L’école purgatoire

 Par Hassan Barakat  (?)  [msg envoyés : 1le 07-03-10 à 12:14  Lu :1472 fois
     
  
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Matière à réflexion par : M. HASSAN BARAKAT
L’école purgatoire
La retenue ou l’expansion émotionnelle sont régies – comme tant d’autres de nos comportements – par les contraintes de notre culture et par ses représentations dans les codes sociaux. Certains pays – Le Japon, l’Allemagne, l’Angleterre – par exemple, sont plus retenus émotionnellement que d’autres. Ne craignons pas d’affirmer qu’il y a non seulement une morale, mais des rituels sociaux liés aux émotions. C’est ainsi qu’apparurent au Japon après la 2e guerre certains films dits « lacrymogènes », et classés selon leur potentiel de larmes.
Il existe apparemment une manière spécifique d’être émotionnellement correct dans chaque culture et même dans chaque groupe humain, qui évolue au gré des besoins des populations et de l’évolution des traumatismes qu’elles subissent (famines, guerres, occupations...) qu’elles subissent, ainsi qu’en fonction de la censure et des interdits du système social sur les individus.
La crainte des émotions est liée à la peur de perdre une maîtrise de soi, qui est tout à fait illusoire. Car l’émotion a une fonction cathartique et unificatrice évidente : on pleure dans son mouchoir sur ses propres malheurs et on exprime des sentiments qui n’ont pas leur place dans le comportement socialement correct.
Mais quel rapport peut-on établir entre école et catharsis ?
Nos classes sont à mon sens une petite communauté représentative de la société à petite échelle ; elles rassemblent des individus qui jouent les rôles de spectateurs et d’acteurs animés par une diversité émotionnelle remarquable.
Il suffit pour un observateur indépendant de constater que les murs et les tables des salles de classes regorgent d’inscriptions de toutes sortes et de toutes significations. On peut presque parler d’un dévidoir collectif où sont concrétisées les obsessions, les non-dits, les peurs, les haines, les rêves...etc des élèves. L’école leur offre chaque jour des séances de purgation, car l’élève ne peut se concentrer en permanence sur des réalités disciplinaires (cours), sans que son esprit ne fasse des soubresauts, voire des voyages, dans le monde de fantasmes et des pulsions. C’est alors que les abstractions prennent corps, se manifestent par des activités impulsives, incontrôlables et spontanées : dessins, gravures, cassures, taches...etc, mais aussi par du bruit et des chuchotements, ou par des silences méditatifs, ou des échanges de regards langoureux, ou agressifs....
La violence réactive des sentiments divers, de la passion à la colère, en passant par la sympathie et la jalousie.
Par ailleurs, les activités de classe, telles que l’écriture d’invention et les jeux de rôles, pourraient bel et bien révéler une tendance cathartique de l’apprenant, surtout si celui-ci se porte volontaire ou s’il montre une motivation excessive pour tel ou tel exercice (écriture, théâtralisation, chant, lecture-diction...).
Dans ce cas, l’élève se découvre pleinement à travers des comportements souvent incompatibles avec les habitus et avec la situation pédagogique ; il va plus loin qu’on lui demande d’aller ; ce qui crée alors des tensions relationnelles entre l’apprenant et l’enseignant. Au cas où ces tensions tourneraient mal (dérapages), d’autres individus (parents, administrateurs) entrent en scène, magistralement, se livrant à une catharsis collective, où la part de la raison s’amenuise, en cédant à la dérision et au délire.
Quant à l’enseignant, lui aussi se trouve trop impliqué dans une activité didactique dans laquelle son rôle dépasse celui d’un didacticien qui analyse un item ordinaire, pour se mettre, souvent inconsciemment, dans la ‘’peau’’ d’un moralisateur qui dénonce, ou d’un philosophe qui divague, ou d’un obsédé (sportif, sexuel, artistique...).
Ainsi, les passions du public- classe se raniment, s’excitent, se déchaînent de manière contagieuse, autour d’un être adulte qui procure aux enfants (ou adolescents) des sensations diverses, agréables ou désagréables, constructives ou destructives ; mais toutes sont purgées de ce fait.
Finalement, des questions s’imposent à ce propos, à savoir comment exploiter à bon escient ce flux et ce reflux émotionnels dans un cadre psychopédagogique pertinent et évolutif ? Comment institutionnaliser cette fonction cathartique de l’école ?
Il faudra payer les enseignants pour leurs services’’ thérapeutiques’’ qu’ils procurent au quotidien à des individus que le milieu social déprimant force au refoulement !!

  



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