Ils sont appris et récités, non selon une identité, mais selon une mémoire qui ne donne pas ses raisons. Le passé épique est expliqué par le présent historique. Ce n’est pas un passé séparé du présent dans la mémoire. Ceci est permis par l’épopée, dont le passé est un passé de la mémoire et non de l’histoire.
- Parodie de l’épopée,: La parodie d’une épopée peut rendre compte de l’importance de la mémoire dans la constitution même de l’épopée. Don Quichotte en est l’exemple parfait.Il s’identifie aux personnages qu’il mémorise, au point de perdre tout contact avec la réalité. Tout se confond, chez lui : l’ordre ordinaire et l’ordre extraordinaire. Il décide de vivre l’ordre ancien et en abolissant l’histoire, il s’installe alors dans un passé-présent de la mémoire, et non de l’histoire. I'épopée alors, est accomplie en sens inverse : le point de départ ne sont plus les exploits du passé, mais une mémoire qui investit la réalité pour la remplir de signes.
- Fables épiques,: Pour l’auteur, le défi de l’artiste est de nous permettre de nous rapporter à nos origines comme à une fiction au moyen de la fable qu’il écrit. Par la fiction quelque chose de l’origine trouve son sens. La lecture du texte religieux peut se faire alors, comme une narrative fictive.
6- L’épopée et ses attributs rationnels
L’auteur cite parmi les incidences de l’épopée dans les constructions des identités collectives, le chant, les fêtes. Ils permettent aux législateurs de faire passer les lois, dans un cadre de plaisir. Il y a aussi comme le souligne Platon, la fiction mensongère où les gens se croient frères, et qui les aide à vivre ensemble. Les philosophes des Lumières, en plus de la fraternité, appellent à la notion la communauté originaire du sol. L’auteur précise que cette possession originaire n’est pas la possession primitive du sol. Celle-ci est une fiction, l’autre est une exigence de la raison qui rend possible la possession privée. C’est comme un substitut rationnel à l’épopée. La possibilité intelligible de faire sien quelque chose, d’une façon plus rationnelle que l’arme à la main, en faisant du « sur place » comme Don Quichotte. La propriété qui donne une place dans le monde, c’est avoir quelque chose en puissance, ce n’est pas détenir ici et maintenant quelque chose ni convoquer ne guise de consolation les exploits supposés des ancêtres.
- Communauté originaire et communauté primitive,: Les doctrines de la propriété de l’âge classique au XVIIIe siècle racontent chacune à leur manière l’épopée moderne de l’homme cherchant sa place, moins dans les chants des poètes, ou de l’épos culturel que dans ses acquisitions. Il y a une refondation rationnelle qui cherche à conférer à l’homme sa place dans le monde. Mais, l’auteur se demande comment éviter de dilapider le trésor commun de pensées que constitue l’épopée.
- Lieux communs, emprunts et individualité: Certes, il y a la mémoire vivante, qui est lacunaire et sans cesse recomposée : Elle donne des topoï , des lieux dont certains deviennent des lieux communs . Prendre la langue pour patrie c’est avoir un stock de lieux communs, au sens de foyer de focalisation ou se constitue le « je » qui parle, même si paradoxalement ce « je » de l’énonciation ne se rencontre jamais dans les lieux communs, le « je » de l » énoncé. Prendre la langue pour foyer, c’est se disperser en son anonymat. Écrire c’est aussi dire qu’on est modifié par son écriture : le moi devient indifférent, indifférencié insignifiant. Il devient un soi, jeté dans le lieu commun consultable par tous
7- La place et le corps (On ne doit pas attendre et imaginer de moi que je porte tout cela continuellement sur le corps.) Johann Gottlieb Fichte.
Il y a une analogie entre l’état de nature et l’enfance. De même qu’il y a eu toujours un gouvernement avant qu’il y ait des archives. Il ya en toujours une enfance avant que l’on puisse se donner les moyens de la décrire. Mais dès qu’on est en âge d’étudier ses origines le souvenir se perd. Il y a donc un travail de réinvention des origines sur la base de fragments de la mémoire. Entre le passé et le présent, il y a toujours un lien, c’est le corps. L’identité est certes flottante mais elle est liée à un corps qui cherche sa place. Ce corps qui représente quand-même une frontière tangible. Le fait de se souvenir induit le risque de vivre les alternatives hypothétiques, ce qui peut-être ne s’est pas passé mais qui aurait pu se passer. Le mérite des alternatives hypothétiques c’est qu’elles ont aussi la fonction de nous faire sortir du solipsisme. Il y a les autres autour de nous. Et ceux qui auraient pu l’être. Ils occupent une palce. Avoir une culture c’est avoir une place. Et au fait de cette vison holiste de la société, il faut ajouter la notion de l’économie du bonheur, qui selon Freud, fait que l’on doit bien faire des sacrifices pour le vivre ensemble, pour le mieux-être général.
- Le corps, frontière vivante,: Il y a donc une juste place à détenir dans la culture, et le corps en est bien la frontière vivante. Et c’est le sentiment d’appartenance qui crée l’appartenance. Mais toute personne est à la recherche du logis comme relais du corps. L’absence d’ancrage, signifie absence des relais qui protègent le corps : la scolarisation, les papiers d’identité, la sécurité sociale.
- Vulnérabilité du corps,: L’auteur avance que le corps est donc vulnérable et a besoin des relais. On peut atteindre ma personne via ma propriété, mais à un moindre degré. La violence de son cas n’est pas immédiate. D’un autre côté, cette propriété qui est le prolongement du corps, devient elle-même opaque, comme mon corps. Ce qui s’y passe se soustrait au domaine public.
- Le corps menacé,: C’est par les menaces qui pèsent sur les relais du corps qu’apparaît la vulnérabilité du corps. L’absence d’un relai réduit l’individu à sa simple frontière corporelle. Cet être-frontière qui n’a pas de frontière est alors coloré sociologiquement bien plus que spatialement. Le retrait du monde, la non-existence dans l’espace public est toujours un péril. C’est notamment le cas des exilés. Qui ne peuvent avoir cette possibilité de similitude et qui favorise la construction d’une culture.
8- Voyages, migrations, emprunts (Tous ceux qui survenaient et n’étaient pas moi-même Amenaient un à un les morceaux de moi-même.) Guillaume Apollinaire.
- Le voyage des idées,: Une identité qui refuse le déplacement et le mélange est avilie. La réalité des échanges et des emprunts, dont la religion témoigne, renforce cette idée de l’identité qui se métamorphose en se déplaçant. À ce titre, l’auteur cite AL FARABI qui souligne derrière la contingence d’un déplacement les rapports difficiles de la religion et de la philosophie .S’il y a contrariété entre ces deux pratiques de pensées, cette contrariété est bien d’histoire et non d’essence. La méconnaissance de l’harmonie entre les deux finit par mettre en danger le philosophe menacé par l’autorité religieuse. Comme le cas de la fable d’Averroès.
- L’expérience de la liberté : une « singularité occidentale » ?: Rien de tel pour comprendre une attribution de place qu’un changement de palce. La palce ne signifie pas un trait culturel stable. Il est faux de penser que la liberté est occidentale. Comme il est faux de considérer les droits de l’homme comme inappropriés en Asie, en raison de différences culturelles. Il faut souligner que la diversité dans un seul pays en Asie est telle qu’il est difficile de parler d’identité culturelle. L’auteur explique que c’est là une lacune des sophismes du particularisme. On retrouve là aussi ces fameuses probabilités non philosophiques. D’où Le comparatisme est un remède ou une thérapie, il est l’aventure même de l’homme qui n’entend pas se laisser déposséder de son être composite 9- Le sophisme du particularisme culturel (À Chaque individu, plusieurs vies me semblaient être dues.) Arthur Rimbaud.
- L’auto-réfutation du particularisme,: La méthode comparative met à mal les particularismes. L’identité mobilisée par le particularisme culturel est une identité où entrent en jeu la domination et l’exclusion.
- Le particulier et l’universel,: D’emblée, Il ya un échec de toute politique de la pure différence. Le particularisme pur est auto-réfutant car la relation entre groupes est constituée par du pouvoir. En réalité le particulier est ouvert et c’est sa relation à l’universel qui le réalise. Le caractère ouvert de toutes les identités signifie que ce qui s’exprime à travers elles, comme revendication, est un universel et non un particulier. L’auteur ajoute que Le particulier est ouvert sur l’universel, c’est pourquoi le contexte ou limite d’une identité culturelle est indéterminé. C’est le caractère fluctuant et précaire de ces limites qui explique la dispersion des luttes sociales contemporaines.
- L’identité comme pure différence: Prendre en compte une dimension différentielle sans prendre avec elle les relations de pouvoir c’est enfermer l’autre dans un particularisme. L’exemple de Bernard Lewis qui oppose la notion de liberté en occident à celle de justice en Islam, est un exemple de ce particularisme. Or une telle substitution ne se comprend que dans le cadre d’une valorisation du droit divin dans la société musulmane, qui s’occupe de la justice, régissant la vie privée du croyant, et dans le cadre d’une dévalorisation de l’autorité politique qui s’occupe de la sécurité, comme relevant du droit public.
- Le fatum mahometanum: L’exemple des probabilités non philosophiques réside dans le débat entre ceux qui enferme l’Islam dans le fatalisme et le fanatisme, et ceux qui l’inscrivent dans un particulier universel. Le nom d’Al-Afghani reste lié à la polémique célèbre qu’il eut avec Ernest Renan sur le statut de l’islam et son rapport au savoir dans l’exemple d’Averroès qui aurait perdu son combat contre les théologiens. Or, Averroès n’a cessé de souligner que la connaissance rationnelle qu’il promeut est inscrite comme un programme dans le Coran. Al-Afghani restituera au XIXe siècle une parole libre qui fait de l’Islam une religion tout à fait compatible avec la science. Sa position fait écho à celle d’Al-FARABI qui prôna la méthode hypothético-déductive : il n’y a de religion vivante que déplacée dans le temps et l’espace, et ce déplacement affecte son contenu. La modernité d’Al-Afghani qui applique la méthode historique, est qu’il pense que la religion prend son sens dans le cadre d’une société qui, dans son évolution, suit un parcours de sécularisation.
10- La méthode historique versus le particularisme culturel
    L’auteur explique que l’essor du positivisme et celui de la méthode historique, ont minoré l’apport du Moyen âge, ils ont réduit la pensée d’Averroès, et généralement des philosophes arabes, à une pâle imitation des philosophes grecque,. La construction légendaire de Renan consiste d’une part dans le fait de minorer le travail d’Averroès, et de l’autre elle situe le l’apport spécifique des arabes au niveau religieux. On est dans la dimension différentielle de l’identité, ou dans la différence pure. Beaucoup continuent à penser aujourd’hui que la philosophie arabe ne consiste que dans la transmission de la philosophie grecque, alors que ce que le monde arabo-musulman a de spécifique c’est une charia, qui continue à dicter le comportement des fidèles. Cette vision dichotomique laisse à désirer et mérite d’être déconstruite.
- Lumières médiévales,: L’auteur souligne que le Moyen Âge ; n’est pas une époque obscure. Il y a eu des efforts considérables, notamment des philosophes arabes, qui ont conduit à donner à la philosophie ses méthodes scientifique de raisonnement
- L’hétérogène dans l’histoire,: L’auteur précise que le changement de la société musulmane n’est pas tributaire de l’apport des philosophes cités, mais de tout temps, l’islam a emprunté et s’est enrichi des apports étrangers. C’est dans l’histoire politique des pays musulmans, que les changements se sont opérés. Grâce à des  influences perses et byzantines, de  la période classique à la période récente avec la constitution, la représentativité…. Seuls les fondamentalistes s’inscrivent Le sophisme du particularisme, et sont relayés par ceux qui croient à la différence pure.
  - « La ventriloquie transcendante », L’auteur se pose la question sur la charia, supposée droit divin, privé, codifié, Il souligne qu’il n’a existé qu’en rapport avec un pouvoir politique, publiquement reconnu. Un pouvoir politique est nécessairement profane qui a la charge d’une loi sacrée, dite divine. Dans la tradition dite islamique, on trouve aussi bien de quoi légitimer la liberté politique que l’autoritarisme politique. Mais, en réalité, il y a toujours eu dans cette tradition une activité théorique autour des principes de droit, activité qui ne saurait être déconnectée de la réalité extérieure, ni des circonstances historiques concrètes.
- Le pouvoir au cœur du droit,: Les positions de cette science juridique vont du littéralismes le plus intransigeant au pragmatisme le plus libéral. L’auteur ajoute que ce que l’on appelle charia renvoie à des éléments du droit personnel qui n’a jamais suffi à faire une politique. Le fait de déléguer à un calife le pouvoir légiférer (à l’époque des omeyyades) et qui permet le contrôle de l’état par la loi montre qu’il n’y a pas une rigidité intellectuelle sur la question de la loi sacrée , et qu’elle n’est pas une « différence pure « close sr elle-même. Le Coran lui-même ne présente pas un exposé systématique de législation. La grande majorité des prescriptions sont relatives aux pratiques rituelles de la prière, du jeûne, du pèlerinage, du mariage et divorce. Les percepts coraniques peuvent apparaître comme le préambule d’un code islamique de conduite. Mais, L’histoire pluralise les voix, et évite le rapport compulsif à un passé qu’on veut voir comme ayant fixé à jamais une identité. Et à chaque fois, il faut reprendre patiemment la route de la déconstruction, quitte à passer par des fables. Si la loi divine est un fondement éthico-juridique, il importe de comprendre ce que signifie fondement ou fondamental.
11- De la fable épique à la fable juridique (Chacun rêve de ce qu’il est, sans que nul ne s’en rende compte) Pedro Calderon de La Barca.
     Pour débrouiller la question du fondement juridique ou éthique on peut partir d’une fable. Une norme fondamentale a d’abord un caractère actif.
  - La fiction de la norme fondamentale,: Une norme fondamentale est indiscutable parce qu’elle est présupposé valide. Elle n’est pas posée, positive, appartenant à tel ou tel ensemble de normes. C’est une « norme fictive ». La norme fondamentale dans un ordre juridique est une convention qui a le rôle d’être une source de significations des faits qui constituent cet ordre. Ce n’est pas une hypothèse qui se vérifie comme dans les sciences de la nature. On a besoin de la fable pour prendre conscience de la nécessité de présupposer une norme fictive. C’est comme le pendant rationnel de la fable épique qui rapporte une société à un récit premier. L’auteur se demande dans quelle mesure la loi dite divine dont parle le récit coranique s’apparente-t-elle à une « norme fondamentale » . La structure lacunaire et peu systématique de la loi dite divine était apparue à Averroès. Il y a une volonté d’unification des sources : corans, dits prophétiques, consensus, syllogismes. Le travail de valorisation du syllogisme dans le domaine du droit est une tentative philosophique d’unification du droit pour éviter l’opposition entre une loi prétendument immuable et complète et une pratique juridique en évolution. Dans l’optique d’Averroès le caractère « première version » du Coran joue le rôle de cette loi fondamentale sous la forme suivante : si le Coran vaut comme norme fondamentale, alors les normes juridiques issues de l’activité syllogiques sont valables.
- La fable du premier gouvernant, : L’auteur explique qu’on peut attribuer au Coran la valeur d’une norme fondamentale , c’est-à-dire une norme fictive (au sens de Kelson), parce qu’on ne peut plus poser la question du fondement de sa validité. C’est une nécessité de la pensée qui nous pousse à supposer un premier fondement. C’est la fable du « le premier qui… » c’est une nécessité de penser le droit dans une continuité, et il faudra bien qu’il y ait eu « un premier qui… » Mais tout est à inventer à la suite de ces premiers fondateurs. Quand on parle d’imiter le prophète, cela veut dire faire comme le prophète aurait fait et non se prétendre soi-même inspiré. le régime prophétique prend fin avec le prophète. La philosophie arabe est tout autant l’expression de la liberté que toute autre philosophie. Non pas simplement parce qu’elle thématise la liberté mais parce qu’ elle invente un espace de discussion qui la rend possible.
12- L’outsider (La solidité du fil ne tient pas à ce qu’une certaine fibre court sur toute sa longueur, mais à ce que de nombreuses fibres se chevauchent.) Ludwig Wittgenstein.
   On peut toujours parler d’un « premier » dans cette recherche de l’origine mais ce n’est qu’une expérience de la pensée pour se donner des fictions comme outils et non pour établir des faits. Mais on peut que s’éloigner d’une source. Si on respecte ses ancêtres c’est d’abord parce qu’on ne les connait pas. De nombreux individus ont réalisé dans l’espace restreint de leur vie un croisement de culture et de lieux. On les appelle des outsiders, des individus venus d’ailleurs. Ce sont des voyageurs, des coursiers du savoir.
- « Route par ailleurs » : l’exemple de Léon l’Africain, L’outsider réalise un dedans-dehors de la culture. Il symbolise dans l’espace restreint de sa vie les strates de la culture. C’est le cas de Léon l’Africain. Son œuvre réunit le récit de ses voyages et ses impressions personnelles. Il a fait appel aussi bien à son souvenir personnel qu’à sa mémoire culturelle. C’est pourquoi, son œuvre intéresse aussi bien les historiens des plantes que des langues les gens curieux des magies que les alchimistes. Ne pas avoir besoin de théorie, c’est aborder l’esprit magique autrement que par le biais de l’erreur. La mise en connexion des faits leur description avait suffi. Sa prudence épistémique de la description a servi à beaucoup de recherche des comparatistes, notamment à Montaigne, son contemporain.
- Comparer sans égaler, :Sa description de l’Afrique montre bien que la violence est à l’origine des républiques. Sa méthode comparatiste permet de jeter un regard autre sur la nature enfin soustraite à toute forme d’exotisme, qui n’est qu’une façon de naturaliser les cultures autres que la sienne. Décrire c’est relier, se saisir d’un objet de comparaison comme d’un étalon au lieu d’en faire un préjugé. La description est certes le degré zéro de la description, mais cela vaut mieux que de tomber dans les probabilités non philosophiques. Mais décrire ne veut pas dire renoncer à une vision synoptique. C’est une façon de voir les connexions, une façon de comprendre. C’est le génie de Darwin dans la méthode analogique. Les analogies sont suffisamment instructives si elles sont perçues comme de simples analogies.
- Exil, accent, voix,: Ali Benmakhlouf souligne que vivre une migration donne lieu à « un rapport sur le corps ». Il y a des transformations qui s’opèrent. Comme le cas de l’accent : on adopte l’accent dominant , avec une mémoire de différence du corps. L’exil apparaît comme la longue domestication de ce qui nous est de façon contraignante, familière. La langue acquise devient une langue propre, la langue maternelle peu maîtrisée, parlée avec un accent étranger. L’exilé reconstruit l’imaginaire d’un pays qui n’existe pas et qui n’a jamais existé mais sa reconstruction sert d’étalon pour mesure le déplacement. Être à part, c’est être en dehors et en dedans d’une culture, un outsider. Cela peut arriver même après la mort, comme le cas d’Averroès, qui se retrouve le père spirituel de l’Europe.
13- « Ceci est à moi » (On ne peut se juger si on ne se connaît pas en catégories.) Ludwig Wittgenstein.
- Du « moi » à « ceci est à moi »,: Partant de la « fable » de Rousseau du « premier qui ayant enclos un terrain, s’avisa de dire ceci est à moi…est le vrai fondateur de la société » l’auteur, soulève le rapport de l’identité à l’avoir et à la propriété. Et s’il est épineux de parvenir à la connaissance du sujet en raison de son identité avec l’objet, il est par contre possible de la faire à partir des postures qui le poussent à dire : « ceci est à moi ».
- L’avoir, : Cet avoir peut se définir comme : - Un avoir selon la possession : qu’est-ce que je possède. - Un avoir selon les affections : qu’est-ce que je considère comme me revenant, que si je perds, je perds une de mes qualités - Un avoir selon la capacité : qu’est-ce que je suis capable d’acquérir. Mais l’auteur précise que le droit à la propriété ne peut être pensé sans la juste répartition de celle-ci. , car pour chaque, individu il y a une action en vue d’une fin, qui constitue sa palce dans le monde.
- Selon la capacité,: L’auteur précise que selon le critère de la capacité, un pauvre, qui n’a rien est donc en rupture de contrat social. On ne peut l’ignorer, et dans ce cas, la violence devient possible. D’un autre côté, la pauvreté, ne se situe pas seulement sur le plan de la quantité, mais sur le plan de la qualité. Dorénavant, le pauvreté n’est pas une faiblesse de revenus, mais un ensemble de capacités dont on se trouve dépossédé. Cette pauvreté permet de réfléchir sur la juste palce de chacun, non pas en terme de possession, mais en terme de bien-être. En effet souligne l’auteur, il s’agit comme le dit Aristote, « cette puissance d’agir aisément et de pâtir difficilement », c’est atteindre ce bien–être que nous permet l’exercice de nos capacités.
- L’identité sociale,: L’éducation et la santé sont les deux domaines d’évaluation de la capacité. Le pauvre, le chômeur qui n’a pas accès aux soins médicaux, l’analphabète, ne sont pas libres. La capacité est cette liberté réelle de conduire un certain type de vie plutôt qu’un autre. C’est la possibilité de pointer les fatalités évitables, comme le choix tragique d’avoir à aller à l’école ou d’aider dans le champs pour nombre de petites filles du monde rural du tiers-monde. Améliorer la qualité de la vie par la réalisation de ses capacités suppose qu’on puisse faire le lien entre le dû à chacun et l’aspect durable de sa mise en œuvre. Avoir une identité, suppose une durée, une stabilité qui se construit d’où l’enjeu de l’inscription nécessaire des droits de l’homme dans le droit positif des États.
  - Les conflits de la reconnaissance: Pour qu’il y ait conflits communautaires, il faut qu’il y ait déjà communauté, c’est-à-dire échange et partage .or cela n’est pas garanti puisqu’il y a conflits. Le conflit communautaire, vient donc, du conflit distributif des dus. Et du fait de la palce qu’occupe le corps, c’est bien la vulnérabilité du corps qui donne quelque légitimité à la fable du « droit du premier occupant ». Mais il faut distinguer entre acquérir et accaparer. Pour que la fiction n’aboutisse pas au droit du plus fort. L’accumulation des richesses des uns a toujours produit le dénuement des autres;
à défaut d’avoir un logis la pauvre a un « foyer » un endroit à l’air libre. Le corps n’est plus alors frontière ouverte sur le monde , il perd sa délimitation , devient élément indifférencié du cosmos.
Conclusion. (Montre plus d’humilité et de douceur, car peut-être es-tu en train de rêver, même si tu te crois éveillé.) Pedro Calderon de La Barca.
    L’auteur conclut par une synthèse de ce qu’il a avancé. En plaçant la question de l’identité dans le sillage ouvert par le récit des fables, cet essai a adopté une méthode indirecte à laquelle ont eu recours de nombreux philosophes. Ce sont différents outils analytiques qui se mettent en palce pour caractériser l’identité. C’est une approche comparative. L’attribution de l’identité impose un regard oblique indirect sans quoi l’identité est rêvée ou hallucinée. La langue dans sa correction syntaxique permet de prendre la mesure de ce jeu avec le sens, jeu qui est bien relayé par le parcours du monde onirique, qui , quoi qu‘on dise instruit toujours. La description est faite de symboles incomplets , la référence directe est déjouée et la possibilité d’un symbole vide est syntaxiquement possible :le récit est rendu possible. La description permet la suspension des faits pour mieux les interpréter. L’épopée est une manière  d'introduire dans la réalité une fable .puis, elle reconnait la faible pour telle, et lui substitue les institutions rationnelles qui permettent la vie en commun. Remonter aux origines doit se faire dans le sens où on use d’un trésor instructif pour les descendants, et non dans le but de magnifier par des marques d’honneur les ascendants : l’identité des hommes n’est pas dans l’âge d’or rêvé, mais dans le présent à construire, dans l’action à faire.

PS: Dans ce compte rendu de lecture,j'ai essayé de garder le maximum, mais rien ne vaut le lecture de l'ouvrage.


  



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 Réponse N°1 31623

Coincidence
  Par   LOUMATINE Abderrahim  (Profle 05-06-13 à 18:29



Tu ne sais pas cher ami ce que j'ai souffert pour prouver cette "fable". Un vrai parcours de combattant "identité oblige" et voilà que tu me dis que"La vulnérabilité des corps-frontières obligent à chercher des relais, dont les papiers, pour avoir une place autre que le corps, et ainsi peut être une identité.

Toujours est-il qu pour prouver ma "parure" ( Le nom propre : l’identité comme parure) , on m'apprit qu'elle est arabe seulement et que je dois "me poursuivre" en justice .

En tout cas cette fable ne mène pas seulement "au pays des merveilles mais peut être une descente aux enfers.

Je préfère donc "l' édentité" comme a dit l'autre

Merci beaucoup pour le partage. 




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