L'homme et la mer charles baudelaire commentaire composé

 Par bennaouch mohammed  (?)  [msg envoyés : 2le 25-09-12 à 18:29  Lu :21537 fois
   
  
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Baudelaire est un poète du 19 siècle. Son voyage vers les îles de l’Inde, avait enrichit sa sensibilité. Ainsi, il nous livra ses quelques fleurs maladives qui sont difficilement classables : on y trouve quelques touches symbolistes et parfois parnassiennes. quelques traits du romantisme et des formes classiques.
« L’homme et la mer », quatorizième poème des fleurs du mal se trouve dans la partie du recueil intitulée spleen et idéal (spleen = dépression, ennui, mélancolie). Et idéal : le paradis auquel aspire le poète dont la conscience oscille inéluctablement entre ces deux pôles.
Dans « l’homme et la mer » le poète essaye de déchiffrer l’analogie entre la mer, symbôle de l’immensité et du mouvement, et l’homme qui jouit de sa liberté. De là nous pouvons tirer la problématique. Comment l’homme et la mer peuvent remplir leur fonction d’analogie ?
La première partie du commentaire, nous allons la résérver au thème : « l’analogie entre l’homme et la mer ». Cette analogie permet aux deux entités protagonistes de parvenir au stade « de la synesthésie » terme que nous allons traiter dans la deuxième thématique intitulée « les correspondances ». la dernière thématique que nous allons traiter est surprenante dans la mesure où elle jure avec les thèmes précédents. Cette dernière thématique nommée, « amour morbide », résume cette réciprocité intriguante qui lie l’homme à la mer.
Plan :
1 . l’analogie entre l’homme et la mer :
La notion de la liberté :
Fond ténébreux :
Goûts communs :
2 . correspondances :
Fusion formelle et prosodique :
Synesthésie :
Confusion :
3. l’amour morbide :
Fascination par le spectacle de la mer :
La mer et le « moi » :
Combat atemporel :
1 . l’analogie entre l’homme et la mer :
Baudelaire essaye de traduire, sans faute, « l’universelle analogie ». Dés le permier vers l’apostrophe « homme libre » nous permet de déterminer la première affinité entre l’homme et la mer, celle de la liberté. l’homme est qualifié de libre. Cet adjectif est ambigu et a même une dimension philosophique. Est- ce une liberté d’esprit ou de corps dont parle Baudelaire ? si c’est une liberté de corps, Baudelaire s’adresse au commun des mortels et si c’est une liberté spirituelle Baudelaire s’adresse aux poètes qui parviennent à une élévation spirituelle leur permettant de déchiffrer les éléments de la nature et qui vivent dans l’ère de la « Modernité ». Parmi ces poètes, on reconnaît Baudelaire. On sait tous que Baudelaire est l’un des précurseurs du surréalisme. Il s’est élevé un jour pour proclamer le poète comme étant « l’homme libéré ».
Qui plane sur la vie et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes
La liberté devient synonyme de « infini » l’un des attributs de la mer. Quant à la mer, on lui attribue la qualité de l’infini. Cette notion d’infini, de vastitude, de mouvement et de liberté peut induire en erreur. La liberté n’est pas perçue comme une source de puissance qui valorise la relation entre l’homme et la mer. Au contraire, cette liberté est associée au gouffre et à l’abîme. On sait tous que « gouffre » chez baudelaire est synonyme de « spleen », puisque Baudelaire préfère associer l’image de la chute, du mouvement vertigineux et de la profondeur au spleen, à la « méloncolie » et à l’« hostilité ». le spleen, dans ce poème, est assicié au « miroir » : « la mer est ton miroir », rappelons-nous l’iconographie d’Albert durer où il représente le thème de la méloncolie sous les traits d’une femme au visage penché, se regardant dans son miroir. Ce lien entre spleen et miroir ne doit point surprendre puisque Baudelaire reste fidèle à la représentation classique.
Cette équivalence métaphorique ou cette similitude méloncolique entre la mer et l’homme engendre une dimension d’enfer qui s’étale tout au long du poème. Donc entre l’homme et la mer s’établit une relation infernale, une affinité de spleen, d’angoisse et de mal existenciel.
Etant hostiles, l’homme et la mer ont un goût commun pour le carnage et la mort, le combat et la souffrance. Ils partagent les mêmes abîmes, les mêmes secrets, les mêmes richesses intimes, la même jalousie. Ces quelques sentiments néfastes représentent la vérité de l’humanité.
La fréquence du rythme binaire et le jeu de parallélisme incessant entre les deux entités protagonistes « l'Homme » et la « Mer » corroborent cet effet de similitude.
2. Correspondances :
Nous pouvons constater tout au long du poème une fusion progressive : Au début du poème, Baudelaire s’adresse à l’homme en le tutoyant puis s’adresse à la mer et à l’homme, à la fois, avec le pronom « vous ». Devenant ainsi une seule entité indivisible. Cette fusion est exprimée aussi par la figure de l’hypallage du vers 2 et 3 :
«................................... .....................ton coeur
se distrait quelques fois de sa propre rumeur».
Et du vers 10 et 11 :
« Homme, nul n’a sondé le fond de tes abimes
O mer nul ne connait tes richesses intimes »
Les attributs de la mer et de l’homme sont inversés. Cette inversion crée une sorte d’union entre ces deux entités protagonistes.
Cet amalgame est rendu aussi prosodiquement par l’alternance de la rime féminine et masculine qui adoptent une disposition embrassée. Tantôt c’est la rime masculine qui embrasse la rime féminine tantôt c’est l’inverse. Nous pouvons aller plus loin et dire que la rime masculine renvoie à l’homme et la rime féminine renvoie à la mer.
La fusion de ces deux entités protagonistes est exprimée aussi par l’enjambement téméraire des vers de la deuxième strophe. Baudelaire, au delà de respecter le carcan formel classique, déploie cet enjambement afin de fusionner les vers dans une seule phrase qui exprime la thématique de la synesthésie.
La syneshésie est un terme d’origine médicale qui l’on emploie dans le langage poétique pour définir une association de sensations de natures différentes, qui produit une impression insolite de complémentarité. Dans la deuxième strophe le toucher, la vue et l’ouie semble se combiner dans une sorte de vertige de sens :
Au niveau de la vue l’homme est fasciné par le spectacle de la mer . le verbe « contempler » résume cette fascination. Au niveau de l’Ouie, la figure de l’hypallage se trouvant dans le V7 exprime cette fusion du bruit de la vague qui devient la rumeur du coeur. ET finalement au niveau du Toucher nous trouvons le vers : « tu l’embrasses des yeux et des bras » qui nous rappelle l’étreinte des amants et une fusion corporelle. Le pléonasme « embrasser des bras » met l’accent sur cette étreinte d’amants. Nous pouvons constater, entre ces correspondances, que le corps de l’homme et la mer fusionne à telle point de devenir une seule entité indivisible créant ainsi une confusion totale. Au fur et à mesure de notre lecture, on s’aperçoit que l'homme devient la mer.Ainsi les doubles se confondent.
Dans le premier vers la mer est un objet de contemplation et par la figure de l’anadiplose, elle devient au deuxième vers le sujet qui exerce l’action. Et dans les vers qui suivent « la mer » devient un espace intérieur, mental et poétique. L’eau est le miroir de l’homme, le reflet de son cœur, de son esprit et de son âme. Cette « âme » qui rime avec « lame » et qui le devient. Créant, ainsi, une confusion totale entre les deux entités protagonistes. Le déterminant « sa » renforce cet effet d’appartenance ce qui rend plus confus cette relation d’avantage.
3. L’amour morbide :
La progression thématique est ostentatoire dans ce poème : on remarque le passage du thème de l’amour aux correspondances et enfin à celui de la lutte achrnée entre l’homme et la mer. Le jeu de L'association entre les deux thèmes « Amour/Haine » engendre un effet d’antihèse frappant : celui de l’amour morbide qui nous fait rappeller le poème « duellum ».
L’amour se manifeste dés le premier vers qui est une épiphonème. « Toujours tu chériras la mer » : le pronom « tu » renvoie à l’homme. L’acte de chérir est rendu seulement par l’homme qui ne fait que se contempler dans la mer. Le verbe « se contempler », qui dénote l’admiration, renforce cet amour éprouvé envers la mer. Le verbe « tu chériras » conjugué au futur de la certitude conote une certaine inexorabilité et un effet gnomique. Cela nous renvoi à un temps infini exprimé aussi dans la dernière srophe « des siècles innombrables ». Cette « mer » rime avec « amer » ce qui nous projette vers le monde du spleen que nous retrouvons dans la deuxième strophe, la plongée dans l’image nous rappelle d’une part le mouvement vertigineux du gouffre et du spleen et d’autre part le mythe de narcisse qui, amoureux de son image, perpétuellement penché sur l’eau limpide, ne se lassant pas de se « contempler », languit et dépérit. L’homme, éprouve cet amour narcissique envers la mer qui n’est autre que son reflet, que son « moi » intérieur. Ce mythe de Narcisse n’est pas repris arbitrairement ou pour des raisons eshétiques. Au contraire Baudelaire fait allusion à ce thème pour crédibiliser ses vers et nous permettre de constater que ce lien indescriptible entre l’homme et la mer existe depuis la nuit des temps, dans notre mémoire collective.
La mer, dans cette perspective, n’est qu’un lieu d’introspection, « miroir de l’âme ». « l’homme libre » ne se perd pas dans cette immensité maritime. Au contraire, il trouve sa raison d’être et se confronte avec son propre « moi ». un « moi » à la fois haissable et appréciable. Le rôle de la « mer » ne se résume pas seulement à refléter l’image de l’homme. Elle est aussi personnifiée et partage des sentiments humains avec l’homme.
Ces deux protagonistes se rapprochent pour l’amour mais aussi pour la lutte. La rime « lame » est polysémique, elle peut désigner la vague ou la lame du couteau. Ce jeu de mot permet au poète de mettre en évidence le thème du combat qui est remarquable dans la dernière strophe. Cette dernière est surprenante dans la mesure où elle jure avec les strophes précédentes qui révèlent peu à peu une harmonie ou un raiseau de correspondances. Dans cette strophe la mer et l’homme se présentent comme béliqueux « sans pitié » « sans remords ». Ces deux termes octroient un aspect atemporel à ce combat renforcé dans le vers suivant :
O Lutteurs éternels, O frères implacables.
L’inerjection marque l’apostrophe, la dépression du poète qui maintient une position médiane dans le système analogique et qui demeure mécompris par les deux antagonistes indifférents. L’hypallage marque toujours la fusion voire la confusion et rend de la lutte éternelle un fratricide qui oppose l’homme à lui même dans un cardre-temporel éternel.
Malgré cette relation tumultueuse et acharnée, et en dépit de ce déchirement inéluctable, Baudelaire maintient avec force la cohérence et la plasticité du poème. Les rythmes binaires de la dernière strophe et le parallélisme du dernier vers contrastent avec la thématique du combat. Mais l’antithèse « frères » et « lutteurs » et la virgule qui marque la rupture entre les deux hémistiches exprime excellemment l’idée de l’attirance et de la répulsion.
Conclusion :
Nous n’avons pas à faire à un poème fantastique ou surréaliste. La mer remplit sa fonction analogique, elle est une liberté infinie qui fascine l’esprit humain autant qu’elle le terrifie, l’individu craint de s’anéantir dans cette multiplicité sans bornes des possibles, dans cet espace sans fond qui s’ouvre devant lui.
Symboliste, Baudelaire déchiffre la correspondance secrète entre les éléments de l’univers en explorant tour à tour ou simultanément le spleen et l’idéal puisque telle est la voie qui mène vers Dieu.

  





 Réponse N°1 27494

Merci cher ami,
  Par   Jaafari Ahmed  (Profle 25-09-12 à 22:38



pour le partage!il faut juste présenter le poème:

L'homme et la mer

Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.





Tu te plais à plonger au sein de ton image ;

Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur

Se distrait quelquefois de sa propre rumeur

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.





Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :

Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;

Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,

Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !





Et cependant voilà des siècles innombrables

Que vous vous combattez sans pitié ni remord,

Tellement vous aimez le carnage et la mort,

Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !





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