L'exotisme dans la boite à merveilles

 Par Benlahmar Mohammed  (Agrégatif)  [msg envoyés : 51le 15-10-11 à 08:46  Lu :12601 fois
     
  
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L'EXOTISME DANS LA BOITE A MERVEILLES
Par : BENLAHMAR MOHAMMED
Le mot "exotique" se trouve dans le quart livre (1548). Rabelais évoque "…diverses tapisseries, divers animaux, poissons, oiseaux et autres marchandises exotiques et pérégrines qui était en l'allée du môle et par les halles du port". L'épithète "exotique" qualifie donc la flore, la faune, le paysage, les productions humaines ainsi que les peuples qui n'appartiennent n'a pas à la civilisation occidentale.
L'exotisme (le mot n'est attesté qu'à partir de 1866), peut définir à la fois le caractère de ce qui nous est étranger et le goût de tout ce qui possède un tel caractère. Tel est le sens du latin "exoticus".
Les tableaux que dessine Sefrioui de la vie quotidienne des "autochtones" marocains. Débat qui a porté sur la vraie fonction de ces tableaux de la société traditionnelle de l'époque dans l'économie générale du premier roman marocain d'expression française. Tableaux considérés par certains critiques comme un ensemble de "cartes postales" exotiques visant à séduire l'œil du lecteur occidental sans toucher aux vrais problèmes de la société marocaine. De tels tableaux englobent les lieux, le rituel, et la tradition orale.
I- LIEUX EXOTIQUES
A- Le bain maure :
Après la description de Dar Chouafa où demeure le narrateur et celle de l'école coranique qu'il fréquente, l'auteur nous présente dans cet extrait du premier chapitre de La Boîte à Merveilles un tableau typique de la vie traditionnelle quotidienne dans sa ville natale Fès : le bain maure.
La scène du bain maure est un classique dans la littérature et surtout la peinture occidentale. Cette scène qui revêt un caractère exotique est mise en relief dans le roman de Sefroui parce qu'elle se situe immédiatement après l'évocation de la maison parentale et de l'école coranique. Elle occupe donc une place de choix parmi les premiers lieux que découvre généralement un enfant la (maison et l'école). Quelle est donc la fonction de cette description du bain maure dans l'économie générale de La Boite à Merveilles?
Le texte rappelle en fait un lieu commun qui est la description des harems orientaux, des espaces clos où on enferme les femmes. L'accès à cet espace d'effectue par la descente dans" le boyau" sous terrain obscur et torride qui rappelle l'image plus odysséenne que musulmane de l'Enfer situé au dessous de la terre. L'exotique se renforce par les champs lexicaux des corps nus " ventres ballonné, fesses grises, mamelles pendantes», ainsi que par les appellations des habits traditionnels marocains:" caftans, mansourisa, haïks". Le topos du nu introduit une tonalité grotesque qui s'installe par l'usage d'adjectifs tels que:" ballonnés, fesses grises". Le nu oriental est présenté ici sous les auspices d'une vision populaire .C'est un nu prosaïque, dégradé, qui circule dans le bain maure, cet espace " d'impudeur…de grouillement de corps humides dans ce demi-jour inquiétant». Et qui aboutit à "une odeur de péché". Idée qui coïncide avec l'image du harem, lieu au moins aussi inquiétant que le Hammam parce qu'il est sensé être fermé sur des jardins de plaisirs charnels secrets, étranges et interdits.
Que ce soit dans la maison parentale, à l'école coranique ou dans le bain maure, la vie du groupe exclue toute existence de l'espace intime de l'individu. Ce qui approfondit la solitude du moi face aux autres.
B- Les sanctuaires : Ces lieux des pratiques religieuses deviennent pour les marocains des places de superstitions. L'eau de Sidi Boughaleb offre une solution thérapeutique pour les santés les plus fragiles, en l'occurrence celle du petit Sidi Mohammed.
Le marabout du Msid dans lequel et le fqih et les enfants a déménagé, représente pour les filles âgées, la solution afin de trouver un mari.
Après le départ du pour les moissons, le narrateur nous cite un nombre considérable de santons et les jours particuliers pour les visiter : Sidi Ahmed Ben Yahia, le lundi, Sidi Ali Diab, le mardi, le mercredi pour Sidi Ali Boughaleb. Il y en a d'autres situations suite auxquelles des personnages de l'œuvre visitent ces lieux pour exclure la stérilité qui les accable ; comme la sœur de Rahma, la voisine du narrateur.
Un tel monde est anormal pour un lectorat occidental qui est en sa totalité logique et croit en la science, et non à des pratiques superstitieuses, défendues par la religion islamique. De telles pratiques s'illustrent sous d'autres formes, comme les rituels de l'ancienne Fès.
II- LES RITUELS.
L'album dont parle le narrateur, dans la deuxième séquence, renferme des images d'une spécificité marocaine, comme le rituel du thé, de la séance des Gnaouas offerte par Lalla Kanza, la Chouafa, de la Sadaka, le repas offert par Driss El Aouad, après le retour de Zineb, de la Achoura ,des funérailles de Sidi Mohammed Ben Tahar et de la visite de Sidi El Arafi, le voyant aveugle .
Ces pratiques sacrées nécessitent une préparation et exigent beaucoup de démarches compliquées, mais obligatoires.
Ces rituels coïncident avec une tendance des marocains pour une tradition orale.
III- LA TRADITION ORALE
Presque tous les personnages de la boite à Merveilles sont des conteurs. La figure emblématique de cette tradition est Abdallah l'épicier. D'autres participent à remplir cet album haut en couleur, comme le Maalem Abdeslem qui raconte l'enfant l'histoire du paradis, et celle du boutiquier qui suit toujours les cortèges funèbres, après lui intervient sa femme, pour raconter à son amie Lalla, à deux occasions, deux histoires, fruit du papotage. La première à propos des voisines, l'autre concernant la blessure de Zineb au grand doigt de pied.
Le narrateur se trouve émerveillé par la description de sa mère. Mais il manifeste parfois son opposition, lorsque Lalla Zoubida raconte les scènes du bain maure.
Une autre personne l'a fasciné, c'est Rahma. Celle-ci a raconté l'histoire du vieux Si Ottman, et sa jeune femme, Lalla Khadija.
Conclusion.
Pour conclure, nous pouvons dire que les peintures ethnographiques sont monnaie courante dans l'écriture d'Ahmed Sefrioui: le bain Maure, Le Msid, Moulay Driss, les sanctuaires, pour ne citer que ces exemples. De plus, le pacte est celui de l'éditeur avant qu'il soit de d'écrivain lui-même: pour un lecteur étranger, c'est le besoin d'évasion à travers une écriture qui raconte un monde du passé, désiré certes, mais qui permet au narrateur de commenter des épisodes de sa vie qui ont pesé sur son cœur.

  



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